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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 11:21

De François Simon à Mélenchon

 

Depuis le congrès d’Epinay le PS n’a jamais cessé de se renforcer sur sa gauche tout en rendant sa politique plus droitière. Il a accueilli en grand nombre des dirigeants et membres du PSU, de la LCR, du PCF et autres. Ce phénomène est habituel et assez général : en vieillissant c’est vers la droite que les dirigeants évoluent. Je pense à une exception : Jaurès.

Cependant, depuis quelques années, des membres du PS le quittent par la porte de gauche. Parmi ces dirigeants du PS, je veux observer deux cas qui riment : Simon et Mélenchon.

Le tête de liste PS des municipales toulousaines de 2001 décide, en 2003, de quitter son parti pour se lancer peu après, avec d’autres, dans la préparation des élections régionales.

En 2007, le sénateur Mélenchon et le député Dolez décident de quitter leur parti pour se lancer aussitôt dans la préparation des élections européennes. D’un cas à l’autre les similitudes ne l’emportent pas.

 

Régionales face à Européennes

Pour la construction d’une liste régionale, avec le nouveau mode de scrutin de 2004, il fallait x candidats (la moitié étant des candidates). La démarche consista à proposer une liste allant du PCF à la LCR en passant par les Verts et les Motivé-e-s qui avaient émergé aux municipales de 2001. Le point crucial touchait au type d’alliance avec le PS. Réponse : autonomie au premier tour, en proposant une alliance au second tour, position qui fut celle des Verts dans plusieurs régions, et du PCF en Ile-de-France. Partout ailleurs, l’alliance a pu se faire au second tour mais pas en Midi-Pyrénées. Etrange ? La liste avait eu le soutien des Verts et de communistes mis en minorité après un vote des adhérents (beaucoup se souviennent des résultats massivement favorables à l’alliance avec le PS dès le premier tour, dans le département de Marie-Pierre Vieu). Le résultat frôla le 10%. Pour l’alliance, une seule place fut accordée au tête de liste pour qu’il devienne un otage. Ce manque de respect de la démocratie (PCF-PS-PRG), chez certains qui prônent la proportionnelle, est significatif.

Avec les Européennes, le type d’alliance avec le PS est reporté à plus tard et c’est pour ça que Chevènement a aussi quitté le PS pour se lancer dans des Européennes, en 1994. Autre élément masqué : pour toute la région Grand Sud-Ouest il suffit de peu de candidats et Mélenchon peut en cette occasion faire alliance facilement avec le PCF.

De cette situation électorale on peut déduire deux différences : sur le positionnement politique et sur la stratégie d’organisation.

 

Le positionnement politique

François Simon a quitté le PS avec la volonté de faire se rencontrer l’écologie et le social, deux combats que la gauche a trop séparé (voire nié pour l’écologie) quand l’un est lié à l’autre. Aucun combat social n’est possible s’il n’est pas écolo, et aucun combat écolo n’est possible s’il n’inclut pas le social. En conséquence, pas étonnant si l’alliance a pu se faire plus facilement avec des Verts Midi-Pyrénées loin, alors, de la position Cohn-Bendit, qu’avec la gauche plurielle.

Tout commença par une réunion publique dans une arrière-salle de bistro toulousaine, que deux hommes, Jean-Michel Clavel et Jean-Pierre Bataille (à qui je tiens à rendre hommage) osaient animer, pour l’impossible liste aux Régionales devant unir du PCF à la LCR en passant par les Verts. François Simon s’activa comme un simple militant dans la construction d’une organisation qui ne fut jamais simple. Le système électoral imposa un travail au plus près des huit départements de Midi-Pyrénées.

Mélenchon a quitté le PS avec la volonté de renouer avec une histoire bafouée par la gauche officielle, choix honorable mais qui semble plus tourné vers le passé que vers l’avenir. Sans me lancer dans des supputations, que je reproche à d’autres, je pense que l’intelligence de Mélenchon peut le pousser à évoluer mais, globalement, au-delà de la personne, son courant est connu, c’est celui du « plus à gauche », à la place de celui « être autrement à gauche ». Il semble ne tenir aucun compte des expériences passées. Dire on va unir de la LCR au PCF, c’est à présent se moquer du monde : la LCR dotée de 8% dans les sondages n’a pas besoin de Mélenchon pour conduire ce qui lui tient à cœur, une action autonome.

Cette union impossible de toute la gauche du PS, qui a déjà entraîné pas mal de découragements, a des limites connues et expérimentées en 2004 comme à la présidentielle de 2007. Le prétexte du NON de gauche au TCE est déjà très loin. Nous savons qu’il a alimenté la confusion plus que la clarté, faute d’une organisation démocratique capable de le structurer.

 

La stratégie d’organisation

Après les élections régionales en Midi-Pyrénées une association des ami-e-s de cette liste (AMP) s’est constituée sur des bases claires et démocratiques où il est possible d’avoir une double appartenance mais où les votes se font sur la base un homme, une voix. Il s’est agi de construire à partir de la base (sans basisme pour autant). A présent, l’AMP transporte avec elle une expérience étrange. Liste unitaire en 2004, voilà qu’aux municipales de 2008, l’union a été possible seulement avec les citoyens (sous le nom l’Autre liste ! qui a fait 5,8%) tandis que la LCR (5,1%) put obtenir l’appui de divers courants tous soucieux de faire barrage à « François Simon ». Entre les deux dates, les propriétaires actuels de la politique (PCF, PS, Verts, LCR) virent d’un très mauvais œil l’installation durable dans le paysage politique d’une force alternative autonome capable d’allier le combat social et le combat écologiste, avec bien sûr un équilibre interne toujours difficile. En décrétant François Simon, « bête noire », les éléments critiques de chacun des partis ne furent pas les moins hargneux, et Jean-Luc Mélenchon découvrira le même phénomène. Sa lune de miel avec le PCF durera ce que dureront les Européennes (sauf s’il finit par adhérer au PCF).

 

D’autant qu’avec Mélenchon, c’est une stratégie par en haut, avec une alliance de sommet qui se met en place, sans attendre la moindre ORGANISATION du nouveau parti. Et le système se déplace vers les départements où ses amis s’autoproclament dirigeants du nouveau parti quand le plus souvent, aux yeux des électeurs, ils ne représentent rien de nouveau (justement, c’est beaucoup le cas à Toulouse). Décréter tout de suite que le parti s’appellera Parti de Gauche, peut donner l’illusion d’une efficacité, mais ça fait l’impasse sur le débat inévitable qui tourne autour du mot gauche, et qui, sans qualificatif, est pernicieux.

 

La gauche de la gauche championne en impasses

Ici Simon et Mélenchon se retrouvent sur le même bateau face à la gauche de la gauche qui dit plus ou moins, que leur départ ne vise qu’à créer un PS bis, et qu’en conséquence ils sont encore plus dangereux qu’un PS officiel plus facile à combattre. Or, tout comme l’AMP à Toulouse, la création du Parti de Gauche est un parti concurrent du PS. Le parti de Chevènement joua la même carte puis est revenu dans le giron du PS. Le Parti de Gauche va-t-il, comme le PRG, organiser un lobby auprès du PS ? Si tel est le cas, c’est peine perdue. Et les déclarations enflammées de Mélenchon sur le rêve de faire électoralement mieux que le PS m’amuse car je l’ai déjà entendu si souvent !

Je l’écris sans hésiter, au nom du combat démocratique je juge très positif tout ce qui peut affaiblir le PS, mais je crains les impasses possibles qui deviennent deux fois plus décourageantes que l’action de l’adversaire (je pense à la candidature Bové). Première impasse : s’enfermer dans le marketing politique, les médias étant considérés comme le vecteur majeur de la construction d’une nouvelle force politique (Bové-Mélenchon même combat sur ce point). Deuxième impasse : le modèle allemand Die Linke (en 1987 Pierre Juquin a jugé qu’il pouvait quitter le PCF pour fonder un mouvement à l’image des Verts allemands, mouvement que la présidentielle de 1988 devait dynamiser).

Pour le moment, j’essaie de comprendre tout en craignant le pire ! La stratégie « rouge et verte » que je défends depuis 20 ans risque, une fois de plus, de faire les frais de calculs électoraux.

