Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:18

Bourdelle vue par Judith Cladel

Dans «Rodin sa vie glorieuse et inconnue, Grasset, 1936

 

Judith Cladel rappelle sa jeunesse avec son père et comment gamine elle est prise par cette question : « qu’est-ce que la sculpture ? »

 

« Celui qui aurait pu me dévoiler le mystère [de la sculpture], c'est Emile Bourdelle. Depuis qu’il avait quitté son Quercy natal pour Paris, il fréquentait chez mon père qui avait pressenti son talent, protégé ses débuts. A la mort de Léon Cladel, la ville de Montauban, l’avait chargé de faire de l’écrivain un grand buste destiné à être érigé sur une Place de la cité. Il continuait à fréquenter fidèlement la famille veuve de son chef et, parfois, il partageait à l’improviste notre dîner. Ces soirs-là, la conversation se prolongeait de six ou sept heures jusqu’à minuit ; un seul sujet l’occupait : Rodin.

Bourdelle, qui n’avait pas encore atteint la trentaine était captivé par le génie de son aîné. Le jeune artiste, aussi fin que doué, avait depuis longtemps pénétré la méthode d’une sculpture qu’il égalait à celle de Michel-Ange et, de Puget, une de ses plus chaudes admirations. Assis au foyer de notre salle à manger, penchant vers les flammes sa jolie tête à la chevelure d’ébène serpentaient des reflets bleus, à peine, par instant, relevait-il son regard dans lequel l’esprit gascon allumait des éclairs. Il parlait, emporté par l’enthousiasme ; les mots roulaient entre ses lèvres, avec la sonorité rocailleuse de l’accent quercynol, comme les cailloux striés d’or d’un torrent. Cependant son éloquence n’éclairait pas la question qui m’obsédait. Douze coups avaient sonné à la pendule que, debout dans l’antichambre, il s’épanchait encore : jamais amant ne célébra sa maîtresse avec plus de flamme que ce disciple son maître. Ma mère le poussait gaiement par les épaules :

- Allons, Bourdelle, nous recommencerons demain, si vous voulez. Pour ce soir, c’est assez !

Rodin aimait le talent de Bourdelle, son cadet de vingt ans, et sa foi militante dans la sculpture. Il lui confiait l’exécution d’importantes parties de ses œuvres et des modèles à traiter en pierre ou en marbre. De très affectueuses relations s’établirent entre eux. En des lettres belles et passionnées, Bourdelle exposait les raisons de son culte. Celui que, dans une sorte de délire sacré, il nommait le Dieu Pan, répondait à ces effusions avec une tendre amitié paternelle et la sérénité, naturelle chez lui, qui convient à un dieu. Lettres admirables ; de part et d’autre, elles reflètent le tempérament si divers des deux artistes, des deux hommes(1). A la longue leurs rapports s’aigrirent ; plus leur tendresse avait été profonde, plus leur inimitié fut aiguë et surexcitée semble-t-il, par des personnes de l’entourage.

On m’a souvent répété que parvenu à son tour à la maîtrise et à une gloire presque aussi éclatante à l’étranger que celle de Rodin, Bourdelle dénigrait celui qu’il avait tant aimé. Je l’ignore et ne veux pas le savoir, maintenant que le voilà, lui aussi, retiré dans l’éternel silence. Mais je sais que peu de temps avant sa mort il disait : « Je plains les sculpteurs qui n’ont pas connu Rodin » et qu’il publia sur lui une page les convictions de sa jeunesse n’ont rien abandonné de leur ferveur ni de leur émotion ; cela suffit, je la conserve comme un testament. »

 

(1) V. Edmond Campagnac : Rodin et Bourdelle d’après des lettres inédites (Grande Revue nov. 1920). – Gaston Varenne : Les Rapports entre Bourdelle et Rodin (Revue de France, 1er et 15 octobre 1934)

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Léon Cladel
commenter cet article
19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:17

Murielle Magellan  « Bousculer les formes »

 

 

De retour à Montauban pour y présenter son premier roman, Murielle Dbjay qui signe à présent Murielle Magellan, y a témoigné en toute simplicité de sa vitalité.

Le public, en ce 16 janvier, était curieux à la fois de son travail d’écriture mais aussi de l’évolution de la vie de la jeune montalbanaise qui se livra avec plaisir au jeu des questions réponses (à l’initiative de la Librairie Le Scribe).

 

La jeune montalbanaise :Murielle Dbjay

Lily Latu était là pour faire remonter quelques souvenirs du début, sur les planches à la FOL (Fédération des Oeuvres Laïques), de la toute jeune Murielle que sa mère, enseignante, incita à faire du théâtre dès l’âge de 11 ans. Conséquence, pendant des années, tous les samedis, l’univers de l’artiste en herbe fut celui du monde de l’éducation populaire.

Mais Murielle « traînait » très tôt un autre passion que celle du théâtre : la chanson, et une camarade de classe était là pour rappeler qu’en Seconde, elles rythmaient les tours de piste chers au prof d’EPS, en chantant My Lord… Elles parièrent même de répondre en chanson au prof de français ! D’ailleurs, la chanson décidera d’une première étape de sa vie : la montée à Paris.

Avec une autre association montalbanaise, Alors Chante ! Murielle Dbjay put sur la scène du théâtre montrer tous ses talents à la manière de Barbara. Je n’ai qu’un souvenir vague de son tour de chant mais j’avais gardé la sensation d’une forme artistique « tonique », premier terme que reprendra une personne pour qualifier son roman.

Appartenant à un monde « protégé » elle finira par s’installer définitivement à Paris où, par un travail constant, elle forcera peut-être la chance. Etrange coïncidence que de retrouver à la tribune de l’Ancien Collège de Montauban, une semaine après Gérard Barray, enfant de médecins montalbanais devenant artiste à Paris au début des années 50, une enfant de médecins ayant suivi le même chemin dans un autre univers artistique quarante ans après.

 

La romancière : Murielle Magellan

Murielle précise les conditions dans lesquelles elle est devenue romancière. L’envie l’habitait depuis longtemps mais, prise par autre chose, elle laissait en jachère ce rêve. Suite au succès de sa pièce Trait d’union, le journaliste Michel Feld l’engagea à écrire un roman. Le conseil ne tomba pas dans l’oreille d’une sourde qui se lança. Après quelques retards, le journaliste lui apporta son soutien, pour croiser le « passeur » inévitable : l’éditeur. Chez Julliard, Betty Mialet accepta de prendre en compte le roman et il fut publié en septembre 2007 : LE LENDEMAIN GABRIELLE.

