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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 14:20

cladel bracquemondLéon Cladel nouvelliste, rencontre au scribe

 

17-12-2008 Cinquante personnes à la Librairie Le Scribe, à l’initiative de la Compagnie des Ecrivains, pour passer une heure avec Léon Cladel à qui Jean-Paul Damaggio a prêté sa voix. Il s’est agi surtout de la lecture de la nouvelle Treize que vous trouvez sur ce blog. Une façon de croiser le nouvelliste que fut Cladel. Un nouvelliste qui saisissait au vol l’histoire d’un homme du peuple dont il faisait ensuite littérature. Et cet homme du peuple lui permettait occasionnellement de raconter une partie de sa propre vie. Par exemple dans une nouvelle qu’il consacre à son ami le dessinateur André Gill dont le portrait de Cladel orne cette page, ou à son autre ami qu’il appelle Dux et qui n’est autre que Baudelaire son premier préfacier. Léon Cladel, l’homme qui plaçait sur le même plan l’intérêt pour les paysans et les citadins, pour la province et pour Paris fut un inclassable toute sa vie et un rouge parmi les rouges. La ville de Montauban pourrait-elle faire plus lui ? Ou le Tarn-et-Garonne ?

Cette belle rencontre a permis de vérifier, comme d’autres occasions (un colloque universitaire qui a donné un beau livre) que la mémoire de Cladel court encore dans les sous terrain de la société. Quelques romans sont disponibles ainsi que le recueil de nouvelles que nous avons proposé (Emotions autobiographiques). Cladel, Daudet, Maupassant, Zola, Vallès quelques noms sont venus dans la discussion pour discuter de la postérité, et de la place de chacun dans notre littérature.

Nous reviendrons sur le sujet avec la publication d’un livre aux Editions L’Harmattan au sujet de Léon Cladel et ses écrits sur la commune.

18-12-2008 Jean-Paul Damaggio

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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 14:46

Plutôt que d'écrire sur la "mondialisation", lisons les anciens

Léon Cladel :
Justïn Capûs, le farinier du moulin de Moissac

- 1874 -

 

  

Ferrugineux entre tous les affluents de la Garonne en laquelle il se perd au-delà de Boudou par son unique embouchure, le Tarn, né dans les Cévennes, au Mont Lozère, après avoir arrosé Millau, Gaillac, Albi, Villemur, Montauban, et qui a déjà reçu depuis sa source la Dourbie, le Dourdou, la Rance, et l’Agout, roule aux pieds de La Française et de Camparnaud ses ondes rouges et fumantes comme le sang des vignes riveraines et celui des terriens d’alentour, où, sans se confondre avec elles, fluent, encaissés dans le même lit, les flots invariablement jaunes du Tescou et ceux toujours verts de l’Aveyron absorbés à la pointe du Saula, rencontre à Sainte-Livrade une double ligne de barrages qu’il franchit et puis se heurte, accru de divers ruisseaux, tels que le Lemboux, la Gourgue, l’Anet et le Lemboulas, aux digues monumentales du moulin de Moissac :

- Un habitacle des plus cossus, affirment les rustres des environs, admiré de tous à plus de trente lieues à la ronde et non moins propre que bien famé...

C'est un vaste édifice sans ornements, bâti sur pilotis, et sous les voûtes de ses inébranlables assises passent toutes les eaux de la rivière qui, si longtemps, animèrent les puissantes roues hydrauliques motrices de ses vingt-quatre meules de grès, ronflant alors de l’aube au crépuscule, en toute saison. Aujourd'hui tout est bien changé là ! Non moins silencieuse que ces farouches moustiers croupissent encore trop de moines oisifs et que ronge le feu charnel, l’usine, adossée aux talus d’une grève qu'embaument les parfums du cytise et qu’ombragent les ormes séculaires peuplés de becs-fins, y chantant depuis les premiers soleils d’avril jusqu’aux approches du solstice d’été, plonge toujours ses piliers de granit dans les remous limoneux qui la baignent, mais à ses portes étoilées de clous et garnies de heurtoirs en fer forgé ne se pressent plus en foule les chars à bœufs, les charrettes limonières attelés de cinq à six étalons en arbalète, ni les bêtes de bât, ânes, mules et juments qui, naguère, y entraient et sortaient chargées de sacs de grains ou de farine. Ah ! c’est qu’elle n’expédie plus, de même qu’autrefois, ses moutures au Midi de la France ni dans les deux Amériques ! Son commerce déjà réduit par la concurrence de beaucoup d’établissements installés au cœur des régions limitrophes de la localité, les Yankees l’ont ruiné totalement en jetant sur nos marchés des bords de l’Océan, non seulement des blés d’outre-mer moins coûteux que les nôtres, mais aussi des farines sinon supérieures, au moins égales à celles du pays estampillées des meilleures marques. Si les maîtres meuniers et les minotiers de la localité, vaincus par l’étranger, ont baissé pavillon, ils ne souffrent guère en somme de l’anéantissement de leur industrie. Enrichis par tout un peuple d'actifs et fidèles serviteurs, ils mangent leurs rentes sans entamer le capital et, pour elle, le chômage du grand tric-trac de la contrée ne les empêche aucunement, mariés ou non, de s'empiffrer très souvent, en compagnie des noceuses de la Guyenne et du Languedoc, ainsi que par le passé. Quant à leurs anciens salariés, les débardeurs, les bateliers, les charrieurs, c'est une autre paire de manches ; ils ont maigri, ceux-là ; n'ayant, après vingt-cinq ou trente ans de travail acharné, ni le moindre lopin de terre à cultiver, ni même un sou vaillant, et la plupart de ces «valets» errent tout désœuvrés et faméliques autour de la colossale bâtisse autrefois si bruyante et maintenant muette, où maint patron s'est engraissé de leur besogne aussi dure que celle des forçats, et de la sueur sanguinolente qui, pendant un quart de siècle, a coulé de leurs corps endoloris.

 

- Eh bé ! vous, eh bé ! s'écriait, il y a quelques mois, un de mes compatriotes que j'affectionne pour sa franchise à toute épreuve et sa rare délicatesse, est-ce exact, est-ce bien vrai, cela ?

L'agreste et majestueux septuagénaire, à qui avait été adressée à brûle-pourpoint cette interrogation, ex-farinier de la glorieuse manufacture éclipsée, se dressa, regarda le ciel, la terre et l’eau, retomba sur le banc de pierre scellé dans une paroi de briques au seuil des hangars encombrés jadis de charrois, et répondit :

- Oui, méou !

 

Nature primitive et fruste entre toutes, cet âpre tâcheron, aussi rugueux, aussi doux que le paysage ambiant, était là vraiment fort bien dans son cadre et semblait non moins inhérent à la rive que les arbustes et les plantes aquatiques d’alentour. Ayant servi cinquante-quatre ans sous ce toit quasi désert, il demeurait tout à côté dans une hutte au-dessus des berges, inamovible et résistant, tel que les blocs de calcaire sur lesquels s'érigeait la « moulinasse ». En dépit de ses soixante et onze ans et quoiqu'il eut abondamment neigé sur sa tête de Romain, noueux et solide comme les chênes qui donnèrent leur nom à notre province, il n’avait rien de sénile encore et, Ventre-Dieu ! nul poussin n’apprendrait la musique à ce crâne coq ! Que des faix écrasants longuement appliqués sur ses épaules athlétiques l’eussent tassé sur lui-même en enfonçant son cou d'Hercule dans sa poitrine velue comme le fanon des buffles, soit, oui, d'accord ! et qu'à force de supporter le poids de ses reins toujours pliés sous des balles pesant de deux à trois quintaux, ses jambes semblables à des colonnes lui fussent un peu rentrées dans le ventre, il se sentait néanmoins de la poigne et du courage autant qu’en sa jeunesse, et la panse ainsi que la caboche toutes pleines « d'innocence» attendu qu'il n’avait jamais failli, lui, Justïn Capûs, aucun n’en ignorait, et, par sa simplicité patriarcale, il s’était acquis une belle réputation ; assez volontiers, on vantait partout ses exploits, entre autres celui-ci qui le popularisa légitimement dès sa maturité.