6-12-2008 Jean-Paul Damaggio

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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 11:10

Editer des livres, c’est d’abord et avant tout rencontrer des hommes, des femmes et leurs histoires souvent grandioses. J’en offre une ici d’un homme chaleureux, qui a écrit plusieurs livres, pour, ainsi, rendre hommage à mon grand-père également maçon italien arrivé sur les bords de l’Aveyron afin d’échapper à la misère et au fascisme de Duce.

 

Le maçon italien

 

En 1935, il avait six-sept ans mais se souvient très bien de l’arrivée de l’Italien dans sa famille. Son père avait besoin d’une grange et embaucha un imposant Calabrais pour accomplir cette tâche en lui donnant pour outil un cheval et une remorque. Cette famille très catholique préféra dans un premier temps tenir à distance ce travailleur connu comme anti-fasciste. Mais nous étions à Laguépie, en Tarn-et-Garonne, une rare commune de France où il y avait la faucille et le marteau sur le Monument aux Morts, et où il était facile de vérifier que le maire communiste n’avait pas le couteau entre les dents. Donc, rapidement, le Calabrais fut admis comme membre à part entière de la famille où il aimait prendre sur ses genoux la petite sœur de l’homme qui me raconte cette histoire.

 

La construction de la grange fut un chef d’œuvre construit pas à pas, au pas du cheval et au pas de l’homme, un chef d’œuvre où l’Italien fit preuve de son immense science. Il fit tout tout seul, jusqu’à la poudre indispensable pour briser les blocs de pierre et qu’il confectionnait en allant chercher le salpètre sous un pont. Vous comprenez ce que ça signifie :TOUT se faire ? Les murs, la charpente, le toit et tout ce qui va avec les murs, la charpente et le toit !

 

Sa famille était en Italie mais il ne disait rien, il travaillait contre le temps et avec méthode. Cependant le bâtiment ne fut pas sa seule œuvre.

 

Son humanité marqua profondément toute la famille si bien qu’à l’achèvement des travaux en plus du salaire mérité le père de famille décida d’offrir un vélo en cadeau, un cadeau pas facile à faire vu les moyens financiers disponibles qui excluaient le fils d’un tel moyen de déplacement si envié, mais un cadeau fait de bon cœur. Et cette humanité eut deux dernières conséquences.

 

La première c’est qu’il décida, avec son vélo, de partir pour l’Italie afin de rejoindre sa famille. Pour revenir en France ensuite ? Personne ne le saura. Grands et petits de cette ferme de Laguépie attendirent en vain des nouvelles qui ne sont jamais venu du Calabrais auquel ils s’étaient tant attachés.

La deuxième conséquence est une simple hypothèse de l’homme qui me raconte l’histoire : son père très catholique, très conservateur est devenu naturellement pétainiste mais jamais il ne tomba dans la collaboration, et cette retenue, qui évita sans doute des drames possibles, c’est au souvenir laissé par l’Italien disparu qu’il l’attribue.

6-12-2008 Jean-Paul Damaggio

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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 15:08

20 mai 2008

MORT DE CLÉMENT HARARI (extraits d’un texte où est évoqué le travail de Max Biro sur Clément Harari et article de l'Humanité sur l'acteur)

 

BON DE COMMANDE Editions La Brochure

 

http://coinducinephage.canalblog.com/tag/Cl%C3%A9ment%20Harari

 

Annonce de la mort de Clément Harari le 16 mai dernier, à Sèvres où il habitait, par les gens du cinéma, faite par sa petite fille Morgan. Max Biro avait publié pour le site Altermonde-sans-frontières.com, [Mais aussi aux Editions La Brochure si nous pouvons nous permettre cette remarque] la passionnante et foisonnante histoire de sa vie "Le roman biographique de Clément Harari" en 17 parties. Il définissait bien son utilisation au cinéma : "...Il se jura de ne plus être sage, il eut raison. De ce jour, il fit les films avec Constantine, et au bout de chacun trouvait autre chose. Il n’est pas un rôle de petite fripouille, huissier, trafiquant juif, usurier ou diable, notaire ou scorpion d’outre-mer que l’on ne pensa à lui, cantonné dans le mal...". Il est vrai qu’il excelle dans les méchants, il vole même la vedette face à l’impressionnante galerie d’affreux dans "Les espions" (1957) d'Henri-Georges Clouzot, film à revisiter malgré la phrase assassine d’Henri Jeanson faite à son auteur "Clouzot a fait Kafka dans sa culotte". Voir roder Clément Harari est déjà pour le spectateur objet d’inquiétude. Le cinéma français peu imaginatif face aux fortes personnalités le cantonne dans des rôles d’hommes de main ou de malfrats. Il est ainsi un honnête commerçant dans "Échec au porteur" (1957), qui est en fait un redoutable trafiquant entouré des inquiétants Gert Froebe et Reggie Nalder. Il est rare de le voir dans un autre emploi, notons cependant l’installateur de juke-box dans "Une aussi longue absence" (Henri Colpi, 1960) désorienté face à Alida Valli. Ses personnages sont souvent envahissants. Il est irrésistible en manager d'une troupe de danseuses dans "Cargaison blanche". Il faut le voir déplorer dans un cabaret qu'elles ne suscitent pas l'intérêt du public présent. Il sera impitoyablement envoyé à la porte par son "écurie" quand il voudra entrer dans leur loge. Dans "Charade" (Stanley Donen, 1962), il est un touriste allemand, paisiblement attablé à la terrasse du café. Audrey Hepburn en pleine filature du personnage incarné par Cary Grant, s’installe auprès de lui pour mieux se dissimuler. Hélas pour elle, car Harari devient particulièrement collant, lui lançant des "Fraulein" énamourés pensant que la belle a succombé à son charme. Il n’aura jamais manqué, en réaction contre son emploi dans des personnages déplaisants, d’autodérision, son regard bleu trahissant une malice. On le voit même en femme (!) dans "Compartiment tueurs", pocharde hallucinée dans un café, et en fou qui se voit en sosie d’Einstein dans l'ahurissant "Tais-toi quand tu parles". Il joue même l’amant que l’on devine être célèbre de Jane Birkin dans "La moutarde me monte au nez"… totalement de dos ! Il est formidable en savant fou pour Georges Franju dans la série télévisée "L’homme sans visage" (1973) sur un scénario avisé de Jacques Champreux, et dans "Les nuits rouges" montage différent de la précédente version et qui fut diffusée en salles. Claude Beylie le saluait ainsi dans la revue "Écran 75" N°32 : "...Le personnage du docteur Dutreuil, par exemple, superbement incarné par Clément Harari, est une charge inénarrable de tous les médecins fous de l'écran, de "Galigari" à Phibes", jusqu'au Pierre Brasseur dans "Les yeux sans visage", il roule des yeux exorbités comme aux plus beaux jours du Grand-Guignol". Les mânes de Frédérick Lemaître ont dû rougir d'aise". Il est à l'aise dans l'humour noir tel son rôle de parrain inquiétant dans "Vous ne l'emporterez pas au paradis". La démesure lui sied toujours. Il est un "très méchant" échappé d’un cartoon dans "Valparaiso, Valparaiso" (Pascal Aubier, 1970). Du trio de bourreaux qu’il forme avec Hans Meyer et Rufus, torturant un imperturbable Alain Cuny, il est assurément le plus dangereux, jouant de l’arme blanche à grand renfort de rires sardoniques, dans un grand moment de burlesque. Dans "Tous le monde peut se tromper" (1982), il est un joaillier très sympathique, philosophe et prévenant pour son employée jouée par Fanny Cottençon, le scénario sera pourtant cruel avec son personnage. Il est hallucinant dans "La note bleue" (1990) où il est un démon païen et muse de la création pour le couple George Sand – Frédéric Chopin. Il entre à son aise dans l’univers survolté d’Andrzej Zulawski et montre ses capacités burlesques. Il trouve peut être son plus beau rôle en rabbin dans "Train de vie" (1997), très beau film de Radu Mihaileanu, variante de "La vie est belle" de Roberto Benigni, mais une folie salvatrice et une subtilité en plus. Le théâtre lui a donné plus de satisfactions que le cinéma - dans des mises en scène de Robert Hossein, André Engel ou Marcel Maréchal -. Il était également metteur en scène de théâtre. Nos pensées vont à sa famille.

