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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 11:27

Débat sur la laïcité à Cabestany

 

Le contexte : un festival de cinéma Maghreb si loin… si proche. Des organisateurs divers d’un colloque sur la double discrimination (genre et origine) : l’université de Perpignan, l’institut régional du travail social, et l’agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances. L’après-midi du 23 janvier, un atelier porte ce titre : « Espace laïque et développement des replis identitaires ». L’intervenant : M. A. Mniai, professeur d’arabe et président de l’association « Coup de soleil » pour les Pyrénées Orientales.

En introduction, des apports classiques et utiles sur la fonction de la laïcité dans nos sociétés. Permettre le dialogue, sortir de l’ignorance, et développer le droit au débat. Dans la discussion, le retour sur des schémas habituels. Parler de la laïcité, c’est aussitôt parler de l’école. Combien de fois la question de la laïcisation des hôpitaux a-t-elle été évoquée dans de telles rencontres ? Je ne rappelle pas cet exemple pas pour fuir le débat sur l’école, mais le relativiser, car sa complexité naturelle permet souvent de contourner le débat sur la laïcité.

Un exemple : à l’école, comme le voulait Jospin en 1989, l’élève est-il au centre du processus éducatif ? Pour certains, l’élève a toujours été au centre, et pour d’autres, ce sont les disciplines qui sont au centre ! Débat typiquement biaisé : on est à l’école pour apprendre, donc le savoir est au centre, mais apprendre aux enfants, ce n’est pas la même chose qu’apprendre aux animaux, donc ça suppose une pédagogie, plus ou moins assimilée, mais une pédagogie tout de même, pour aider à l’acquisition de connaissances. Par la pédagogie, l’enfant est au centre. Quel lien avec la laïcité ?

La laïcité obligerait les jeunes à laisser le fait religieux à l’entrée de l’école, les contraignant ainsi à masquer un des piliers de la construction de leur identité.

A partir du rapport Debray de 2001, une intervenante évoquera la question devenue classique de l’enseignement du fait religieux à l’école. Dans le débat nous assisterons à la non moins classique inversion des valeurs ! « Quand, la laïcité commencera-t-elle à être tolérante ? » « Quand, les intégristes laïques cesseront-ils leur guerre contre la religion ? »

Sans avoir écrit jusqu’à présent le mot « islam » le lecteur devine aisément que derrière cette question, c’est la place de l’islam qui est évoquée. Pourquoi ? « Des personnes marginalisées ne pouvant s’appuyer que sur la religion pour se construire une identité, il devient mutilant pour elles de devoir laisser la religion dans la sphère privée. » Et ceux-là même qui mettent la question musulmane au cœur des préoccupations, ajoutent ensuite qu’il ne faut pas stigmatiser l’intégrisme islamiste car cet intégrisme est commun à toutes les religions.

Inversion des valeurs ? Dans le monde, les pires crimes furent et sont commis au nom des guerres religieuses, et ce serait « l’intégrisme laïque » qu’il faudrait mettre au pilori ! Tout le mal social ne viendrait pas des luttes de pouvoir des cléricaux, mais des règles laïques ! Il suffirait à l’école d’enseigner le fait religieux, et le « vivre ensemble » ferait de grands progrès ! L’histoire nous l’a appris : plus les religions dictent LEUR « loi » à une société, et plus la guerre sociale se développe. Concernant l’école, la laïcité a travaillé à distinguer : un savoir basé sur un dogme (la théologie) et un savoir basé sur une recherche (la philosophie, la science etc.). Le premier savoir appartient à la sphère privée, le deuxième à la sphère publique. Compris ainsi, le fait religieux est largement présent en cours d’histoire, en littérature, en art mais aussi en science. Qu’il faille améliorer cet enseignement, tout comme les autres, qui peut être contre ? Il faut améliorer les formations, les programmes etc. La laïcité n’a jamais prôné la guerre contre les religions qui sont au cœur de toutes les histoires sociales, mais refuse de mettre sur le même plan la théorie de l’évolution et le créationnisme. Le savoir, loin de la discussion d’opinions, assure la construction d’une argumentation non soumise à Dieu, à charge ENSUITE à chacun de placer Dieu où il veut. Or, depuis toujours TOUS les clergés refusent d’admettre toute autonomie du savoir.

Prenons une exemple pour terminer. Là où j’habite, une jeune femme qui veut apprendre l’arabe, s’adresse aux organismes classiques de formation continue qui la rassurent par une réponse affirmative. Ils donnent l’adresse du service en question. Et à la réponse de la femme : « Mais c’est l’adresse de l’imam ? » ils répondent étonnés : « Mais bien sûr ! ». Combien de Français ont intégré que pour l’arabe, son enseignement doit passer par l’autorité religieuse ? Et ensuite on dira que la laïcité est trop dominante ! La laïcité est malade et notre société souffre beaucoup plus de ses maux que de ses « exagérations » qui peuvent être réelles mais si rares !

De mon côté j’ai essayé d’évoquer deux questions : le professeur d’arabe indiqua qu’il se définit de culture musulmane car le terme « musulman » n’est pas seulement attaché à une religion. J’ai rappelé qu’en Italie, le crucifix est imposé dans les écoles publiques car pour le Vatican, il est un signe de la culture italienne ! Confondre un terme religieux et une culture c’est assurer la victoire du cultuel sur le culturel ! Et sur un autre point j’ai évoqué le cas de la Bolivie qui vient de se donner une Constitution qui permet enfin d’éviter que la religion catholique soit religion d’Etat. Conséquence pratique : dans les écoles il faudra dorénavant enseigner les principes de la religion catholique à côtés des principes des religions indiennes. Je prétends qu’un cours, quel qu’il soit, d’enseignement du fait religieux, est impossible en soi. Le fait religieux est par contre inévitable dans l’enseignement de diverses disciplines, pour rappeler par exemple que la préhistoire a mis des décennies avant d’exister car elle heurtait les principes de la Bible !

27-01-2009 Jean-Paul Damaggio

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 11:24

Nos Editions dans la manif

 

Pour le 29 janvier, distribution d’un petit papier (200 exemplaires) pour rappeler nos dernières publications. Une table de presse. Des discussions et une petite vente. Nous n’existons pas seulement dans les salons du livre ! Il reste cependant difficile de faire comprendre notre originalité. Et nous ne nous étonnons plus si les acheteurs sont plus souvent féminins que masculins !

Parmi les discussions, la situation injuste faite au Planning familial. La situation injuste faite aux employés de la météo.

Et quelques discussions politiques avec des militants du NPA, du PCF, du Parti de la gauche.

Des retrouvailles inévitables avec des amis.