A la question : « qu’elle est l’activité qui vous intéresse le plus ? » sa réponse fut simple : « Dans tous les cas, je fais la même chose : écrire ». Murielle a plusieurs cordes à son arc – et conseille aux jeunes d’opérer de la même façon pour réussir – mais toutes les flèches visent la même cible.

L’histoire du roman met face à face ou côte à côte, suivant le roman que chacun se fait à la lecture, une solitude et une famille, mais sans défendre une posture plus qu’une autre. La question lui fut posée : « où est la vraie vie ? » Question qui rejoignait une autre sur le besoin d’écrire : « Faut-il être malheureux pour devenir créatif ? »

Pour la jeune femme, l’essentiel c’est de prendre la vie comme elle vient. On peut être heureux et réussir à écrire, de manière peut-être plus cérébrale que la réponse émotionnelle que suscitera la douleur. « La vraie vie » ce n’est pas celle de demain, c’est celle que l’on vit, en conséquence, à ses yeux, dans le roman, chaque chemin a ses mérites.

Son écriture de romancière ne serait-elle pas marquée par son expérience théâtrale ? Elle espère que non car un roman, c’est une écriture littéraire qui doit avoir sa propre force. Bien sûr, parmi ses outils à disposition, on retrouve l’écriture théâtrale, sa passion pour la chanson mais avec une idée : « bousculer les formes ». En conséquence le roman commence ainsi : « Point final. »

Murielle Magellan est une adepte de la polyculture et à ceux qui craignent qu’elle ne se disperse, elle répond par ses créations constantes.

 

Quelques références

Après sa vie montalbanaise, Murielle Magellan a suivi des cours de comédie au Théâtre National de Chaillot et parallèlement a obtenu une Maîtrise de Littérature moderne à la Faculté de Jussieu en 1991. Ses différentes expériences lui ont permis de développer une technique d'enseignement de la scène répondant aux besoins spécifiques des chanteurs.

Depuis 1999 elle intervient au Studio des Variétés (où elle fut élève en débarquant dans la capitale) dans deux domaines : la mise en scène avec le groupe vocal Cas 6, Jacques Haurogné, William Schott et cie et le coaching d'interprétation avec Romain Didier, Valérie Barrier et Flor del Fango. On la retrouve aussi dans les stages collectifs.

Par ailleurs Murielle Magellan est auteur pour le théâtre et comédienne : on la retrouve toujours liée à sa ville Montauban, avec La Procession - Film de François-Henri Soulié - court métrage.

Le tournant c’est donc : TRAIT D'UNION pièce de 2004 - mise en scène de Bernard Murat avec Caroline Silhol, François Marthouret, Stéphane Hillel et Charlotte Kady, jouée au Théâtre des Mathurins à Paris.

Pour la chanson (Auteur - Compositeur - Interprète) elle fut en première partie de Léo Ferré, elle passa au Festival de La Rochelle, à celui de Montauban et au printemps de Bourges en 1986.Elle précisa à Montauban qu’elle n’a pas chanté depuis plus de dix ans mais que dernièrement pour un ami, elle se remit au piano et y retrouva d’autant plus de plaisir que sa prestation fut un succès.

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans tarn-et-garonne
commenter cet article
19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:15

Une coïncidence fait paraître notre réédition de deux textes d’Olympe de Gouges annoncé sur ce site avec la tenue des nouvelles journées Olympe de Gouges dont vous avez une première présentation. Nous reviendrons sur les deux événements très importants.

 

JOURNEES OLYMPE DE GOUGES

 

5, 6, 7 mars 2009 Théâtre Olympe de Gouges à Montauban

2009   Sur le thème des femmes journalistes

 

Olympe a fait œuvre de journaliste, de correspondante de presse au quotidien , de journaliste politique à travers ses nombreux libelles ; d’autres femmes ont été journalistes de la Révolution : par exemple Louise de Kéralio est la 1ère femme à fonder un journal : «  le journal d’état et du citoyen » le 13 août 1789 ; Mary Wollstonecraft, anglaise venue à Paris, référence de Flora Tristan, tient un journal politique des évènements à l’attention de ses compatriotes.

 

Marraine des journées : la journaliste libanaise May Chidiac, présentatrice du journal télévisé de la Lebanese Broadcasting Corporation. Victime d’un très grave attentat en 2005, amputée d’un bras et d’une jambe, elle a repris son métier de journaliste et continue à se battre pour l’intégrité de son pays ; elle a reçu en 2006 le prix mondial de la liberté de la presse.

 

Jeudi 5 mars

 

17 h30 : inauguration officielle avec Mme la députée maire de Montauban et la marraine des journées, May Chidiac ; présentation de l’édition des œuvres complètes d’Olympe de Gouges avec Betty Castan.

18 h : l’œuvre journalistique d’Olympe de Gouges et de ses contemporaines, par Catherine Marand-Fouquet.

18 h30 : intervention de la marraine des journées, la journaliste libanaise May Chidiac.

 

21 h : théâtre burlesque, pièce de la lauréate de la bourse Olympe de Gouges 2008 : « sois belle et t’es toi ».

 

Vendredi 6 mars

 

17 h à 19 h, table ronde animée par Laure Adler, rare femme à avoir occupé la direction d’un média national, France Culture : « la place des femmes aujourd’hui dans les médias », avec des journalistes de la presse écrite, radio et TV.

 

Avec Eliane Victor, journaliste télévision («  5 Colonnes à la  Une », « les femmes aussi ») et ancienne directrice de Elle ; Catherine Beaunez, dessinatrice de presse ; Annick Cojean, du Monde et de France 5, Anne Poiret, prix Albert Londres 2007 ; May Chidiac.

 

20 h30 : cinéma : « la malédiction de naître fille » de la réalisatrice Manon Loizeau, meilleure grande reporter de la presse audiovisuelle, prix Albert Londres 2006 avec Axelle de Russé, lauréate du prix Canon 2007, réalisatrice de l’exposition présentée au théâtre Olympe de Gouges : « le retour des concubines ».

 

Samedi 7 mars

 

16 h : « l’âge d’or de la presse féministe au XIXème siècle », par Yannick Ripa.

La presse féminine puis féministe naît véritablement à partir des années 1830 et on peut considérer le XIXème siècle comme l’âge d’or de la presse  féministe en France  grâce aux nombreux journaux : « la femme libre » ; « la voix des femmes » ; « l’opinion des femmes » ; « l’avenir des femmes » ; « la tribune des femmes » ; « la citoyenne » ; « la fronde » ; « le féminisme chrétien »…

La plus importante journaliste de cette époque est Séverine : féministe et pacifiste qui a véritablement fondé ce qu’on appelle aujourd’hui  le grand  reportage et le journalisme d’investigation. Elle a écrit entre autres dans la Fronde, 1er journal a être dirigé et fabriqué uniquement par des femmes ; il a été fondé par la journaliste Marguerite Durand qui a donné tous ses fonds pour créer la bibliothèque qui porte aujourd’hui son nom à Paris ; ce journal a œuvré pour la réhabilitation de Dreyfus. Judith Cladel a beaucoup travaillé à ce journal.