 

ARTICLE - L'HUMANITÉ du 28/05/2005 culture

Clément Harari n’était pas seulement qu’un grand second rôle, par J.-P. L.

Clément Harari est décédé le 16 mai dernier à l’hôpital de Saint-Cloud. Il avait quatre-vingt-neuf ans. Il fut acteur de cinéma, comédien et metteur en scène de théâtre. Des années cinquante aux années quatre-vingt-dix, voilà un grand second rôle de caractère dans une multitude de films en France, sous la houlette de gens aussi divers que Clouzot, John Berry, Delannoy, Duvivier, Pierre Granier-Deferre, De Broca, Costa-Gavras, Franju, Zidi, Boisset, Zulawski entre autres. Il eut aussi en ce domaine une carrière internationale (avec Frankenheimer, Stanley Donen, Anatole Litvak, Riccardo Freda, Valerian Borowczyk…). Il excellait dans les personnages inquiétants, louches espions, étranges étrangers et autres docteurs fous, qu’il interprétait avec un vif plaisir, lui étant la bonté même. Né au Caire, Clément Harari était arrivé en France après la guerre. Il fonda vite une troupe engagée, comme on dit, qu’on pourrait mieux qualifier de révolutionnaire, le Théâtre indépendant de Paris, d’une grande importance historique dans l’histoire militante de la scène, où il proposa aussi bien du théâtre russe que le répertoire américain progressiste (notamment En attendant Lefty, de Clifford Odets). C’est là qu’Antoine Vitez fit ses premiers pas en scène, lui en restant toujours reconnaissant. Je me rappelle Clément Harari dans Crime et châtiment, monté par Hossein, où il devait se pendre tous les soirs. Je le revois dans Le marchand de glace est passé, d’O’Neill, création de Garran à Aubervilliers. Je me souviens de son grand rire, de ses yeux ronds pétillant de malice et de sa souple intelligence. Il avait prévu de faire don de son corps à la médecine. Il n’y a eu donc ni cérémonie funéraire ni obsèques. En revanche, hommage lui sera rendu le vendredi 30 mai, à midi, au cinéma L’Entrepôt (7/9, rue Francis-de-Pressensé, 75014 Paris, métro Pernety), où sera projeté, en présence de son épouse Liliane et de la famille, le film intitulé l’Heure dite que son petit-fils, Tom Harari, lui consacrait en 2003. Tout le monde est convié.

 

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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 14:55

Lettre à Claude Rossignol,

auteur de Longue vie au Prix Goya !

 

Le moment crucial du livre c’est pour moi le témoignage de Katia (p.34-35) que je me propose de publier en extrait, sur le blog des éditions, pour inciter à la lecture de tout le livre.

Elle sait dire avec talent, le basculement, par cette vive entrée en matière « Qui aurait pu croire … ». Dans la quête du bonheur (je vais y revenir) il y a chez tout le monde un moment crucial (vers le mieux ou le pire là n’est pas le sujet ici) qui décide de l’avenir. En quelques minutes, heures ou jours, la personne passe d’un univers à l’autre. Peut-être est-ce la fascination devant ce passage, qui en crée le côté crucial ? Souvent la lecture joue un grand rôle en la matière.

Sur ce point, ce qui est vrai pour les individus l’est aussi, me semble-t-il, pour les peuples et alors le basculement se fait révolution.

« Elle voulait faire des langues, c’est tout. » Le basculement est en effet le passage d’un tout à un autre. Des jeunes s’inscrivent dans un tout qui devient alors leur pierre philosophale. Certains refusent ensuite d’admettre que ce TOUT est bien peu, d’où, dit-on, la crise d’adolescence. Et dans ce TOUT elle évoque l’évasion vers Toulouse ! TOUT attendre d’un ailleurs… ce que la religion n’a cessé d’exploiter !

 

Ce témoignage résume non seulement la raison d’être du projet Prix Goya, mais la nécessité d’en faire le bilan, par le livre entrain d’être lu. La cohérence du livre tient justement au rôle central du bilan, dans le travail autour du Prix Goya, un travail qui nécessitait enfin… un bilan général pour que vive encore la géométrie de cette histoire.

 

Je suis un adepte du bilan, sans quoi, on répète l’histoire, suivant une formule bien connue. Pourquoi est-ce qu’on enregistre partout une résistance face au nécessaire bilan ?

La culture USA repose sur l’idée de bilan mais un bilan réduit au quantitatif de l’EVALUATION. Le but du bilan échappe alors au bilan pour se faire « culture du résultat », ce qui a pour résultat d’en finir avec la culture.

Georges Marchais, l’ancien dirigeant du PCF, est entré négativement dans l’histoire avec son « bilan globalement positif des pays de l’est » au moment où ces pays plongeaient vers les sombres abîmes du néant. Faut-il alors jeter le bilan avec l’eau sale du bain ?

 

Pour répondre, retour au bonheur et à cette question : pourquoi craindre les oublis du bonheur ? (référence à la phrase de Christine Lafon : « Surtout, n’oubliez pas le bonheur »).

Tu te souviens peut-être que le journal Point Gauche ! qu’il m’arriva d’animer, avait pour sous-titre « pour une idée neuve du bonheur », un sous-titre qui, en 2001 environ, a disparu, car une majorité pensa qu’il freinait les abonnements (lui fut préféré le sous-titre bateau : informer librement, agir autrement). Depuis, j’ai pu vérifier que la mise en cause du sous-titre n’était qu’une opération pour détruire le sens profond du journal.

Avant 1793, le bonheur était une affaire strictement privée. Avec la fameuse phrase de Saint Just le bonheur est devenu une sorte de service public (la phrase est issue d’un décret imposant l’aide de l’Etat aux pauvres pour transformer la charité voulue par les églises). Au nom de ce bonheur là, les autorités des pays socialistes se fabriquèrent des peuples à leur mesure pour imposer le bonheur aux personnes, même contre leur gré.

Contre ceux qui, à cause de cette histoire, veulent en revenir à la privatisation du bonheur, pour moi une idée neuve du bonheur est capable d’associer les dimensions sociales et individuelles du bonheur.

Et tout ce livre met en œuvre cette articulation. Une tâche assez facile puisque les jeunes à l’école se vivent forcément en société, et leurs découvertes, discutées autour de « qui va obtenir le prix », c’est une œuvre de socialisation fabuleuse, le témoignage de Katia est aussi très fort sur ce point. Cependant, une tâche assez facile seulement si un processus est mis en chantier, sinon on peut avoir une classe d’enfants où chacun reste à côté de chacun, ou le bonheur de chacun vit sans lien avec le bonheur commun.

Cette dialectique, nous pouvons la lire à travers un autre aspect que j’étudie, et qui s’appelle la publicité, le marketing ou la médiatisation. Le Prix Goya avait besoin d’une vraie médiatisation mais pas besoin d’une « mousse » faite autour de lui (je reprends la distinction évoquée). La vraie médiatisation repose sur une réalité, tandis que se « faire mousser » c’est très clairement user d’un artifice pour cacher ou se cacher la réalité. D’où le retour au bilan !

Le refus du bilan c’est le refus du réel, la peur du réel, la honte du réel. Le refus du bilan c’est même la peur du bonheur !

Ce livre sur le Prix Goya trimbale des imperfections car il est réel. Ces imperfections, des lecteurs croiront parfois qu’il s’agit de jeux voulus (la différence entre la couverture et la page trois) comme a été voulu, le titre placé là où généralement trône le nom de l’auteur. Les imperfections ne sont jamais un but en soi (sauf chez les cyniques), elles peuvent faire mal car voir le réel n’est jamais se voir dans un miroir.

En tant qu’éditeur, je m’impose régulièrement des bilans (les bilans financiers ne sont pas les moins importants) mais vu que ces bilans ne peuvent engager ma vie alimentaire, j’y retrouve quelques bonheurs, quelques désirs de faire connaître les livres. D’où le geste que je vais accomplir ce soir : donner au journaliste Thierry Guichard (du Matricule des Anges) qui est de passage à Montauban, un exemplaire du livre auquel il a contribué sans le savoir. Je m’en souviens parfaitement, c’était pourtant il y a quatorze ans. Un soir tard, j’étais dans mon bain et le téléphone sonne. C’était lui qui appelle pour parler d’une nouvelle que j’avais envoyée au journal. Le propre du bonheur c’est qu’il est inestimable comme cette expérience au Lycée de Castres. Au plaisir de te lire.