Que restera-t-il de cette mobilisation massive ? L’avenir nous le dira !

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 11:23

 

Le 23 février, est la date retenue pour le vote du budget 2009 par cette intercommunalité. Moment crucial pour toute collectivité territoriale. En conséquence le 27 janvier il fallait discuter des « orientations ». Comme toujours, ce point  était à la fin d’une réunion à l’ordre du jour déjà chargé ! La loi devrait imposer qu’un tel point soit toujours mis au départ d’un conseil municipal ou communautaire.

C’est donc en fin de réunion que le président Guy-Michel Empociello a pu donner son point de vue personnel sur l’avenir et il l’a fait de la manière la plus concrète possible… en commençant par les recettes. C’est une banalité de le dire, mais ce sont les finances qui commandent les projets et non les projets qui commandent les finances ! Quoique ! En effet, l’essentiel des recettes c’est, pour les élus, d’aller à la chasse aux subventions (conseil général, conseil régional, Etat, Europe). De ce fait, tous les projets sont déjà « calibrés » ! Combien de maires ou de présidents d’intercommunalité abandonnent des projets faute de financement n’entrant pas dans les « politiques publiques » ? Cependant un inquiétude pèse sur les collectivités locales : Sarkozy v eut supprimer la taxe professionnelle ! L’idée a été clairement exprimée : la taxe reçue de Golfech ne peut bouger mais si une troisième tranche voyait le jour alors en effet peut-être la situation serait différente. La commune de Moissac connaît la question car, si j’ai bien compris, les taxes professionnelles attendues des centres commerciaux nouveaux semblent reportées à plus tard. Car un des débats classiques de l’intercommunalité c’est les centres commerciaux : puisque la même superficie est atteinte des deux côtés (20.000 m2) tout va bien sauf que côté Castelsarrasin on veut développer la zone dite « terre blanche ».

 

J’ai attendu le compte-rendu fait par La Dépêche du Midi pour proposer le mien. Suite donc, à un reflet fidèle de la réunion, il est possible d’apporter des données essentielles oubliées : la taxe professionnelle qui entre à l’intercommunalité est quasiment nulle (elle reste dans chaque commune), les seules recettes fiscales sont donc celles versées par les habitants à savoir un total de 680 000 euros (soit 27 euros par habitants). Pour l’an prochain, une augmentation de 2% est programmées. Comment avec de tels moyens envisager une réalisation qui donne un visage à l’intercommunalité ? S’il n’y a rien qui ne puisse être fait en commun pourquoi rester ensemble ?

Et c’est l’autre point sur lequel il faut insister : cette intercommunalité à deux se trouve à présent à l’étroit ! Il faudrait, s’accordent à penser les élus, se regrouper avec les intercommunalités de Lavilledieu et Saint-Nicolas, ainsi qu’avec les petites communes autour de Moissac qui restent sans structure. Le maire de Castelsarrasin fait d’ailleurs observer qu’en France, le nombre de personnes rassemblées par les intercommunalités augmente alors que le nombre d’intercommunalités diminue ! Donc nous sommes entrés dans une phase de regroupement d’intercommunalités après la phase de regroupement de communes. Quand pourra-t-on considérer que les limites intercommunales sont devenues assez fixes pour mieux s’institutionnaliser ? Tant que ce point n’est pas tranché il est impossible de passer à une quelconque élection directe intercommunale car il est impossible d’avoir en France deux types de citoyens : ceux qui pourraient voter pour une intercommunalité et ceux qui ne le pourraient pas.

 

Pourquoi toujours plus de regroupements ? Nous revenons ainsi aux questions budgétaires débattues le 27 janvier. Pour créer une piscine couverte Castelsarrasin-Moissac, il faut ensuite 400 000 euros de frais de fonctionnement (9 millions d’investissement avec peut-être 60% de subventions). S’ils pouvaient être pris en charge par « un bassin de vie » plus grand que les deux communes, alors il serait plus facilement réalisable ! Sauf que pour Bernard Dagen, si les petites communes n’ont pas voulu s’associer à leur intercommunalité c’était justement pour ne pas payer la fameuse liaison Quercy-Gascogne (le nouveau pont sur la Garonne). Et nous revenons toujours à la question : qui paie ? En alliance avec Saint Nicolas, il a été évoqué le fait de construire cette éventuelle piscine en complément avec celle existante sur le plan d’eau (sans qu’on comprenne vraiment le sens des propos émis).

Le compte-rendu de La Dépêche indique que ce projet « la population locale, on le sait, y est très attachée ». Je ne sais comment cette donnée a été mesurée mais entre l’autre projet, l’aérodrome de Gandalou à développer et la piscine, il me semble qu’il y a deux stratégies.

Piscine, Gandalou, et le projet « environnement » ? Voilà un autre projet qui devrait pousser nos regards vers une institution colossale : Le Bassin Adour-Garonne. Un ingénieur vient d’être embauché par la communauté (en fait un remplacement) qui va se pencher sur le cas des ordures ménagères mais aussi sur un travail de fond concernant l’environnement, travail qui pourrait s’inscrire dans un projet de Parc régional cher à Adour-Garonne. Un point sur lequel nous reviendrons à l’occasion afin de terminer pour aujourd’hui par la fibre optique. Il s’agit là de concret : le très haut débit va être mis en place par la société SEM Terra, dans laquelle le conseil général du Tarn-et-Garonne est actionnaire mais beaucoup moins que le voisin tarnais. Cette société doit aussi installer le haut débit dans les zones blanches du secteur de Castelsarrasin et Saint Nicolas.

On peut penser que grâce à la bouche Très Haut Débit des secteurs iront très vite pendant que d’autres en resteront à ramer sans cesse.

Dernière info : c’est sans doute une des rares intercommunalités où aucun élu ne reçoit de rémunération !

29-01-2009 Jean-Paul Damaggio

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 11:21

Rééditer Olympe de Gouges ! ! !

 

 BON DE COMMANDE Editions La Brochure

 

En 1993, pour le bicentenaire de sa mort, Olympe de Gouges bénéficia de plusieurs rééditions de ses œuvres avec pour le théâtre le travail des Editions Cocagne à Montauban, et pour d’autres publications celui des Editions Indigo Côté-Femmes. Cette dernière maison d’édition publia en particulier en deux tomes tous les écrits politiques (au total 500 pages très denses).

En décidant de reprendre la publication des deux premiers textes qui représentent moins de 20 pages du total, les Editions La Brochure ont souhaité braquer le projecteur sur un moment très précis, l’année 1788, et le faire à partir de plusieurs regards, l’introduction de René Merle et trois commentaires, ceux de Rita Pinot, Geneviève André-Acquier et moi-même.

