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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 09:30

Le dernier livre paru à nos Editions (J'ai eu 15 ans en Tarn-et-Garonne) donne la parole à un Saint-Antoninois de 1924 qui rappelle cetet légende à inclure dans le débat : qu'est-ce que l'utopie ?


Une légende de Saint-Antonin

 

Il y avait une fois, un Saint-Antoninois qui, passant dans la prairie de la Condamine, vit un papillon si beau, si merveilleux qu’il voulut l’avoir à tout prix. Il se lança éperdument à sa poursuite en criant à plein gosier Taurièi ! taurièi ![1] Ses cris attirèrent l’attention d’un voisin, qui, admirant à son tour l’incomparable bestiole, se mit bien vite à la poursuivre, en poussant le même cri. Semblant se jouer de ses naïfs admirateurs, le papillon voltigea longtemps autour de la ville, dont tous les habitants enthousiastes se joignirent bientôt aux deux premiers : il vola légèrement jusque sur le grand causse de Servanac, au bout de l’interminable côte, et les bonnes gens l’y suivirent, pensant bien que fatigué, il se poserait bientôt sur quelque fleur sauvage.

Il s’était posé, en effet, sur la belle fleur bleue d’une chicorée sauvage ; mais, avant qu’ils n’arrivassent, un autre papillon survint, dont il s’énamoura ; et les deux aériennes créatures, dont les ailes d’or se diapraient d’azur, de pourpre et de jais, se provoquant et se poursuivant tour à tour, s’envolèrent devers Aliguières et Septfonds, puis vers Caussade, d’où elles prirent la direction de Montauban, toujours suivies par touto la gent de Sent Antoni[2] vieux et jeunes, hommes et femmes, criant inlassablement : Taurièi taurièi.

La bande enthousiaste traversa ainsi Réalville, dont les habitants venaient précisément de démolir je ne sais combien de toises de mur - vint canos de paret [3]- pour prendre une toute petite souris - uno murgueto - ce qui les fit surnommer lous rataires : la bande dévala la côte du Château Vieux, traversa la plaine de Cayrac criant de plus belle : Tauriéi taurréi ! car ils espéraient bien que la rivière arrêterait enfin les ensorcelantes bestioles aux larges ailes si somptueusement parées d’or, d’azur, de pourpre et de jais. Hélas ! elles volèrent gracieusement jusqu'à l’autre rive[4], et les poursuivants enfin arrêtés, s’écrièrent dans la plus profonde désolation: Taurièi pas ! taurièi pas ![5]

C'est depuis lors que les rivaux caussadais et caylusiens sourient en parlant des Saint-Antoninois que, pour ma part, j’admire et révère, parce qu’ils s’étaient passionnés jusqu’au délire pour l’aérienne fleur de beauté que les anciens considéraient comme le symbole de l’âme. Quelle est la population d’une ville actuelle qui partirait ainsi d’un seul élan à la conquête de la chimère idéale : j’entends bien, celle qui ne saurait rapporter autre chose qu’une de ces jouissances essentiellement morales et désintéressées dont le monde se détache de plus en plus ?

Quand j’y songe attentivement, je me sens un peu fier d’avoir été allaité dans la vieille noble cité de ces amants éperdus de la Psyché ... N’ai-je pas consacré ma vie entière à la poursuite de buts superbes, mais combien désintéressés ? Moi aussi je suis un Tauriéi et je n’en suis pas peu fier.

                            Jules MOMMEJA

 



[1] Je t’aurai ! je t’aurai !

[2] Tous les gens de saint-Antonin

[3] Vingt longueur de mur

[4] Il n’y avait pas de pont comme à Saint-Antonin !