3-12-2008 Jean-Paul Damaggio

N.B. Je n’ai pas été surpris en découvrant dans le livre beaucoup de noms que je connaissais par ailleurs.

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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 14:53

Voici un extrait du livre Longue vie au Prix Goya, 17 euros que vous pouvez commander à nos éditions : La Brochure 82210 Angeville

LE PRIX GOYA ! Quelle expérience !

 

Qui aurait pu croire que, moi, j’allais lire, aimer, détester des livres ?!

Tout a commencé ma première année en 1ère L. Moi je voulais faire des langues, c’est tout. Lire était une perte de temps. Moi qui aimais (et qui aime toujours) parler, discuter, argumenter, convaincre, qu’allais-je faire avec un livre en m’enfermant dans le silence ? JAMAIS !

Première surprise je suis en littéraire avec un certain M. Rossignol. Oh la barbe ! Il va encore nous imposer son truc Goya …

 

Me voilà dans cette classe. Assise au fond (toujours au fond) j’écoutais ce prof de Français qui m’avait l’air très sympa mais qui allait m’imposer la lecture de livres qui pour moi n’allaient même pas me servir pour avoir mon Bac. Car mon but ultime, c’était quand même d’avoir mon Bac et m’évader à Toulouse. Je compris qu’un seul livre du prix Goya allait être sur ma liste au bac. Ouf ! je n’avais qu’à lire celui là.

 

Ca y est le jour J arriva. Certains élèves étaient tout excités à l’idée de lire pas un, mais des livres ! Ils étaient devenus fous.

Ce jour là, Claude Rossignol prononça la phrase qui allait tout déclencher. Je croyais même qu’il faisait une blague. Pour un prof de Français quand même ! « Quand un livre ne vous plaît pas, ne le lisez pas jusqu’au bout ! » Ah bon, et depuis quand il ne faut pas lire un livre jusqu’au bout ? C’est comme si le prof de maths m’avait dit (il aurait dû) : « quand un exercice ne vous plaît pas, ne le faites pas jusqu’au bout ». Ce Prof de Français était tombé sur la tête.

 

Là je me pris au jeu à la grande surprise de mon amie Vivi. Je prenais des livres, les lisais jusqu’au bout ou pas, en discutais avec mes camarades. Il me fallait bien argumenter car je n’avais pas à arrêter un livre en plein milieu pour aller faire autre chose mais parce que je n’accrochais pas. Il fallait en trouver des arguments… et j’en trouvais. J’étais tellement prise par ce concours que, quand j’avais lu un livre jusqu’au bout, je ne laissais personne le soin de le critiquer. Les jours passaient et je m’investissais de plus en plus. Je me mis responsable de la rotation des livres ; en fait, j’aimais ça et je voulais être partout. Les débats passaient, l’élection du prix, et moi je ne décrochais pas. Je ne sais pas si c’est pour garder ce prix que j’ai redoublé ma première L, mais l’année d’après j’étais encore au prix Goya. En Terminale, je n’étais plus au prix Goya d’office, alors je me suis inscrite au Club Goya.

 

Depuis, je sais que la lecture peut être un plaisir. Aujourd’hui je suis Professeur des Ecoles et lorsque j’en aurai la possibilité je pense que j’organiserai un mini prix et dirai à mes élèves « Quand un livre ne vous plaît pas, ne le lisez pas jusqu’au bout ! »

Katia MORENO

Membre des jurys 1993 et suivants

Août 2008

 

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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 16:12

Le hasard a voulu que la première brochure parue à nos éditions fut le discours de Chavez en décembre 2006. Indispensable donc de voir le chemin parcouru. 

Venezuela : Chavez est encore la solution ?

 

 

Voici deux ans, Hugo Chavez gagnait les élections présidentielles et annonçait dans un discours (1) que le pays allait franchir une étape en entrant dans le socialisme du XXIème siècle. Pour ce faire trois outils étaient mis en place : la création d’un parti gouvernemental (PSUV), deux ou trois nationalisations décisives, et le non renouvellement du droit d’émettre de la chaîne télé la plus importante. Un an après, c’était l’échec au référendum appelant à modifier la Constitution pour permettre à Chavez de se représenter en 2012. Un bon exercice de démocratie qui devait permettre, à moindre frais, le réajustement de la stratégie du PSUV.

 

Résultats des élections régionales

A écouter Chavez, pendant la campagne électorale, l’opposition devait être si bien balayée par la nouvelle configuration politique qu’il alertait l’opinion : nos opposants ne vont pas respecter les résultats surtout dans l’Etat de Zulia, soyez prêts à réagir !

Les résultats réels (dont l’échec cuisant dans l’Etat de Zulia) nous révèlent que l’adversaire est toujours coriace (le PSUV a un peu plus d’un million de voix d’avance). L’opposition qui aux dernières législatives avait choisi le boycott, et qui se trouve donc sans représentant au Parlement, est prête pour les législatives de 2010.

Le PSUV devait unir les Bolivariens or, malgré d’énormes pressions de Chavez (ceux qui ne sont pas dans le PSUV ne peuvent participer au gouvernement), ça n’a pas été le cas. Aucun des partis existants dans la coalition gouvernementale d’avant le PSUV n’a souhaité se fondre dans ce parti. Si PODEMOS a préféré rejoindre l’opposition (observateur à l’Internationale socialiste), le Parti Communiste du Venzuela (PCV) et Patria Para Todos (PTT) restent favorables à Chavez mais en gardant leur propre autonomie, d’où la présence parfois de deux candidats « officialistes » dans certains Etats. Pourquoi une union ratée ? Parce que le PSUV a été constitué comme un parti gouvernemental, piloté par le gouvernement lui-même, et l’appel à la base ne pouvait rien changer à ce verticalisme.

Ceci étant, les avancées de l’adversaire ne viennent pas de divisions « chavistes ». Dans l’Etat de Portuguesa, un candidat du PTT (14%) laisse la victoire au candidat du PSUV (56%), l’opposition ne faisant que 26%. Dans l’Etat de Trujillo le candidat du PCV (13%) laisse la victoire au candidat du PSUV (59%), l’opposition restant également à 26%. Dans l’Etat de Carabobo la droite gagne tout en étant divisé, le candidat du PSUV était un présentateur de télé de l’émission « LaHojilla ».

Inversement, et le résultat me paraît très significatif : dans l’Etat d’où Chavez est originaire, Barinas, le candidat du PSUV, le frère de Chavez, l’emporte de justesse avec 50% bénéficiant lui de la division de la droite (cet Etat est pourtant contrôlé par la famille Chavez depuis dix ans).

Relativiser la victoire du PSUV ne signifie pas crier avec les loups de la presse impérialiste, pas plus qu’hier critiquer l’URSS n’entraînait un alignement sur le dit impérialisme. Au contraire !

 

La stratégie de l’adversaire

Le résultat du 22 novembre doit nous inciter à étudier la stratégie de l’adversaire. Pourquoi Caracas, et qui plus est la mairie la plus populaire, tombent entre les mains de l’opposition ? Parce que la situation de la ville, après dix ans de chavisme, n’est pas brillante et la mise en place du PSUV n’a pas permis d’analyser sereinement le phénomène. Déjà en décembre 2007, le vice-président d’alors avait alerté le pays : la montée de l’insécurité devient un problème grave (comme dans toute l’Amérique latine). De plus, en janvier, le gouvernement annonçait une inflation de 11% pour 2008, en juin ce nombre est passé à 17% puis en septembre à 28%. Bilan, l’inflation risque d’atteindre 31% et les salaires des plus pauvres ne suivent pas. Côté transport, au cours d’un voyage, j’avais noté le côté agréable du métro mais au même moment, un lecteur d’Ultimas Noticias (proche du gouvernement), plus au fait, énumérait la longue liste des dysfonctionnements une lettre qui tombait bien, puisque le lendemain on apprenait que le responsable du métro était remplacé par un militaire ! Ajoutons les problèmes des ordures ménagères et le tableau n’est pas de la seule responsabilité des autorités locales.