Au cours de ce travail, et des échanges qu’il suscita, est née l’idée d’ajouter deux documents supplémentaires, des textes de Jean-George Lefranc de Pompignan. C’est Olivier Blanc, l’infatigable défenseur d’Olympe, qui permit ce rapprochement entre Olympe et le frère de son père supposé, Jean Jacques Lefranc de Pompignan. Qu’est-ce qu’il pouvait y avoir de commun entre Olympe et Jean Georges ? René Merle répond de façon magistrale dans l’introduction. Pour ce mot de présentation, je retiens seulement qu’ils s’attaquent ensemble à la question cruciale de l’époque, la crise financière.

Et on découvre alors que les clivages ne sont pas ceux que l’on croyait parfois. Michel Clouscard le démontre de façon précise dans son livre De Rousseau à Sartre : l’affrontement entre Aristocratie et Bourgeoisie n’est pas qu’un affrontement. Le cas anglais démontre d’ailleurs très bien que le maintien des aristocraties n’est pas incompatible avec le développement du capitalisme. Par contre le clivage riches/pauvres reste flagrant.

A braquer le projecteur sur ce travail d’Olympe, j’ai pour ma part découvert avec plaisir, au concret, au jour le jour, que la réflexion sur la Révolution française ne serait jamais achevée. Il s’agit là d’un réconfort révolutionnaire, notion étrange que je présenterai à un autre moment, mais que j’explique ici par ce constat : éditer, pour notre minuscule maison d’édition, ce n’est pas toucher le grand nombre (défi qui a son utilité mais qui est hors de notre portée) mais toucher un point aveugle. Le réconfort révolutionnaire consiste alors à penser qu’on peut révolutionner la pensée, l’action, par un seul geste porté par le plaisir de l’exécuter.

Généralement le discours des révolutionnaires c’est pour dire que tout va si mal qu’il faut changer le monde. Or tout ne va pas si mal quand il existe encore au moins une personne pour proposer des moyens capable de révolutionner le monde !

Les fabricants de réconforts révolutionnaires s’appellent alors, Luis Sepulveda, Vazquez Montalban, Flora Tristan, Gaston Miron et Olympe de Gouges. Léon Cladel tenta aussi cette alliance mais sans y réussir.

29-01-2009 Jean-Paul Damaggio

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 11:17

C’est un vieux rêve, réussir à écrire les quinze rencontres d’un original original, du 5 au 15 octobre 2008. Installé à Anse Pleureuse il croise aujourd’hui Raymond Lévesque (la rencontre avec Le Clézio a déjà été évoquée).

 

 

Des propriétaires bienveillants m’ont autorisé à m’étendre une heure chaque matin sur la terrasse d’une roulotte d’Anse Pleureuse. L’été, ce lieu est utilisé comme gîte pour touristes mais, malgré les beautés de l’autonome, il est vide en ce moment. Donc, en ces instants ensoleillés d’octobre, je suis face à la mer d’où viennent régulièrement des messagers d’une vie chargée d’envies. A l’aube, de ce promontoire, j’adore voir monter, toute la gamme des bleus et des gris qui surgissent de cette étendue d’eau, antre de tous mes rêves.

Autant le dire tout de suite, je suis un jeune original encore peu doué pour les cris d’appel que mes congères lancent aux femelles. Peu armé en bois sur ma tête (ceux qui repousseront l’an prochain seront dignes de mes titres), je reste à l’abri des chasseurs à l’arc ou à l’arbalète. Comme tout jeune original de ma trempe, presque deux ans d’âge, je suis un solitaire mais à la différence de bien d’autres, je me sens apprivoisé. Apprivoisé mais pas domestiqué. Apprivoisé c’est l’animal qui va vers l’homme. Domestiqué c’est l’homme qui s’empare de l’animal. Si les orignaux ont pu remplacer le cheval ou le bœuf pour divers travaux des humains, jamais l’homme n’a pu élever un troupeau de membres de ma race.

 

Ma mère m’a lâché seul dans la nature mais, si elle savait mon désir d’approcher les humains, peut-être serait-elle restée près de moi pour m’aider ! De toute façon, depuis le premier jour, je suis un peu fantasque. Vais-je pouvoir apprivoiser quelques lecteurs ou quelques lectrices avec les histoires de mes messagers transcris par un enfant de la nuit à qui je les raconte ?

 

Pourquoi, ici, à Anse Pleureuse ? Pour comprendre, le mieux, en ce dimanche 5 octobre 2008, c’est de laisser s’avancer le premier messager que j’entends venir avec sa chanson programme.

 

« Quand les hommes vivront d’amour

Ce sera la paix sur la terre

Les soldats seront troubadours

Mais nous nous serons morts mon frère »

 

L’homme qui descend du bateau de la vie pour prendre une chaloupe le portant jusqu’à ma modeste terrasse, fait un bel effort car il n’a rien à dire sur les orignaux et autres animaux. Il est un citadin qui parle des vacheries que les humains se font entre eux en se lançant des noms d’oiseaux en tout genre. Avec sa barbe blanche et ses 80 ans - il se prépare à fêter dignement son anniversaire malgré sa surdité – il doute plus que jamais des humains. Il préfère dire son amour des arbres : « ils sont gentils, ils sont aimables, ne savent pas la médisance ». « Eux font de l’ombre gratuitement à ceux qui cherchent des groseilles ». Voilà pourquoi « s’ils connaissaient l’orthographe, je leur demanderai un autographe ». Va-t-il le grand Raymond me demander un autographe ? Va-t-il en mettant pied à terre me redire les premières paroles de son chez nous : « Chez nous les étés sont ben courts, pour ne pas manquer le concours on fait le tour de la Gaspésie à peine en trois jours et demi ». Voilà bien un Montréalais qui dort deux ou trois heures la nuit, puis s’en va par les chemins à la rencontre des amis dotés d’un chalet sur le bord d’un petit lac…

Raymond débarque à présent et vient vers ma roulotte qui n’est pas au bord du beau lac d’Anse pleureuse, mais face au Saint-Laurent pour que je puisse attirer l’attention des messagers de la vie qui passent au loin.

La chanson s’est tue, elle sortait d’un bel appareil technique que l’artiste vient de ranger dans sa poche. Raymond ne peut plus chanter alors il écrit seulement, comme je raconte à présent, pour que le temps nous aime. « Pendant que la nature est saccagée, les océans empoisonnés, que tout tend vers une catastrophe écologique, les gens font du jogging, se tiennent en forme et font des projets d’avenir. » Il vient de me dire jogging de façon à ce que je comprenne l’italique gras car Raymond est un défenseur de la langue française, cette version qui tourne drôlement et finit en sacrement, en tabernacle, en saint-ciboire, en calice et en ostensoir. Dans le français de Raymond, tous les mots sont « décochrissés, c’t’un bum qui les a inventés ; ça sonne cru, ça sonne dru, ce n’est pas comme à l’institut ».