 

Festinant avec quantité de ses pareils aux étangs de Budail, le lundi de Pâques, il avait, lui, plus sobre d'ordinaire qu'un baudet, « empli toute sa contenance » et digérait tranquille au milieu de ses commensaux, heureux comme eux d'avoir au moins une fois en sa vie bu selon sa soif et mangé selon sa faim. Mais voici que des sons indécents frappent son oreille, il entr'ouvre ses paupières mi-closes et, de l’autre côté de la table, aperçoit un malotru feignant de se torcher le dos avec ce qui restait d'une énorme miche dorée. Une telle indignité lui parut un sacrilège, à lui qui, de même que les pasteurs et les semeurs antiques adorateurs de Pan, honorait et vénérait cette féconde mère qui, toujours généreuse, nourrit du fruit de ses entrailles chacun de ses fils, même les ingrats qui la méconnaissent ou l’outragent.

« Enfants, s'écria-t-il en se dressant, terrible et solennel comme un juge biblique, il est mal d'en agir ainsi, rien de plus laid à mon sens ; il faut respecter les dons de la terre, et quiconque outre-passe cette loi, mérite d’être puni ; toi, là-bas, pacant, tâche de ne pas recommences ou gare ! »

Impertinent et comptant d'ailleurs sur ses muscles d’acier, l’autre, au lieu de se confondre en excuses, foule sous ses orteils la croûte et la mie du chanteau, puis crache dessus. En un clin d'oeil, l'impie fut colleté. La lutte ne dura guère ; elle allait se terminer par l'exécution du coupable sur la gorge de qui s'appuyaient deux genoux furieux ; soudain, aidé par quelques-uns de ses camarades qui s’interposent, il se dégage et, redoutant la colère du justicier dont le poing formidable s’était abattu sur une cloison qui croulait, il se précipite, afin de se soustraire à la massue de nouveau levée sur lui, par une fenêtre grande ouverte et choit au fond d'une lagune où grouillent pêle-mêle des têtards et des rats d'eau ; le vengeur l’y suit par le même chemin et, l’ayant saisi sous les aisselles en pleine bourbe, l’en retire presque asphyxié, puis le traînant devant les convives accourus, il le contraint, en leur présence, à demander pardon au Seigneur Dieu le Pain !...

 

- Ainsi donc, parrain, reprit le visiteur, ça ne marche pas ici ?

- Du tout, du tout ; les turbines ne vont plus, il y a près de trois ans qu'on n'a pas réparé d'aubes ni d'augets et les gabares moisissent loin des écluses. Sang-bleu ! Pendant que, spahis contre ton goût, tu traquais les moricauds là-bas, au diable, ici la dégringolade commençait, et nous avons pâti ferme en ces parages depuis que tu habites la Capitale. Il a dû te renseigner sans doute à ce sujet, ton papa, mon loyal compagnon. Nenni ! Tout n’est pas rose en ce monde et l’on se lasse d'espérer quand on souffre trop ; pourtant, à ce qu'il paraît, nous toucherions à la fin de nos misères. On parle de rouvrir la boutique ; en ce cas, adieu les soucis et vive toi, moi, celui-ci, celui-là, les autres et tout le monde enfin !

- Ne vous y fiez point ; en effet, l’an dernier on en eut l’intention, mais, à présent, on y a renoncé.

- Renoncé, Sabbat de Diou ?...

- Par malheur, oui !

Bondissant, hors de lui, se secouant dans son sayon tout reprisé de toile écrue, le rude bonhomme ajustait machinalement ses bragues usées jusqu'à la corde et tout à coup son mâle visage, enfariné comme autrefois, celui de quelque Pierrot des Funambules, se plissa douloureusement :

- Tu plaisantes?

- Hélas ! non pas.

- Si fait !

- Oh non, certes !

- Si, si ! tu ris ?

- En aucune façon.

 

Une inexprimable angoisse détendit les mâchoires contractées du chenu mercenaire qui se frappait la poitrine et dans ses prunelles humides passa ce regard stupide et désolé des vaillants bœufs de labour à jamais sevrés de la charrue.

- Ah çà ! mignot, tu supposes, interrogea-t-il en surmontant sa torpeur, tu penses qu'on n’ouïra jamais plus de tic-tac, là-dedans ; Explique-toi, voyons ?

- Hé bien, écoutez...

Il ne fut pas aisé de dissuader ce digne et robuste rural en cheveux blancs à qui chaque parole entrait au cœur comme un couteau. Ne comprenant absolument rien aux vicissitudes des empires non plus qu'aux révolutions scientifiques ou commerciales, illettré, ne sachant même pas ce qu'on entendait par exportation, importation ou transit, il s'était toujours figuré, dans son chauvinisme héréditaire, que si nous avions eu le dessous sur les champs de bataille, l’unique faute en était à « ce maréchal de pacotille, espèce de guerrier sans amour-propre et sans vertu, qu'on aurait dû mettre en cage à l’instar des hyènes et des vautours» et que l’étranger, incapable de nous affronter en rase campagne, ainsi que sur nos marchés, serait battu bientôt à plate couture en tous lieux, et que par conséquent la grande et malheureuse France redeviendrait prospère, et qu'à Moissac en Quercy le chômage ne s'éterniserait pas ! Or, voilà maintenant que ses tenaces illusions s'arrachaient de lui toutes ensemble et l’abandonnaient une à une...

 

- A l’âge que j'ai, faudrait-il donc m'expatrier, pitchounot, et quitter tout ça ! soupira-t-il en embrassant d'un coup d'œil circulaire les plaines grandioses se déroulant à ses pieds et les magiques montagnes d'alentour réfléchies dans les limpides profondeurs du fleuve aux bords duquel les siens, tous les siens et lui-même étaient nés ; ô toi, très savant, toi, le fils du seul de mes camarades qui partageait avec moi sa pitance à peine suffisante pour lui, toi, filleul, apprécie et juge sainement ma position, elle n’est plus tenable, et trois fois miracle si je suis encore là ! Depuis six ans, toutes mes ressources consistent dans l’hectolitre d’orge, de seigle, de maïs ou de sarrasin que me sert chaque mois à titre de pension le richard à qui j'en ai peut-être fait gagner un million. On n'a que ça pour vivre, rien que ça. Ce n’est pas trop ni même assez. Encore si ma fière marmaille était là ! je lui rendrais bien en trimant la soupe et la piquette qu'elle m'aurait fournies, soit l’hiver, soit l’été. Partis mes trois gars ! ils dorment à côté de ma femme en un coin du cimetière ; ma fille unique, il vaudrait peut-être mieux qu'elle fût morte aussi. Quelqu'un lui avait juré qu'il l’aimait, elle crut cela, son sang l’étourdit, elle ne résista plus à qui lui promettait mariage et le brigand était marié. Pécaïre ! Elle fila vers Bordeaux avec la demi-créature qui respirait en son sein, et les dernières nouvelles que j’en eus datent de l’autre fenaison, un an tout à l’heure. Elle me manda qu'elle me chérissait tant et plus, qu'elle me serait dévouée jusqu'au dernier soupir, mais qu'elle n'oserait jamais reparaître en ma présence. Ainsi, me voilà seul, tout seul, la bicoque où je réside ne me rappelle guère que des deuils et pourtant j'aurais bie n souhaité d'y finir. On peut à l’occasion être utile à beaucoup de gens en ces contrées. Il y en a toujours qui sont exposés à se noyer et d'autres à se brûler, aux environs. Aussi fin nageur que bon pompier, j'en ai sauvé plus d'un qui pintait à tire-larigot en pleine limonade ou qui se rôtissait en quelque étable. Etre fort comme un cric et ne pas trouver d'ouvrage, ah ! c'est ça qui m'extermine ! On m'en a refusé partout, et pourquoi ? Mon cher, en voici la raison : Un jour, on me demandait auprès de Saint-Pierre-ès-liens si j'étais rouge ou blanc, ou bleu ? Je ripostai que je ne m'occupais pas de politique et que toutes les couleurs m'étaient égales. «Seulement, ajoutai-je, à mes yeux de républicain qui ne fait pas métier de son opinion, il n'y a qu'une chose d'intéressante : il convient que si le riche vit les bras croisés, le pauvre, lui, vive en les remuant, et s'il est infirme, qu'il soit entretenu. Mendier, on préfèrerait dix et même cent fois être décapité, noun de Diou !...»

