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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 17:17

Les Editions La Brochure suivent cette question depuis longtemps (voir brochure sur la laïcité, 5 euros) et elles ne cesseront pas.

 

Uruguay : déception des féministes

 

Plutôt que de jouer la démocratie, Tabaré Vazquez, président du pays, a préféré faire valoir son opinion personnelle. Alors que le Congrès a voté le 11 novembre 2008 une loi pour dépénaliser l’avortement, il a décidé d’opposer son veto à l’application de la dite loi. Il avait prévenu à l’avance puisque cent jours après sa prise de fonction, en 2005, suite à une rencontre avec l’archevêque de Montevideo, il avait mis en garde ses propres partisans : je refuserai toute loi qui porte atteinte à la vie.

 

Les féministes du pays qui se battent depuis des années pour sortir l’avortement de l’illégalité, pour retrouver une période brève de légalisation entre 1936 et 1939, ne croyaient pas que le président puisse se comporter ainsi. Leurs droits ne sont pas de l’ordre de l’opinion personnelle. Les femmes qui sont conduites à l’interruption volontaire de grossesse ne le font pas de gaieté de cœur… et le président s’appuie « sur le traumatisme spirituel » (dit-il en connaissance de cause) que peut représenter cet acte pour les obliger à enfanter ! L’une des féministes, Lilan Abracinskas, de conférences en conférences, démontre que la situation devient insupportable, et le Congrès a fini par voter cette loi car les décès de femmes tentant d’avorter devient un drame national. Et comme toujours, ce sont les femmes les plus pauvres qui sont, parmi les 33 000 avortements clandestins annuels (une approximation), les femmes les plus fragiles. L’avortement clandestin est une activité très lucrative. Mais la hiérarchie catholique ne veut rien entendre ; par contre elle se fait entendre du président de gauche qui n’a jamais cessé de faire appel à la démocratie directe et aux valeurs humanistes ! Par son comportement, la hiérarchie catholique sape sa propre autorité puisque les autres religions (évangéliste et méthodiste) ont annoncé leur appui à la décision du Congrès. De leur côté des féministes ont lancé une campagne avec pour thème : « Assez de rosaires, dans nos ovaires ! ».

 

En conséquence, les promoteurs d’une loi permettant aux femmes de décider de leur maternité demandent au président, à défaut de vouloir donner son accord à une décision démocratique, de proposer un référendum sur la question, pratique habituelle dans le pays. Mais il refuse ! Tous les sondages indiquent que l’opinion est favorable à plus de 55% à une loi de dépénalisation.

 

Tous savent que l’enjeu dépasse largement le cas du petit pays coincé entre les géants argentins et brésiliens. L’Uruguay, qui autre fois était appelé la Suisse des Amériques, fut, avec le Mexique, un des premiers pays à voter une loi de séparation des églises et de l’Etat, il y a un siècle, et il pouvait devenir aujourd’hui, avec Cuba, une référence en matière de droit des femmes latino-américaines, celui de pouvoir disposer de son corps étant essentiel, surtout sur un continent où les violences engendrent des maternités de plus en plus précoces. Ni la Bolivie, ni le Venezuela n’ont voté une telle loi. L’Equateur dans sa Constitution démocratique n’a pas pu inscrire la laïcité parmi ses références.

Toute l’Amérique latine souffre de ce contrôle religieux sur les corps et sur la vie politique. Donner la priorité aux droits sociaux sur les droits des femmes, c’est comme vouloir traverser le pacifique à la nage. La priorité aux droits des femmes, c’est l’assurance que les droits sociaux seront solides. Combien de siècles faudra-t-il pour que la gauche le comprenne ? Tout comme les droits écologiques doivent devenir un autre des piliers des droits sociaux.

 

Ces quelques rappels veulent combattre l’idée véhiculée en France que l’Eglise catholique a fini par accepter la laïcité alors qu’elle s’incline seulement là où les laïques réactivent sans cesse leur combat qui est une action de tous les temps et jamais achevée.  25-11-2008 Jean-Paul Damaggio

P.S. Aujourd'hui le Venezuela vote, hier le Nicaragua a fait de même. Questions cruciales qui s’ajoutent à la plongée vers l’enfer du Mexique. Mais j’ai préféré tourner mon regard vers le petit Uruguay. (Source : La Republica de las Mujeres)

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 17:15

Vol d’apécés au-dessus des villages

 

Chapitre 1 : La parole au groupe La Poste

Les apécés, Agences Postales Communales, sont des oiseaux devenus nuisibles qui se reproduisent en juillet. Un groupe d’ornithologue dénommé Les Archaïques a découvert qu’ils avaient deux cousins, les Bureaux et les Relais, tous membres du groupe La Poste. Dans la nature, chacun peut trouver une place et les apécés ont commencé à se multiplier avec l’accord des maires de villages très heureux d’offrir un nid à de tels volatiles. Prochainement va d’ailleurs se tenir le Congrès national des maires et vous pouvez assister à la remise du 3ème Grand Prix Compli’Cité organisé par La Poste, le mercredi 21 novembre à 11 h 00, qui récompense cette année les meilleures communications courrier des collectivités locales selon 3 catégories : développement durable, communication de proximité, meilleure enveloppe personnalisée. Le durable, la proximité et le personnalisé sont les valeurs majeures du marketing commercial de La Poste.

L’objectif du maintien de la proximité (règle floue et législative des 90% de la population de chaque département à moins de 5 km et de 20 minutes d’un point de présence de La Poste) passe par des réponses diversifiées, dans le cadre d’une approche intercommunale. Aussi, La Poste compte aujourd’hui plus de 17 004 oiseaux appelés points de contact. Une nouvelle organisation dynamique validée par la loi de régulation des activités postales.

La Poste explique donc sans rire, qu’elle propose une gamme complète et renforcée de services liés avec le bureau centre. Afin que tout ce dispositif fonctionne, La Poste a signé une convention nationale avec l’Association des Maires de France le 28 avril 2005 pour la mise en place des apécés. Concrètement, La Poste s’engage notamment à verser à la commune ou à l’intercommunalité dans laquelle est implantée l’apécé, une indemnité compensatrice : 800 euros pour 60 heures d’ouverture et 900 euros si l’apécé est située en zone de revitalisation rurale (ZRR) ou en zone urbaine sensible (ZUS). Cette somme comprend la part de rémunération brute de l’agent et la part des charges de l’employeur, la part du coût du local affecté à l’agence postale communale, comprenant l’amortissement et les assurances, la part des frais d’entretien du local affecté à l’agence postale communale (eau, électricité, téléphone, chauffage, …). Pas de problème avec une telle somme vous payez largement toutes ces charges !

Le travail des ornithologues permet de repérer en France, 3 200 apécés et 1 300 Relais Poste, donc le réseau de « points de contact » de La Poste se fortifie !!! Malheureusement la communication du groupe La Poste ne dit pas combien de Bureaux en moins !

Mais quelle est la notoriété et la perception des apécés par les différentes parties prenantes (élus, population, commerçants) ? Réponses grâce à l’étude menée en juin 2006 par TNS-Sofres, dans les communes accueillant ce type de partenariat postal.

Des élus satisfaits à 87%. « La qualité de service, dans son ensemble, remporte un vif succès », affirme Agnès Balle, du département Stratégies d’opinion à TNS-Sofres. Les élus se montrent aussi très positifs sur l’impact des apécés. Ils contribuent notamment à pérenniser les services publics dans les petites communes, à concrétiser une politique d’aménagement équitable du territoire, à renforcer les liens entre les habitants, à maintenir ou créer un emploi... Mieux que chez les élus : 92% des habitants reconnaissent que l’existence d’une APC ou d’une RP est « une bonne chose ». « Ils sont 83% à déclarer que les APC ou RP répondent bien à leurs besoins d’opérations postales », poursuit Agnès Balle.

Intoxication car en fait, les habitants, avec le temps, découvrirent que le service était moindre et les coûts plus importants. Sauf qu’en lisant les treize articles de la CONVENTION RELATIVE A L’ORGANISATION D’UNE AGENCE POSTALE COMMUNALE, il est facile de tout savoir à l’avance ! « Quoi, 13 articles ! » Mais ça porte malheur déclara un Archaïque !

De toute façon, la France est une démocratie où il existe des législateurs qui décident de ce qui est nuisible, et de ce qui ne l’est pas, et c’est fin mai 2005 que députés et sénateurs décidèrent de la multiplication des apécés. Le groupe La Poste ne fait qu’appliquer la loi (à contre-cœur pensent certains !).