Une autre féministe fonde « la citoyenne » , Hubertine Aucler et œuvre à bousculer les mentalités : « le mariage ne peut être éternellement pour la femme la domestication gratuite et pour l’homme une exonération de dépense et de travail ».

17 h : « Séverine , la création du journalisme d’investigation », par Evelyne Morin-Rotureau.

18 h : pause

18 h30 : « Andrée Viollis », par Anne Renoult ; égale d’un Albert Londres ou d’un Joseph Kessel, correspondante de guerre dans l’Allemagne nazie, la Russie soviétique, pendant la guerre d’Espagne, en Irlande….femme engagée et  libre penseuse.

20 h 45 : clôture des Journées avec mme la députée maire de Montauban et la  marraine May Chidiac ; lancement de la Bourse 2010.

21 h : concert : œuvres de Clara Schumann, Fanny Mendelsohn et Lili  Boulanger par le trio George Sand.

 

Exposition au théâtre : « le retour des concubines », d’Axelle de Russé

Exposition à la Bibliothèque : « citoyen-nes, citoyennetés », d’Isabelle Gabrielli -

 

Expositions scolaires :

 « il était une fois l’histoire des femmes » et « femmes artistes, scientifiques » afin que les établissements aient le temps cette année de travailler dessus avec les élèves

Proposer aux établissements de faire travailler les élèves sur des sujets de société que l’on pourra aborder avec des  femmes journalistes  locales  ;

Proposer aux lycéens et lycéennes de réaliser  le journal des « journées Olympe de Gouges » - en cours avec Geneviève André-Acquier

 

Intervention de May Chidiac devant les lycéen-nes du lycée Michelet : vendredi 6 mars à 14 h30.

 

Librairies : outre les livres des intervenantes, ouvrages sur les femmes grands reporters : actualités, conflits,  économie, environnement, voyages ; apéritifs-dédicaces

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans olympe de gouges
commenter cet article
19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:13

Gabrielle Duchêne

Une féministe réfugiée aux limites du Tarn-et-Garonne en 1942

Il faut toute l’ingéniosité du dessinateur pour discerner, sur une minable photo, les traits de Gabrielle Duchêne (dessin par Rosendo Li)

.

Cette femme (1870-1954) fut un monument de la lutte sociale. Quand, à l’âge de 73 ans, fuyant la Gestapo, elle vint se réfugier aux limites du Tarn-et-Garonne de 1943 à 1945, qui, dans le petit village de Milhars (Tam), pouvait se douter de son histoire ? Elle vivait à ce moment-là chez une amie, Claire Geniaux. Quelqu’un de ce secteur a-t il encore des souvenirs ?

L’essentiel de cette chronique est reprise du Maîtron, un dictionnaire biographique du mouvement ouvrier consultable à la BM de Montauban [il n’est plus à disposition]. Native de Paris, Gabrielle Duchêne entra dans la lutte pour les droits politiques et sociaux des femmes avant même 1914 mais l’essentiel de ses « exploits » se produiront entre 1918 et 1939. Pacifiste pendant la première guerre mondiale, elle noua à ce moment là des liens avec les féministes des USA et de Hollande. Dès cette époque elle eut sa fille Suzanne à ses côtés. Son combat pacifiste se doubla d’un combat social en faveur de la revendication classique « à travail égal, salaire égal » qui lui cause ses premiers ennuis avec la police. Rappelons à Jacques Chirac qui se préoccupe de la question que le statut de la fonction publique permet globalement l’application du principe... or tout est fait pour casser ce statut !

A la fin de la guerre Gabrielle Duchêne devint la secrétaire générale de la section française de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté (LIFPL). Observons ici, qu’aujourd’hui, à l’heure de la dite mondialisation, les organisations deviennent surtout... locales ! Et c’est encore sur le terrain international que cette femme se distingue en soutenant les victimes des famines d'URSS, ce qui la conduira à sympathiser avec l’expérience soviétique.

Pacifiste, internationaliste, féministe, elle était aussi présente là où il fallait dénoncer le colonialisme. Parmi ses centaines d’articles et de rapports, citons celui de juillet 1929 : « La situation sociale politique et économique de la femme dans les domaines coloniaux et semi- coloniaux. »

Présente au congrès d'Amsterdam en 1932, congrès qui esquisse l’unité d’action contre la guerre, elle critique le Manifeste de Barbusse. Présidente du Comite mondial des femmes contre la guerre et le fascisme qui prétendait avoir dix millions de membres (cent mille en France), elle accompagna le PCF dans sa lutte contre le fascisme.

Ces notes, aux allures d’un rapport des Renseignements généraux, devraient être plus vivantes quand on sait que Gabrielle Duchême laissa des archives phénoménales dans une bibliothèque publique de Nanterre, mais qui, malgré de tels outils mis à disposition, a écrit un livre pour raconter sa vie ?

Etrangement, le texte de la biographie du Maitron n’évoque pas son combat pour le suffrage des femmes or des dossiers donnent beaucoup de renseignements sur le travail de l’Alliance Internationale pour le Suffrage des Femmes (encore le mot international !). Elle avait ainsi accumulé des journaux féministes anglais, américains, allemands, autrichiens, égyptiens uruguayens et hindous (60 numéros de la revue seulement entre 1925 et 1932).

Les responsables de la Bibliothèque de Nanterre indiquent : « Il ne faut pas oublier enfin son extraordinaire correspondance (15 dossiers de 1910 à1940), source unique renseignant à la fois sur la vie quotidienne de Gabrielle Duchêne et ses amis, et sur son militantisme avec l’incidence de celui-ci sur son existence et ses relations. Ces lettres mériteraient à coup sûr un classement analytique et une publication exhaustive ».