Ma repartie ne plut à personne, et je n’en reviens pas ; c'est si juste cependant ; tous si nombreux que nous soyons sur cette boule ou nul n'a réclamé l’avantage de croître, ne sommes-nous pas tombés de la verge du même père en admettant que quelqu'un du ciel nous ait créés, ou sortis du sein de la même mère, en, supposant, ainsi que l’enseignent une masse de sapients, que la terre, cette noble femelle, nous ait enfantés sans avoir eu le moindre commerce avec un mâle de là-haut ou d’ailleurs. Si, donc, nous provenons de la même source, où qu'elle soit et quelle qu'elle soit, au-dessus de nos fronts ou sous nos orteils, il est clair qu'en ce cas la peau du gueux est la sœur de celle du capitaliste et qu’entre frères celui qui possède est tenu de soulager celui qui n'a pas. On m'impute à crime une telle croyance et personne ne me pardonne d'avoir osé penser et parler ainsi ; je n'y conçois rien et j'en suis ébaubi ! Bref, enfin voilà : Ce nid autour duquel on a germé, poussé, grandi, l’on n'y trouve rien à paître, et peut-être serai-je obligé d'en déguerpir avant peu. Les gazettes qu'on m'a lues assurent que tous les ans en cette ville des villes où tu vas retourner, toi, menu, dès demain, il y a chaque année un concours de domestiques. S'il en est ainsi, j'irai là-bas. Honnête, irréprochable, je m'en félicite, et d'ailleurs n'ayant à perdre que ma carcasse, je la donnerai tout entière à qui... m'emploiera. C'est décidé !... Donc... (et comme s'il avait été sur le point d'accomplir son exode et de consommer son suprême sacrifice, il adressa un adieu prématuré à sa terre natale, en qui se concentrait tout l’amour qu'il avait eu pour les membres disparus ou dispersés de sa famille) donc, un signe, un mot de toi, je pars ; si l’on m'a trompé, par hasard, et qu'au grand village il n’y ait rien de mieux qu'ici, bonsoir ! en ce cas, on se boute une pierre au cou, l’on s'engloutit, et ma chair aura du moins engraissé les carpes et les aloses... Ah ! retire-toi, tout de suite, acheva-t-il en sanglotant, va-t'en, je ne veux pas, conscrit, que tu voies pleurer un vétéran de ma taille et de ma valeur...

 

Or, après m'avoir rapporté, vingt-quatre ou quarante-huit heures plus tard, cette confidence dont il était encore tout ému, mon ami, l’opiniâtre viticulteur, Paul Tédié, lequel délivrera, je l’espère, nos vignobles du phylloxéra qui les rouge et les tue, me dit textuellement ceci :

« Je suppose, en y réfléchissant, que mon parrain, en parlant d’un concours de domestiques, a voulu m’indiquer le prix de Monthyon ; essayons-y, tâchons qu’il l’obtienne l’an prochain... »

Naïf, n’en déplaise à certains rusés qui me mesure à leur aune, naïf autant que mon interlocuteur et son protégé, je me chargeai de prôner ce candidat du travail et, de la misère et de la probité. Fidèle à ma parole, je le recommandai de mon mieux à quelques immortels qui se meurent à petit feu sous la coupole de l’Institut. « Tout homme de peine, leur dis-je, en vaut un autre, et celui-ci l’emporte sur vous tous, si laborieux que vous soyez. » Ils me promirent tout, mais ne tinrent rien, ces messieurs si bien emmitouflés, et Justïn Capûs s'en alla dans l’autre monde ainsi qu'il était venu dans celui-ci : nu comme un ver. Requiescat in pace! Qu'il n’en soit plus question : Amen.

11 novembre 1882. Léon Cladel

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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 14:43

Hier : les risques du métier

Aujourd’hui : un métier à risques

 

 

Pour mon départ à la retraite, voici deux ans, j’ai écrit le portraits de 40 enseignants. J’en reprends un ici car je découvre tous les jours qu’enseignant, ça devient de plus en plus, un métier à haut risques, un métier pourtant si beau. Je pense aujourd’hui à Jean-Pierre en lisant le livre de Claude Rossignol qui raconte une histoire magnifique, celle que Jean-Pierre aurait pu et même dû connaître. 9-12-2008 Jean-Paul Damaggio

 

 

Dans la cour d’une école montalbanaise, un ami beaumontois annonce à Louis, le décès de Jean-Pierre, un collègue instit. Information confirmée dans La Dépêche du 9 avril par quelques lignes très brèves. Cet homme de 55 ans ne bénéficiera pas de sa retraite, sa vie s’est achevée contre un camion. L’ayant croisé seulement quatre fois dans sa vie, Louis l’a peu connu mais son cas le touche profondément. Par ces quelques mots, mettra-t-il un bémol aux fausses idées sur les fonctionnaires au statut idéal ?

 

Instituteur dans une classe unique, Jean-Pierre fut un jour envoyé en stage obligatoire de formation continue. A ce titre, Louis l’a rencontré une première fois : pour le remplacer voici dix ans. A ce moment-là, l’Education nationale se payait quelques « frivolités » du genre : prise de contact (ça veut dire que le remplaçant venait le samedi matin dans la classe où il devait intervenir la semaine suivante, pour assurer une liaison pédagogique). Autant dire que les stages de formation continue fonctionnaient presque à merveille ! Malgré ses incompétences notoires, Louis a compris en trois minutes que Jean-Pierre n’avait plus sa place devant des enfants. Il n’a d’ailleurs pas osé rester plus de 15 minutes à observer les élèves, tellement cet instit lui paraissait bouleversé par sa présence. Sa compagne venait de décéder d’un cancer, et il tentait de se soigner par l’alcool. Des douleurs empirent ainsi …

 

Jean-Pierre avait abandonné sa classe à contre-coeur car l’idée que quelqu’un puisse entrer dans son « intimité » le paniquait. Il ferma tout à clef, donna des cahiers nouveaux aux enfants, et attendit sans doute avec impatience la fin d’un stage devant faciliter la liaison entre la classe de CM2 et la Sixième.

 

Le fonctionnaire a la sécurité de l’emploi mais, quand l’emploi, il ne peut plus l’assumer, cette sécurité devient une prison. Rien n’est prévu pour aider à une vraie reconversion. Louis a entendu un inspecteur expliquer : « voilà des enseignants qu’il faut virer ». Jean-Pierre, ne pouvant être viré, se retrouva d’abord sur un poste de remplacement, mutation qui ne pouvait que l’enfoncer. Les autorités ont une telle image du remplacement que c’est pour eux le poste poubelle alors qu’il faut au contraire être solide pour tenir la route.

 

Comme prévu, sa situation se dégrada et il obtint un congé maladie transformé en longue maladie. Le traitement technique d’un mal qui supposait, en premier lieu, l’orientation vers un autre métier, ne pouvait ainsi aboutir vraiment. La seule idée de revenir devant des enfants, sous peine de perte de tout salaire, devait détruire tous les effets du traitement médical. Pas besoin d’être psychologue, sorcier ou fou pour s’en rendre compte.

 

Voici trois ans, Louis croisa à nouveau cet instit, à l’école de Beaumont où il tentait une réinsertion. Entre temps, Louis avait récupéré le poste de remplaçant de Jean-Pierre. Méconnaissable physiquement, Louis, aussitôt, sentit chez Jean Pierre un désir de bien faire, l’envie d’être considéré, et en même temps une fragilité évidente. Sur ce poste aménagé, au bénéfice de tous, enfants et enseignants, il apportait sa culture et son savoir à de petits groupes. Ce système lui avait redonné vie car il vérifiait qu’il pouvait encore être utile.

 

Pourrait-il tenir jusqu’à la retraite ? Parfois, pour masquer leur souffrance, des instits changent de département, la fuite calme quelques douleurs. Jean-Pierre resta dans son milieu, le secteur de Beaumont, preuve qu’il était incapable de sortir de l’engrenage, si tant est que la fuite soit une porte de sortie.

 

Il avait besoin d’une aide sociale presque inexistante dans l’institution. Ayant vu à l’œuvre, la collègue Danièle Petit, Louis savait qu’en tant que déléguée du personnel, par une énorme attention, elle « sauva » plusieurs personnes fragilisées. Combien de fois l’ai-je entendue alerter l’administration sur le vide social de l’Education nationale ? (une assistante sociale pour 1200 personnes environ). A un moment, la loi créa un congé mobilité sans suite. J’entends ceux qui disent : « dans le privé, c’est simple, les malades sont virés, et la messe est dite ». Oui, mais c’est la société qui est alors obligée de prendre en compte la « victime ». L’instit, lui, se culpabilise deux fois : il a une « situation » dont il ne sait pas profiter (quand il va mal), puis il est aidé, sans réussir à s’en sortir puisque l’aide le plonge souvent dans le mal ! Cette culpabilisation progresse tellement, que toute revendication salariale est interprétée comme un luxe injuste. Autrefois, pour un moindre mal (une « frivolité » de plus), il existait des postes administratifs où l’enseignant pouvait se rendre utile sans se détruire en classe. Jean-Pierre était face à un mur où il ne pouvait que se cogner !