Je m’écoute raconter pour l’enfant de ce soir, et je sais que l’anglais ne va pas me lire, mais le français, qu’est-ce qui va croire ? C’est comme pour la joie, je sais qu’à Anse pleureuse la tristesse va me lire, mais la joie qu’est ce qu’elle va croire  ? Raymond tu me regardes avec tes yeux sombres, tu es là devant moi, je te sens content d’avoir pris cinq minutes pour l’original apprivoisé dont tu vas faire courir le nom sur tout le Saint-Laurent, mais je te sens porteur d’un bilan si sombre, si sombre. Ton poème « écologie », dit dans sa brièveté ma vie d’original :

« Il faut dix mille ans / à la nature / pour penser et créer toute / la beauté et la richesse / qui nous entoure, / mais en dix ans l’homme borné / peut gâcher tout cela. »

Je suis l’orignal, l’enfant des dinosaures, l’homme me réintroduit surtout aux Etats Unis et je comprends, Raymond, que tu sois déçu par les faibles résultats d’une vie de lutte contre les injustices, je te vois déjà t’éloigner vers ton anniversaire et je me sens tout d’un coup plus fragile encore. La fin de ta chanson résonne à présent et m’est portée par l’écho des vagues :

« Mais quand les hommes vivront d’amour

Qu’il n’y aura plus de misère

Peut-être songeront-ils un jour

A nous qui seront morts mon frère.»

L’animal apprivoisé que je suis, a souvent entendu des touristes algériens reprendre ton chant qu’ils savent être né en France, quand tu y vivais juste au moment d’une guerre qui se disait pacification, c’était entre 1954 et 1959 et tu faisais tes armes dans les cabarets parisiens.

Raymond, tu repars à présent, je te vois t’éloigner et je me demande si tu as eu le plaisir de croiser le réconfort révolutionnaire. Je n’existe que par ce réconfort qui, peut-être, prendra forme au fil des histoires pour laisser les pleurs d’une Anse au bénéfice des rires frigorifiques. Qui viendra demain me tenir compagnie pour la prochaine rencontre ? Je dois me lever et partir à la recherche de mon alimentation quotidienne.

 

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21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 10:39

Victor Hugo et Jean Bousquet

 

Jean Bousquet : Début de la postface de Jean-Paul Damaggio qui présente le personnage dans le livre à paraître début février aux éditions la brochure : Victor Hugo, Jean Bousquet proscrit de Moissac, 10 euros.

 

  

Qui était donc ce proscrit parmi les 27.000 victimes du coup d’Etat du 2 décembre (30 pour le Tarn et Garonne et 3000 pour le Var par exemple) ? Avec qui s’est-il battu ?

Pour répondre on est obligé de commenter surtout des interrogatoires de police mais comme les archives départementales conservent une lettre qui témoigne directement de la vie de Bousquet, le seul endroit où j’ai pu enfin trouver sa signature (elle orne la quatrième de couverture avec une page de la lettre), donnons la priorité à ce document.

Fin de la LETTRE DE BOUSQUET

« Je vous disais aussi que nous avons reçu des chanson patriotique et je vous assure que si on vous les antan chanté au Banquet sela leur fera plaisir je tacherais aussi de vous les envoyé avec les gravures

Mille chose de notre par à tous les démocrates de Dunes et que si personne plus ne va a votre banquet vous en aurez toujours un avec moi

Sallut et fraternité

 

J’ai conservé l’orthographe qui montre une faible maîtrise du français et quant au contenu, il est typique d’une lettre militante. Ribaud voulait avoir des gravures pour décorer le local de son « cercle des travailleurs » et Bousquet lui répond qu’il va lui donner les gravures et en plus des chansons.

Il s’agit de la seule signature car il refuse, à l’inverse de ses amis, de signer les interrogatoires que la police lui présente.

D’autres lettres ont dû être saisis mais c’est là, l’unique « parole » directe de l’homme qui soit accessible. Notons qu’ils se désignent entre eux comme « démocrates » alors que l’adversaire policier les appelle « socialistes » preuve que l’adversaire est plus clairvoyant sur la nature du combat politique que ceux là même qui le conduisent ! Ils deviendront en effet des socialistes à la fin du siècle.

Les événements

Le 3 décembre au matin, au moment où le dirigeant castelsarrasinois Poumarède part pour Toulouse chercher des ordres, Bousquet part pour Agen. Le Tarn-et-Garonne plus jeune que les autres départements n’est pas encore très uni et ne peut, comme le Gers ou l’Aveyron, réfléchir à une stratégie tournée contre la préfecture montalbanaise.

Sur le chemin du retour, il s’arrête à Lamagistère pour donner la consigne : rendez-vous demain à Moissac pour prendre la sous-préfecture (voir plus loin). Le 3 décembre au soir Bousquet fait son compte-rendu dans son café. Les événements qui vont s’en suivre font apparaître la plupart de personnes qui se distinguèrent les années précédentes avec Bousquet.

Depuis longtemps, il tient un café (rue de la place). Il est propriétaire. Il a un côté plus populaire que tous les autres dirigeants républicains. Il n’était pas candidat aux élections municipales de 1850 sur la liste républicaine pleine de démocrates plus bourgeois que prolétaires avec de grands noms de Moissac : Detours, mais aussi Delthil, Chabrié, Capgras, Delbrel, des noms qui ont leur rue en ville aujourd’hui.

En ce 3 décembre Bousquet se retrouve devant son public debout sur une table ou une chaise. La réunion va décider, semble-t-il, de prendre la mairie de Moissac. Décision plus musclée que celle de Montauban (le simple envoi d’une délégation pour s’informer), ce qui correspond d’une part aux positions des républicains de Moissac, et d’autre part aux actifs relais agenais qui possèdent un journal quotidien. Le Lot et Garonne aura 894 condamnés !

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21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 10:25

Victor Hugo en 1853 a été conduit à faire des éloges funèbres. Vous avez ici, celui très féministe, en faveur de Louise Julien.  Il sera inclut dans le livre a paraître d’ici quinze jours aux Editions La Brochure et qui concerne le limonadier de MOISSAC, un proscrit lui aussi, Jean Bousquet décédé juste avant Louise Julien.

 

26 juillet 1853.SUR LA TOMBE DE LOUISE JULIEN

CIMETIÈRE DE SAINT-JEAN / Victor Hugo

 

 

Citoyens,

 

Trois cercueils en quatre mois.