[5] Je ne t’aurai pas ! je ne t’aurai pas

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24 juin 2008 2 24 /06 /juin /2008 16:07

Intervention au Sénat de Frédéric Cayrou lors de la discussion de la loi sur l'enseignement des langues et dialectes locaux (loi Deixonne) le 7 Mars 1950

 

Monsieur le ministre, mes chers collègues, je n'aborde cette tribune que très rarement, vous le savez et quand je le fais, c'est avec beaucoup d'appréhension ; mais, aujourd'hui, je suis content de me trouver ici, parce que je suis appelé à défendre ce que j'aime ; je suis appelé à défendre une langue qui m'est familière depuis ma plus tendre enfance, une langue pour laquelle j'ai combattu par la plume, par la parole, par les conférences, par le théâtre, pour laquelle en un mot, j’ai combattu de toutes les façons parce que c'est une langue vivante et que je ne veux pas qu'on l’a tue.

Pour bien situer ma présence et pour ne pas laisser votre esprit dans l’incertitude, je vous dirai tout d'abord que je ne suis pas d'accord avec les conclusions de M. Lamousse ; mais je tiens cependant à le remercier très sincèrement des paroles élogieuses qu’il a bien voulu m'adresser.

Il m'a présenté à vous comme une sorte de sirène plus ou moins enchanteresse ; mats rassurez-vous, je n'emploierai pas à votre égard des moyens déloyaux pour vous prendre dans mes filets. (Rires et applaudissements)

M'inspirant des diverses propositions visant à introduire l’enseignement des langues catalane et bretonne dans les écoles, France, propositions qui ont abouti à un texte élaboré par la commission de l'éducation nationale de l’Assemblée, dont M. Deixonne a été nommé rapporteur et qui a été adopté sans débat, ce dont je me félicite, je veux à mon tour présenter un plaidoyer en faveur de la langue d'oc et réclamer pour elle le même avantage. Je ne vous apprendrai rien mes chers collègues, en vous disant que la langue d'oc a brillé, au Moyen Age, d'un éclat incomparable dans tout le Midi de la France, donnant naissance avec ses troubadours à une remarquable floraison de productions littéraires. Langue courtoise, langue des cours d'amour, nulle autre mieux qu'elle ne sut dépeindre aussi poétiquement, en des rimes plus variées, les passions de l’âme et les élans du coeur.

C'est pourquoi, lorsque certains essaient aujourd'hui de flétrir ce parler harmonieux du nom méprisant de "patois", je proteste énergiquement. (Applaudissements sur de nombreux bancs)

Depuis longtemps, mesdames, messieurs, les grammairiens ont démontré qu'un patois est une déformation du français, dégradé dans son vocabulaire et sa syntaxe, tandis que les langues - et j'insiste sur ce mot - ont un vocabulaire propre, une syntaxe organisée et consacrée pour un long usage, ce qui est la caractéristique de la langue occitane qu'on ne saurait compter parmi les langues mortes.

Langue morte, mes chers collègues? N'en croyez rien! Bien au contraire, elle vit toujours sur les lèvres de nos paysans ; elle bouillonne, bourdonne, elle chante, elle claironne, s'exhalant en mélodieuses sonorités des plaines gasconnes aux collines du Limousin, des forêts landaises aux vignobles narbonnais, des Alpes aux Pyrénées, de la Côte d'Argent aux rivages méditerranéens. (Applaudissements) Symbole glorieux de noire race latine, elle est un témoignage essentiel de l’âme d'un peuple et la plus précieuse, des libertés. N'est-ce pas Mistral qui disait: "Quau tin la lenga. tèn la clau" – qui tient la langue tient la clef ? (Nouveaux, applaudissements)

Oui, mes chers collègues, elle vit, cette langue, arbre robuste aux racines profondes qui lui ont permis d’atteindre les plus hauts sommets, arbre dont le tronc est peut-être déshonoré par mousses et lichens, mais dont la sève n’est jamais tarie.

En présence d’une semblable vitalité, je me suis bien souvent attardé à penser qu’à l’instar des poètes de la Pléiade : un jour viendra peut-être où faisant appel à nos dialectes régionaux, de jeunes et enthousiastes philologues seront capables d'enrichir la langue française et de la régénérer.