 

Chapitre 2 : les élus français

 

Les Archaïques interrogèrent leurs sénateurs et députés pour savoir qui avait osé mépriser les bureaux de poste. « Pourquoi, juste avant le vote au sujet du Traité Constitutionnel Européen, avez-vous pu voter une loi de régulation postale? » Un des sénateurs leur rappela alors une anecdote : à la fin des débats, une dame, Hélène Luc, déclara de manière laconique : « Avec ce vote, le « non » va encore progresser ! ». Il s’agissait du NON au TCE qui, une semaine après, deviendrait majoritaire en France ! Mais la réponse sur le fond ?

 

La date ne pouvait être reportée : presque dix-huit mois - de l'examen par le Parlement du projet de loi relatif à la régulation [ce qu’il faut lire dérégulation] des activités postales, commencé le 18 janvier 2004 à la décision finale ! Ce qui fit dire au présentateur du travail final : « Il faut saluer l'ampleur du travail parlementaire et gouvernemental qui a été accompli. Le passage par la navette parlementaire est loin de n'avoir été qu'une simple formalité, puisque le texte en est ressorti profondément enrichi et amélioré. De simple transposition des deux directives postales de 1997 et 2002, le projet de loi est devenu aussi, peu à peu, un instrument du rééquilibrage de la situation de La Poste dans le contexte de concurrence de plus en plus intense à laquelle celle-ci doit faire face. Les travaux au sein de la commission des affaires économiques ont été nourris, vivants, et mes collègues, toutes sensibilités confondues, ont montré, par leurs critiques souvent constructives et leurs propositions nouvelles, leur forte implication sur ce sujet. Si j'ai eu l'honneur de piloter ces travaux en tant que rapporteur, le président de notre commission, M. Patrick Ollier, m'a toujours apporté un soutien précieux, sachant, aux moments critiques, désamorcer les tensions en trouvant les bons équilibres entre autonomie du Parlement, solidarité gouvernementale et prise en compte des propositions constructives de l'opposition. »

 

Et en fait, pour certains, toute la responsabilité du développement des apécés vient du gouvernement de 2005. Un député fit remarquer à la fin des débats : « Je l'ai dit l'autre jour à M. Copé, je le redis aujourd'hui : vous demandez à La Poste de courir le cent mètres plus vite que ses concurrents en lui attachant des boulets aux pieds. J'avais déjà noté cette contradiction dans le rapport rédigé par votre majorité sur la gestion des entreprises publiques et je l'avais dénoncée : chaque fois que vous comparez La Poste à un opérateur concurrent en Europe, vous oubliez, comme par enchantement, de rappeler toutes les contraintes que l'État lui impose, contraintes que n'ont pas à assumer les autres. L'honnêteté consiste à comparer ce qui est comparable, monsieur le ministre. »

Pourquoi parler de directives demandèrent les Archaïques à leur élus ? Le développement des apécés n’est pas de la responsabilité de La Poste, ni de celle des élus français car tout a été piloté de Bruxelles et de Strasbourg par des directives anciennes, la première datant en effet de 1997. Voyez, 10 ans avant de passer au vote du Parlement français et trois ans avant que les manifestants entrent en scène contre les apécés. La vie va lentement.

 

Chapitre 3 : les élus européens

 

Les Archaïques découvraient donc que les apécés sont des oiseaux migrateurs qui de Bruxelles passent par Strasbourg et Paris avant d’atteindre les villages. Ils décidèrent donc d’aller à la source. La loi française de mai 2005 est relative à la transposition de la directive 97/67/ce du parlement européen et du conseil du 15 décembre 1997 concernant des règles communes pour le développement du marché intérieur des services postaux de la Communauté et leur amélioration ! Nous n’entrerons pas dans les détails.

A Bruxelles ils furent aimablement accueillis par des personnes au langage simple. Les nuisibles sont ceux qui n’ont pas de prédateurs. Pensez aux étourneaux qui causent tant de dégâts car ils n’ont pas de concurrence ! Pensez aux sangliers qui provoquent des accidents sur les routes car des races prolifiques ont été introduites par l’homme ! Les nuisibles s’étaient les bureaux de Poste qui font la pluie et le beau temps. Pilotés en dehors du contrôle des maires, les bureaux font ce qu’ils veulent ! Le marché ne peut admettre une telle situation. Avec les apécés, d’un côté on redonne le pouvoir aux élus et donc aux citoyens, et les bureaux n’ont alors qu’à bien se tenir, sinon on les dégrade ; de l’autre La Poste s’envole enfin vers des horizons européens.

Fascinant d’apprendre l’avenir européen de La Poste !

« Parce que l’avenir de La Poste passe aussi par l’Europe, elle poursuit son ouverture à l’international. « Les opérateurs postaux doivent réussir leur évolution, sous peine de disparaître », affirme Inès Ayala Sender, députée européenne espagnole. Les concurrents de La Poste sont déjà en France : Koba, la filiale de la poste allemande qui intervient sur le marché français du routage et du traitement de fichiers ; Astérion, la filiale de la poste belge ; Spring, une filiale commune aux postes hollandaise, singapourienne et britannique. Pour accélérer sa croissance dans le domaine du courrier, La Poste étoffe son réseau de commerciaux en Europe continentale et s’appuie sur des filiales opérationnelles et commerciales en Angleterre avec La Poste UK Ltd et aux Etats-Unis avec, notamment Brokers Worldwide. Une stratégie en adéquation avec les besoins des entreprises, comme les Editions Atlas ou Photoways, qui sont de plus en plus présentes dans les différents pays européens. GeoPost, la société-mère des filiales colis et express, en France et en Europe, du groupe La Poste, poursuit son axe stratégique : accélérer son expansion sur les marchés domestiques européens et capter les flux internationaux sur le segment porteur du colis rapide. Même La Banque Postale se positionne déjà à l’international en lançant, avec Poste Italiane, un Fonds Commun de Placement commercialisé simultanément en France et en Italie. La Poste Grand Public entend répondre aux besoins et aux attentes des étrangers. Par exemple, La Poste d’Issigeac, commune touristique au cœur de la Dordogne, accueille une nouvelle génération de postiers parlant plusieurs langues, notamment l’anglais.»

 

A écouter ce discours tout devient plus clair pensèrent les Archaïques : « être en adéquation avec les besoins des entreprises » c’est concrètement dans les bureaux à plusieurs guichets proposer un guichet spécial pour les entreprises. Que les citoyens fassent la queue mais pas les professionnels ! Il y a eu d’abord les timbres à deux vitesses ; il y a maintenant les queues à deux vitesses.

 

Les Archaïques n’avaient pas pensé à un tel raisonnement de bon sens qu’ils pensèrent globaliser ! La race humaine est sans concurrence sur la planète et il serait donc temps d’inventer des êtres capables d’assurer sa dégradation, elle qui est devenue si prétentieuse ! Les Archaïques rodèrent en conséquence dans les rues de Bruxelles au milieu des milliers de lobbies qui fabriquent les directives pour savoir dans quel bureau on préparait le règlement qui permettra que l’homme soit soumis aux règles d’une concurrence libre et non faussée. C’est seulement en arrivant dans un coin perdu qu’un individu leur fit signe pour les attirer :

- Je sais ce que vous cherchez et j’ai de quoi vous satisfaire. Oui, il existe un moyen pour en finir avec la domination humaine sur la planète, il faut se débarrasser de la domination des lobbies sur les hommes ! Ce sont les lobbies qui sous prétexte de lutter contre la concurrence vivent au-dessus de toute concurrence. Ils sont suicidaires pour les autres !

- Les nuisibles, ne sont pas toujours ceux que l’on pense ?

- La grande masse des humains n’a aucun goût pour le suicide collectif, pour la mort de la planète, pour le développement des apécés quand, depuis des générations, ils vivent avec des bureaux de Poste certes améliorables, mais de référence. Les experts ont souvent beaucoup d’utiles connaissances à apporter mais les bailleurs de fond les tiennent très souvent. Alors ils informent dans un seul sens !

 

Donc, périodiquement les hommes sont obligés de faire des révolutions pour se donner d’autres pouvoirs capables d’articuler pour TOUS le possible et le souhaitable. Pour le moment, les Grands maîtres dotés d’outils luxueux, d’une force de frappe sans égale, inventent des machineries nuisibles et les employés de la Poste ne s’y trompent pas quand, chez eux, ils l’appellent la moulinette. Les apécés sont les fils de cette moulinette : il faut donc en finir avec la moulinette pour résoudre le mal mais voilà, personne ne sait trop par quoi la remplacer ! Les Grands maîtres survivent plus par manque d’opposition constructive que par intelligence destructrice.