Face aux problèmes, l’opposition a changé de stratégie. Elle a abandonné la méthode forte pour une stratégie patiente qui fonctionne. David Segarra la caractérise ainsi : « D’une part des Think Tanks et autres centres de pensée sont venus expliquer à l’opposition vénézuélienne que la société a changé structurellement et qu’il faut s’y adapter. Elle bénéficie de techniques d’organisation décentralisées mais coordonnées, et de techniques de marketing. Echec après échec, elle a compris qu’elle ne pouvait dénigrer les majorités vénézuéliennes à la peau sombre. Des années d’erreurs lui ont permis de devenir plus humble et d’apprendre de l’ennemi. Ils ont fini par trouver leur pierre philosophale : s’approprier le discours bolivarien en faveur des classes défavorisés. La télé Globovision [la dernière télé d’opposition] a plus de programmes sur la vie des quartiers que la télé publique. »

Cette évolution stratégique n’a rien de surprenant, elle est le fait de toutes les droites du monde qui sont en pointe. Plutôt que de chanter avec Chavez que sa chaîne Télésur est vue par 50 millions de personnes, écoutons les responsables de la dite télé qui chiffrent le nombre de téléspectateurs à cent mille (info de Guillermo Almeyra qui défend Chavez dans la Jornada). Et, à la télé publique, combien sont-il ceux qui supportent le discours style propagande distillé en guise de publicité ?

Après dix ans d’histoire, les figures nouvelles de la politique du pays sont dans l’opposition et Chavez fait comme s’il luttait encore contre les auteurs du Coup d’Etat dont l’échec lui fut très profitable. Renversement des valeurs : plus Chavez devient indispensable dans le camp progressiste, plus l’opposition peut présenter une grande diversité de leaders !

 

La solution : refaire voter pour permettre à Chavez d’être candidat en 2012 ?

La défaite de l’an dernier fut si faible que l’idée de faire revoter peut se justifier mais c’est alors nier les résultats de l’élection qui vient d’avoir lieu !

Dans l’Etat de Lara, Henri Falcon, le gouverneur, avec 73% des voix, a démontré que le Chavisme a aussi besoin de têtes nouvelles. Candidat du PSUV malgré une forte opposition interne des élites, il a réussi mieux que quiconque. Chavez craint-il que lui ou d’autres lui fassent de l’ombre ? Il appartient au PSUV de décider mais comment ne pas craindre que la marginalisation des autres partis n’induisent une méfiance accrue envers le parti unique ? Tarek Williams Saab, figure novatrice dans l’Etat de Anzoategui est-ce une autre image de ce parti ? (les deux ont la particularité de n’avoir jamais été ministres).

Même Poutine a préféré respecter la Constitution de son pays ! Laisser croire que les échecs sont circonstanciels, dues à des problèmes locaux, ce serait nier les limites d’une stratégie qui va, de plus, affronter la crise économique. Laisser croire également qu’il n’y a aucun problème de personnes à la tête de l’Etat serait nier le principe classique de l’usure politique. Il suffirait de radicaliser la politique en cours ? Plus de nationalisations ? Plus de pouvoirs au peuple ? Les conseils communaux entrent dans le même verticalisme que l’organisation du PSUV. Le système militarisé qui montra son efficacité face à la méthode forte de l’adversaire est-ce la meilleure riposte au futur maire de Caracas, Antonio Ledezma qui n’est pas un nouveau dans la vie politique du pays (il fut gouverneur du district fédéral) ?

 

L’affrontement qui se déroule au Venezuela nécessite la réflexion de tous pour mieux analyser le rapport de force mondial entre démocrates et oligarchies. Je ne prétends à rien d’autre qu’à apporter ma pierre en dehors des discours à l’emporte-pièce et donc en essayant d’être au plus près du réel.

28-11-2008 Jean-Paul Damaggio

(1) Discours publié aux Editions La Brochure 82210 Angeville, 5 euros.

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 17:17

Les Editions La Brochure suivent cette question depuis longtemps (voir brochure sur la laïcité, 5 euros) et elles ne cesseront pas.

 

Uruguay : déception des féministes

 

Plutôt que de jouer la démocratie, Tabaré Vazquez, président du pays, a préféré faire valoir son opinion personnelle. Alors que le Congrès a voté le 11 novembre 2008 une loi pour dépénaliser l’avortement, il a décidé d’opposer son veto à l’application de la dite loi. Il avait prévenu à l’avance puisque cent jours après sa prise de fonction, en 2005, suite à une rencontre avec l’archevêque de Montevideo, il avait mis en garde ses propres partisans : je refuserai toute loi qui porte atteinte à la vie.

 

Les féministes du pays qui se battent depuis des années pour sortir l’avortement de l’illégalité, pour retrouver une période brève de légalisation entre 1936 et 1939, ne croyaient pas que le président puisse se comporter ainsi. Leurs droits ne sont pas de l’ordre de l’opinion personnelle. Les femmes qui sont conduites à l’interruption volontaire de grossesse ne le font pas de gaieté de cœur… et le président s’appuie « sur le traumatisme spirituel » (dit-il en connaissance de cause) que peut représenter cet acte pour les obliger à enfanter ! L’une des féministes, Lilan Abracinskas, de conférences en conférences, démontre que la situation devient insupportable, et le Congrès a fini par voter cette loi car les décès de femmes tentant d’avorter devient un drame national. Et comme toujours, ce sont les femmes les plus pauvres qui sont, parmi les 33 000 avortements clandestins annuels (une approximation), les femmes les plus fragiles. L’avortement clandestin est une activité très lucrative. Mais la hiérarchie catholique ne veut rien entendre ; par contre elle se fait entendre du président de gauche qui n’a jamais cessé de faire appel à la démocratie directe et aux valeurs humanistes ! Par son comportement, la hiérarchie catholique sape sa propre autorité puisque les autres religions (évangéliste et méthodiste) ont annoncé leur appui à la décision du Congrès. De leur côté des féministes ont lancé une campagne avec pour thème : « Assez de rosaires, dans nos ovaires ! ».

 

En conséquence, les promoteurs d’une loi permettant aux femmes de décider de leur maternité demandent au président, à défaut de vouloir donner son accord à une décision démocratique, de proposer un référendum sur la question, pratique habituelle dans le pays. Mais il refuse ! Tous les sondages indiquent que l’opinion est favorable à plus de 55% à une loi de dépénalisation.

 

Tous savent que l’enjeu dépasse largement le cas du petit pays coincé entre les géants argentins et brésiliens. L’Uruguay, qui autre fois était appelé la Suisse des Amériques, fut, avec le Mexique, un des premiers pays à voter une loi de séparation des églises et de l’Etat, il y a un siècle, et il pouvait devenir aujourd’hui, avec Cuba, une référence en matière de droit des femmes latino-américaines, celui de pouvoir disposer de son corps étant essentiel, surtout sur un continent où les violences engendrent des maternités de plus en plus précoces. Ni la Bolivie, ni le Venezuela n’ont voté une telle loi. L’Equateur dans sa Constitution démocratique n’a pas pu inscrire la laïcité parmi ses références.

Toute l’Amérique latine souffre de ce contrôle religieux sur les corps et sur la vie politique. Donner la priorité aux droits sociaux sur les droits des femmes, c’est comme vouloir traverser le pacifique à la nage. La priorité aux droits des femmes, c’est l’assurance que les droits sociaux seront solides. Combien de siècles faudra-t-il pour que la gauche le comprenne ? Tout comme les droits écologiques doivent devenir un autre des piliers des droits sociaux.