Louis André : Oh non !

Comment non ? Donnez un argument, je vous répondrai avec un grand plaisir ; tout le monde a le droit d'exposer son point de vue (Très bien ! très bien !) et je respecte, messieurs, toutes les opinions.

Je disais donc que j'espère qu'un jour peut-être, on pourra la régénérer. La tentative ne paraîtrait-elle pas logique lorsque nous voyons, dans le domaine médical, la transfusion sanguine s'opérer avec succès quand on fait appel à des éléments sanguins de groupement identique. (Sourires)

De tout temps, la nécessité d'adapter le langage à l’évolution de l’esprit humain a obligé le penseur à créer des termes nouveaux. Je sais bien que la langue d'oc se prête mal à la création de mots techniques et qu'à ce point de vue le grec lui est infiniment supérieur ; mais, à côté, dans le domaine des actes de la vie courante, quel champ d'action ne nous est-il pas réservé ! Ici, mes chers amis, j'insiste sur la richesse du vocabulaire languedocien, du quercynois en particulier, où l’on arrive à relever douze à quinze milles mots. Vous pouvez vous demander pourquoi, peut-être, le quercynois est plus riche en son vocabulaire qu'un autre dialecte - puisque l’on a utilisé ce mot, je suis obligé de l’employer encore. C’est que, voyez-nous, les langues ont suivi le cours des chemins des grandes civilisations et, là il n'y avait pas de grande route, où il n'y avait pas de fleuve, le langage s'est conservé avec sa pureté. C’est pour cela que, même dans notre région du Midi, selon que l’on va de la Côte d'Argent aux rivages méditerranéens, la langue est restée plus ou moins pure.

Ce qui a fait le plus de mal, mes chers amis, à cette pauvre langue d'oc, c'est que peu a peu elle s'est altérée. On en a oublié la pureté et malheureusement les auteurs qui veulent écrire aujourd'hui oublient trop, quand ils ne trouvent pas le véritable mot de langue occitane, le mot qui autrefois était employé par les officiels, qu'ils n’ont qu'à le chercher à côté et au lieu de se livrer à cette recherche ils patoisent le mot français. C’est cela justement que nous devons combattre pour avoir ce que l’on appelle une langue plus pure répondant au désir de Lamousse. Vous trouverez qu’elle n’est pas assez pure, c’est peut-être mon cher ami que vous ne la connaissez pas assez.

M. le rapporteur : Je n’en disconviens pas.
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24 juin 2008 2 24 /06 /juin /2008 16:02



Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre langue d'oc. Je disais donc que le vocabulaire est extrêmement vivant selon les régions et je pense qu'il nous serait possible de puiser à pleine main de ces termes simples ou composés qui font image, qui condensent en eux-mêmes toute une scène, tout un tableau, de ces mots dont l’étymologie évidente nous renseignera bien souvent sur l’histoire, la géographie, les mœurs et coutumes des pays que nous habitons. A cet égard, et cela pourra peut-être vous paraître extraordinaire, le français ne peut rivaliser avec la langue d'oc, car celle-ci a des beautés et des vertus auxquelles notre langue nationale ne peut prétendre.

Du reste, ce qui est une grave erreur, c'est de croire que la langue française est issue uniquement du dialecte de l’Ile de France, rendu officiel en 1539, par l'édit de Villers-Cotterêts. Ce dialecte d'ici a subi, au cours du XVIIe siècle, des modifications telles que le vocabulaire et les tournures de phrases d'un Joinville, d’un Rabelais ou d'un Montaigne sont plus près de notre langue d'oc que de celle d’un Bossuet ou d’un Voltaire.

C’est que ces vieux écrivains du XIVe et du XVe siècle n'avaient jamais perdu contact avec la terre de France, et ne l’avaient point délaissée pour la cour du roi soleil ou pour les salons de l’hôtel de Rambouillet, et les beaux atours des grandes dames de l’époque ne leur faisaient pas oublier les charmes rustiques et la naïveté des filles du peuple.