La mort se hâte, et Dieu nous délivre un à un.

Nous ne t’accusons pas, nous te remercions, Dieu puissant qui nous rouvre, à nous exilés, les portes de la patrie éternelle !

Cette fois, l’être inanimé et cher que nous apportons à la tombe, c’est une femme.

Le 21 janvier dernier, une femme fut arrêtée chez elle par le sieur Boudrot, commissaire de police à Paris. Cette femme, jeune encore, elle avait trente-cinq ans ; mais estropiée et infirme, fut envoyée à la préfecture et enfermée dans la cellule n°1, dite cellule d’essai. Cette cellule, sorte de cage de sept à huit pieds carrés à peu près, sans air et sans jour, la malheureuse prisonnière l’a peinte d’un mot; elle l’appelle : cellule-tombeau ; elle dit, je cite ses propres paroles : « C’est dans cette cellule-tombeau, qu’estropiée, malade, j’ai passé vingt et un jours, collant mes lèvres d’heure en heure contre le treillage pour aspirer un peu d’air vital et ne pas mourir ». Au bout de ces vingt et un jours, le 14 février, le gouvernement de décembre mit cette femme dehors et l’expulsa. Il la jeta à la fois hors de la prison et hors de la patrie. La proscrite sortait du cachot d’essai avec les germes de la phtisie. Elle quitta la France et gagna la Belgique. Le dénuement la força de voyager toussant, crachant le sang, les poumons malades, en plein hiver, dans le nord, sous la pluie et la neige, dans ces affreux wagons découverts qui déshonorent les riches entreprises des chemins de fer. Elle arriva à Ostende ; elle était chassée de France, la Belgique la chassa. Elle passa en Angleterre. A peine débarquée à Londres, elle se mit au lit. La maladie contractée dans le cachot, aggravée par le voyage forcé de l’exil, était devenue menaçante. La proscrite, je devrais dire la condamnée à mort, resta gisante deux mois et demi. Puis, espérant un peu de printemps et de soleil, elle vint à Jersey. On se souvient encore de l’y avoir vue arriver par une froide matinée pluvieuse, à travers les brumes de la mer, râlant et grelottant sous sa pauvre robe de toile toute mouillée. Peu de jours après son arrivée, elle se coucha ; elle ne s’est plus relevée.

Il y a trois jours elle est morte.

Vous me demanderez ce qu’était cette femme et ce qu’elle avait fait pour être traitée ainsi ; je vais vous le dire.

Cette femme, par des chansons patriotiques, par de sympathiques et cordiales paroles, par de bonnes et civiques actions, avait rendu célèbre, dans les faubourgs de Paris, le nom de Louise Julien sous lequel le peuple la connaissait et la saluait. Ouvrière, elle avait nourri sa mère malade ; elle l’a soignée et soutenue dix ans. Dans les jours de lutte civile, elle faisait de la charpie ; et, boiteuse et se traînant, elle allait dans les ambulances, et secourait les blessés de tous les partis. Cette femme du peuple était un poète, cette femme du peuple était un esprit ; elle chantait la république, elle aimait la liberté, elle appelait ardemment l’avenir fraternel de toutes les nations et de tous les hommes ; elle croyait à Dieu, au peuple, au progrès, à la France; elle versait autour d’elle, comme un vase, dans les esprits des prolétaires, son grand cœur plein d’amour et de foi. Voilà ce que faisait cette femme. M. Bonaparte l’a tuée.

Ah ! une telle tombe n’est pas muette ; elle est pleine de sanglots, de gémissements et de clameurs.

Citoyens, les peuples, dans le légitime orgueil de leur toute-puissance et de leur droit, construisent avec le granit et le marbre des édifices sonores, des enceintes majestueuses, des estrades sublimes, du haut desquelles parle leur génie, du haut desquelles se répandent à flots dans les âmes les éloquences saintes du patriotisme, du progrès et de la liberté ; les peuples, s’imaginant qu’il suffit d’être souverains pour être invincibles, croient inaccessibles et imprenables ces citadelles de la parole, ces forteresses sacrées de l’intelligence humaine et de la civilisation, et ils disent : la tribune est indestructible. Ils se trompent ; ces tribunes-là peuvent être renversées. Un traître vient, des soldats arrivent, une bande de brigands se concerte, se démasque, fait feu, et le sanctuaire est envahi, et la pierre et le marbre sont dispersés, et le palais, et le temple, où la grande nation parlait au monde, s’écroule, et l’immonde tyran vainqueur s’applaudit, bat des mains, et dit : C’est fini. Personne ne parlera plus. Pas une voix ne s’élèvera désormais. Le silence est fait.

Citoyens ! à son tour le tyran se trompe. Dieu ne veut pas que le silence se fasse ; Dieu ne veut pas que la liberté, qui est son verbe, se taise. Citoyens ! au moment où les despotes triomphants croient la leur avoir ôtée à jamais, Dieu redonne la parole aux idées. Cette tribune détruite, il la reconstruit. Non au milieu de la place publique, non avec le granit et le marbre, il n’en a pas besoin. Il la reconstruit dans la solitude ; il la reconstruit avec l’herbe du cimetière, avec l’ombre des cyprès, avec le monticule sinistre que font les cercueils cachés sous terre ; et de cette solitude, de cette herbe, de ces cyprès, de ces cercueils disparus, savez-vous ce qui sort, citoyens ? Il en sort le cri déchirant de l’humanité, il en sort la dénonciation et le témoignage, il en sort l’accusation inexorable qui fait pâlir l’accusé couronné, il en sort la formidable protestation des morts ! Il en sort la voix vengeresse, la voix inextinguible, la voix qu’on n'étouffe pas, la voix qu’on ne bâillonne pas !

Ah ! M. Bonaparte a fait taire la tribune ; c’est bien ; maintenant qu’il fasse donc taire le tombeau !

Lui et ses pareils n’auront rien fait tant qu’on entendra sortir un soupir d’une tombe, et tant qu’on verra rouler une larme dans les yeux augustes de la pitié.