En fait, depuis la période 1981-1985, plus rien n’a été publié au sujet de cette femme alors qu’il s’agissait, à ce moment-là seulement d’articles. A quand un livre en son honneur ? Sans cet effort, on continuera d’attribuer l’accès au droit de vote des femmes à tel ou tel HOMME politique en négligeant les multiples luttes féministes qui existèrent, souvent sous des formes avant-gardistes. Ainsi va l’histoire ... Jean-Paul Damaggio (Point Gauche ! n°79 mars-avril 2005)

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans féminisme
commenter cet article
19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:11

L’identité du Tarn-et-Garonne après le bicentenaire

 

Même après les multiples expositions, débats, publications autour du Bicentenaire, Guy Astoul, qui se sent plus géographe qu’historien, reste un passionné de l’étude de la création du Tarn-et-Garonne, comme il l’a montré au débat du 13 janvier. Intervenant presque 20 ans après les autres, la naissance du département est en effet un cas d’école pour réfléchir à une question éternelle : comment s’opère le découpage des territoires ? Question souvent présentée seulement sous l’angle des pays colonisés mal découpés, or elle est de tous les temps et de tous les lieux.

En 1808, les intérêts de Napoléon voulant réconcilier la France avec les catholiques et les protestants ont rencontré les désirs anciens des diverses autorités de Montauban qui souhaitaient en faire un chef-lieu. En 1790, par la logique de la création des départements - 1790 - tenir compte des limites des provinces (ici le Quercy) et placer le chef-lieu au centre, donc Cahors- Montauban a été disqualifiée. Par l’intervention de Napoléon, un territoire a été construit ensuite autour de la ville rose avec deux conséquences, une diversité et une petite taille, deux éléments qui ont démontré qu’ils n’étaient pas un obstacle au développement du département.

Quelles autorités locales ? Tout d’abord les autorités religieuses et en particulier les protestants qui souhaitaient obtenir la création d’une faculté de théologie protestante (pour former les pasteurs), dans le cadre de la réconciliation adoptée par Napoléon. Pour Guy Astoul, entre Nîmes et La Rochelle, Montauban s’est trouvée cette fois à la bonne place, d’autant que les protestants y étaient moins remuants qu’à Nîmes, mais fallait-il encore que la ville devienne chef-lieu de département ! La création d’un diocèse catholique était un souhait de la religion dominante. Côté autorités politiques et administratives, le souhait de remettre Montauban à sa juste place, est évident. Et tout ceci ne pouvait qu’enthousiasmer les forces économiques locales. Il n’y a donc pas eu UN inventeur particulier, mais un faisceaux de conditions favorables que chacun a su mettre à profit.

Ensuite, il y a eu le découpage. Il est frappant de remarquer que les principes qui avaient présidés à la naissance des départements, dans des buts de rationalisation du territoire, furent encore appliqués : le département du Tarn n’a rien donné au nouveau Tarn-et-Garonne car, le souci étant d’équilibrer les populations, il ne fallait pas trop déshabiller Pierre, pour habiller Paul.

Je prétends que ces conditions de naissance du département entraînèrent un fossé plus grand qu’ailleurs entre le peuple et les élites (sauf bien sûr à Montauban). Depuis presque 20 ans les habitants avaient constaté les bienfaits des départements, donc pour eux la naissance du Tarn-et-Garonne s’apparente seulement à un changement de repère : de sous-préfecture, Montauban passe préfecture, et quant à ceux qui étaient du Gers, du Lot-et-Garonne ou de la Haute-Garonne (comme Castelsarrasin) inutile de leur demander leur avis, ils auraient refusé. Cet écart entre les élites et le peuple a été renforcé par la petite taille du département. Bref, avec le Tarn-et-Garonne, la cuisine du découpage est un élément passionnant.

 

En 1908, le centenaire, époque de grande contestation des départements ce qui a fait dire à Antonin Perbosc que le Tarn-et-Garonne ne fêtera pas son bicentenaire. Preuve que déjà la réflexion sur la création du Tarn-et-Garonne permettait d’aborder les grands faits de société.

Et en 2008 ? Comme découpage, on parle encore de Paris face à la Province, la « Province » étant un concept pourtant vide, un mythe que Guy Astoul aimerait bien étudier, mythe renforcé par le nom des habitants de l’Ile-de-France, les Franciliens, mythe qui renvoie à la question du centralisme. Il est évident que l’attraction actuelle de la ville de Toulouse influe et influera beaucoup sur le devenir du Tarn-et-Garonne. Dans les nouveaux découpages actuels, avec les intercommunalités, on voit revenir les anciens noms de provinces surtout en Tarn-et-Garonne. Quant aux Editions La Brochure, organisatrices du débat, elles ont contribué au bicentenaire par un livre de J-P Damaggio en direction de la jeunesse, où, à partir de documents, on découvre les 15 ans de personnalités comme Cladel, Mary-Lafon, Athénaïs Mialaret, Raoul Verfeuil, Marcelle Davet (une écrivain de Saint-Antonin méconnue alors qu’elle a écrit chez les plus grands éditeurs de très nombreux libres) ; ou les 15 ans de personnes ayant marqué leur milieu comme le paysan Gérard Tartanac, la reine des chapeaux Mme Cantecor fille, ou le musicien Tony Meler.

Le mot de la fin au grand philosophe natif de Miramont de Quercy Jean Izoulet, qui expliquait pourquoi, en 1894, en tant que représentant à Montauban des Tarn-et-Garonnais de Paris, il adorait le Tarn-et-Garonne :

« D’abord, leur dirais-je, le département de Tarn-et-Garonne est le dernier-né de la France nouvelle. Il n’a été formé que bien des années après les autres. C’est un enfant tardif de la Révolution. C’est le Benjamin des départements. C’est ce que nous appellerions dans notre dialecte espiègle et câlin un catchoniou ! »

Plus loin il continua ainsi après avoir parlé de la diversité de la France :

« Eh bien ! Messieurs, toute proportion gardée, le département de Tarn-et-Garonne me paraît être aussi divers que la France elle-même. N’est-il pas fait à la fois de Rouergue, de Quercy, d’Agenais, d’Armagnac [nous dirions aujourd’hui Gascogne] et de Languedoc ? Et n’est-ce pas ce qui lui a permis d’avoir tour à tour des héros de guerre et d’amour, comme ce comte de Guibert, apprécié des Frédéric et adoré des Lespinasse ; des héros politiques, comme l’énergique conventionnel Jean Bon St-André, qui, délégué aux escales, vit, d’un œil fixe, sombrer le vaisseau « Le Vengeur »; des héros d’art, comme Ingres, qui, vous le savez, a surpris immortellement la nymphe des sources ? Enfin, Messieurs, notre département a pour nous un dernier attrait : c’est qu’il est petit, tout petit. Vous savez ce que Musset disait de Hassan, que la nature l’avait fait tout petit... afin de le mieux faire ».

Sans adorer le Tarn-et-Garonne, je reconnais que j’aime bien ce qui est petit.