15-11-2008 Jean-Paul Damaggio

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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 15:15

Elections européennes : trente ans de trompe l’œil

 

 

La fébrilité actuelle au sujet des prochaines européennes n’incite à ce rapide rappel historique.

En 1979 le PCF est aux anges : enfin une élection à la proportionnelle sur liste nationale (tous les pourcentages donnés sont par rapport aux exprimés). Et le résultat sera à la hauteur de ses espérances. Georges Marchais passe le 20% (avec une liste ouverte à Maffre-Baugé) alors que Mitterrand arrive seulement à 23% avec l’aide des radicaux. La direction du PCF en déduit que Marchais sera en tête de la gauche en 1981 ! Erreur d’analyse catastrophique (une parmi d’autres) qui nous conduit en 1984 où une liste vient briser le monde des quatre (les deux autres en 79 étaient Simone Veil pour Giscard et Chirac qui fut K.O. (chaos).

Jean-Marie Le Pen crée la surprise en 1984 : avec 10% il lui manque seulement 50 000 voix pour passer devant le PCF. Certains en déduiront que l’électorat PCF (tombé à 11%) est passé au FN.

Les surprises ne vont pas cesser si bien qu’en 1989 c’est au tour des Verts d’atteindre la barre des 10%, Waechter ayant été favorisé par l’élection présidentielle de 1988 et pensant qu’enfin sa stratégie du ni-ni va s’imposer dans l’écologie (5 ans après Isler-Beguin le remplacera dans un cadre différent).

Il fallait compter avec l’esprit manœuvrier du président Mitterrand qui, conscient que le PCF est devenu un allié secondaire, a besoin de s’en inventer d’autres. Il fera entrer au gouvernement Brice Lalonde et un certain Bernard Tapie. Brice Lalonde s’était déjà distingué aux Européennes de 84 en s’alliant avec le centriste Olivier Stirn contre l’écologiste Didier Anger (chacun faisant 3%). Avec l’aide du PS il crée à l’aube des années 90 Génération Ecologie pour contrer les Verts et Bernard Tapie est désigné pour limiter l’effet FN.

Voilà comment en 1994 nous aurons l’élection européenne la plus bouffonne de l’histoire de France. La « bande des quatre » est à présent représenté par Baudis (25%), Rocard (14%), De Villiers et Tapie 13% chacun. Le Pen est après avec 11% et le PCF avec 6% obtient encore 7 élus.

Cette fois c’est Mitterrand qui est aux anges. Rocard et Chirac sont discrédités pour sa succession et Tapie est là pour une grande carrière avec les radicaux. Qui peut alors imaginer que 1999 sera une élections aux surprises encore surprenantes !

Cette année là Sarkozy arrive seulement en troisième place et fait moins que Rocard en 1994. Tout le monde pense que son destin politique c’est du passé. Avant lui, nous trouvons un PS revenu en première ligne avec 22% sous la conduite de François Hollande, et en deuxième place un tandem comme les Européennes les aiment bien : Pasqua-De Villiers. Un tandem qui sera comme l’avenir politique de Tapie : sans suite. Le coup électoral est génial mais il n’en restera que De Villiers. Enfin Daniel Cohn-Bendit termine la bande des quatre avec les Verts (mais Bayrou obtient lui aussi 9%). L’élection comporte cependant une autre surprise dans le bas du tableau : Alain Krivine et Arlette Laguiller passent enfin la barre des 5% et deviennent députés ! (Krivine prendra alors un jeune attaché parlementaire du nom de Besancenot). Pour la première fois ils sont neuf groupes à se partager les postes de 87 élus. Le Pen frôle la disqualification avec 5,6% des voix (en dessous de 5% pas d’élus) car un de ses lieutenants a cru qu’il était temps de lancer le MNR. Bruno Mégret comme d’autres avant lui a fait un très mauvais calcul (3%). Qui d’autre avant lui a fait un mauvais calcul ? Pensons à J-P Chevènement qui a quitté le PS assez tôt pour préparer l’élection européenne de 1994 dont les résultats devaient le propulser aux premières places à la présidentielle de 1995. Il créa une liste ouverte avec Anicet Le Pors et d’autres, pour un résultat décevant : 2%. Les dettes seront colossales et Chevènement mettra des années avant de relever la tête sur la base d’une stratégie nouvelle que nous dirons gaullienne. Un communiste de premier plan avait tenté une même opération en 1984 en s’alliant avec le PSU de Depaquit. Il s’agit d’Henri Fizbin qui comme Fiterman finira sa vie politique au PS. Ne disons rien de l’autre communiste qui crut son heure arrivée en 1989 et qui n’ayant pas passé le 1% se retrouva ensuite à servir Dominique Baudis.

Bien d’autres observations peuvent être issues de l’étude des élections européennes mais à partir de 2004 le cadre change et le paysage politique avec vu que le cadre joue toujours un rôle central quant au paysage qu’il révèle. L’émiettement de 1999 ne pouvait plus durer pour les propriétaires de la politique (toujours une bande de quatre) aussi ils changèrent légèrement le mode de scrutin : on en est resté avec la proportionnelle intégrale suite au premier tour mais sur sept circonscriptions au lieu d’une ! Obtenir des élus devient plus difficile si bien que la bande des autres s’appellera alors PS, UMP, UDF et FN qui est encore là. Le PS n’a jamais eu un score aussi haut. Avec presque 29% il devance l’UMP de plus de 12 % ! L’échec de 2002 est magistralement effacé. Autre effacement total qu’il ne faut pas oublier : le succès de l’extrême-gauche en 2002. Pour les Européennes l’accord LCR-LO produit seulement 2,5% des voix quand Besancenot seul faisait 4% deux ans avant ! De Villiers et le PCF avec trois élus chacun survivent tandis que les Verts avec 6 élus résistent bien au nouveau mode de scrutin.

 

Alors en 2008,qui sera dans la bande des quatre ? Cohn-Bendit-Bové et le pôle écologiste ? Bayrou –JF Kahn et le pôle centriste ? Mélenchon-Buffet et le pôle de gauche ? Jennar-Besancenot et le pôle NPA ? Tous pensent que la situation n’est comparable à aucune autre, tous pensent que l’Europe est comprise pour ce qu’elle est, tous espèrent que leur tour est venu pour balayer la droite et le PS car tous veulent croire qu’il suffit d’un trompe l’œil pour devenir artiste. Quand j’entends Mélenchon annoncer qu’il va devancer le PS alors que son parti n’existe pas encore, je repense à ceux qui disaient que Bové serait en tête de la gauche en 2007 ! Plus la politique s’effondre et plus le moment électoral devient un enjeu en soi. Pour l’électoralisme avance et plus le peuple est absent. J’ai en effet oublié de donner le taux de votants depuis trente ans. Successivement nous avons eu : 60,7%, 56,7%, 48,8%, 52,7% (petite remontée en 94), 46,7% et enfin 42,7%. Allons nous passer sous le 40% de votants en 2008 ?

19 novembre Jean-Paul Damaggio

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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 15:10

Voici l'avant-propos de Claude Rossignol au sujet de nouveau livre que publient les éditions la brochure. 200 pages au prix de 17 euros (15 euros pour la souscription jusqu'au 9 décembre).ISBN : 978-2-917154-35-9 Editions La Brochure82210 Angeville 

 

BON DE COMMANDE Editions La Brochure

Avant Propos

 

Au détour d’une réunion à Toulouse de l’Alternative en Midi-Pyrénées, j’ai reparlé de mon intention de ne pas laisser s’évaporer la mémoire d’un projet qui a occupé les 15 dernières années de ma vie de professeur. Jean-Paul m’a vivement incité à écrire « quelque chose » sur le Prix Goya à Castres : les Editions La Brochure publieraient !

L’idée d’évoquer ce « prix littéraire lycéen » avait évidemment campé dans l’esprit de plus d’un membre de l’équipe d’animation, lorsque le Prix Goya était à l’apogée. Un document collectif, d’une centaine de pages illustrées de photos, dessins, documents pédagogiques, a même été rédigé en 1996. Cet ouvrage, dont il doit rester encore deux ou trois versions papier, était intitulé « Le Prix Goya – Expérience de lecture en milieu scolaire » avec pour sous-titre : « Projet pédagogique et aventure humaine (1990-1996) ».