Aussi est-ce dans un style savoureux, imagé, qu'ils ont su décrire la profondeur de la vie champêtre et retracer les gestes complexes et précis du laboureur ou du moissonneur.

C’est ainsi, mes chers collègues, qu'en apprenant à nos enfants à comprendre et à aimer cette langue issue d'un sol millénaire qu’elle n'a jamais renié, nous leur montrerons par quelle longue continuité d'efforts notre patrie s'est réalisée, et nous les ferons communier plus intimement avec l’âme de leur province.

Plus tard, si les hasards de la vie les éloignent de leur terroir, le lien qui les y attachera sera, n’en doutez pas, le parler ancestral. Ah ! comme il sonne agréablement à nos oreilles, aux oreilles de l’exilé, ce parler si puissamment évocateur ! Comme il nous aide à reprendre notre équilibre dans une civilisation stupide, factice en quelque sorte, en nous ramenant pour un temps, si passager soit-il, au berceau de notre enfance !

Oui, cette langue, conservons la, je vous en conjure, mes chers collègues, car elle est une force vive de notre nation et de notre région du Midi en particulier. Ne galvaudons pas un trésor si précieux. Efforçons nous de la maintenir intacte dans la fraîcheur et la pureté de sa splendeur originelle. (Applaudissements sur les bancs supérieurs de la gauche, du centre et de la droite et sur divers bancs au centre et à droite)

C’est dans ce but, d'abord, qu'il faut introduire dans nos écoles cette langue qui ne veut pas mourir. Maints auteurs ont montré comme elle pouvait aider l’enfant à apprendre l'orthographe et à appliquer plus aisément les règles des participes passés, comment aussi elle pouvait contribuer à l'étude de certaines langues étrangères, par la notion innée que les paysans de chez nous ont de la tonique ou syllabe accentuée qui n'existe pas en français. Certains verront là, sans doute, une des raisons de cet accent méridional qui n’a rien d'infamant…

M. le président : Mais qui n’a rien de déplaisant non plus !

... mais qui alimente en ce moment - je me trompe peut-être - la verve amicalement moqueuse des collègues d’oïl qui m'écoutent.

M. le ministre : Pas du tout !

Mais la pureté de la syntaxe, pas plus que la richesse du vocabulaire, n’ont rien à voir avec l’accent. Celui-ci, du reste, vous le savez, est fonction du terroir la langue a pris naissance. Il est fonction également de la conformation anatomique de notre organe vocal, plus apte au chant qu'a la diction académique. Il est fonction, enfin, d'une foule d'impondérables qui nous échappent, à telles enseignes que d'aucuns, aux sens plus affinés, prétendent que la chanson des autans [référence au vent d’autan] dans les peupliers des bords de la Garonne ou dans les chênes du Quercy, est d'une tonalité et d'un timbre très différents de la chanson de la bise à travers les sapins ou les bouleaux de la forêt nordique. (Applaudissements sur les bancs supérieurs à gauche, au centre et à droite)

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24 juin 2008 2 24 /06 /juin /2008 15:58


Cayrou au sénat en 1950 (2)

Mais ne nous laissons pas aller à des digressions inutiles et considérons sans plus tarder les modalités d'application de l’enseignement de la langue occitane à l’école.

Voici quelques suggestions et remarques que m'ont inspirées quelques articles de la proposition de loi Deixonne.

Au sujet de l’article 3, je proposerai les modifications suivantes "Tout instituteur qui en fera la demande pourra être autorisé à consacrer, chaque semaine, une heure d'activité dirigée à l’enseignement de notions élémentaires de lecture et d'écriture du parler local et à l’étude de morceaux choisis de la littérature correspondante. Une épreuve facultative sera inscrite au programme du certificat d'études. Seuls les points obtenus au-dessus de la moyenne entreront en ligne de compte au bénéfice des candidats qui auraient déjà obtenu la moyenne en français."