14-01-2009 Jean-Paul Damaggio

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans tarn-et-garonne
commenter cet article
19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:07

Le professeur et ses rêvolutions

 

 

Il était une fois un prof de français qui souhaitait plonger ses élèves dans la littérature sans qu’ils s’y noient. En 1990, pour bien inaugurer la décennie, il eut l’idée de proposer aux lycéens de se changer en jury de prix littéraire. Il proposa un cadre : on prendra les premiers romans, et une démarche, les lycéens seront de A à Z, les pilotes de l’opération. Merveille des merveille, le projet se développa tant et tant qu’il dura seize ans, passant donc l’âge des noces de diamant.

Ce prof, maintenant retraité, ayant plus d’un tour dans son sac, décida de mettre en livre cette expérience unique que les autorités auraient aimé piller au nom des PAE dont les pilotes sont shootés aux consignes ministérielles.

Pour comprendre que nous sommes en plein conte de noël, la sortie du livre coïncida avec ce que les médias médiatiques appellent : « le Goncourt lycéen », tandis que celui du prof de français s’appelait : « le Goya lycéen ». Que les deux prix commencent par un G n’en fait pas des parents.

Le premier s’apparente à la macdonadisation du monde. Tout est précuit, prédigéré, prévoté et le bonheur n’est pas dans le pré (nous verrons pourquoi).

Le second s’apparente à la grande cuisine, celle des grands-mères qui, à 9 h le matin, mettaient à cuire des œufs dans une poêle posée sur de faibles braises du feu de cheminée, pour qu’à midi, ils soient cuits à point. Une cuisine de la patience, de la lenteur, de la qualité, de la diversité, en bref, une cuisine que le luxe a su mettre à sa portée, ce qui n’empêche pas des pauvres bien placés, de manger parfois des omelettes truffées en guise de petit déjeuner.

 

En conséquence, pas étonnant, si une jeune fonctionnaire dans le nord de la France (et pour lui éviter des ennuis de la part de ses collègues, à l’heure des fichiers je n’en dirai pas plus), passant pour noël dans sa ville de Castres (oui de Goya il faut passer à Castres), est saisie, à la vue du livre chez le libraire, l’achète, s’y plonge et prend la plume pour écrire à son professeur. Que va t-elle lui dire ?

 

Elle lui rappelle qu’elle était au lycée en 1999, et vous verrez que cette date va compter pour la suite du conte, où elle a vécu le prix du côté lycéen. En lisant le livre, elle sera frappée par une première pierre : « J’ai pu m’apercevoir du travail acharné qu’avait fourni l’équipe pédagogique et qui ne paraissait pas toujours évident aux yeux d’ados. Je me suis bien trompée et j’ai vu que certains travaillaient beaucoup plus et en coulisses.....Je leur tire à tous mon chapeau et à vous aussi professeur. »

Tout d’un coup, le refus du CRDP (Centre régionale de documentation pédagogique) de publier le livre devenait évident : à présenter une démarche pédagogique avec les luttes des profs comme carburant, en lieu et place de directives officielles, c’est pas très bon ! Or, justement c’est ce qui plaît à cette lectrice occasionnelle !

 

Là, on arrive au tournant de 1999, année de toutes les luttes autour du prix, qui fait qu’à partir de l’an 2000 le déclin de l’expérience sera systématiquement organisé par une hiérarchie pourtant favorable jusque là à cette aventure pleine de créativité, d’intelligence. Le hasard a voulu que les lycéens choisissent de discerner le prix à Karin Bernfeld. Un parent puis le proviseur en furent offusqués ! A ce moment-là, Karin a l’âge de certains lycéens, 22 ans. Pour la première fois le proviseur exige que les lycéens revotent car le résultat est déplorable ! Un vote issu d’un travail de longue haleine, de discussions, de confrontations, un vote qui avait mis un trimestre à cuire, et voilà qu’un homme seul osait dire non ! Encore une fois, la lectrice occasionnelle qui a pris la plume saura voir l’essentiel en pointant les luttes déclenchées par le refus du proviseur incapable de comprendre que le jury n’était pas une troupe qu’on dirige. La révolte a grondé tant et si bien que le proviseur dut mettre un genou à terre (Karin est toujours dans la liste des gagnants) ce qui ne pouvait qu’induire le plat qu’il allait manger froid, la vengeance.

Mais quelle était la cause de tant de tapage causé par ce titre en effet peu engageant : Apologie de la passivité ? La lectrice occasionnelle indique : « Ce livre a choqué les mœurs de certains coincés du "cul" (excusez mon franc parler) et de ceux qui disent « si vous vivez avec quelqu’un et que vous n’êtes pas marié, vous vivez dans le péché » ».

 

Voilà, nous y sommes ! Il s’agissait d’un livre d’une « homosexualité triste » déclarèrent les autorités. La décennie des années 2000 était donc annoncée clairement à Castres, elle serait celle de la domination des « coincés du cul » (je dis plutôt celle des révolutions conservatrices, mais chacun ses références) et ils furent à la hauteur de leurs ambitions. L’an 68 devait en finir avec les contes s’achevant ainsi: « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » mais depuis, nous devons déchanter quand j’entends ce rêve : « ils se marièrent et eurent beaucoup de femmes ». La revanche sur les femmes, car telle est l’obsession qui rongera toujours les Puissants, fait reculer les rêvolutions de professeurs qui, par chance, se trouvent parfois confortés par de jeunes lectrices occasionnelles. Les contes de noël auront bien pour conclusion future : « ils s’aimèrent et eurent beaucoup d’omelettes truffées ».

12-01-2008 J-P Damaggio

Notes : Le livre s’appelle « Longue vie au Prix Goya ! » de Claude Rossignol et nous avons de bonnes nouvelles de Karin Bernfeld. Elle a publié un second roman chez Balland, Alice aux pays des femelles. Les deux romans en question ayant été épuisés, ils sont en livre de poche. Elle a publié une part d’autobiographie avec Les Portes de l’espérance chez Flammarion (sa famille vient de juifs d’Europe de l’Est), et, dans un tout autre domaine, elle vient de publier un livre pour aider les personnes malades de boulimie, anorexie, ou obésité : Déjouer les troubles alimentaires. N’ayant rien lu d’elle, je ne porte pas de jugement, je constate seulement.