            Je me souviens qu’à cette époque-là, nous ressentions tous la nécessité de faire sortir le Prix Goya des frontières étroites de la ville de Castres et du département du Tarn. Peut-être même pressentions-nous qu’il en allait de la survie de notre projet. Les autorités académiques, recteur en tête, avaient beau nous certifier que le Prix Goya était « LE projet de lecture de l’Académie de Toulouse », nous étions quelque peu sceptiques sur leur volonté d’en assurer une réelle promotion en faisant connaître notre travail dans les huit départements de Midi-Pyrénées.

            Nous avons donc cherché un éditeur pour notre ouvrage collectif.

            Sans doute notre texte était-il trop hybride : mi expérience pédagogique, mi récit d’une aventure humaine. Cela expliquerait qu’une réunion avec un Inspecteur Pédagogique Régional de Lettres, au Centre Régional de Documentation Pédagogique, situé Rue Roquelaine dans la « ville rose », n’ait pas débouché sur sa publication : pas assez pédagogique ! Quant à l’éditeur toulousain Privat, nous ne le lui avons même pas présenté, car il ne pouvait pas davantage le publier : trop pédagogique … et pas assez « régionaliste » !

            Nous avons changé d’épaule pour notre fusil. Nous avons essayé d’attirer l’attention des grands médias nationaux, grande presse écrite, radios et télévisions. En vain ! Notre « petit » projet « à peine régional » n’intéressait pas le grand monde. Une blague circulait au sein de l’équipe : « Demandons à un élève d’assassiner l’un d’entre nous ! Dans l’heure qui suit nous avons les caméras de TF 1 dans le lycée ! » Hélas - mais faut-il le regretter ? - nous n’avons jamais trouvé les deux volontaires pour jouer ces rôles !

            Le Prix Goya, comme la plupart des entreprises humaines, est né, s’est développé avant de décliner dans une vieillesse fatale. Certes, son « petit frère », le Prix Goya Découverte, fonctionne encore à l’heure où j’écris. Grâce à la conviction et aux efforts déployés par nos amis de l’école élémentaire. Malheureusement je ne peux m’empêcher de me demander pour combien de temps encore… Ah ! si seulement sa survie ne dépendait que de leur conviction et de leurs efforts !

            Alors pourquoi souffler sur la minuscule braise qui luit encore au milieu d’un amas de cendres ? Je suis plus un nostalgique de l’avenir que du passé : à quoi bon me re-plonger dans des mètres cubes de documents ?

            Nous le savons tous très bien : ce projet ne peut servir de modèle à personne. La pédagogie, ça s’invente sur le terrain, ça ne se copie pas dans les livres, même ceux édités par le C.R.D.P. et d’autres éditeurs tout aussi honorables ! Au mieux peut-on espérer quelques conseils utiles des inspecteurs pédagogiques… et encore !

            Non, tout simplement, Jean-Paul a trouvé : cette expérience n’est pas transposable, mais elle a existé et mérite d’être connue… pour ce qu’elle vaut, c’est-à-dire une expérience, une alternative pédagogique qui a fonctionné à un moment donné dans un lieu donné.

            C’est donc ainsi qu’il faut lire le récit qui suit. Comme une expérience pédagogique et humaine qui a mobilisé des quantités incalculables d’énergie, tant chez les jeunes que chez les adultes. Car sans être nostalgique du passé, on peut quand même s’en nourrir ! C’est à coup sûr ce que voulait dire Christine Lafon, première lauréate du Prix Goya en s’adressant en 1990 à son jury : « L’essentiel dans la vie, c’est de ne pas la regretter ».

 

Claude Rossignol.

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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 14:28

livre olympeCe début de texte d’Olympe de Gouges date de 1788. Il montre la lucidité de cette femme sur l’état révolutionnaire du pays, sa vision sentimentale de la politique qui ne doit pas arrêter le lecteur, son engagement clair et net aux côtés du Peuple pour tenter d’apaiser les conflits, un engagement allié à un sens patriotique. Ce début de texte entre dans un cycle de publications d’œuvre d’Olympe de Gouges que les Editions La Brochure vont entreprendre pour poursuivre leur activité féministe.

 

 

Remarques patriotiques

 

Par la Citoyenne, auteur de la lettre au Peuple

 

Ma lettre au Peuple, ou le projet d’une caisse patriotique, a ému les belles âmes. Elle a excité la critique des mauvais Citoyens. Ils osent même dire que le caractère français est éteint, et que l’égoïsme est actuellement l’esprit dominant de la Nation. Ah ! s’il n’a pas brûlé jusqu’à présent pour la Patrie, il peut renaître de sa cendre. La France a peut-être été trop florissante jusqu’à ce siècle ; elle a excité l’envie de toutes les nations, et pour un choc violent qu’elle éprouve, faut-il qu’elle se perdre elle-même ? O France, France ! Relève ton front altier, et n'inspire point à tes voisins le sentiment de la pitié. Que le Peuple, les Parlements et le Roi ne forment quune même famille, et la Nation reprendra bientôt sa première splendeur. Et vous, ennemis de vos frères, de votre Roi et du repos public ; étouffez cet esprit de révolte et de discorde, qui n'entraînerait que votre perte, et la chute de l'Etat. La misère n'a déjà que trop affligé votre Pays ; craignez d'allumer les flambeaux de la guère, et de périr les premiers dans une infâme boucherie. Mes avis ne sont point bizarres ; c’est en employant les matériaux de la vérité, que je prétends démontrer le danger, le bon, et l’utile. C’est une femme, qui ose se montrer si forte, et si courageuse pour son Roi, et pour sa Patrie.

La France est plongée dans la douleur ; le Peuple souffre et le monarque gémit.

Le Parlement demande les Etats-Généraux, et la Nation ne s’entend pas. Ils sont indécis sur la manière de s’assembler. Toutes ces altercations sont des entraves au salut que l’Etat attend de leurs lumières. Le Tiers- Etat avec raison prétend avoir autant de voix que le Clergé et la Noblesse, mais la dignité de ces derniers ne veut point entendre que les organes du Peuple sont des voix aussi salutaires que les siennes à l’administration des Finances, et aux prompts remèdes qu'on doit porter à un mal qui s’empire tous les jours. Il me semble voir un malade dans son lit, à qui il faut une prompte opération. Un habile médecin l'ordonne sur le champ ; mais les parents qui ont souvent des vues contraires à celles du sage Médecin demandent une consultation de ce qu’il y a de mieux dans la Faculté, sur la manière de faire l’opération. L’auguste Assemblée d’Esculape ne s’entend pas. On disserte longtemps ; le mal devient désespéré, ou le malade périt ; et le bon médecin est le Tiers-état. Messieurs les Nobles, sont l’auguste assemblée des Médecins, à qui je représente, avec les droits que mon sexe me donne, de laisser de côté le rang, les titres, et ce vain préjugé de ses dignités idéales, et voler en foule faire l'opération du Royaume, chasser le mal, et introduire le bien.

Voilà sur quelles conséquences il faut discuter. La supériorité doit se taire, et faire place à la raison ; et dans une semblable calamité, Barons, Marquis, Comtes, Ducs, Princes, Evêques, Archevêques, Eminences, tout doit être citoyen ; tous doivent donner l'exemple de cet amour patriotique au reste de la Nation, pour concourir ensembles au bonheur de l’Etat et à la gloire de son Pays.

Le bien est-il donc si difficile à faire ? Oui, sans doute, les Parlements et le Souverain en font la triste expérience ; mais je l’ai déjà dit, que le Roi et les Parlements ne forment qu'un même cœur, et l’âme de la Patrie se signalera. Et pour mieux vous toucher de cette vérité, Puissances supérieures aux peuples, considérez le tableau effrayant que je vais retracer à vos yeux du plus grand nombre des citoyens. Le commerce est écrasé, une quantité incroyable d’ouvriers sont sans état et sans pain, que deviennent-ils ? Pourriez-vous vous en rendre compte sans frémir ? Tout est arrêté, le riche impitoyable cache son argent ; vil instrument de sa cupidité, peut-il prolonger ses jours, peut-il les rendre plus heureux ? Ces trésors dans l’inaction quel bien peuvent-ils faire à personne ? C’est à l’Etat qu’il faut les offrir, et les offrir sans aucun intérêt, tel qu'ils les placent dans leur coffre-fort. Dans la caisse de la nation, ils vous rapporteront un prix au-dessus de leur valeur, vos collatéraux, après vous, s'applaudiront de trouver dans votre fortune de tels recouvrements, vous leur laisserez la gloire et les honneurs qui éterniseront votre mémoire. Si une si belle victoire n’émeut point vos âmes abjectes, craignez le désespoir des malheureux et des révoltés. Vous ne sauriez vous le dissimuler, c’est toujours sur les riches qu’ils portent leurs mains hardies et meurtrières, et souvent dans leurs fureurs ils ne distinguent plus les bons d'avec les méchants.