J'insiste sur cette partie là, car justement M. le rapporteur est ennemi de l'introduction de l’enseignement de la langue d'oc dans les écoles primaires. Eh bien, écoutez-nous ! Nous ne demandons pas grand chose. Nous demandons simplement que la langue maternelle vienne au secours de l’instituteur pour l’aider à enseigner la langue française. Réfléchissez ! Chez nous, nous avons quelquefois des écoliers âgés de cinq ou six ans qui n’ont jamais parlé un mot de français. Quand ils arrivent à l’école, ne leur donnons pas l’impression qu'ils sont ridicules, que leur langue maternelle est une chose méprisable, sans quoi ils en conserveront par devers eux un complexe d'infériorité qui les suivra peut-être toute leur vie. Nous demandons si peu de chose ! qu'une ou deux heures par semaine on veuille bien faire appel au dialecte local ; qu'on montre à l’enfant qu'il a le droit de parler cette langue, qu'elle n'a rien de méprisable, qu'au contraire il peut en tirer vanité.

Ainsi, il n'y a pas longtemps, j’ai eu l’honneur de prononcer un discours à la distribution des prix du lycée de Montauban. J'avais devant mol deux élèves dont le nom figurait sur le palmarès : l’un s'appelait Sarremejane, l’autre s'appelait Poudevigne.

Je leur ai dit: "Mes chers amis, vous n'avez pas à rougir de votre nom, vous pouvez dédaigner toutes les moqueries que l’on vous adresse ; on vous dit, vous, Sarremejane, que votre nom signifie que vous serrez la dame Jeanne avec plus ou moins de frénésie, et vous, Poudevigne, on dit que vous êtes un parasite de cette noble plante. Détrompez-vous, car Sarremejane signifie la colline du milieu, comme nous avons le causse Miejan. Vous portez donc un nom du terroir, le nom d’une colline. Et vous, Poudevigne, vous avez encore un nom plus noble, car, dans votre langue, "podar" signifie tailler. Vos ancêtres étaient donc des vignerons, des hommes qui taillaient la vigne."

Si nous rejetons cette langue, nous ne demanderons qu'une chose, c'est de débaptiser tous ces enfants qui portent de tels noms. (Applaudissements sur les bancs supérieurs de la gauche, du centre et de la droite et sur divers bancs au centre et à droite)

Au sujet de l’article 7, je signale pour mémoire que des enseignements sont donnés à la faculté des lettres de Toulouse depuis plusieurs années ; seul le cours de folklore doit être stabilisé.

Quant à l’article 8, il faudrait, à mon avis, instituer une licence de langue d'oc, licence d'enseignement qui ne devrait pas titre calquée sur les licences étrangères.

C'est une chose fort importante, c'est la seule qui puisse intéresser les étudiants. Je répète qu'il doit s’agir d'une licence d'enseignement, car la licence libre ne les intéresse pas ; elle n'a pas de portée pratique immédiate.

Seuls, travailleront pour avoir cette licence, les étudiants fortunés qui ont des loisirs, et qui apprennent pour le plaisir d’apprendre, pour le plaisir de meubler leur cerveau. Ceux là me font un peu l’effet de ces gens qui, possédant une belle habitation, n’ont ensuite qu’un souci, celui de l’orner avec des meubles de style ou des tableaux de maître.

Il faut que cette licence serve à quelque chose.

Il y a encore une autre répercussion beaucoup plus importante, c’est que cette consécration officielle que nos donnerons à cette licence lui confèrera plus de valeur aux yeux des étrangers qui viennent chez nous étudier les langues romanes.

Voilà pourquoi je voudrais qu'il y ait une licence d'enseignement de la langue d'oc.