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans prix goya
commenter cet article
19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:03

Dans Point Gauche ! n°91 janvier 2007, voilà comment Max Biro annonçait la triste naissance de Natixis.  Depuis des scandales on coulait sous les ponts… Max Biro est l'auteuir d'un dictionnaire fientifique d'économie sociale et politique

 BON DE COMMANDE Editions La Brochure

 

Triste naissance de Natixis

 

Les deux jeunes bécasses sautillant d’une patte sur l’autre inventaient une comptine : « Natixis au cul je te pisse, Escroqriss au cru je te prisse, et le vieil oiseau noir au cru te prissera. »

Elles reprenaient sans cesse. L'oiselle de l’ENA (école nationale d'admiration), irritée, les reprit : « On n'insulte pas les forces vives de la nation. »

Le vieil oiseau noir se souvenait du scandale de Panama, de la faillite des petits rentiers en 14, de l’affaire Stavisky, de la Garantie foncière, du tunnel sous la Manche, des actions de France Télécom. Il intervint : « Continuez mes enfants vous êtes créatives! »

Allez dans votre Banque populaire, il y a un dépliant quadricolore sur bristol, une jeune femme blonde et son marmot, bobo, et le texte : « Chaque sociétaire a une mission de transmission. Parce que l’esprit coopératif n’a de sens que s’il est collectif. » Et six pages sur les sociétaires et l’esprit coopératif..... La CASDEN fait partie des Banques populaires fédérées. Sous forme de parts sociales non soumises aux aléas de la Bourse, les adhérents sont propriétaires du capital.

Et la Caisse d’Epargne, c'est une autre sorte de capital sans actionnariat, elles furent fondées pour permettre un petit gain sur les petits revenus des petits, avec souplesse, pour protéger les petits de l’usurier, pour leur permettre l’autonomie.

Les managers, nos zélites de l’une et de l’autre banque décidèrent, avec ce beau capital qui dormait, de faire une vraie banque, libérale, d’affaire, de spéculation, qui les ferait échapper au ringard mutualisme puisque le mutualisme est ringard. Sonnez trompettes, roulez tambours, ainsi naquit Natixis.

C'est une filiale, elle est côtée en Bourse, tout de suite elle cherche l’actionnariat populaire, mais le dépliant en petites lettres dit que c’est ouvert à l’Amérique ! Les fonds de pension ! C’est l’Amérique ! Vive le mutualisme et la coopération ! Banque Populaire et Caisse d'Epargne sont actionnaires et majoritaires pour le moment.... Mais Natixis et ses deux mères, un point à l’endroit, un point à l’envers, tricotent l’inextricable chaîne de la finance et du marché ! Natixis apporte de l’argent à ses maisons mères sous forme de certificat. Qu’est ce qu’en certificat ? Une action. Oh ! Sans droit de vote.

Ah !...........pour le moment.... Quel triple saut périlleux carpé amènera les maisons mères à être les filiales ? La loi l’empêchera ? Un amendement lorsqu’il y a dix députés en séance ou quelque autre chose que moi, pauvre profane en économie, en finance on en truanderie, n'aurait pas vu.

C'est pas si simple dira le financier ... Vas y mec, crois le, les paysans sont-ils encore propriétaire de leurs coopératives ? Et le Crédit mutuel agricole à qui qu'il est ? Nous adhérents de la Casden, on nous a fait signer quelque chose difficile à comprendre... J’ai confiance... Moi j’ai compris...

Les bécasses reprirent leurs comptines « Natixis au cul je te pisse. »

Le vieil oiseau noir

NDLR : 1 ) Tous nos lecteurs ne vivant pas au rythme de l’actualité bancaire et sous une pression publicitaire visant à créer des petits actionnaires, ne savent peut-être pas que Natixis se veut une nouvelle banque de l’ère moderne.

(Point Gauche ! n°91 janvier 2007)

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans max biro
commenter cet article
12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 16:00

Vous retrouvez cet article sur le site Train de nuit (voir la rubrique liens) avec une correction car j'ai été mal informé qsur un point. Je vous laisse la découvrir.

Les poèmes cannibales permirent de construire un pont public entre Montauban et Montréal. Je n’imaginais que six mois après un nouveau pont autrement géant allait relier à nouveau les deux villes. Il s’agit d’une exposition sur le peintre Ingres qui doit débuter en février au Musée des Beaux Arts de Montréal et qui se retrouvera cet été à Montauban. Pour présenter le sujet j’ai tenu à écrire ces deux articles pour éviter les confusions.

Ingres côté « cour »…

Au début du Second Empire, Ingres est alors à Montauban, sa ville natale qu’il aima tant. Jacques Desmarais est obligé de souvenir du Musée Ingres qui orne la ville. Quand il y arriva , il la traversa à pied et fut donc contraint, en traversant le pont sur le Tarn, d’admirer l’imposant Musée qui était autrefois l’Hôtel de ville et qui était avant la révolution le Palais des évêques. L’événement donna lieu à un article où on découvre tout le côté « cour » du peintre qui se précipita chaque fois qu’il fallait honorer les grandes personnalités. « Le 27 janvier 1854 monsieur Ingres acheva, à l’Hôtel de ville de Montauban, la décoration du plafond de la salle dite de l’Empereur. Le sujet est l’apothéose de Napoléon 1er ; le tableau est de forme circulaire et les figures de grandeur naturelle. Au milieu d'un ciel d'azur, on voit Napoléon, vêtu seulement d'une chlamyde, tenant le sceptre de la main droite et étant accompagné de la Renommée. Ce groupe repose sur un char d'or que guide la Victoire, au-dessus de laquelle plane un aigle. Au-dessous de cette scène aérienne apparaît un segment de la terre où se trouve le trône de Napoléon, vide et tendu d'une étoffe de deuil. A droite du trône est la France en deuil également et suivant de l’œil Napoléon vers le ciel, tandis que de l’autre côté Némésis s’élance avec rapidité pour renverser l’anarchie. Enfin, au loin et près de l’horizon marqué pour le nier, on aperçoit le rocher de Sainte Hélène. Ce tableau monumental va donner un nouvel éclat aux belles décorations de l’intérieur de l’Hôtel de ville. » L’auteur de l’article, le jeune Pierre Baragnon (1830-1904) faisait là ses armes de journaliste de province, un journaliste promis à une grande carrière, dut se régaler à écrire ces quelques lignes lui qui vivra longtemps en Turquie. Il s’installera ensuite à La Ciotat. …