 

Deux ans en arrière, son nom fut prononcé une nouvelle fois dans une réunion paritaire enseignants-administration : il « bénéficia » d’un mi-temps thérapeutique loin de chez lui. Une aide louable pour aider des enseignants mais à condition qu’ils puissent le rester ou le redevenir. Pour cet instit en perdition, c’était une culpabilisation de plus : il était aidé et ça ne donnait rien ! « Quel manque de reconnaissance que le mien ! » devait-il se dire.

Louis, présent à cette réunion, aurait dû intervenir pour dire que Jean-Pierre allait se perdre en maternelle (la fragilité y devient une guillotine) et, qui plus est, loin de Beaumont. Mais son cas n’avait pas été mis à l’ordre du jour, Jean-Pierre n’avait pas l’habitude de téléphoner au syndicat pour l’alerter, Louis a été pris de cours. En dix secondes, tout le monde tourna la page ! Tous les succès acquis sur le poste aménagé à Beaumont allaient s’évaporer sans le moindre soleil.

 

Les drames du travail sont partout (le film espagnol, Lunes al sol, sait en rendre compte à merveille). La situation de l’instit est redoutable dans ce cas : les « privilèges » deviennent des handicaps. Par exemple : l’instit voit rarement son « chef » qui laisse ainsi pourrir le drame. Voilà comment, il roulait au lieu-dit « le petit breton » et, pour une raison inconnue, sa voiture a mordu sur l’accotement. Par un geste brusque pour se rétablir, Jean-Pierre donna un coup de volant à gauche et alors, le poids-lourd venant en face ne lui laissa aucune chance. Un simple accident ? Un homme égaré qui n’avait plus rien à dire? Un fonctionnaire sans avenir qui tourne la page ? Il existe sans doute des centaines de situations de ce genre, où la victime est toujours le coupable, des situations qui devraient nous inciter à penser le monde autrement. Jean-Pierre n’est plus là pour en parler. Il n’a pas su éviter l’accident, il n’a pas su conduire en toute sécurité, il n’a pas su profiter d’un travail tranquille, il n’a pas su bénéficier de la grande sollicitude de son administration, il n’a pas su se soigner, il n’a su dire ni sa douleur ni sa colère. Qu’il tombe dans l’oubli ! Qu’il crève à jamais ! 09-12-2006 Jean-Paul Damaggio

 

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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 14:41

Pour la défense des services publics ?

 

Aujourd’hui lundi 15 décembre à 15h je passe à la poste de Castelsarrasin. Une queue d’une heure. Elle est à présent fermée le lundi matin et en conséquence c’est l’embouteillage l’après-midi. Heureusement j’ai seulement un paquet à poster et je sais utiliser l’automate. Alors, vive la machine ! Un vieux monsieur dans la file (c’est sûr à cette heure là la file est surtout composée de retraités) me regarde et me demande de lui expliquer. Je lui explique la manœuvre pour l’automate. Il est content, il gagne une heure de temps. Mais est-ce la solution ?

Les banques sont reines pour développer le « faîtes-tout vous-mêmes » dans des « espaces » ouverts 24 h sur 24. Je ne suis pas contre les machines mais dans un cadre convivial, dans un cadre de service, dans un cadre humain, pas dans un univers oppressif.

Est-ce à dire que la manifestation à l’initiative d’ATTAC, où nos éditions avaient une table d’information (voir photo), et qui s’est déroulée à Montauban le samedi 13 décembre, a été une réussite ?

 

Cette manifestation fait suite à plusieurs autres et en précède sans doute tout autant. Parce que quand le nombre d’heures de formation à l’école est réduit d’une demi-année pour l’enseignement primaire, parce que quand les trains s’arrêtent de moins en moins dans les gares et que les postes sont fermées, la colère ne peut que grandir. Mais comment permettre la manifestation de cette colère ?

Par des pétitions, des défilés dans les rues, des colloques, des articles (comme celui-ci) ?

Trop de formes de révolte ont été banalisées au point que la population se sent sous le coup de la fatalité. J’insiste, cette fatalité n’est pas seulement alimentée par une idéologie millénaire, mais est le résultat, y compris, de l’action des adversaires… de la fatalité. Quand on propose des tonnes d’action et que le résultat est là, défaites sur défaites, comment ne pas s’interroger sur le bien-fondé des dites actions ? Comment ne pas observer que la mise en concurrence des luttes est devenue la plus belle victoire de nos adversaires ? Quand on répète à tout bout de champ que les luttes qu’on ne mène pas sont les luttes qu’on perd, à des personnes qui mènent des luttes qui furent toutes perdues, comment ne pas admettre le bien-fondé du découragement ?

 

Je n’ai aucune proposition miracle pour sortir de l’impasse. Je répète donc que la solution passe par une réinvention du politique, instrument qui me paraît le seul capable de fédérer les luttes pour proposer une alternative globale, aux mauvais coups partiels mais répétés que l’on porte aux droits sociaux. Toute l’action associative est POLITIQUE et il serait temps de l’admettre sous peine de faire le jeu de l’adversaire. Autrefois, dès que quelqu’un « faisait de la politique » dans nos villages, il était considéré automatiquement de gauche car en effet à droite on refusait la politique en tant que source de division de l’unité nationale. Depuis que politiquement « la gauche » a abandonné ses promesses, c’est la débandade et la confusion. Le thème des services publics devrait susciter d’immenses rassemblements studieux avec constats précis permettant un dialogue entre employés, citoyens et élus. Un dialogue où chacun viendrait pour faire son propre constat d’erreurs : des élus contestant les privatisations qu’ils ont opérées, les employés soucieux d’armer les citoyens, et des citoyens abandonnant le laisser-aller, laisser-faire cher à la classe dominante.

 

Tout doit être mis sur la table non pour faire le procès aux uns ou autres mais pour redémarrer dans de nouvelles conditions. D’ailleurs les services publics sont devenus indéfendables car ils ne sont déjà plus des services publics ! (il m’arriva de tenter de le démontrer dans une réunion ATTAC voici au moins 5 ans et depuis c’est pire). La SNCF, un service public ? La Poste y compris quand elle délègue ses activités aux communes n’est plus un service public. Et l’éducation nationale qui a le mieux résisté car les gourmands de la finance ne savent trop comment s’en emparer est démantelée en commençant par les deux bouts : la maternelle et l’université ! En conséquence, je change mon titre : pour la création de services publics actuels. 15-12-2008 Jean-Paul Damaggio

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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 14:38

Les paradoxes des Amériques

 

 

La Révolution française a débuté par une revendication « électorale » : voter non par ordre mais par tête. Bien sûr, la revendication électorale était là pour imposer les revendications sociales de la bourgeoisie et elle s’appuyait sur une « erreur » de l’adversaire : avoir constitué des ordres très clairs permettant au Tiers-Etat de faire « classe ».

Avec la Révolution de 1848 la revendication électorale (le suffrage universel masculin) fut une revendication en soi de « démocratie ». Il a donc été facile de vérifier ensuite que le vote avec suffrage universel masculin apportait à la chambre les mêmes notables qu’avec le suffrage censitaire. Sauf que les démocrates sociaux surent s’emparer de cet outil pour marquer des points (je renvoie à l’article éclairant sur la question de René Merle).

Mais très vite, de Marx à Lénine, la question de la révolution française est revenue au premier plan : quelle classe sociale pour quelle révolution ? Et la réponse est connue : la classe ouvrière avec la dictature du prolétariat. Pourquoi le système n’a pas fonctionné ? Par manque d’une théorie de l’Etat ! En effet, le pouvoir est vite passé de la classe ouvrière à la classe bureaucratique, et la dictature, à l’origine tournée contre la classe dominante, a pu se retourner contre toute la société. Un constat banal qui fait que nous sommes revenus à la case départ avec toute une mémoire historique qui s’est ajoutée à celle des siècles passés.

 

Aujourd’hui les Amériques donnent le ton de la vie planétaire et la « crise » n’y changera rien même si elle doit apporter une monde dit « multipolaire ». Car la « crise » en question n’est que l’existence même du capitalisme et non sa dégénérescence qui n’aura de réalité qu’à partir du moment où une classe sociale apparaîtra clairement comme alternative, avec une théorie adaptée de l’Etat pour imposer sa loi.