Dans un Etat de Monarchie, tel que la France, le peuple ne peut être heureux qu’autant que l'Etat n’est point obéré ; la vraie constitution est fondée sur l’amour de son pays et de son Roi : voilà les Francs, voilà leurs véritables vertus. Si elles n'existent plus dans la nation, la nation est perdue, elle sera livrée au pillage des brigands, et peut-être soumise aux puissances ennemies.

C’est donc à vous, grands, sages, bon citoyens à détourner les maux que je redoute pour ma Patrie. Il se peut que mon cœur pénétré ne soit trop alarmé de ses craintes, et que cette crainte m’ait fait voir un danger évident. Ah ! Combien de fois les Etats se sont perdus, faute de prévoir les grands événements ! Ce sont de ces causes célèbres où chacun est intéressé et le parti le plus puissant doit entendre et recevoir avec plaisir les avis du parti le plus faible. C’est sur les intérêts du public et de l’Etat qu’il faut se prononcer ; mais en se prononçant, il faut les unir et les accorder, et si vous les divisez, vous les perdez tous les deux. Je sais que dans un temps heureux les maximes de l’Etat sont différentes de celles du public et que la politique du gouvernement ne permettrait point aucune observation relativement à ses administrations, mais devenu plus humain que politique, plus sage que vain, il écoute et reçoit avec plaisir les avis de chacun, quand ils ne tendent qu’au salut général. Le premier instant des têtes citoyennes produit quelque fois les plus grands revers ; mais leur retour sage et salutaire répare bientôt un instant de fermentation. Tel [C’est ainsi] qu’on voit actuellement les arrêtés des Parlements. Le mal s’est empiré par trop de zèle ; mais ce mal peut se réparer par ce même zèle. Unissez-vous donc, messieurs, et ne perdez point de vue l’impôt volontaire, et quel que faible que soit l’Auteur dans ses rayons de lumières, ils n’en sont pas moins utiles pour le bien de la France. Souvent les moyens les plus simples ont produit de grands effets ; craindrait-on de les employer, parce qu’ils sont faciles ? Craindrait-on de les mettre en exécution, parce que c’est une femme qui les propose ? Craindrait-on d’obscurcir l’éclat de la Couronne, en offrant à son roi un don pur et volontaire, quand il peut, à son gré, créer des impôts ? Y a t il plus à rougir de recevoir de la part de ses sujets un service, que de les forcer la baïonnette au bout du fusil de vous l’accorder ? Il me semble que les impôts sont ainsi exécutés, ou je ne me connais point en matière politique. Il me semble aussi que dans les temps de guerre, différentes villes maritimes ont offert au Roi des vaisseaux qu’il a acceptés sans rougir, et je ne vois pas de différence avec le projet de caisse patriotique pour la dette nationale, ou je n’ai point l’ombre du sens commun. Craindrait-on que cet impôt n’eût point l’effet que j’en promets ? Et quand cela serait, par ce moyen on s’instruirait du véritable caractère français. Cette expérience serait peut-être très utile à l’Etat et à la Nation, et ce moyen facile, sans effets, donnerait sans doute des points de vues pour ceux qui conviennent actuellement.

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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 14:25

Félix-Marcel Castan et les contre-capitales

 

Les journées de Larrazet ont décidé cette année de balayer toute l’action de Félix-Marcel Castan. Je ne retiens que  son analyse et son combat contre le centralisme évoqué par Claude Sicre à partir de la notion de « contre-capitales.»

L’idée est la suivante : face à Paris (où à côté de Paris) il s’agit de construire des contre-capitales capables de synthétiser des démarches culturelles originales et authentiques (qui ne seraient pas une sous-traitance de la culture nationale ou internationale). Castan serait l’inventeur de cette stratégie géniale qu’il suffirait de généraliser à la France entière pour enfin la transformer en profondeur. Comme Castan aurait voulu que la démarche du Trait d’Union, journal de Larrazet, se généralise, alors qu’à Larrazet même, elle a changé de nature : si au départ c’était la jeunesse, comme il le souhaitait, qui dirigeait le journal, Félix a ensuite eu du mal à admettre que la Maison des Jeunes devienne Maison de la Culture (vu la difficulté de passer le témoin aux générations suivantes).

Dans les carnets de route (n°5) F-M Castan rappelle ce principe de contre-capitale à partir de cette clef de son système : « Le champ culturel est peut-être le seul champ d’action qui ne soit le prolongement QUE de lui-même ». Il s’agit ici de la création-action culturelle à ne pas confondre avec l’animation culturelle. Les contre-capitales sont donc des lieux capables de ravir à Paris, qui a confisqué la nation française, le rôle de pôle culturel authentique sur la scène du monde. J’ai souhaité intervenir brièvement dans les débats car, tout en mesurant l’importance du combat anti-centraliste, j’ai des doutes sur le prolongement pratique avancé. D’où mes trois observations :

1 ) Des pays avec des contre-capitales authentiques, il n’en manque pas. Le plus connu est l’Italie où par exemple, en ce qui concerne la presse quotidienne, Rome, Milan, Turin publient des quotidiens de portée nationale et internationale. Il n’y a pas comme en France les journaux nationaux venant de Paris et à côté les journaux provinciaux, mais des identités fortes liées à l’histoire. Est-ce que le phénomène contre-capitale a résolu les problèmes culturels de l’Italie ? Le pays n’est pas centraliste mais la culture dominante y est très puissante (je laisse d’autres le soin d’analyser cette culture dominante).

2 ) Claude Sicre, grand admirateur des USA, pourrait-il établir un pont entre la stratégie des capitales version USA (qui fait que New York est capitale de rien aux USA) et la version Castan qu’il défend avec ardeur ? New York se veut en fait la capitale du monde !

3 ) Pourquoi, en se changeant en capitales multiples, la capitale unique qui désertifie le pays, ne répercuterait pas le problème dans les régions? D’autant que dans notre région, Toulouse est déjà un facteur grave de désertification, et culturellement de mépris envers les villes environnantes !

 

Pour toute réponse j’ai retenu que les cas étrangers n’ont rien à voir, que pour les USA il suffit d’y aller pour changer de point de vue à l’égard de ce pays, et qu’en faisant échouer les expériences toulousaines comme le Marathon des mots, tout ira mieux ! Or, j’entends les mêmes dire que, quand par Marseille capitale européenne de la culture, le Massilia Sound System peut récupérer de l’argent des « centres » les plus divers, c’est une bonne chose ; mais que quand Toulouse reçoit de l’argent des différents « centres » pour le Marathon des mots, c’est Paris qui descend à Toulouse et il est regrettable que des Occitanistes par exemple, aillent cautionner le système en demandant des aides financières ! Pour le moment, au Marathon des mots, je suis allé écouter l’an dernier des écrivains algériens, et l’année avant des écrivains latino-américains qui n’étaient pas la parole de la culture parisienne ! C’est le moins qu’on puisse dire !

Mais, va-t-on me répondre, le problème c’est que cette initiative détruit les initiatives locales vu l’argent englouti ! J’entends l’argument mais les sommes colossales pour Marseille capitale européenne de la culture n’ont pas en principe le même but, le même effet ?

 

Dans un monde où se développe le féodalisme, je maintiens que la notion de contre-capitale ne règle rien pour combattre le centralisme. Pas plus d’ailleurs que la notion de réseau, le plus grand des réseaux du nom d’internet n’ayant pour vocation essentielle que de renforcer les pouvoirs des centres (ça nécessiterait un article en soi). Quelqu’un a parlé de « démocratie culturelle » une notion qui a été incapable elle aussi de résoudre le problème. Alors que proposer ? Sortir des affirmations péremptoires, en revenir au réel sans chercher à le faire entrer de force dans une théorie établie (l’autonomie de la création culturelle), et faire chacun ce qu’il peut, là où il peut. A ce titre, l’existence atypique des Editions La Brochure que j’anime, comme d’autres actions, doit beaucoup au combat de Félix-Marcel Castan. A une différence prêt : à tirer les leçons de cette expérience, nous n’aurons pas l’occasion de nous plaindre des subventions non reçues. 15-11-2008 Jean-Paul Damaggio

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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 10:26

Vous pouvez demander aux Editions La Brochure 82210 Angeville pour le prix de 5 euros port compris la brochure de 70 pages : Marketing politique : de Kennedy à Obama



Victoire d’Obama, victoire de Piolin ?