Ingres côté jardin

Le bain turc a été une commande du Prince Napoléon, un autre membre de la famille de Napoléon III, mais elle fut finalement achetée par l’ambassadeur de Turquie à Londres, celui qui emporta avec lui l’origine du monde de Courbet. Cette peinture entre dans l’autre face du peintre. On y trouve une abondance de nudités ! C’était l’époque où l’Orient érotique fascinait les artistes français ! Un temps bien surprenant quand on pense à « l’érotique » actuelle du Moyen-Orient. Ce tableau qui surprend, quand on le voit, par sa petitesse, vu tout ce qu’il contient, est comme le testament du peintre, la somme de tous les portraits de femmes qu’il réalisa, sauf que cette fois, il les dénuda. Bien sûr, il ne s’agissait pas d’une peinture destinée à un musée mais à un salon très privé d’un univers toujours très huppé. L’étude de la peinture démontre qu’elle a été construite par étapes successives pour aboutir, après un projet carré, à une peinture en rond, pour accentuer l’érotisme de la scène. Peut-être un rond de serrure ! Elles sont donc vingt cinq femmes nues assemblées, vingt cinq femmes de toutes les couleurs, de toutes les conditions et dans toutes les positions. Plis et replis de la chair donnent au tableau une sensualité sans égal ! Les érudits pourraient vous donner le nom de presque toutes les femmes visibles et bien visibles que le peintre, à l’approche de la mort, peut prendre le risque de montrer. Le simple amateur d’art que je suis, a envie de retenir seulement deux points, la femme au cœur du tableau dont on ne voit que le dos, et au premier plan les outils du peintre qui manifeste ainsi sa présence. Tout est œuvre de sous-entendu. Le peintre est là sans y être et une femme montre l’essentiel, son dos ! Quant au détail, il est soigné et tout l’art d’Ingres est sans doute dans cette obsession, surprendre le spectateur par un dessin minutieux et pas toujours orthodoxe mais à jamais éblouissant. Bien sûr, les deux Ingres n’en forment qu’un seul mais la postérité qui a retenu « le violon d’Ingres » a surtout retenu le peintre des corps.
9-01-2008 Jean-Paul Damaggio

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Ingres
commenter cet article
12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 15:58

Même si ce n’est pas Gérard Barray que l’on voit sur l’affiche, le lecteur ne sera pas étonné si j’ai retenu cette référence de film où Gérard Barray joua en 2001.

 

Gérard Barray, Un Belmondo occitan ?

 

Le 10 janvier 2008, la Compagnie des écrivains du 82, comme elle le fait chaque année, organisait une rencontre entre une personnalité et son public. Gérard Barray était l’invité que les lecteurs du Florilège publié en 2007 par l’association (ecrivains 82 ) avaient pu découvrir : l’acteur y avait tissé quelques lignes à la gloire de sa ville, Montauban, qu’il écrit « Mountalba ».

C’est la ville de sa mère où il débarqua à l’âge de quatre ans, au moment de la séparation de ses parents vers 1935.

Le public put d’abord découvrir l’immense émotion qui secouait l’acteur en découvrant autour de lui tant de souvenirs vivants, tant d’affections partagées.

Après diverses présentations par Norbert Sabatié, André Serres et d’autres, incapable de faire un discours il préféra le jeu des questions/réponses où, par contre, il ne manqua pas d’anecdotes à raconter.

La première question tourna autour de ce choix de comédien qui n’était pas naturel pour un jeune que tout destinait à la médecine. Il donna quelques raisons en précisant qu’il allait mentir par omission car l’histoire aurait été trop longue.

Etudiant à Toulouse, il décida un beau matin d’aller voir une amie de sa mère pour lui dire : « je veux devenir comédien ». Après quelques rencontres, des professionnels l’incitèrent à « monter » à Paris en lui donnant quelques adresses. Fort de ces recommandations, il s’installa dans la capitale et rencontra des metteurs en scène. Il eut droit à cette réponse : « Vous avez un accent « impossible » mais vous êtes sympathique, je vous garde ». J’ai mis impossible entre guillemets car le mot peut varier. Simplement, il avait ce problème de l’accent ! Au cours de la discussion, il avouera avec modestie ne pas avoir eu conscience alors, que son atout majeur c’était son physique. De bonne fortune en bonne fortune, Gérard Barray est devenu un acteur de cinéma de premier plan en jouant dans les films de cape et d’épée le rôle de d’Artagnan ou dans un autre registre, en jouant le rôle de San Antonio.

A écouter le personnage on a la sensation qu’il ne connut que la chance pourtant, à un moment, il décida de tout arrêter et de partir vivre une retraite tranquille en Espagne avec sa compagne d’origine espagnole. A le voir, à l’entendre, ses 76 ans ne seraient pas un handicap pour jouer encore les premiers rôles mais après une « première qualité de vie » en temps qu’acteur, il opta pour une nouvelle qualité de vie au soleil.

Le côté franc et direct des échanges permit de mieux comprendre le choix de Gérard Barray. En effet le hasard a voulu que Roland Garrigues, l’ancien maire de Montauban, actuellement conseiller général, ait été accouché par la mère de Gérard (ou la grand-mère je ne me souviens plus) qui était sage-femme… un premier janvier ce qui a dû casser un réveillon indique plus ou moins précisément l’élu, or dans une intervention suivante, une personne rappela qu’en effet, le 31 décembre, c’était grande fête familiale avec les enfants qui… jouaient une pièce de théâtre, par exemple, une parodie d’Hernani.

Le jeune Gérard Barray préféra, en amateur, jouer au musicien, mais on constate que la comédie n’était pas indifférente à sa mère dont, autre souvenir, il joua un texte qu’elle avait écrit, sur la scène du cinéma L’Etoile.

 

Pour la musique, Hugues Panassié et sa passion du jazz furent la référence. Depuis 1941 l’homme est installé définitivement à Montauban et le souvenir concerne cette période charnière qui va de 1945 à 1950, à un moment où Panassié est au faîte de sa gloire (il n’a pas quarante ans) et publie un livre par an. Pour rappeler ce moment, André Serres a bien fait les choses : il projette une belle photo montrant cet orchestre de jeunes qui, avec guitare, batterie, piano, a dû faire résonner les notes d’Armstrong et Fats Waller, l’idole de Gérard. A écouter, à voir, toute une vie intellectuelle de la « ville de province » sort des entrailles de briques roses. Pourtant le comédien a du « monter » à Paris pour réussir.

 

Sa vie d’acteur lui fit rencontrer des grands de l’histoire française et trois noms seront évoqués, Jean Cocteau, Simone Signoret, Frédéric Darc. Jean Cocteau dont il ne put supporter la direction d’acteur, Simone Signoret dont la générosité lui permit de vivre un grand moment sur la Côte d’Azur et Frédéric Darc qu’il retrouva, coïncidence incroyable, dans la ville de Marbella où il s’était installé, où ils sont tombés dans les bras l’un de l’autre pour ne plus se séparer. Un peu comme si Gérard Barray n’avait rien demandé à la vie qui lui apporta tout sur un plateau elle-même ! A moins qu’il ne s’agisse là que d’un sens de la vie du comédien qui lui fait retenir tout ce qu’elle a de beau, et oublier tous les travers. Peut-être parce que Gérard sait que l’amitié se transmet de génération en génération.