 

J’étudie la vie des Amériques car depuis longtemps je suis fasciné par ce paradoxe : d’un côté avec les USA nous avons l’avant-garde capitaliste, mais en même temps, dans le Sud des Amériques (comme hier dans le Sud des USA), la classe paysanne, considérée par le système capitaliste comme un vestige du passé, a continué à jouer un grand rôle au moins jusqu’au tournant du millénaire. En Equateur, au Pérou et au Brésil, en Bolivie et au Mexique, au Guatemala et à Cuba aussi, des paysans organisés contribuèrent à des révolutions non négligeables, même si elles n’entraient dans aucun des cadres fixés par l’orthodoxie marxiste-léniniste. Le Québec a eu l’immense privilège de se retrouver au carrefour de ces deux phénomènes, en tant que part intégrale du monde US, mais avec cependant une paysannerie catholique puissante jusqu’aux années 60, comme en France d’ailleurs.

 

Aujourd’hui, une révolution paysanne d’hier, celle des sandinistes au Nicaragua, est devenue d’après Ernesto Cardenal, une « dictature familiale ». Et l’ancien ministre de Daniel Ortega sait de quoi il parle, quand il emploie même le terme de « fascisme » pour désigner le gouvernement actuel de cet ancien sandiniste : « Nous sommes dans un régime fasciste. Ce gouvernement n’est pas de gauche, c’est simplement une dictature familiale ». En tant que curé, la politique criminelle de ce clan contre le droit à l’avortement aurait pu l’inciter à calmer ses critiques mais comme vous le voyez il n’en est rien. Or cette analyse concerne un fait mineur, l’interdiction faite à Sergio Ramirez de préfacer un livre d’œuvres poétiques de Carlos Martinez Rivas. Un fait qui malheureusement s’ajoute à tant d’autres comme l’interdiction du parti de la rénovation sandiniste ou des attaques en règle contre les associations féministes. Je sais que mon propos va de suite être qualifié de concession aux mensonges honteux de la presse de l’empire car même au sein de « la démocratie » on ne discute plus sur la qualité des pièces de la maison, mais seulement sur la beauté des façades. Tant pis !

 

J’aime le Nicaragua qui est traversé par d’autres contradictions, mais je retiens seulement pour cet article, cet autre échec flagrant de prise en compte des droits sociaux, par d’anciennes forces de gauche. Que peut-il alors se passer ? Les sociétés paysannes en voie de démantèlement ne constituant plus des forces capables de résistance, comment la révolution peut-elle renaître de cendres toujours rouges ? Le levier que la crise actuelle peut paradoxalement nous apporter, c’est le retour de l’Etat dans le monde politique. Un Etat qui faute de pouvoir être social (à la mode de Keynes) doit être socialisé par la masse des salariés constitués en Quatrième-Etat. Obama c’est une force du système dans lequel nous devons trouver la faille. Mais à écrire on ne risque pas grand chose… sauf à se tromper. 16-12-2008 Jean-Paul Damaggio

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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 10:58

Lecture croisée

 

Votre voisin n’a pas de papiers, Paroles d’étrangers

La fabrique éditions Cimade

 

J’ai eu quinze ans en Tarn-et-Garonne 2008-1808

Petites histoires pour 15-115 ans

Jean-Paul Damaggio, Editions La Brochure

 

 

Le temps glisse limpide, remontant le cours des années de 2008 à  1808. Dans son exploration singulière suivons Jean-Paul qui épingle les mots de ses témoins comme autant de papillons en plein vols de leur 15 ans tour à tour énigmatique, poétique, humoristique, politique toujours vivants entre journalisme et exploitation agricole, entre collège et maison des ancêtres.

 

J’ai beaucoup aimé ce livre qui raconte la vie quand elle prend racine dans un département verdoyant, révolutionnaire, libre de ses luttes clamées par des hommes et des femmes riches d’eux-mêmes.

 

                        « Demain, il fera peuple

                        Demain, il fera jour

                        Demain , il fera liberté

                        Demain, il fera poésie.

                        Demain, il fera chance »

 

Epelant leurs demains à tous, Jean-Paul explore le passé de chacun à travers le département. Son livre est habité de visages humbles, de mots discrets mais lumineux prononcés par des jeunes et moins jeunes, travailleurs ou non, hommes ou femmes du temps présent mais aussi plus lointain. Nos ancêtres parlent à moins que ce ne soit nos enfants ou nos compagnons de route. Ils sont tous là, l’ébéniste, le manifestant, l’énigmatique, l’oublié, l’anonyme et d’autres encore qui revivent sous le clavier érudit de Jean-Paul Damaggio. Ils ont eu quinze ans et nous les racontent dans les contours des pages et de leurs phrases souvent surprenantes, si pleine de sève. Tous disent l’espoir de la vie qui se dit, quand ceux qu’on nomme « les petits » parlent dans le temps de leur souffle heureux. Comme il doit être bon d’être né quelque part sous un ciel qui appartient à ceux qui labourent une terre juste en dessous, depuis toujours, à ceux qui poussent la porte de l’usine, à ceux qui accomplissent leurs tâches quotidiennes dans le droit fil de leur histoire non brisée et de leurs convictions humanistes.

 

Je lis ce livre et « il fait sourire .»

 

J’aime ce Tarn-et-Garonne là si généreux, si vivant, si poétique, si plein d’humanité. Chemin lisant, tournant les pages moi, la sans racines, je m’interroge : et si j’étais de ce Tarn-et-Garonne là ? Si ces ancêtres étaient les miens ? Si mes quinze ans se projetaient dans les leurs ? Oui, « demain sera mon arbre ».

 

Dans l’impossible transition, « demain sera pleurs et exil ».

 

J’ai lu douloureusement ce très beau livre de la Cimade. Mon voisin est sans papiers. Ils ne s’appellent plus comme dans le livre de Jean-Paul Damaggio, Emilie, Adrien ou Victoire. Ils s’appellent Malika, Brahim ou Djamila. Ils sont Chiliens, Kabyles ou Somaliens. Ils sont tous sans papiers et sans travail, ils errent de préfecture en préfecture, le regard épuisé d’attentes et de tristesse attendant le droit d’être dignes et de travailler, le droit pour les femmes de ne plus subir un trop plein de violences de l’Histoire ou de leurs compagnons.

 

En lisant le livre de Jean-Paul Damaggio mon cœur battait d’espoir en l’humanité. En lisant le livre de la Cimade mon cœur n’était que chagrin et oppression pour ces êtres sans défenses contre le harcèlement des lois, contre l’inhumain. Ils n’ont jamais le bon papier, la bonne justification, le bon salaire, la bonne adresse. Ils n’ont plus le droit ni au travail ni aux loisirs. Les hommes du livre de Jean-Paul ont des racines, ceux de la Cimade ont perdu les leurs, ont perdu leur ciel, ont perdu les liens avec leurs êtres chers. La mère va mourir, le père est loin mais ils ne peuvent les rejoindre. Autant de séparations terribles dans lesquelles se jouent à l’infini la séparation, le deuil, la pauvreté. Le temps les pulvérisent, les lois les anéantissent. 2008-2003-1998-l’après-guerre. Je réinvente leur chemin jalonné de lois et de décrets, ils avancent « la valise au-dessus de la tête ». « Demain, il fera expulsion » « demain, il fera regard indifférent au scandale de l’injustice. »

 

Alors, je convoque mes amis Tarn-et-Garonnais, je les glisse sur chacune des touches de mon clavier.

 

Alors, « demain sera demain sera un monde plus juste », un monde victorieux ou ceux qui ont un ciel partageront le leur avec ceux qui n’en ont plus pour cause de guerres et de persécutions et

« Demain,  sera humain. »

Lire, sans plus attendre ces deux livres complémentaires et combattre pour un monde plus humain.