 

 

Los Angeles, 11 février 2008, des centaines de milliers de latinos ont l’oreille collée à leur poste radio. Oui, j’ai bien dit à leur poste radio. Leur émission préférée, le show matinal de Piolin sur la radio Qué Buena, va commencer.

En Californie nous sommes face à la Chine, nous sommes au bord de la mer du XXIème siècle, celle qui dans les stratégies mondiales supplante l’Atlantique et donc l’Europe. Ted Margadant prof d’histoire à l’université de San Francisco le sait : pour son départ à la retraite sa spécialisation en histoire de France sera remplacée par une spécialisation en histoire de la Chine.

A Los Angeles, le maire est un latino qui soutient Hilary Clinton mais l’émission radio a aujourd’hui comme invité Barak Obama. Rien à voir avec les trois débats-spectacles à la télé qui joueront un grand rôle si Obama devient candidat démocrate, mais dans cette technologie désuète, tout est réglé d’avance. Ici, devant les micros de la radio, pas question de répondre à côté, pas question de vendre des salades ou de faire semblant. Et l’enjeu est immense : cette émission radio a réussi en 2006 à mettre un million des personnes dans les rues de Los Angeles, un million qui se multiplièrent jusqu’à dix à travers les villes du pays, pour provoquer une journée de grève générale (il m’arriva de conter cette histoire sur La Sociale). La revendication ? La légalisation de dix millions d’illégaux ! Bush avait promis, Bush essaya de tenir sa promesse mais une coalition de démocrates et républicains conservateurs la bloqua au Congrès.

Que peut dire Obama au peuple latino ? L’enjeu est immense car les maîtres du monde savent depuis longtemps diviser pour régner, or, les latinos, installés sur les barreaux de l’échelle sociale, se trouvent juste en-dessous des noirs, de quoi allumer facilement la guerre des minorités. Mais Obama vient de Chicago, ville où dès 1983, une union entre latinos et noirs a permis l’élection du maire noir Harold Washington (dans son cabinet d’avocat débuta Obama), ville où la même radio a une émission équivalente à celle de Piolin, il s’agit de celle d’El Pistolero, ville où cette union des pauvres ne s’est jamais démentie.

Dans l’histoire politique d’Obama tout commence par Chicago voilà pourquoi il fut un des deux sénateurs à avoir participé aux grandes marches des latinos du 1er mai 2006 (l’autre c’est Ted Kennedy qui marcha à Washington). Dès cette époque, il savait que là se jouait l’histoire de l’élection présidentielle. Et lui, Obama, pouvait établir une solidarité solide entre latinos et noirs afin d’assurer un meilleur sort à tous les pauvres. Ted Kennedy, sur la même radio, lui apporta dès janvier 2008 un soutien clair et argumenté (un morceau d’anthologie que je traduirais un jour pour un coup de chapeau au dernier des Kennedy).

Ceux qui écoutent la radio de Los Angeles ne sont pas seulement des spectateurs de la vie (comme ceux qui se collent à l’écran télé), ils sont des messagers, des acteurs, des créateurs d’événements. L’émission commence à quatre heures du matin pour les femmes de ménage qui prennent leurs balais dans les bureaux, pour les fatigués des fast-foods, pour les camionneurs etc. Piolin c’est Eddie Sotelo un ancien latino clandestin auquel des millions de latinos s’identifient. Pour boucler la boucle et se préparer activement à la campagne électorale, il a obtenu cette année (le 23 avril) sa nationalité US en même temps que 18 000 personnes rassemblées dans un stade de Los Angeles pour la cérémonie habituelle (je comprends pourquoi des préfets en France souhaitent créer des cérémonies pour la remise des papiers aux nouveaux Français !).

Il suffit que les auditeurs de Piolon en soient convaincus et ils passent à l’action. Obama a des atouts pour les convaincre.

Il connaît parfaitement l’histoire des dix dernières années qui furent marquées en 1996 par une triste loi de Bill Clinton. Les latinos favorables à Hilary eurent du mal à cause de la dite loi IIRIRA, une loi d’immigration qui, au départ, sembla anodine, puis qui se transforma en guillotine. Les Etats furent autorisés à légiférer en matière d’immigration et petit à petit les sans-papiers comprirent le prix des papiers. Aux USA, il n’existait pas de religion de la carte d’identité, le permis de conduire pouvant servir à cette fin. Mais avec les nouvelles lois, on demanda leurs papiers aux jeunes voulant s’inscrire dans les universités publiques, on demanda les papiers pour passer le permis etc. Pas à pas, des portes se fermaient si bien que les latinos prirent pour argent comptant la promesse de légalisation venue de Bush en l’an 2000. Ce Texan ne pouvait qu’être attentif à un problème touchant largement la population de son Etat !

Les années ont passé, les problèmes se sont aggravés, et c’est seulement depuis les immenses manifestations de mars-mai 2006 que des hommes politiques ont proposé des lois favorables aux sans-papiers, sans pouvoir les faire voter. A chaque fois, Obama fut du côté des sans papiers. Il se trouve d’ailleurs que les projets de lois furent proposés par des élus de l’Illinois. Après le refus de la légalisation des dix millions d’illégaux, il fallait de toute façon se pencher sur les lourdes conditions matérielles permettant d’accéder à la naturalisation afin de la simplifier et de la faciliter. Même cette modeste réforme (HR 1379) fut repoussée. Un autre projet visait à permettre aux jeunes exclus de l’Université, par manque de papiers, de pouvoir y entrer, en leur accordant un visa de résidence provisoire. Obama défendit la loi mais sans pouvoir obtenir une majorité.

En ce jour de février, les milliers de personnes collées à leur radio ont été enthousiasmées et en redemandèrent. Michelle Obama aura droit ensuite à un passage à l’antenne. Peut-être que la double victoire d’Obama (sur Hilary et sur Mc Cain) se joua en cette occasion. Même l’équipe d’Obama fut surprise par l’effet Piolin. En son temps, Ted Kennedy fut lui aussi surpris : il accepta de chanter dans l’émission et aussitôt après, ses maigres talents de chanteur firent le tour des médias !

Obama craignait la rencontre avec les latinos de Floride qui appartiennent à un autre type d’immigration que celui de Los Angeles et Chicago. Mais la jeunesse hispanique de cet Etat releva la tête et put marginaliser les habitués de l’extrémisme anti-castrisme ! Obama fut ovationné quand il déclara qu’il fallait changer radicalement les rapports avec Cuba. A durcir le ton contre Castro et Cuba, les anti-castristes n’ont fait que donner des armes aux durs du régime castriste et de Cuba. Il faut sortir de l’ère des conflits. A partir de la plaque tournante latino-américaine qu’est Miami, les USA peuvent-ils inverser leurs rapports avec toute l’Amérique latine ? Si un assassinat sérieux d’Obama se mijote, il prendra sa source chez les extrémistes de Floride.

Mais Obama pourra-t-il légaliser dix millions de sans papiers au moment où le pays entre en récession ? Le plus souvent, il s’agit de sans papiers qui travaillent, qui vivent et s’activent depuis longtemps dans le pays. Il s’agit en fait d’une simple clarification.

 

Est-ce que je viens de démontrer que la victoire d’Obama symbolise un tournant dans l’histoire des Amériques ? Bien sûr qu’il s’agit d’un tournant, mais loin de moi l’idée d’en déduire qu’il s’agit d’un tournant alternatif au capitalisme. Au contraire, c’est la preuve que le capitalisme a et aura encore pour longtemps de la ressource. Le Parti démocrate va pouvoir entrer à l’Internationale socialiste (il y a seulement un rôle d’observateur). Obama va pouvoir reprendre des discussions perdues avec Gorbatchev, un socialisme de marché va pouvoir s’habiller de rose, quelques pauvres risquent de devenir moins pauvres mais dans le fond, par ce sang neuf, les problèmes seront seulement déplacés. Je ne vois là aucun retour de Keynes car plutôt que de donner des droits on va donner des aides pour que le clientélisme, qui a fait le bonheur de Lula, fasse « le bonheur » aux USA. Les pauvres seront encore sans travail mais avec un peu moins de faim au ventre. Le seul domaine du droit sur lequel il faudra surveiller Obama, c’est celui du droit à une sécurité sociale. Quant au droit à la retraite, pour le moment seule Cristina Kirchner a osé l’infamie : nationaliser les fonds de pension. Le socialiste espagnol Zapatero s’égosille pour arrêter ce mauvais exemple (des banques de son pays y perdent beaucoup). En conséquence, en matière d’alternative, par « ce socialisme » on reste très loin du compte, et il faudra sans doute que Piolin revienne à la charge pour qu’avance la république sociale. Barack Obama lui a promis, s’il est élu, de revenir répondre aux questions des auditeurs et aux siennes au moment de la préparation de la loi de légalisation qui devra intervenir avant la fin de l’année 2009. Le président des USA au Show matinal de Piolin ce serait la consécration ! Mais comme Barack Obama lui a aussi proposé de l’embaucher dans son cabinet, que fera Piolin ?