Pitié ! ce mot que je viens de prononcer, il a jailli du plus profond de mes entrailles devant ce cercueil, cercueil d’une femme, cercueil d’une sœur, cercueil d’une martyre ! Pauline Roland en Afrique, Louise Julien à Jersey, Francesca Maderspach à Temeswar, Blanca Téléki à Pesth, tant d’autres, Rosalie Gobert, Eugénie Guillemot, Augustine Péan, Blanche Clouart, Joséphine Prabeil, Élisabeth Parlès, Marie Reviel, Claudine Hibruit, Anne Sangla, veuve Combescure, Armantine Huet, et tant d’autres encore, sœurs, mères, filles, épouses, proscrites, exilées, transportées, torturées, suppliciées, crucifiées, ô pauvres femmes ! Oh ! quel sujet de larmes profondes et d’inexprimables attendrissements ! Faibles, souffrantes, malades, arrachées à leurs familles, à leurs maris, à leurs parents, à leurs soutiens, vieilles quelquefois et brisées par l'âge, toutes ont été des héroïnes, plusieurs ont été des héros ! Oh ! ma pensée en ce moment se précipite dans ce sépulcre et baise les pieds froids de cette morte dans son cercueil ! Ce n’est pas une femme que je vénère dans Louise Julien, c’est la femme ; la femme de nos jours, la femme digne de devenir citoyenne ; la femme telle que nous la voyons autour de nous, dans tout son dévouement, dans toute sa douceur, dans tout son sacrifice, dans toute sa majesté ! Amis, dans les temps futurs, dans cette belle, et paisible, et tendre, et fraternelle république sociale de l’avenir, le rôle de la femme sera grand ; mais quel magnifique prélude à ce rôle que de tels martyres si vaillamment endurés ! Hommes et citoyens, nous avons dit plus d’une fois dans notre orgueil :

— Le dix-huitième siècle a proclamé le droit de l’homme ; le dix-neuvième proclamera le droit de la femme ; mais, il faut l’avouer, citoyens, nous ne nous sommes point hâtés ; beaucoup, de considérations, qui étaient graves, j’en conviens, et qui voulaient être mûrement examinées, nous ont arrêtés ; et à l’instant où je parle, au point même où le progrès est parvenu, parmi les meilleurs républicains, parmi les démocrates les plus vrais et les plus purs, bien des esprits excellents hésitent encore à admettre dans l’homme et dans la femme l’égalité de l'âme humaine, et, par conséquent, l’assimilation, sinon l’identité complète, des droits civiques. Disons-le bien haut, citoyens, tant que la prospérité a duré, tant que la république a été debout, les femmes, oubliées par nous, se sont oubliées elles-mêmes ; elles se sont bornées à rayonner comme la lumière ; à échauffer les esprits, à attendrir les cœurs, à éveiller les enthousiasmes, à montrer du doigt à tous le bon, le juste, le grand et le vrai. Elles n’ont rien ambitionné au delà. Elles qui, par moment, sont, l’image, de la patrie vivante, elles qui pouvaient être l’âme de la cité, elles ont été simplement l’âme de la famille. A l’heure de l’adversité, leur attitude a changé, elles ont cessé d’être modestes ; à l’heure de l’adversité, elles nous ont dit :

— Nous ne savons pas si nous, avons droit à votre puissance, à votre liberté, à votre grandeur ; mais ce que nous savons, c’est que nous avons droit à votre misère. Partager vos souffrances, vos accablements, vos dénuements, vos détresses, vos renoncements, vos exils, votre abandon si vous êtes sans asile, votre faim si vous êtes sans pain, c’est là le droit de la femme, et nous le réclamons.

— O mes frères ! et les voilà qui nous suivent dans le combat, qui nous accompagnent dans la proscription, et qui nous devancent dans le tombeau!

Citoyens, puisque cette fois encore vous avez voulu que je parlasse en votre nom, puisque votre mandat donne à ma voix l’autorité qui manquerait à une parole isolée ; sur la tombe de Louise Julien, comme il y a trois mois, sur la tombe de Jean Bousquet, le dernier cri que je veux jeter, c’est le cri de courage, d’insurrection et d’espérance !

Oui, des cercueils comme celui de cette noble femme qui est là signifient et prédisent la chute prochaine des bourreaux, l’inévitable écroulement des despotismes et des despotes. Les proscrits meurent l’un après l’autre ; le tyran creuse leur fosse ; mais à un jour venu, citoyens, la fosse tout à coup attire et engloutit le fossoyeur !

O morts qui m’entourez et qui m’écoutez, malédiction à Louis Bonaparte ! O morts, exécration à cet homme ! Pas d’échafauds quand viendra la victoire, mais une longue et infamante expiation à ce misérable ! Malédiction sous tous les cieux, sous tous les climats, en France, en Autriche, en Lombardie, en Sicile, à Rome, en Pologne, en Hongrie, malédiction aux violateurs du droit humain et de la loi divine ! Malédiction aux pourvoyeurs des pontons, aux dresseurs des gibets, aux destructeurs des familles, aux tourmenteurs des peuples ! Malédiction aux proscripteurs des pères, des mères et des enfants ! Malédiction aux fouetteurs de femmes ! Proscrits ! soyons implacables dans ces solennelles et religieuses revendications du droit et de l'humanité. Le genre humain a besoin de ces cris terribles ; la conscience universelle a besoin de ces saintes indignations de la pitié. Exécrer les bourreaux, c’est consoler les victimes. Maudire les tyrans, c’est bénir les nations. Victor Hugo

 

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:25

Un dimanche pluvieux, je regarde les oiseaux du jardin, un rouge-gorge s’avance très près de la fenêtre, je repense alors aux oiseaux de Renaud Jean qu’il décrit à sa femme, sa Belle, et je me dis que demain, ils seront offerts aux égarés de la toile. J’ai admiré sa description du rouge-gorge, de la part d’un Rouge purgeant une injuste peine dans le château de l’Ile d’Yeu.

18-01-2009 Jean-Paul Damaggio

 

BON DE COMMANDE Editions La Brochure

 

Les oiseaux de Renaud Jean

Lundi 6 mai 1940

 

Je vais revenir à la description de notre vie ici. Côté jardinage, nous avons une bêche droite, une bêche recourbée (le trenque comme nous disons à Samazan) et deux pics de carrier. Ça ne suffit pas pour que je participe, ni d'ailleurs pour que vive un groupe de travail de la terre. Avec mille regrets, nous allons devoir laisser le jardin. Comme, ma Belle, tu sais très bien le bonheur que je pouvais retirer de l’action de bêcher, je n’insiste pas sur le désagrément. Vais-je, comme compagnons, retrouver les oiseaux ? Moins nombreux qu’à Bailllet [sa prison précédente], ils se manifestent surtout sur les remparts. Dans la meurtrière du bastion où je t’écris, il existe un nid de rapace paresseux avec cinq œufs rouge brun. Sur la face du rempart qui borde la cour intérieure, je sais un nid de rouge-gorge. On y trouve trois petits bien vivants. Hier j’ai suivi longtemps le manège du père et de la mère. Le rouge-gorge ne niche pas dans le Sud-Ouest car nous ne l’y voyions que l’hiver. Ici il est sans doute à son aise en toute saison. Quand on le regarde bien, on s’aperçoit que le rouge arrive jusqu’autour des petits yeux : est-ce le clown des animaux ? Je ne sais plus si La Fontaine en parle dans ses fables mais le sujet mériterait une morale. J’écoute aussi le roucoulement des tourterelles. Je pense à des histoires d’oiseaux blessés. A la campagne, on entend toujours des histoires d’oiseaux blessés. Les Amoureux des villas et des champs ne jouent pas dans le même registre.