Marie-José Colet

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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 10:57

BON DE COMMANDE Editions La Brochure

 

Titre                                               Auteur                   Type             Prix unité   Nombre   Total

Le discours de Chavez                                    H. Chavez                     Actualité       5 euros                      

L’abbé Marcellin                                            J-P Damaggio                Histoire        5 euros                      

Laïcité sans oeillères              JP Damaggio

M-F Durand                                                   Actualité                       5 euros                         

Vingt ans de lutte contre le FN                       JP Damaggio                 Actualité       5 euros                      

Emotions autobiographiques                          Léon Cladel                   Nouvelle       12 euros                    

La jeunesse de Calmoun                                 Max Biro                       Histoire        10 euros                    

Autogestion aux Amériques                           JP Damaggio                 Actualité       5 euros                      

Dictionnaire Fientifique                                  Max Biro                       Economie      10 euros                    
Ma bien chère Belle   Renaud Jean    JP Damaggio            Docu-roman                  15 euros                       

Ecrits sur l’art et sur la vie                             Henry Lapauze             Histoire        10 euros                    

La valse du hérisson                                       Démocrite                     Actualité       15 euros                    

Frédéric Cayrou et les paysans                 Jean-Paul Damaggio     Histoire        5 euros                   

Cinquante ans d’élections

municipales à Montauban                       Jean-Paul Damaggio     Histoire        10 euros                  

Vázquez Montalbán, derniers instants           Jean-Paul Damaggio      Docu-roman 15 euros                    

Saint-Antonin, l’hôtel de ville

Polémique en 1843                                         Jean-Paul Damaggio      Histoire        5 euros                      

Les luttes des salariés en mai et juin 68

dans le Gers et le Tarn-et-Garonne            Jean-Paul Damaggio     Histoire        5 euros                   

Marketing politique

de Kennedy à Obama                            Jean-Paul Damaggio     Actualité       5 euros                   

Le fauxscialiste                                    Max Biro                 Roman          10 euros                  

Poèmes cannibales, Loin de ma campagne    Jacques Desmarais      Poésie           14 euros                  

Franc-maçonnerie                                 Max Biro                 Histoire        5 euros                   

La femme en retard                               Marie-José Colet        Auto-fiction 20 euros                  

Flora Tristan, derniers instants                 Jean-Paul Damaggio     Docu-roman 15 euros                  

J’ai eu 15 ans en Tarn-et-Garonne             Jean-Paul Damaggio     Jeunesse       10euros  (épuisé)               

Chroniques littéraires et impertinentes        Maxime Vivas           Actualité       10 euros                  

Longue vie au Prix Goya !                       Claude Rossignol                  17euros                                                                                                                               

Les origines du féminisme en Iran              Janet Afary              Histoire        5 euros                   

Voyage révolutionnaire                          Victor Griffuelhes       Histoire        5 euros                   

L’action syndicaliste                             Victor Griffuelhes       Histoire        5 euros                   

1905, la loi laïque ; 1906, la révolte cléricale, à partir du cas du Tarn-et-Garonne  

 J-P Damaggio Histoire     5 euros              
La dictature à la française ? (sur 1851)        Jean-Paul Damaggio     Histoire        5 euros                   

Malou dans son Noble Val                      Jean-Paul Damaggio     Histoire        5 euros                   

Biographie de Flora Tristan                     Eléonore Blanc           Histoire        5 euros                   

La france sauvée                                         J-G Lefranc de Pompignan Histoire 5 euros
La lettre au peuple                                     Olympe de Gouges Histoire           10 euros 
Jean Bousquet proscrit de Moissac         Victor Hugo               Histoire           10 euros 
Lettre au peuple, remarques patriotiques Olympe de Gouges Histoire        10 euros
Jean Bousquet proscrit de Moissac              Victor Hugo             Histoire        10 euros

Les condamnés politiques en Nouvelle Calédonie Paschal Grousset Histoire 5 euros
Trois présentations d'Olympe de Gouges par Mary-Lafon, Edouard Forestié et Raoul Verfeuil,

15 euros
L'usine à fer de Bruniquel Jean-Paul Damaggio 15 euros (épuisé)
Victor Hugo à La Havane Maxime Vivas 5 euros
Le carrefour Wajdi Mouawad Jean-Paul Damaggio témoignage 10 euros
Elections régionales en Tarn-et-Garonne (1986-2010) Jean-Paul Damaggio actualité 10 euros
Slimane Azem le peuple en chansons, Jean-Paul Damaggio, brochure 8 euros

Le sens de l'histoire, Max Biro, 10 euros.
Effigies au féminin, Léon Cladel, nouvelles dont deux inédites. 18 euros
Dictionnaire des petits mots logiques, humour, André Laban, 10 euros 

Traces de Réalvillois, Jean-Paul Damaggio, histoire locale, 15 euros 

Benedetto off, Marthaler In, Jean-Paul Damaggio,préface René Merle, culture, 13 euros  

André Laban On ne radine pas avec l'humour, , humour, 80 pages, 10 euros, 

Max Biro, Babel, roman 14 euros, co-édition avec C.L.C

 Jean-Paul Damaggio, Victor Hugo au Mexique, 54 pages 6 euros 

Hubertine Auclert Le droit des femmes d'Olympe de Gouges à un congrès ouvrier de 1879, 50 pages, 5 euros

Maximilien alias Démocrite, Décalogie siuvi de Temps d'après, poésies, 8 euros

Marie José Saintigny Oh ! Grenier des maux , poésies, 8 euros

Dedaj, Vivas, 200 citations pour comprendre le monde, 74 pages, 8 euros

Jean-Paul Damaggio Samazan, Renaud Jean et le Front populaire, 200 pages, 20 euros

Jean-Paul Damaggio, le Front Populaire à Castelsarrasin, 70 pages, 6 euros

Jacques Huiban Lagrois, Les maisons roses, roman, 300 pages, 19 euros

Jean-Paul Damaggio, Péquins en 68 à l'EN de Montauban, 220 pages, 4 pages couleur, 15 euros  

Alain Mariet, La chanson du bouvier, à propos d'un refrain, brochure 50 pages avec nombreuses photos couleurs, 7 euros

Camille Delthil, Poésies, rééditions, 45 pages, brochure 5 euros

 J-P Damaggio, Pierre Caors,  Poumarède, un Réalvillois extraordinaire,  180 pages, 15 euros.

 Olympe de Gouges, Olympe de Gouges aux enfers, écrits sur le théâtre, 131 pages, 10 euros

  Jean-Paul Damaggio, Portraits de 101 femmes du monde, 256 pages, 20 euros, format 16 x 24.

  Akandijack Bassène, Histoire authentique de la Casamance, édité avec Injé Ajamaat, 297 pages, 20 euros, format 16 x 24.

Jean-Paul Damaggio Yves Vidaillac, Un Caylusien mort pour la liberté en Espagne, format A 5, 100 pages, 10 euros

François Schalchli Concevoir la politique en bien commun, format A5, 156 pages 12 euros

Renat Pautal, Pierre Delbrel, (1764-1846) Un conventionnel aux valeurs actuelles, 30 pages, 4 euros

Carlo Rosselli, Oggi in Spagna, domani in Italia, A5, 50 pages, 5 euros

Jacques Gebelin, L'industrie du chapeau de paille à Setpfonds et Caussade, A5, 50 pages, 5 euros

Paul Vasilières, Recherches historiques et archéologiques sur Castelsarrasin, format A4, 300 pages, 25 euros (épuisé)

Jean-Pierre Frutos, Refondation : école ou société ? journal d'un instituteur à Montauban 2011-2012, 270 âges, 20 euros

 

                                                                                

Total:

Les frais de port sont gratuits pour toute commande supérieure à 20 euros (en dessous ajouter 2 euros).

A renvoyer à Editions La Brochure 82210 Angeville (avec chèque à l’ordre de La Brochure)

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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 10:48

Elections européennes : les tromperies de 2009

 

Après l’analyse de trente ans d’élections européennes (1) comment se présente la nouvelle mouture ?

 

A l’UMPS

Sarkozy est à la manœuvre. S’il ne peut espérer de miracle, n’étant pas à la tête des sept listes, il ne peut pas faire moins que le PS sous peine de subir quelques discrédits. Donc, côté Front national, il accentue les querelles internes pour que, comme en 1999, dans la guerre avec Mégret, le FN recule jusqu’à perdre définitivement tous ses élus européens, Marine Le Pen étant alors marginalisée. Il en a sept pour le moment dont deux dans le Nord (d’où la bataille entre Marine et Carl) et deux dans le Sud-Est. Il y a aussi celui du grand Sud, J-Cl Martinez que Marine veut remplacer par son bras droit Louis Aliot. Côté Philippe de Villiers, à qui il arriva de jouer de grands rôles dans cette élection (mais seulement 3 sortants avec le mode de scrutin de 2OO4), un marché est proposé : se présenter dans sa seule grande région Ouest et gagner une place, où se présenter partout et subir les coups de l’UMP pouvant le faire descendre sous la barre de 5%.