Que feront surtout les millions de personnes à qui Obama a déclaré pendant l’émission : « Si nous voulons des changements il faudra organiser la pression sur le gouvernement et le Congrès comme Martin Luther King Jr. avec les immenses manifestations de son temps. » Obama lui même a tenu à le confirmer, le changement ne viendra pas des politiques mais des manifestations dans les rues. A suivre.

5-11-2008 Jean-Paul Damaggio

 

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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 10:23

Moissac fête Slimane Azem

 « Qui veut aujourd’hui avoir un nom

doit d’abord se taire

et cela je ne saurais m’y résigner »

Slimane Azem (poème 58)


(sur la photo Salah Amokrane pilier de l'organisation de l'hommage) 

 






Parmi les festivités qui se déroulent à Moissac, lieu où vécut le chanteur kabyle Slimane Azem, de 1963 à son décès en 1983, voici un compte-rendu d’un débat animé par Salah Amokrane du Tactikollectif. Beaucoup de témoignages, beaucoup d’émotions et quelques rappels.

Naïma Yahi, jeune historienne, a eu la lourde charge de lancer des interventions qui surent aller à l’essentiel tout en restant brèves. En tant que chercheuse autour du patrimoine culturel de l’immigration et en particulier celle de Kabylie, elle a eu l’occasion de croiser l’œuvre du chanteur. Elle va donner les repères essentiels de sa vie (voir textes déjà publiés sur ce site) et retenir surtout que cette œuvre du poète « participe à l’histoire générale des idées ».

 

Un Algérien a fait le voyage et c’est aussi très important vu l’histoire mouvementée entre Slimane et son pays. Il s’agit d’un journaliste, directeur du festival algérien de musique Chââbi, Abdelkader Bendameche. Il veut livrer un modeste témoignage qui fait référence à l’époque où, chanteur, il reprit plusieurs chansons de Slimane sans comprendre les paroles et pour un public qui ne comprenait pas les paroles. C’est dire la force des mélodies. Il reconnaît que cet artiste était un grand communicateur doué pour la création, qui mérite par son usage de l’allégorie et de la fable toute notre reconnaissance. Il aurait 90 ans aujourd’hui et il est temps de lui rendre l’hommage mérité.

M. Bendameche aura ensuite à répondre à la question de la place de Slimane dans l’officialité algérienne. C’est vrai, il n’y avait pas de personnalité officielle de son pays pour l’hommage, lui étant là, bien que cadre supérieur de l’Etat, à titre personnel, mais comment ne pas remarquer qu’à la date du Premier Novembre il est en principe difficile, en particulier au maire du village natal de Slimane de se déplacer ? Il suffit de regarder en ce moment la télé algérienne pour se souvenir que c’est l’heure des commémorations du début de la révolution algérienne (1er novembre 1954).

Il est incontestable, même s’il y a quelques évolutions positives, que le statut de la langue et culture kabyle, comme en ont témoigné deux personnes, reste fragile en Algérie.

 

Le journaliste Rabah Mezouane ouvrira la longue liste des témoignages directs, lui qui est arrivé en 1976 en France. Natif de Tizi-Ouzou il se souvient d’abord combien, le quart d’heure kabyle de l’émission Radio-Paris, était attendu autour de lui dans sa jeunesse, et dans ce quart d’heure, l’idole incontestée, c’était Slimane Azem. Il en explique la raison par le fait qu’il était le chanteur qu’on pouvait écouter en famille (d’autres pour cause de décence n’avaient pas un public si large). Ce point est en effet très important dans l’approche d’un répertoire que Slimane veut à la fois populaire et artistique. Et qu’est-ce que le populaire ? L’oral, la fable et le quotidien. Slimane par une mémoire précise et un génie propre sait puiser dans la littérature orale propre aux langues tenues à l’écart de l’officialité. Il rejoint donc aussitôt la fable et Rabah ajoutera ce trait important : « on l’écoutait comme on lit un journal ». Slimane était en France, Rabah était en Algérie mais les chansons parlaient exactement de la vie au pays comme il parlait de la vie de l’immigré. De plus, il s’agissait, par une lecture au second degré, de trouver la trace du chanteur engagé. Dans La grenouille c’était Ben Bella.

Dernière note que Rabah rapporte du contact direct avec Slimane : « c’est un homme qui a beaucoup souffert ». En tant que musicien il note la modernité de ses compositions et de ses sons avec parfois des airs tziganes.

 

Mouss, pour le groupe Origines contrôlées, rappellera son témoignage donné déjà à Garganvillar (voir autre texte sur ce site) sur la fonction du poète dans sa famille. « On en a mangé grave, dit-il, et on ne comprenait pas les mots » mais il se souvient que par la voix de Slimane, son père ouvrier exilé pouvait prendre la parole et c’est toute la fonction qu’il attribue à son art : « aider les gens à vivre donc aider les gens à avancer ». Son père était dans la salle et finalement Mouss aura dit exactement ce que va indiquer, en une phrase, le frère de Slimane : « Je remercie tout le monde réuni ici pour honorer la mémoire de mon frère ». Oui, il s’agissait de reconstruction d’une mémoire qui fait actualité.

 

Un natif du village natal de Slimane rappellera par la référence à la langue berbère, l’amazigh, toute la place de cette langue dans l’œuvre de Slimane, la place de la femme et des valeurs véhiculées comme l’ouverture, la tolérance et la fierté. Il sait qu’avec la salle il sera possible de partager des trésors de témoignages. Lui en cite deux : monter un piège pour attraper les oiseaux en kabylie, et les longues discussions en France pour qu’il rapporte à Slimane des nouvelles du pays.

 

Le public très nombreux aura largement la parole et en particulier la famille. Mais je reste sur ma faim quant à la question relancée par Naïma Yahi : quel Moissagais il était ? Le maire, Jean-Paul Nunzi interviendra sans rien apporter sur ce point, se félicitant simplement du succès de la journée et de l’apport qu’elle peut représenter en tant que passerelle entre « la communauté marocaine » présente dans la ville et les autres Moissagais. J’ai mis des guillemets au terme de communauté marocaine employé par le maire car le fait d’être marocain n’implique en rien une communauté et par ailleurs la distance est grande entre Tizi-Ouzou et Rabat, même si le Berbère va des uns aux autres.

Une expo de quelques documents prêtés par la famille et installée dans la bibliothèque apportera quelques éléments avec des photos par exemple.

 

La question de l’inspiration de Slimane a été très bien débattu avec ses trois étages : l’enfant paysan qui observe et aime la nature, le petite écolier qui a connu La Fontaine, et La Fontaine qui n’a rien fait d’autre que de reprendre Esope pour apporter son génie propre au fabuliste grec. Avec toujours en toile de fond un point évoqué au départ : l’oralité, question que l’on retrouve dans les variantes propres à plusieurs œuvres du poète.

 

Une idée de jumelage entre Moissac et Agouni Gueghrane, l’incroyable village natal par sa position au sommet d’une montagne, a été proposée car comme l’indiqua en conclusion Salah, il ne s’agira pas d’en rester à ce week-end d’hommage mais il faudra continuer.

 

Puis une nièce de Slimane, Malika, présenta un écrit de son fils David (si j’ai bien compris) qui avait 10 ans au moment du décès de l’oncle Slimane et qui a su rendre, en un beau texte poétique, toute la vie du chanteur. La poésie est encore vivante.

1-11-2008 Jean-Paul Damaggio

P.S. Après les débats les conversations sont allées bon train. Trois dames discutaient dans un coin. « Et l’épouse de Slimane, personne n’en parle, est-elle décédée ? » demande l’une. « Oui », répond l’autre. Je me mêle alors à la conversation : « Sur la tombe, le nom de sa femme s’y trouve, mais pas la date du décès. Est-elle décédée à Moissac ? » « Oui » me confirme la dame.