 

Ces quelques rappels veulent combattre l’idée véhiculée en France que l’Eglise catholique a fini par accepter la laïcité alors qu’elle s’incline seulement là où les laïques réactivent sans cesse leur combat qui est une action de tous les temps et jamais achevée.  25-11-2008 Jean-Paul Damaggio

P.S. Aujourd'hui le Venezuela vote, hier le Nicaragua a fait de même. Questions cruciales qui s’ajoutent à la plongée vers l’enfer du Mexique. Mais j’ai préféré tourner mon regard vers le petit Uruguay. (Source : La Republica de las Mujeres)

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 17:15

Vol d’apécés au-dessus des villages

 

Chapitre 1 : La parole au groupe La Poste

Les apécés, Agences Postales Communales, sont des oiseaux devenus nuisibles qui se reproduisent en juillet. Un groupe d’ornithologue dénommé Les Archaïques a découvert qu’ils avaient deux cousins, les Bureaux et les Relais, tous membres du groupe La Poste. Dans la nature, chacun peut trouver une place et les apécés ont commencé à se multiplier avec l’accord des maires de villages très heureux d’offrir un nid à de tels volatiles. Prochainement va d’ailleurs se tenir le Congrès national des maires et vous pouvez assister à la remise du 3ème Grand Prix Compli’Cité organisé par La Poste, le mercredi 21 novembre à 11 h 00, qui récompense cette année les meilleures communications courrier des collectivités locales selon 3 catégories : développement durable, communication de proximité, meilleure enveloppe personnalisée. Le durable, la proximité et le personnalisé sont les valeurs majeures du marketing commercial de La Poste.

L’objectif du maintien de la proximité (règle floue et législative des 90% de la population de chaque département à moins de 5 km et de 20 minutes d’un point de présence de La Poste) passe par des réponses diversifiées, dans le cadre d’une approche intercommunale. Aussi, La Poste compte aujourd’hui plus de 17 004 oiseaux appelés points de contact. Une nouvelle organisation dynamique validée par la loi de régulation des activités postales.

La Poste explique donc sans rire, qu’elle propose une gamme complète et renforcée de services liés avec le bureau centre. Afin que tout ce dispositif fonctionne, La Poste a signé une convention nationale avec l’Association des Maires de France le 28 avril 2005 pour la mise en place des apécés. Concrètement, La Poste s’engage notamment à verser à la commune ou à l’intercommunalité dans laquelle est implantée l’apécé, une indemnité compensatrice : 800 euros pour 60 heures d’ouverture et 900 euros si l’apécé est située en zone de revitalisation rurale (ZRR) ou en zone urbaine sensible (ZUS). Cette somme comprend la part de rémunération brute de l’agent et la part des charges de l’employeur, la part du coût du local affecté à l’agence postale communale, comprenant l’amortissement et les assurances, la part des frais d’entretien du local affecté à l’agence postale communale (eau, électricité, téléphone, chauffage, …). Pas de problème avec une telle somme vous payez largement toutes ces charges !

Le travail des ornithologues permet de repérer en France, 3 200 apécés et 1 300 Relais Poste, donc le réseau de « points de contact » de La Poste se fortifie !!! Malheureusement la communication du groupe La Poste ne dit pas combien de Bureaux en moins !

Mais quelle est la notoriété et la perception des apécés par les différentes parties prenantes (élus, population, commerçants) ? Réponses grâce à l’étude menée en juin 2006 par TNS-Sofres, dans les communes accueillant ce type de partenariat postal.

Des élus satisfaits à 87%. « La qualité de service, dans son ensemble, remporte un vif succès », affirme Agnès Balle, du département Stratégies d’opinion à TNS-Sofres. Les élus se montrent aussi très positifs sur l’impact des apécés. Ils contribuent notamment à pérenniser les services publics dans les petites communes, à concrétiser une politique d’aménagement équitable du territoire, à renforcer les liens entre les habitants, à maintenir ou créer un emploi... Mieux que chez les élus : 92% des habitants reconnaissent que l’existence d’une APC ou d’une RP est « une bonne chose ». « Ils sont 83% à déclarer que les APC ou RP répondent bien à leurs besoins d’opérations postales », poursuit Agnès Balle.

Intoxication car en fait, les habitants, avec le temps, découvrirent que le service était moindre et les coûts plus importants. Sauf qu’en lisant les treize articles de la CONVENTION RELATIVE A L’ORGANISATION D’UNE AGENCE POSTALE COMMUNALE, il est facile de tout savoir à l’avance ! « Quoi, 13 articles ! » Mais ça porte malheur déclara un Archaïque !

De toute façon, la France est une démocratie où il existe des législateurs qui décident de ce qui est nuisible, et de ce qui ne l’est pas, et c’est fin mai 2005 que députés et sénateurs décidèrent de la multiplication des apécés. Le groupe La Poste ne fait qu’appliquer la loi (à contre-cœur pensent certains !).

 

Chapitre 2 : les élus français

 

Les Archaïques interrogèrent leurs sénateurs et députés pour savoir qui avait osé mépriser les bureaux de poste. « Pourquoi, juste avant le vote au sujet du Traité Constitutionnel Européen, avez-vous pu voter une loi de régulation postale? » Un des sénateurs leur rappela alors une anecdote : à la fin des débats, une dame, Hélène Luc, déclara de manière laconique : « Avec ce vote, le « non » va encore progresser ! ». Il s’agissait du NON au TCE qui, une semaine après, deviendrait majoritaire en France ! Mais la réponse sur le fond ?

 

La date ne pouvait être reportée : presque dix-huit mois - de l'examen par le Parlement du projet de loi relatif à la régulation [ce qu’il faut lire dérégulation] des activités postales, commencé le 18 janvier 2004 à la décision finale ! Ce qui fit dire au présentateur du travail final : « Il faut saluer l'ampleur du travail parlementaire et gouvernemental qui a été accompli. Le passage par la navette parlementaire est loin de n'avoir été qu'une simple formalité, puisque le texte en est ressorti profondément enrichi et amélioré. De simple transposition des deux directives postales de 1997 et 2002, le projet de loi est devenu aussi, peu à peu, un instrument du rééquilibrage de la situation de La Poste dans le contexte de concurrence de plus en plus intense à laquelle celle-ci doit faire face. Les travaux au sein de la commission des affaires économiques ont été nourris, vivants, et mes collègues, toutes sensibilités confondues, ont montré, par leurs critiques souvent constructives et leurs propositions nouvelles, leur forte implication sur ce sujet. Si j'ai eu l'honneur de piloter ces travaux en tant que rapporteur, le président de notre commission, M. Patrick Ollier, m'a toujours apporté un soutien précieux, sachant, aux moments critiques, désamorcer les tensions en trouvant les bons équilibres entre autonomie du Parlement, solidarité gouvernementale et prise en compte des propositions constructives de l'opposition. »

 

Et en fait, pour certains, toute la responsabilité du développement des apécés vient du gouvernement de 2005. Un député fit remarquer à la fin des débats : « Je l'ai dit l'autre jour à M. Copé, je le redis aujourd'hui : vous demandez à La Poste de courir le cent mètres plus vite que ses concurrents en lui attachant des boulets aux pieds. J'avais déjà noté cette contradiction dans le rapport rédigé par votre majorité sur la gestion des entreprises publiques et je l'avais dénoncée : chaque fois que vous comparez La Poste à un opérateur concurrent en Europe, vous oubliez, comme par enchantement, de rappeler toutes les contraintes que l'État lui impose, contraintes que n'ont pas à assumer les autres. L'honnêteté consiste à comparer ce qui est comparable, monsieur le ministre. »

Pourquoi parler de directives demandèrent les Archaïques à leur élus ? Le développement des apécés n’est pas de la responsabilité de La Poste, ni de celle des élus français car tout a été piloté de Bruxelles et de Strasbourg par des directives anciennes, la première datant en effet de 1997. Voyez, 10 ans avant de passer au vote du Parlement français et trois ans avant que les manifestants entrent en scène contre les apécés. La vie va lentement.

 

Chapitre 3 : les élus européens

 

Les Archaïques découvraient donc que les apécés sont des oiseaux migrateurs qui de Bruxelles passent par Strasbourg et Paris avant d’atteindre les villages. Ils décidèrent donc d’aller à la source. La loi française de mai 2005 est relative à la transposition de la directive 97/67/ce du parlement européen et du conseil du 15 décembre 1997 concernant des règles communes pour le développement du marché intérieur des services postaux de la Communauté et leur amélioration ! Nous n’entrerons pas dans les détails.