Pour Sarko, l’essentiel est cependant ailleurs : dans le duo UM-PS. Le coup de génie c’est la liste Cohn-Bendit. Le 6 novembre les deux Nicolas (Sarko-Hulot) firent la longue liste de leurs convergences qui permettent à Jean-Paul Besset, bras politique de Hulot en tant que responsable de sa fondation, d’aider Cohn-Bendit sous la bénédiction de José Bové. Je donne en entier le communiqué de l’Elysée car il me semble génial même si bien sûr il ne dit rien des futures élections ! (2) Voilà au moins une liste qui, faisant autour de 10%, prendra quelques points au PS, et peut-être aussi à Bayrou qui risque fort de prendre sa revanche sur les désastreuses législatives. Avec environ 10%, le Béarnais peut se rappeler à l’attention générale et se positionner pour les futures régionales mais il risque gros, avec 11 sortants du temps de l’UDF, qu’il ne peut perdre même en ayant remplacé le J-M Cavada d’hier par le J-F Kahn d’aujourd’hui. Il a récupéré il est vrai un élu européen des Verts : Jean-Luc Benhamias.

 

A Gauche

Après ces cinq listes, que dire de la situation du camp du NON de gauche au TCE ? D’une part, il est déjà allégé de Bové et de Fabius, mais là n’est pas l’essentiel. Depuis trois ans, le NON de gauche ayant démontré son incapacité à s’organiser de façon unitaire, il s’est disqualifié aux yeux de l’opinion. Ressortir du chapeau quelque chose qui n’a pas su se donner des suites claires, c’est repasser des plats. Après l’atomisation des présidentielles, il ne suffit pas de faire comme si rien ne s’était passé. Parce que la LCR est l’organisation aux positions les plus claires, et qu’elle a su s’élargir sous la forme du NPA, tout indique qu’elle peut devenir la première organisation à la gauche du PS (avec 8%). Faire croire qu’une unité serait possible de Mélenchon à Besancenot c’est encore une fois raconter des salades aux citoyens qui aimeraient manger des plats plus consistants. Si tout le monde est d’accord avec l’unité, c’est à condition qu’elle se fasse sous le drapeau de l’un ou de l’autre (LCR ou PCF).

L’intervention, dans le débat, d’un nouveau parti (Parti de Gauche) développe la division sous l’inévitable besoin… d’unifier, donc ce parti proclame le « Front de Gauche ». Un peu comme Bové en 2007, Mélenchon se considère bien placé pour articuler LCR et PCF, tout comme Cohn-Bendit a pu articuler Bové et Besset. C’est ne tenir aucun compte des réalités. Le NPA ne va pas naître pour se fondre à la première élection venue avec une nébuleuse qui a montré en 2007 que l’électorat n’en veut pas. Le PCF a ses problèmes internes (aussi cruciaux que ceux du PS) qui existaient déjà en 2004, quand M-G Buffet avait été mise, en interne, en minorité pour les Européennes d’alors, où elle voulait ouvrir les listes. Le PG est un allié évident mais le PCF ne peut ni lui fournir un marche-pied, car ça serait se tirer une balle dans la tête, ni le rejeter. Avec sept listes à construire, deux têtes de liste pourraient être octroyés à Mélenchon. Est-ce suffisant pour ce parti ? Bref, à trois mois du bouclage des listes, la foire d’empoigne va aller bon train. Avec trois sortants le PCF est obligé de garder les têtes de liste du Nord, de l’Ile-de-France et de l’Outre-mer (Vergès classé dans le PCF).

Il est frappant de constater qu’un appel de Politis en faveur de listes unitaires à gauche, s’il concerne le PG (et un allié potentiel comme la tendance Unir de la LCR), ne concerne pas le PCF, sauf une de ses franges que justement M-G Buffet veut écarter de sa direction ! Une division en perspective ? Malgré les difficultés, cette union PCF-PG se fera pour atteindre peut-être 8% et disputer à la LCR la fonction de porte-parole de la gauche authentique. Mais nous sommes loin d’une force politique clairement identifiée et la référence au modèle allemand ne change rien à l’affaire.

 

Où sont les tromperies ?

Raoul-Marc Jennar avait dès 2005 lancé un appel pour que les élections européennes deviennent l’élection à l’Assemblée constituante d’une nouvelle Europe. Actif à présent avec le NPA, où en est-il de cette revendication ? Cet objectif est de la plus haute importance si l’on veut travailler sur la forme et sur le fond, en même temps (ne pas le faire en même temps c’est se disqualifier). S’il concerne la constitution de notre pays, à l’approche des européennes il concerne encore plus l’Europe. Tout démontre depuis longtemps que l’élection est piégée par avance (je veux dire plus piégée que les autres) avec, qui plus est, des pouvoirs marginaux chez les élus, donc, si on reste dans le même cadre, on s’enfonce dans l’illusion. L’électeur, qui comprend qu’on peut s’amuser aux Européennes plus qu’aux autres élections, décide alors de se jouer de la politique ou de s’abstenir massivement. Je pense qu’il devient impératif de changer l’ordre des priorités : la construction d’une force politique authentique doit se faire avant toute présence aux élections, quitte à laisser un temps les loups se dévorer entre eux.

Mais je rêve encore. 12-12-2008 Jean-Paul Damaggio

 

Notes :

1) http://la-brochure.over-blog.com/article-24994633.html

(européennes trente ans en trompe l’œil)

2) Communiqué de l’Elysée

Le Président de la République a reçu aujourd’hui, jeudi 6 novembre 2008, M. Nicolas HULOT, Président de la Fondation Nicolas HULOT pour la Nature et l’Homme, accompagné des économistes Alain GRANDJEAN et Jacques WEBER, pour une réunion de travail au Palais de l’Elysée.

Le Chef de l’Etat et Nicolas HULOT partagent le diagnostic que la crise économique actuelle n’est pas qu’une crise financière. Nos difficultés actuelles trouvent également leur origine dans l’épuisement des ressources naturelles de notre planète, notamment du pétrole.

Pour dramatique qu’elle soit, la crise actuelle peut offrir au monde une occasion d’établir les bases d’une croissance véritablement durable, respectueuse des hommes et de la planète. Plus que jamais, il existe une opportunité unique d’organiser collectivement la lutte contre le changement climatique et d’investir dans la transition de nos sociétés vers l’après-pétrole.

Au niveau national, l’engagement de Nicolas SARKOZY en faveur du Grenelle de l'Environnement, rappelé avec force à Vaujours, le 4 novembre dernier, marque la volonté de la France d’être absolument exemplaire dans cette ambition. Le Président de la République et Nicolas HULOT ont convenu d’unir leurs efforts pour mettre le développement durable au cœur de la refondation du système économique et financier, à l’occasion de toutes les réunions internationales prévues dans les semaines et les mois à venir.

 

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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 11:27

Les horreurs du « féminisme »

 

 

Notre monde n’a rien d’original, en particulier du côté de ses manipulations du féminisme. Hier pour développer la consommation de tabac les rois de la pub firent appel aux revendications des suffragettes sur la base de cette question : pourquoi le femmes seraient-elles dispensées de cet outil d’émancipation nommée la cigarette ?

Aujourd’hui, modernité oblige, je découvre sur Le Monde 2 la photo d’une femme avec en titre : Arabie saoudite les femmes sortent de l’ombre. Comment ? Sous-titre « elles sont plus nombreuses à secouer ce carcan en entrant dans le monde de l’entreprise ».

Dès la première page nous sommes au cœur du sujet, lui-même au cœur de la modernité qui se résume en ce slogan : l’ENTREPRISE est notre mère à tous. L’ENTREPRISE subventionne nos plus beaux spectacles, l’ENTREPRISE nous offre nos salaires, l’ENTREPRISE paie les cotisations sociales (du moins ce qu’il en reste) et donc l’ENTREPRISE en Arabie Saoudite va permettre aux femmes de s’émanciper !

Je crois rêver d’autant que je lis bien cet autre élément du sous-titre : « La loi les maintient dans la condition de sous-citoyennes ». L’ENTREPRISE est plus forte que la loi ! L’économie est plus forte que le politique et l’émancipation des femmes nous le démontre… en Arabie Saoudite.