 

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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 10:20

« Dans mon rêve j’ai vu les morts

Et les ai trouvé vivants

Je les questionnai sur leur sort

Et compris toute leur colère

Ils pleuraient les vivants

Qui aux yeux des gens sont morts »

Slimane Azem

 (sur la photo le frère de Slimane et sa fille)

 La journée du dimanche 2 novembre s’est déroulée en deux temps. Un premier temps autour de la tombe du chanteur au cimetière de la ville et un deuxième temps dans un jardin à côté de la voie ferrée où une œuvre artistique a été dévoilée ainsi que la plaque portant le nom de Slimane Azem.

Etrange : en ce jour de la fête des morts propre à la religion catholique, à Moissac, c’est la tombe d’un homme qui faisait référence au Coran ou aux saints de son village qui rassemble le plus de monde autour de sa tombe. Pourquoi ? Parce que le Slimane Azem vivant a su écouter les morts, comme des vivants d’aujourd’hui pensent à lui, étant mort. Le respect des aïeux était une des pierres angulaires de sa poésie et la strophe qui introduit cet article s’adresse aux jeunes qui, en méprisant les anciens, sont aux yeux des gens déjà morts.

Comme pour la religion, le respect ne signifie pas chez Slimane la simple soumission. En tant que chanteur, il saura être à la fois de son temps, des temps passés et de ceux du futur. Honorer les morts ce n’est pas les répéter, ce n’est pas davantage les oublier.

La foule des 300 personnes présentes témoignait par sa diversité, du passage de témoin qui s’est produit et se produit, tout comme dans le concert de la veille, la dimension festive d’Origines Contrôlées s’allia avec l’art plus paisible d’Idir pour que chacun se sente dans la fête.

Le frère de Slimane eut juste ces paroles que j’espère avoir bien entendu : « Les vivants sont morts, les morts sont vivants, éternellement ».

 La foule s’est ensuite déplacée en ville pour plus de discours mais toujours autant d’émotions, appuyées par des chants berbères chantés par une partie de l’assistance.

Le maire, Jean-Paul Nunzi, rappela la bonté, la générosité propre à l’artiste Slimane, il rappela les traits de son visage faits à la fois de douceur et de douleur. En rendant hommage en ce lieu – un hommage inespéré pour certains – il rappela Candide et son jardin. Après tant de souffrances il reste à cultiver son jardin non comme le lieu d’un repli mais au contraire comme le lieu d’espoir, espoir de futures récoltes toujours possibles.

 Le frère de Slimane et sa fille Malika (sur la photo) apporteront aussi leur lot d’émotions à cette cérémonie qu’une fine pluie ne pouvait ternir. Quelques vers du poète ont résonné comme celui qui, à présent, se trouve sur l’œuvre définitive présente sur la place et qu’il vous reste à découvrir.

Un passage d’une chanson de Slimane sera lu en amazigh, en occitan et en français. André Calvet, occitaniste bien connu qui, dans un dictionnaire des noms de rues de Moissac, avait manifesté, voici un an, avec son ami René Pautal, le souhait de voir le nom de Slimane sur les murs de la ville, apporta cette touche à la cérémonie. Auteur de la traduction en occitan (avec Norbert Sabatié), et que vous trouverez sur ce site, il permit concrètement ce croisement des langues avant que ne reprennent les multiples discussions, les multiples retrouvailles d’une famille en devenir, celle des peuples construisant leurs destins.

2-11-2008 Jean-Paul Damaggio

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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 10:18

Luttes en Tarn-et-Garonne : Le service public de la poste

 

 

Depuis plusieurs mois se développe en Tarn-et-Garonne un mouvement important et populaire de défense de la Poste que je trouve réjouissant. Pour en apprécier le contenu, comme toujours il me paraît indispensable de faire un peu d’histoire.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que La Poste développe les agences postales en accord avec les mairies car ce n’est pas d’aujourd’hui que le travail de privatisation se prépare.

Il a fallu d’abord séparer le téléphone de la poste et c’est le gouvernement Jospin qui s’y est employé jusqu’à entamer le processus de privatisation de France-Telecom. Nous savons à présent les résultats avec les zones blanches en matière d’internet. Les zones blanches ce sont celles où les opérateurs et France Télécom se refusent à intervenir pour adapter les réseaux aux nouvelles technologies. En Tarn-et-Garonne, il y a aussi des réunions sur ces questions car le mécontentement est grand. Le Conseil Régional a fondé une société d’économie mixte Terra, pour combler les vides et, qu’elle n’a pas été ma surprise dans une des réunions, en apprenant qu’il s’agissait d’une entreprise de service public ! En effet Terra ne veut laisser personne sur la route, veut s’adapter aux besoins réels des personnes et non demander aux personnes de s’adapter aux règles des opérateurs et travaille avec les élus. Mais peut-on appeler service public une entreprise qui comble les trous laissés par les multinationales ? En faisant observer que ce sont les mêmes élus qui ont privatisé France Telecom et qui, aujourd’hui, aident Terra, il m’a été répondu qu’au niveau national il fallait appliquer les directives européennes. Bonne réponse ! Donc au niveau national il faut des marchés ouverts à la concurrence mais régionalement, Terra étant la seule entreprise capable de fournir le haut-débit à 40 euros par mois sans la téléphonie illimitée, il est possible de fournir un service sans concurrence ! Il faut cesser d’invoquer la concurrence quand trois ou quatre multinationales se partagent mondialement un marché. La question est toujours la même : à l’Etat les services jugés non rentables et aux multinationales les autres services. Aux cliniques les services rentables et à l’hôpital ce qui l’est moins. Etc. J’en appelle à la naissance d’un service public d’internet.

Mais comment définir le rentable ?

C’est là que j’en reviens à La Poste.

Jusqu’à présent, les directions de La Poste avaient procédé pas à pas mais cette fois, sous la pression d’une hiérarchie soumise à la culture du résultat, elles ont pensé pouvoir frapper un grand coup avec 29 Postes visées dans le département. La colère a pu se fédérer, a pu s’amplifier, les élus, du fait de cette pression, ont dû se mobiliser et la réflexion globale a été engagée.

La rentabilité c’est faire du nombre. Tout acte est mis en équation et l’équation dit la réponse : il faut réduire les horaires, il faut allonger les tournées, il faut abandonner le poste de receveur etc.

La Poste ne fonctionne déjà plus comme un service public, pas seulement par le nombre important de travailleurs précaires, pas seulement par la perte d’une grande partie du marché des colis, mais par ses règles les plus cruciales.

Castelsarrasin ferme le lundi matin mais pas Moissac car à Moissac il y a plus d’actes qu’à Castelsarrasin disent les autorités. C’est vrai, le lundi matin était mon jour préféré car c’était calme, mais le reste du temps c’est souvent trente minutes d’attente y compris quand les quatre guichets sont ouverts.

Pour la Banque Postale, que dire de ce monsieur qui vient dans son petit bureau de poste un lundi à 16 h pour retirer 500 euros et à qui l’employée répond : « Mais il faut s’y prendre à l’avance. Je ne peux vous les donner que dans trois jours ! »

Oui, les personnes âgées sont plus lentes, oui la vie n’est pas que du nombre !

Faut-il en conséquence abandonner tout principe de rentabilité ? Pas du tout, la défense du service public c’est aussi tenir compte des réalités, des évolutions, des investissements etc. Voilà pourquoi de mon point de vue, ils sont à réinventés dans la transparence. Non les intérêts des usagers et ceux des employés ne sont pas toujours identiques (pensez à une ouverture le samedi après-midi par exemple), non tout bureau de Poste n’a pas la même légitimité, mais toute politique sérieuse ne peut se construire qu’avec des outils plus sérieux que ceux mis en place ces dernières années.

 

Et les élus ? Prenons l’exemple du conseiller général de Molières. Il lui arriva par le passé de signer de bon cœur un partenariat avec La Poste. Il se félicita en long en large et en travers dans la presse locale. Aujourd’hui il découvre que ça va pas. C’est une prise de conscience utile à condition de bien expliquer comment il a pu être induit en erreur, pour que la même manœuvre de la direction de La Poste ne se reproduise pas. Si le mouvement a pris de l’ampleur c’est souvent parce que des personnes qui ont vécu avec confiance l’installation de leur agence postale ont découvert ensuite tous les services perdus et peuvent donc l’expliquer concrètement aujourd’hui.

Tout en conduisant la lutte défensive il me paraît important de construire des outils capables de rendre la Poste à sa vocation nationale. Quand une lettre met quatre jours pour aller d’un point à l’autre du Tarn-et-Garonne c’est bien la preuve que le système ne peut plus continuer de la même façon.

1-11-2008 Jean-Paul Damaggio

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