En 1914 j’ai été un oiseau blessé ce qui, en tant qu'infirmière, te permit de m’apprivoiser à l’hôpital d’Agen. En 1915 nous sommes devenus les tourterelles que j’entends encore. En quelques mois tu as fait du paysan doté du certificat d’études un enseignant d'espagnol ! Il a fallu une guerre pour faire notre bonheur ! je t’aime ma Belle mais la guerre je la hais toujours.

Je te remercie de m’avoir envoyé ma première intervention à l’Assemblée nationale en 1922. Les hargnes de l’époque me provoquent plein de frissons. « On sent planer sur tout ce débat la hantise de la défaite dans la prochaine guerre... Votre armée vous ne l’édifiez que pour empêcher la défaite ». Mon diagnostic avait quelques sens... et mes propositions respiraient l’utopie : « Ne plus penser en patriote mais en homme dans une conférence internationale ». Le futur n’était pas encore étriqué. J’ai accusé ainsi mes adversaires qui s'acharnaient à me couper la parole : « le passé vous tient par les haines qu’il vous a transmises ». Que faisons-nous du passé, nous les révolutionnaires ? Table rase ?

En 1936, le PCF a pris un juste tournant patriotique ce qui nous imposa une recherche pour être d’autant mieux internationaliste mais nous ratons les rendez-vous que nous nous fixons. Tant pis ! Parmi les citations des pousse-au-crime en 1922, celle de Paul Bourget reste gravée en mon cœur : « La valeur éducative de la guerre n’a jamais fait de doute pour quiconque est capable d’un peu d’observation réfléchie ».

Le drame d’aujourd’hui tient dans le Traité de Versailles qui a semé les causes de conflits nouveaux. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi au cours d’une interruption j’ai crié comme un fou : « Ma famille, depuis des siècles et des siècles, travaille la terre de France ». Justification suprême de mon patriotisme ? Repliement sur mes bases à un moment où je me suis senti faiblir ?

Quoiqu’il en soit, j’admets aujourd’hui que la guerre présente doit se mener activement, sans pour autant me sentir différent du pacifiste de 1922. Encore cette fois, les blessés du champ de bataille découvriront qu’ils sont frères mais cette fois, ils ne défendront pas la même folie : contre la violence d’Hitler il faut répondre par la violence démocratique même si nos démocraties ont alimenté les raisons de la guerre. Quand l’heure n’est plus à lutter pour que le monde soit beau, il faut lutter pour qu’il soit moins pire. On ne sème pas le blé en plein été !

Je t'embrasse très fort.

Renaud Jean complété par Jean-Paul Damaggio

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:22

 

Avec Montalbán à la Librairie Deloche

  

Pour n’importe quel écrivain j’aurais pu faire une présentation à partir d’un seul livre mais pas pour la galaxie Vázquez Montalbán, un auteur trop souvent réduit à Pepe Carvalho, alors qu’à tout prendre il aurait préféré être seulement un poète.

Avec l’aide de Léon Dunára j’ai donc osé en 45 minutes me lancer dans un survol supersonique de son œuvre (je ne dis rien de l’intervention, vous pouvez la recevoir gratuitement sur demande).

Un auditeur eut alors cette question : mais  quel lien établir entre Vázquez Montalbán, Pepe Carvalho et Jean-Paul Damaggio ?

Pour la réponse j’ai fait référence à la photo qui orne le dos de couverture du libre que je viens de publier Vázquez Montalbán, derniers instants où l’écrivain catalan est avec Sciascia. A titre littéraire et culturel je suis arrivé à Manolo par l’occitan et l’italien. C’était une partie de la réponse l’autre est dans la structure même du livre qui continue d’une certaine façon mon action dans le journal Point Gauche ! Dès le début du journal et tout au long de la collection, les références à l’écrivain catalan sont actives au point de voir apparaître en 2001 un auteur d’article qui signait Pepe Carvalha. Un jour j’écrirai la biographie de ce Moissagais exceptionnel dont un voisin hongrois ne pouvait imaginer que les histoires qu’il lui racontait, en ferait un futur agent de la CIA. Ce voisin hongrois est une légende méconnu pour avoir participé à la révolution hongroise de Bela Kun en 1919. Ses ultimes traces se trouvent dans un coin du cimetière de Boudou où vous pouvez lire en gros caractères sur sa tombe, la fameuse phrase, “Prolétaires de tous les pays unissez-vous”, qui a effrayé pendant des décennies toutes les oligarchies.

Après cette jeunesse moissagaise Pepe Carvalha est donc parti aux USA puis il est revenu à Moissac prendre sa retraite (il est décédé aujourd’hui et je lui ai rendu l’hommage mérité pour le travail réalisé dans un numéro de Point Gauche !) où il a découvert que le capitalisme féodal vers lequel on se dirige à grand pas, et qu’il croisa sur la planète entière, y était en Tarn-et-Garonne, en pointe. Je prendrai tous les articles de Pepe Carvalha, passionné de journalisme international (donc aussi local), qui, à travers le pouvoir crucial de la presse, sans lequel la démocratie est un vain mot, put produire une chronique sur le monde universel.

Oui, depuis longtemps, je travaille main dans la main avec Pepe, Manolo sans aucune vénération pour personne, et je remercie le questionneur, poète et grand connaisseur par ailleurs du journal Point Gauche !, pour son intervention.