A Bruxelles ils furent aimablement accueillis par des personnes au langage simple. Les nuisibles sont ceux qui n’ont pas de prédateurs. Pensez aux étourneaux qui causent tant de dégâts car ils n’ont pas de concurrence ! Pensez aux sangliers qui provoquent des accidents sur les routes car des races prolifiques ont été introduites par l’homme ! Les nuisibles s’étaient les bureaux de Poste qui font la pluie et le beau temps. Pilotés en dehors du contrôle des maires, les bureaux font ce qu’ils veulent ! Le marché ne peut admettre une telle situation. Avec les apécés, d’un côté on redonne le pouvoir aux élus et donc aux citoyens, et les bureaux n’ont alors qu’à bien se tenir, sinon on les dégrade ; de l’autre La Poste s’envole enfin vers des horizons européens.

Fascinant d’apprendre l’avenir européen de La Poste !

« Parce que l’avenir de La Poste passe aussi par l’Europe, elle poursuit son ouverture à l’international. « Les opérateurs postaux doivent réussir leur évolution, sous peine de disparaître », affirme Inès Ayala Sender, députée européenne espagnole. Les concurrents de La Poste sont déjà en France : Koba, la filiale de la poste allemande qui intervient sur le marché français du routage et du traitement de fichiers ; Astérion, la filiale de la poste belge ; Spring, une filiale commune aux postes hollandaise, singapourienne et britannique. Pour accélérer sa croissance dans le domaine du courrier, La Poste étoffe son réseau de commerciaux en Europe continentale et s’appuie sur des filiales opérationnelles et commerciales en Angleterre avec La Poste UK Ltd et aux Etats-Unis avec, notamment Brokers Worldwide. Une stratégie en adéquation avec les besoins des entreprises, comme les Editions Atlas ou Photoways, qui sont de plus en plus présentes dans les différents pays européens. GeoPost, la société-mère des filiales colis et express, en France et en Europe, du groupe La Poste, poursuit son axe stratégique : accélérer son expansion sur les marchés domestiques européens et capter les flux internationaux sur le segment porteur du colis rapide. Même La Banque Postale se positionne déjà à l’international en lançant, avec Poste Italiane, un Fonds Commun de Placement commercialisé simultanément en France et en Italie. La Poste Grand Public entend répondre aux besoins et aux attentes des étrangers. Par exemple, La Poste d’Issigeac, commune touristique au cœur de la Dordogne, accueille une nouvelle génération de postiers parlant plusieurs langues, notamment l’anglais.»

 

A écouter ce discours tout devient plus clair pensèrent les Archaïques : « être en adéquation avec les besoins des entreprises » c’est concrètement dans les bureaux à plusieurs guichets proposer un guichet spécial pour les entreprises. Que les citoyens fassent la queue mais pas les professionnels ! Il y a eu d’abord les timbres à deux vitesses ; il y a maintenant les queues à deux vitesses.

 

Les Archaïques n’avaient pas pensé à un tel raisonnement de bon sens qu’ils pensèrent globaliser ! La race humaine est sans concurrence sur la planète et il serait donc temps d’inventer des êtres capables d’assurer sa dégradation, elle qui est devenue si prétentieuse ! Les Archaïques rodèrent en conséquence dans les rues de Bruxelles au milieu des milliers de lobbies qui fabriquent les directives pour savoir dans quel bureau on préparait le règlement qui permettra que l’homme soit soumis aux règles d’une concurrence libre et non faussée. C’est seulement en arrivant dans un coin perdu qu’un individu leur fit signe pour les attirer :

- Je sais ce que vous cherchez et j’ai de quoi vous satisfaire. Oui, il existe un moyen pour en finir avec la domination humaine sur la planète, il faut se débarrasser de la domination des lobbies sur les hommes ! Ce sont les lobbies qui sous prétexte de lutter contre la concurrence vivent au-dessus de toute concurrence. Ils sont suicidaires pour les autres !

- Les nuisibles, ne sont pas toujours ceux que l’on pense ?

- La grande masse des humains n’a aucun goût pour le suicide collectif, pour la mort de la planète, pour le développement des apécés quand, depuis des générations, ils vivent avec des bureaux de Poste certes améliorables, mais de référence. Les experts ont souvent beaucoup d’utiles connaissances à apporter mais les bailleurs de fond les tiennent très souvent. Alors ils informent dans un seul sens !

 

Donc, périodiquement les hommes sont obligés de faire des révolutions pour se donner d’autres pouvoirs capables d’articuler pour TOUS le possible et le souhaitable. Pour le moment, les Grands maîtres dotés d’outils luxueux, d’une force de frappe sans égale, inventent des machineries nuisibles et les employés de la Poste ne s’y trompent pas quand, chez eux, ils l’appellent la moulinette. Les apécés sont les fils de cette moulinette : il faut donc en finir avec la moulinette pour résoudre le mal mais voilà, personne ne sait trop par quoi la remplacer ! Les Grands maîtres survivent plus par manque d’opposition constructive que par intelligence destructrice.

15-11-2008 Jean-Paul Damaggio

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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 15:15

Elections européennes : trente ans de trompe l’œil

 

 

La fébrilité actuelle au sujet des prochaines européennes n’incite à ce rapide rappel historique.

En 1979 le PCF est aux anges : enfin une élection à la proportionnelle sur liste nationale (tous les pourcentages donnés sont par rapport aux exprimés). Et le résultat sera à la hauteur de ses espérances. Georges Marchais passe le 20% (avec une liste ouverte à Maffre-Baugé) alors que Mitterrand arrive seulement à 23% avec l’aide des radicaux. La direction du PCF en déduit que Marchais sera en tête de la gauche en 1981 ! Erreur d’analyse catastrophique (une parmi d’autres) qui nous conduit en 1984 où une liste vient briser le monde des quatre (les deux autres en 79 étaient Simone Veil pour Giscard et Chirac qui fut K.O. (chaos).

Jean-Marie Le Pen crée la surprise en 1984 : avec 10% il lui manque seulement 50 000 voix pour passer devant le PCF. Certains en déduiront que l’électorat PCF (tombé à 11%) est passé au FN.

Les surprises ne vont pas cesser si bien qu’en 1989 c’est au tour des Verts d’atteindre la barre des 10%, Waechter ayant été favorisé par l’élection présidentielle de 1988 et pensant qu’enfin sa stratégie du ni-ni va s’imposer dans l’écologie (5 ans après Isler-Beguin le remplacera dans un cadre différent).

Il fallait compter avec l’esprit manœuvrier du président Mitterrand qui, conscient que le PCF est devenu un allié secondaire, a besoin de s’en inventer d’autres. Il fera entrer au gouvernement Brice Lalonde et un certain Bernard Tapie. Brice Lalonde s’était déjà distingué aux Européennes de 84 en s’alliant avec le centriste Olivier Stirn contre l’écologiste Didier Anger (chacun faisant 3%). Avec l’aide du PS il crée à l’aube des années 90 Génération Ecologie pour contrer les Verts et Bernard Tapie est désigné pour limiter l’effet FN.

Voilà comment en 1994 nous aurons l’élection européenne la plus bouffonne de l’histoire de France. La « bande des quatre » est à présent représenté par Baudis (25%), Rocard (14%), De Villiers et Tapie 13% chacun. Le Pen est après avec 11% et le PCF avec 6% obtient encore 7 élus.

Cette fois c’est Mitterrand qui est aux anges. Rocard et Chirac sont discrédités pour sa succession et Tapie est là pour une grande carrière avec les radicaux. Qui peut alors imaginer que 1999 sera une élections aux surprises encore surprenantes !