 

Je n’ai rien contre Le Monde 2 qui, en distillant ce discours, ne fait que reprendre une rengaine passablement lamentable (même pour la France où le slogan travail égal=salaire égal fait si bien la  loi dans l’entreprise). D’ailleurs le reportage est meilleur que ce que laisse craindre le titre, mais il faut des titres accrocheurs alors qu’importe la fidélité au contenu…

 

Pour montrer les miracles nées de l’ENTREPRISE, il fallait montrer les règles politiques du pays qui fixent l’état d’infériorité dans lequel sont maintenues les femmes. Règles politiques sous contrôle religieux bien sûr, grâce à l’infâme police des mœurs, la Mouttawa. Cette partie du reportage, qui concerne 99% des femmes, est d’une réelle utilité, pour enfin montrer que des femmes percent dans les banques et les cabinets d’avocats, réalisant ainsi une révolution silencieuse mais importante.

 

Nous retombons dans les classiques débats du féminisme que l’Europe a connu autour des années 1900-1940 : il s’agissait de revendications propres aux femmes de la bourgeoisie qui, dans leur « grandeur », peuvent s’attarder dans quelques manifestations de rue pour demander le droit de vote. Or le féminisme réel, celui qui touche toutes les femmes, nous pouvons l’étudier à travers un des thèmes traités dans l’article : l’interdiction faite aux femmes de conduire. C’est pied à pied, de l’une à l’autre, que les femmes françaises du peuple ont arraché le droit de conduire, à partir des années 60. Par chance, la séparation des églises et de l’Etat ne pouvait faire de l’interdiction de conduire un principe religieux. Il suffisait pour emporter la décision de convaincre un homme.

 

En Arabie Saoudite, l’article le rappelle : « les militantes s’indignent du fait que les religieux les plus radicaux assimilent ce droit de se déplacer librement à un permis pour une conduite licencieuse et une incitation au vice - même si c’est officiellement pour protéger leur réputation. » Parce qu’en effet, les femmes n’ont pas le droit de conduire POUR LEUR BIEN !

L’article est également utile quand nous apprenons qu’en fait les droits des femmes reculent depuis des décennies et l’image de deux types de voile est parlante. Entre l’ancien (tout blanc) et le moderne (tout noir et cachant le visage) la différence est très grande.

Mais le meilleur est toujours pour la fin dans ce commentaire de l’auteur de l’article qui interprète le point de vue d’une femme :

« Comme toutes les femmes rencontrées à Riyad et à Djedda, Lama Souleiman rejette avec virulence la conception du féminisme à l’occidentale, perçue comme un avatar d’une pensée coloniale : « Je trouve étrange que les Européens et les Américains soient incapables de faire preuve d’un peu de diplomatie à notre sujet, et qu’ils se montrent tout aussi incapables de comprendre les autres. » »

Génial ! Il y aurait, chez l’auteur de l’article une conception du féminisme à l’occidentale ? (Lama distingue Europe et USA) Le féminisme d’Amérique latine où, sauf à Cuba, les femmes n’ont pas droit à l’IVG, est le même que celui de France ou celui de Pologne ? Celui des USA est le même que celui d’Italie ? Je récuse toute idée de féminisme à l’occidentale, il existe plus exactement des féminismes qui, à travers le monde, en sont à des étapes diverses de leur histoire. Partout dans le monde, les religieux sont sans cesse au cœur de cette histoire et de toutes ses régressions - les droits des femmes en France pas plus qu’ailleurs n’étant une donnée irréversible. Bien au contraire, les reculs sont partout.

 

Quand Lama explique : « Ces femmes ont choisi de s’investir dans l’économie, car c’est un secteur jugé pour l’instant plus pertinent que la politique… » je veux bien entendre ce discours mais quand il s’agit d’expliquer que dans l’ENTREPRISE il est possible d’avoir des lieux spécifiques aux femmes pour qu’elles puissent s’émanciper, là nous ne parlons plus du féminisme et pas parce que je suis « occidental ». Des Noirs aux USA ont tenu longtemps ce discours : « vive la ségrégation car au moins nous sommes entre nous et nous pouvons mieux développer notre spécificité ». Ils avaient en partie raison : dans les écoles pour noirs il était fait plus de place à la culture des noirs. Mais ils avaient tort pour l’essentiel : dans la ségrégation toute une couche sociale est fondamentalement une « sous-couche sociale » et les avancées au sein de cette partie seront toujours des avancées infériorisantes. Dans nos écoles françaises, des filles préfèreraient souvent en revenir à une cour de récréation pour les filles où elles se sentiraient protégées (comme des garçons préfèreraient une cour de garçons pour ne pas subir la présence des filles). La solution est toujours et PARTOUT, la lutte contre la ségrégation.

9-12-2008 Jean-Paul Damaggio

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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 11:22

La télévision : problème de santé publique

 

Voici quelques mots sur un nouveau colloque concernant la télévision, animé par Bernard Stiegler (sur la photo) et qui s’est tenu à Paris le 6 décembre et qui était organisé par Arsindustrialis et le CIEM (collectif interassociatif enfance et médias).

D’abord qu’est-ce que la télévision pour les responsables du colloque ? Ni la télé , ni le marketing, ni la pub ne sont en soi le diable par contre leur utilisation est devenue diabolique au point de susciter de graves problèmes de santé publique.

La pub pourrait informer (il lui est arrivé de le faire) mais quand il s’agit d’une seule course à l’argent elle s’adresse aux pulsions et nous rend donc malade. Maladie aggravée par le marketing qui a ses mérites sauf quand il devient comme c’est le cas, un outil de domination sur la télé et sur la société. En conséquence, dans quelques années, les problèmes sociaux suscités par la télé risquent d’être de la même ampleur que l’affaire du sang contaminé.

 

La nocivité de la télé est déjà démontrée pour les enfants et quand se crée une télé en direction des bébés, c’est du délire. Mais cette nocivité touche aussi les adultes. Il s’agit globalement d’atteintes portées à la formation de la personne humaine. Oui, la télé informe, divertit, mais par sa puissance (elle entre dans chaque foyer), elle formate les esprits. Pour les enfants, il est aujourd’hui facile de démontrer qu’elle réduit l’attention par exemple. Mais je ne vais pas entrer ici dans tous les éléments concernant cette question.

 

Il en est une autre qui s’appelle le développement du numérique et qui fait que le débat actuel sur LES télévisions est plus historique que tous les autres. Il change même la nature de la pub par exemple. Celle qu’il est question de supprimer sur la télé publique est déjà un pub du passé jugée beaucoup moins efficace que celle ciblée qu’organise par exemple google ou celle qui se cache dans les fictions. Un intervenant espagnol au colloque Jesus Bermejo Berros a montré comment la présence répétitive d’un marque de jambon dans une série influait sur l’appréciation que le téléspectateur en avait et conduisait à sa consommation.

 

Bien sûr, ce colloque se tenant en même temps que le débat surréaliste au Parlement concernant la pub à la télé publique, il fallait prendre une position sur la question, position que les forces politiques, syndicales et autres évite le plus souvent de prendre clairement. Tout le monde sait que par sa réforme, Sarkozy souhaite affaiblir la télé publique mais là comme pour la Poste, l’Education nationale et autres services publics, défendre la télé publique n’est pas très clair car la télé publique n’est déjà plus publique. Comparez par exemple le traitement des élections prud’homales de TF1 et d’A2 et si vous trouvez une différence faites moi signe.

 

Le Colloque a proposé un moratoire sur ce débat pour reporter les décisions à plus tard. Il est vrai, Sarkozy a décidé d’aller vite mais ça fait déjà presque un an que les forces démocratiques tardent à réfléchir à une riposte d’ampleur nationale, argumentée et novatrice. Et s’il met la pression de l’urgence c’est pour mieux empêcher une démarche démocratique que la tonne d’amendements au Parlement représente si peu. Par exemple, Bernard Stiegler reste favorable à la pub à la télé publique proposant plutôt une réflexion d’ensemble sur les télés. Comment articuler ce point de vue avec celui d’autres forces démocrates pour qui ce recul de la pub est déjà un premier pas en avant ?

Je viens de survoler une journée de colloque avec le sentiment que nous sommes au cœur des enjeux sociaux de notre époque, un cœur où depuis longtemps je place la revendication d’une télé laïque. Je n’ai pu expliquer comment m’est venue cette idée aussi je le fais ici : en voyage au Pérou avec des amis, nous sommes passés dans des zones non-asphaltées où les maisons avait l’antenne de télé alors que manifestement il n’y avait pas d’électricité. L’ami m’expliqua alors : « Tu n’as pas vu au village l’annonce de ventes de batteries ? La télé fonctionne avec ces batteries et elle apporte ainsi un peu de « lumière » dans la maison ». La télé c’est une drogue même là où il n’y a rien à consommer ! 8-12-2008 Jean-Paul Damaggio !

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