 

Autre question cruciale, le stalinisme ? En 1956 Manolo avait 17 ans et entrait à la fac. Pouvait-il être déjà anti-stalinien ? Là aussi ma réponse est surtout restée littéraire dans le cadre de ce débat littéraire. Le stalinisme était le culte du héros révolutionnaire, Staline étant au sommet de l’héroïsme. Or Manolo a voulu rester avec le peuple, et quelqu’un a donné cette formule “un héros du quotidien” comme d’autres pourraient dire dans des circonstances différentes “un juste”. Philosophiquement il y avait opposition entre les deux postures. Et la passion pour l’héroïne Pasionaria ?  Elle devient un mythe (Blanche Neige). L’héroïsme est l’enfant du volontarisme individuel dont le modèle par excellence est Robinson Crusoë (fonda-teur du capitalisme en littérature). Le mythe est le produit d’une société : le franquisme a fabriqué Pasionaria. Le mythe est un retour du peuple et sa sous-culture, là où le héros est un retour du pouvoir (n’importe lequel). Manolo avait d’autres raisons d’être anti-stalinien : sa connaissance de la liquidation du POUM à Barcelone par une partie des communistes, moment dramatique d’une histoire dramatique. Il n’a pas attendu les preuves tardives de l’URSS pour savoir que le meurtrier de Trotsky était un communiste catalan. Ce qui ne veut pas dire, pour Manolo, que le POUM avait raison et les communistes tort (comme dans le film Land and Freedom), ni qu’il y avait des torts des deux côtés. Tout comme quand il dit que l’ETA a des procédés fascistes, il n’en déduit pas qu’en face la police, y compris celle de Felipe Gonzalez a une conduite honorable. Simplement, si on ne met pas sur les réalités les mots qui disent cette réalité alors on empêche toute analyse. Tuer des innocents pour une cause aussi juste soit-elle est une conduite fasciste. Ensuite on analyse comment on en est là et comment on peut en sortir. On cherche les coupables authentiques qui sont plus dans les structures que dans tel ou tel homme.

Il était normal que la libraire nous indique à la fin que le sympathique Pepe avait cependant un “ tic ” déplaisant, brûler des livres.

 

Je n’oublie pas l’information précieuse de Nadal Rey : O Cesar o nada, un des titres de Manolo est aussi un titre de Pio Baroja(1). Un exemple de plus qui confirme que l’écrivain catalan fut un subnormal : c’est à dire un homme analysant une réalité (ici la littérature mondiale) qu’il décompose puis recompose pour en changer la réalité afin que la vie prenne le dessus sur le livre. J’ai appris l’espagnol avec Manolo mais pas toute la littérature espagnole (en plus de Pio Baroja, il me faudrait beaucoup lire Antonio Machado). J-P Damaggio

(1) Les œuvres de Pio Baroja sont parmi les livres de référence de Manolo présentés dans l’expo en cours à Barcelone sur MVM.

 

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:21

Lecture du JOURNAL II de Roger Martin du Gard

(Nrf Gallimard)

 

  par Marie-José Colet auteure de l'auto-fiction La femme en retard
  BON DE COMMANDE Editions La Brochure

 P.15 : « Travaillons, travaillons, et laissons la parole aux bavards ».

 

P.25 « Nous sommes tous des fleurs de musées et de bibliothèques, il faudrait nous refaire une virginité de sauvages. Peut-être la guerre n’a-t-elle pas assez détruit de passé ?... »

 

Et donc je divague.

 

Je suis une fleur de musées et de bibliothèques. J’ai grandi sur des pages poussées par des phrases. Toute mon élaboration de maintenant je la dois aux mots des autres que j’ai aimés, caressés du regard. J’ai cherché avec eux mon présent, j’ai inventé mon écriture et mon savoir. Non, je ne veux pas me faire une virginité sauvage car je veux être une fleur de transmission. C’est par la transmission que je vis ; quand je renonce à mes espérances, ce sont les livres de tous qui me sauve du désespoir car les livres sont des longs fleuves tranquilles. Ils sont toujours là, prêts à être ouverts, prêt à dire et à redire leurs vérités. Ils ne s’étiolent pas, ne se fanent pas. Les livres peut-être c’est pour cela qu’il faut faire tant d’efforts pour les conserver. Mais les textes non. Ils chantent nos plaintes, nos découvertes, nos engagements, notre humanité. Ils perdurent à nos désespoirs d’hommes si impuissants parfois, ils écrivent notre humanité. Comme Mowgli, nue et abandonnée j’ai grandi parmi les livres. Les livres m’ont protégée, ont pris soin de moi, ont crée mon intelligence, m’ont appris mon humanité, m’ont fait découvrir la société et le passé.

 

Je suis une fleur de musées et de bibliothèque, une femme de présent et d’avenir. Une femme d’utopie, une femme de mouvement, une femme en mouvement. Je suis née de mon immobilité devant les livres, de ce calme immense que demande la lecture ; les livres ont inventé ma sérénité de femme qui à tout jamais a perdu sa virginité. Je suis une femme fécondée par les livres et en route vers l’éternelle  création.

 

Je suis une fleur de musées et de bibliothèque. Je suis née à partir de Léonard de Vinci, de Matisse, de Picasso et de tant d’autres. La peinture m’a  appris la douceur et le bonheur. La peinture m’a appris l’Histoire et les livres m’ont conté des histoires. Je suis une femme de récits et le récit c’est la vie. Raconter une histoire, rien n’est plus beau. Nous ne sortons jamais de l’enfance et c’est le seule espoir de l’humanité. Je sais Gaza, je sais les guerres, je sais que trop souvent je perds mon combat pour la paix. Je sais tout cela. Mais je sais notre  travail à tous, fleurs de bibliothèques et de musées. Nous nous appliquons à tracer nos jardins, à continuer d’écrire nos livres et nos articles, nous nous appliquons à annoter nos textes préférés, à copier nos citations, à tourner nos pages, à conquérir l’immobilité de la lecture et de la peinture, à écouter Mozart et La Callas, à sculpter nos jours ; Nous nous appliquons à sublimer cette terrible pulsion de mort, nous inventons la vie dans nos jours et dans nos nuits. Il n’y a pas d’autres solution que le travail de création face à la destruction. C’est terriblement dur de continuer à affirmer la paix alors que la guerre explose de partout. Mais je sais, j’en ai la certitude, je ne suis pas la seule fleur de musées et de bibliothèque. Cette espèce existe depuis des siècles, depuis Spartacus et même avant. Cette espèce florale ne s’éteindra jamais. Elle dépend de nos livres et de nos arts. Elle dépend de nous. Elle doit être plus forte que les bombes et que la haine.

 

Je suis une fleur de musées et de bibliothèques et grâce à la transmission je ne m’éteindrai jamais. Je le sais.

 

Que le monde malgré la mort et le feu demeure, malgré l’injustice et la misère continue d’être par la force quotidienne de nos créations. Inventons nos bouquets comme des feux d’artifice dans la nuit de notre désespérance humaine.

Inventons nos couleurs et nos odeurs, caressons les visages en pleurs. Je sais, c’est si dur mais essayons. Les guerres ne doivent pas détruire le passé. Soyons des fleurs de musées et de bibliothèques et continuons d’inventer un possible humanisme. Continuons ! Continuons !

 

Marie-José Colet Le 11 janvier 2009

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