Cette année là Sarkozy arrive seulement en troisième place et fait moins que Rocard en 1994. Tout le monde pense que son destin politique c’est du passé. Avant lui, nous trouvons un PS revenu en première ligne avec 22% sous la conduite de François Hollande, et en deuxième place un tandem comme les Européennes les aiment bien : Pasqua-De Villiers. Un tandem qui sera comme l’avenir politique de Tapie : sans suite. Le coup électoral est génial mais il n’en restera que De Villiers. Enfin Daniel Cohn-Bendit termine la bande des quatre avec les Verts (mais Bayrou obtient lui aussi 9%). L’élection comporte cependant une autre surprise dans le bas du tableau : Alain Krivine et Arlette Laguiller passent enfin la barre des 5% et deviennent députés ! (Krivine prendra alors un jeune attaché parlementaire du nom de Besancenot). Pour la première fois ils sont neuf groupes à se partager les postes de 87 élus. Le Pen frôle la disqualification avec 5,6% des voix (en dessous de 5% pas d’élus) car un de ses lieutenants a cru qu’il était temps de lancer le MNR. Bruno Mégret comme d’autres avant lui a fait un très mauvais calcul (3%). Qui d’autre avant lui a fait un mauvais calcul ? Pensons à J-P Chevènement qui a quitté le PS assez tôt pour préparer l’élection européenne de 1994 dont les résultats devaient le propulser aux premières places à la présidentielle de 1995. Il créa une liste ouverte avec Anicet Le Pors et d’autres, pour un résultat décevant : 2%. Les dettes seront colossales et Chevènement mettra des années avant de relever la tête sur la base d’une stratégie nouvelle que nous dirons gaullienne. Un communiste de premier plan avait tenté une même opération en 1984 en s’alliant avec le PSU de Depaquit. Il s’agit d’Henri Fizbin qui comme Fiterman finira sa vie politique au PS. Ne disons rien de l’autre communiste qui crut son heure arrivée en 1989 et qui n’ayant pas passé le 1% se retrouva ensuite à servir Dominique Baudis.

Bien d’autres observations peuvent être issues de l’étude des élections européennes mais à partir de 2004 le cadre change et le paysage politique avec vu que le cadre joue toujours un rôle central quant au paysage qu’il révèle. L’émiettement de 1999 ne pouvait plus durer pour les propriétaires de la politique (toujours une bande de quatre) aussi ils changèrent légèrement le mode de scrutin : on en est resté avec la proportionnelle intégrale suite au premier tour mais sur sept circonscriptions au lieu d’une ! Obtenir des élus devient plus difficile si bien que la bande des autres s’appellera alors PS, UMP, UDF et FN qui est encore là. Le PS n’a jamais eu un score aussi haut. Avec presque 29% il devance l’UMP de plus de 12 % ! L’échec de 2002 est magistralement effacé. Autre effacement total qu’il ne faut pas oublier : le succès de l’extrême-gauche en 2002. Pour les Européennes l’accord LCR-LO produit seulement 2,5% des voix quand Besancenot seul faisait 4% deux ans avant ! De Villiers et le PCF avec trois élus chacun survivent tandis que les Verts avec 6 élus résistent bien au nouveau mode de scrutin.

 

Alors en 2008,qui sera dans la bande des quatre ? Cohn-Bendit-Bové et le pôle écologiste ? Bayrou –JF Kahn et le pôle centriste ? Mélenchon-Buffet et le pôle de gauche ? Jennar-Besancenot et le pôle NPA ? Tous pensent que la situation n’est comparable à aucune autre, tous pensent que l’Europe est comprise pour ce qu’elle est, tous espèrent que leur tour est venu pour balayer la droite et le PS car tous veulent croire qu’il suffit d’un trompe l’œil pour devenir artiste. Quand j’entends Mélenchon annoncer qu’il va devancer le PS alors que son parti n’existe pas encore, je repense à ceux qui disaient que Bové serait en tête de la gauche en 2007 ! Plus la politique s’effondre et plus le moment électoral devient un enjeu en soi. Pour l’électoralisme avance et plus le peuple est absent. J’ai en effet oublié de donner le taux de votants depuis trente ans. Successivement nous avons eu : 60,7%, 56,7%, 48,8%, 52,7% (petite remontée en 94), 46,7% et enfin 42,7%. Allons nous passer sous le 40% de votants en 2008 ?

19 novembre Jean-Paul Damaggio

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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 15:10

Voici l'avant-propos de Claude Rossignol au sujet de nouveau livre que publient les éditions la brochure. 200 pages au prix de 17 euros (15 euros pour la souscription jusqu'au 9 décembre).ISBN : 978-2-917154-35-9 Editions La Brochure82210 Angeville 

 

BON DE COMMANDE Editions La Brochure

Avant Propos

 

Au détour d’une réunion à Toulouse de l’Alternative en Midi-Pyrénées, j’ai reparlé de mon intention de ne pas laisser s’évaporer la mémoire d’un projet qui a occupé les 15 dernières années de ma vie de professeur. Jean-Paul m’a vivement incité à écrire « quelque chose » sur le Prix Goya à Castres : les Editions La Brochure publieraient !

L’idée d’évoquer ce « prix littéraire lycéen » avait évidemment campé dans l’esprit de plus d’un membre de l’équipe d’animation, lorsque le Prix Goya était à l’apogée. Un document collectif, d’une centaine de pages illustrées de photos, dessins, documents pédagogiques, a même été rédigé en 1996. Cet ouvrage, dont il doit rester encore deux ou trois versions papier, était intitulé « Le Prix Goya – Expérience de lecture en milieu scolaire » avec pour sous-titre : « Projet pédagogique et aventure humaine (1990-1996) ».

            Je me souviens qu’à cette époque-là, nous ressentions tous la nécessité de faire sortir le Prix Goya des frontières étroites de la ville de Castres et du département du Tarn. Peut-être même pressentions-nous qu’il en allait de la survie de notre projet. Les autorités académiques, recteur en tête, avaient beau nous certifier que le Prix Goya était « LE projet de lecture de l’Académie de Toulouse », nous étions quelque peu sceptiques sur leur volonté d’en assurer une réelle promotion en faisant connaître notre travail dans les huit départements de Midi-Pyrénées.

            Nous avons donc cherché un éditeur pour notre ouvrage collectif.

            Sans doute notre texte était-il trop hybride : mi expérience pédagogique, mi récit d’une aventure humaine. Cela expliquerait qu’une réunion avec un Inspecteur Pédagogique Régional de Lettres, au Centre Régional de Documentation Pédagogique, situé Rue Roquelaine dans la « ville rose », n’ait pas débouché sur sa publication : pas assez pédagogique ! Quant à l’éditeur toulousain Privat, nous ne le lui avons même pas présenté, car il ne pouvait pas davantage le publier : trop pédagogique … et pas assez « régionaliste » !

            Nous avons changé d’épaule pour notre fusil. Nous avons essayé d’attirer l’attention des grands médias nationaux, grande presse écrite, radios et télévisions. En vain ! Notre « petit » projet « à peine régional » n’intéressait pas le grand monde. Une blague circulait au sein de l’équipe : « Demandons à un élève d’assassiner l’un d’entre nous ! Dans l’heure qui suit nous avons les caméras de TF 1 dans le lycée ! » Hélas - mais faut-il le regretter ? - nous n’avons jamais trouvé les deux volontaires pour jouer ces rôles !

            Le Prix Goya, comme la plupart des entreprises humaines, est né, s’est développé avant de décliner dans une vieillesse fatale. Certes, son « petit frère », le Prix Goya Découverte, fonctionne encore à l’heure où j’écris. Grâce à la conviction et aux efforts déployés par nos amis de l’école élémentaire. Malheureusement je ne peux m’empêcher de me demander pour combien de temps encore… Ah ! si seulement sa survie ne dépendait que de leur conviction et de leurs efforts !

            Alors pourquoi souffler sur la minuscule braise qui luit encore au milieu d’un amas de cendres ? Je suis plus un nostalgique de l’avenir que du passé : à quoi bon me re-plonger dans des mètres cubes de documents ?

            Nous le savons tous très bien : ce projet ne peut servir de modèle à personne. La pédagogie, ça s’invente sur le terrain, ça ne se copie pas dans les livres, même ceux édités par le C.R.D.P. et d’autres éditeurs tout aussi honorables ! Au mieux peut-on espérer quelques conseils utiles des inspecteurs pédagogiques… et encore !

            Non, tout simplement, Jean-Paul a trouvé : cette expérience n’est pas transposable, mais elle a existé et mérite d’être connue… pour ce qu’elle vaut, c’est-à-dire une expérience, une alternative pédagogique qui a fonctionné à un moment donné dans un lieu donné.

            C’est donc ainsi qu’il faut lire le récit qui suit. Comme une expérience pédagogique et humaine qui a mobilisé des quantités incalculables d’énergie, tant chez les jeunes que chez les adultes. Car sans être nostalgique du passé, on peut quand même s’en nourrir ! C’est à coup sûr ce que voulait dire Christine Lafon, première lauréate du Prix Goya en s’adressant en 1990 à son jury : « L’essentiel dans la vie, c’est de ne pas la regretter ».

 

Claude Rossignol.

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