 

Dans son petit récit du Florilège qui en appellerait d’autres, il ajoute une note : « Pour tous ceux qui, trop jeunes, l’ignoreraient, mon nom est Baraillé, de occitan « barral » qui signifie barril, tonneau. « Lou barraillé », c’est le tonnelier. Référence à l’occitan que l’occitaniste Norbert Sabatié garda pour la fin de son intervention quand il rappela le titre de son court texte : « Mountalba vilo qu’es tan poulido ». Les adeptes de la graphie normalisée ne lui ont-ils pas reproché le refus de correction, d’autant qu’il fut le maître d’œuvre du livre ? Le respect de la vie doit primer sur le respect de l’orthographe et en cela je suis d’accord avec le choix opéré. Gérard Barray a connu, comme on l’a vu, le Montauban de Panassié beaucoup plus que le Montauban de Perbosc, deux personnalités que Claude Sicre propose depuis tant d’années d’unir, car procédant du même phénomène, construire et vivre une culture en complicité avec les cultures populaires. Un effort auquel je rêve d’apporter aussi ma pierre. Gérard Barray apporta la sienne quand, dans le débat, par un clin d’œil, il fit référence à son ami Gérard Montaut du bazar Montaut. De là, ne peut-on rejoindre la comédie, avec le théâtre occitan si cher à Frédéric Cayrou ?

11-01-2008 Jean-Paul Damaggio

 

gerard barray

  est le site officiel de l’acteur

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans tarn-et-garonne
commenter cet article
12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 15:53

La soupe à l’ail

 

Dans le brouillard de leur mémoire

Ils s’en vont à reculons

Comme ça, tout doucement

S’effrite leur temps

depuis longtemps

 

José, tu sais faire la soupe à l’ail ?

Si on faisait une salade ?

Elle est là,

A l’hôpital, elle n’a pas mal

Elle n’est plus là

Elle est dans autrefois

 Cet autrefois qui fut elle

 

Elle qui faisait la soupe à l’ail

et de la salade

mon cœur bat la chamade

une de vie de femme

une vie d’amour

une vie à faire toujours

de la soupe à l’ail et de la salade

 

Lui, à ses côtés lui prend la main

Tous deux ne se tournent plus vers demain

Ils sont dans le même temps

Celui de leur amour miroir

Elle a rêvé qu’il mourrait

Elle a  peur de ne plus se réveiller

Je les écoute

 

Mes larmes coulent

Je sais que je les aime

Ce soir je ferai de la soupe à l’ail

Et de la salade

Je les prends par la main,

Et je  les emmène vers mes demains

Ceux de 2009

 

Bonne année à ma famille !

 

                                                                                             

                        Saint Sylvestre 2008

 

 

Poème de Noël

 

Ecrire dans un éclat de dire

notre amitié et la joie de se connaître

dans nos présences ailées

dans nos regards croisés

sur les mêmes livres

de nos savoirs emmêlés

toujours à démêler

nous nous aimons mêlés

 

Ecrire dans l’éclat de rire

de nos victoires passionnées

sur un monde contorsionné

tu sais ce terrible cri de Münch

ensemble nous nous en moquons

ensemble nous inventons le savoir

ensemble nous inventons

nos livres et nous écrits pour vivre

 

Ecrire dans un éclat de dire

nos questions sans réponses

Nous dansons, nous nous envolons

sur l’air de nos passions

ensemble nous rions

ensemble nous partageons

ensemble nous nageons

dans l’eau claire de nos vies

 

Ecrire dans l’éclat de rire

De nos larges sourires

Ensemble  nous tuons le pire

et le noir néant

Ensemble nous inventons nos dires

Et par nos lettres retrouvées

nous inventons le verbe lire

 

Ecrire dans un éclat de dire

nos souvenirs

Nous apprenons à pétrir

le pain de nos années

Pain rompu

Main tendue

Bouches jamais cousues

 

Ecrire dans l’éclat de rire

de nos baisers envolés

de nos pas déroulés

dans nos phrases enroulées

sur nos corps cajolés

Olé ! Olé ! Olé !

C’est le tango de nos mots.

 

Ecrire dans l’éclat de vivre

du bon lait

sans jamais filer

le découragement qui ment

sur l’espoir de combats

pour un monde meilleur

dans un monde  de fleurs

 

Marie-José Colet

Noël 2008

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans présentation
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • : Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres
  • Contact

Activités de La Brochure

 

La pub sur ce blog n'est bien sûr en aucun cas de mon fait. Le seul bénéficiare financier est l'hébergeur. En conséquence ce blog va servir exclusivement aux productions de La Brochure. Pour les autres infos se reporter sur un autre blog :

 VIE DE LA BROCHURE

 

BON DE COMMANDE EXPRESS en cliquant ICI      

___________________________________________________________

 Les Editions La Brochure publient des livres, des rééditions, des présentations de livres. Ils peuvent être commandés à notre adresse ou demandés dans toutes les librairies (voir liste avec lesquelles nous avons travaillé  ici      ) :

Editions La Brochure, 124 route de Lavit, 82210 ANGEVILLE

Téléphone : 05 63 95 95 30

Adresse mèl :                          editions.labrochure@nordnet.fr

Catalogue de nos éditions :                                       catalogue

Catalogue 2011 :                                                                   ici

Présentation des livres :                                          livres édités

Bon de commande :                                             bon de commande

Nos livres sont disponibles chez tous les libraires

indépendants en dépôt ou sur commande

 

Nouveau blog RENAUD JEAN et LIVRES GRATUITS

Vous pouvez nous demander de recevoir la lettre trimestrielle que nous publions et nous aider avec les 10 euros de la cotisation à notre association. Merci de nous écrire pour toute information. Les Editions La Brochure.      

Articles sur la LGV: seulement sur cet autre blog:

Alternative LGV 82     

 

 

Nouveautés de 2013

 Elections municipales à Montauban (1904-2008) ICI :

Moissac 1935, Cayla assassiné : ICI

Tant de sang ouvrier dans le nitrate chilien ICI  

Révolution/contre-révolution le cas du 10 mai 1790 à Montauban ICI

 ADÍOS GUERRILLERO  ici

J’ai vu mourir sa LGV ici

Derniers titres :

Portraits de 101 femmes pour 20 euros. ici

Karl Marx, sur Bolivar ici

Ducoudray-Holstein Histoire de Bolivar ici

Jean-Pierre Frutos, Refondation de l’école ici

Jean Jaurès : Articles de 1906 dans La Dépêche et dans l’Humanité ici

Recherche