Mes chers amis, ces quelques suggestions émises, je terminerai mon intervention, un peu trop longue peut-être à votre gré, en vous signalant que nombreux sont les étrangers qui viennent chez nous tous les ans se livrer à l’étude des langues romanes, dont ils ont apprécié depuis longtemps toute l’importance.

Faudra-t-il donc que nous recherchions dans les bibliothèques des universités étrangères, les ouvrages des auteurs de langue occitane? Faudra-t-il aller en Amérique, en Allemagne, dans tous les pays voisins, pour retrouver, comme le disait l'orateur qui m'a précédé, les traces de cette civilisation?

J'estime que nous devons avoir des enseignements qui montrent tout le prix que nous attachons à la culture des langues romanes. Je suis convaincu que grâce à nos efforts réunis, la littérature d'oc, comme du reste la littérature bretonne et catalane, qui ont su trouver ici des défenseurs ardents, reprendra bientôt dans nos enseignements scolaires, la place qu'elle n'aurait jamais du perdre, parce qu'elle la mérite et qu'elle est de nature à enrichir le goût, l’esprit et le coeur de nos enfants.

Qu'on ne vienne point surtout agiter devant nous, le spectre du séparatisme que cet enseignement pourrait engendrer. Nous connaissons des pays où l’on parle plusieurs langues et dont l'unité nationale n'a jamais été mise en péril.

En envisageant plutôt l’enseignement organisé de nos langues, nous créerions une fraternité plus grande avec le monde ouvrier, paysan en rapprochant les hommes de toutes conditions. C'est là un point de vue social que nous ne saurions négliger.

Par ailleurs, n'oublions pas que nous avons chez nous, à Toulouse, une académie littéraire, la plus vieille d'Europe, puisqu'elle a été fondée en 1323, l’académie de jeux Floraux, dont le rôle essentiel a été la défense de la langue d'oc à travers les siècles. (Applaudissements à gauche, au centre et à droite)

Je sais bien que certains ont dit que cette académie était une vieille dame âgée et cristallisée dans les anciennes traditions.

Il est bien vrai que la plupart de ses membres ne sont pas de la première jeunesse, puisqu'on y trouve des évêques, des généraux, des amiraux, mais toutes les opinions politiques et religieuses y sont représentées ; il y a là des protestants, des libres penseurs, et même des radicaux-socialistes ! (Sourires)

Ce que je peux affirmer, mes chers collègues, c'est qu'au cours des réunions de cette docte compagnie du gai savoir, le souci dominant, c'est le culte de la langue d'oc qu'on s'efforce de maintenir en dehors de toute préoccupation politique. L'action qu’on y mène me paraît louable entre toutes puisqu'en entretenant le souvenir d'un passé littéraire glorieux, on ne fait que renforcer dans nos coeurs l'amour que nous vouons à notre terroir méridional, si profondément imprégné de latinité.

C'est pourquoi, mes chers collègues, je vous demande aujourd'hui de vouloir bien vous rallier à mon point de vue qui n'a rien d'excessif ni d'outrancier.

Je m'excuse une fois encore du long plaidoyer que, par conviction profonde et peut-être aussi par esprit de famine, je viens de présenter devant vous en faveur d’une aïeule vénérable.

Enfin, contrairement à l'opposition, je ne dirai pas systématique, mais plutôt difficilement explicable, que nous avons rencontrée dans les sphères officielles, j'attends de vous quelques concessions à l’égard d’une langue qui a su, en des temps reculés et difficiles, célébrer les joies de la vie et chanter, en des strophes inspirées, le soleil, l’amour et la liberté.

(Applaudissements à gauche, au centre et à droite)

 

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24 juin 2008 2 24 /06 /juin /2008 15:02
La vie de Frédéric Cayrou, un artiste en tout genre, dans une brochure de 5 euros (55 pages format A5) dont voici la conclusion.

             Un vétérinaire use de l'occitan pour faire du théatre entre 1930 et 1950 

Pour parler de Frédéric Cayrou, les paysans 

sont présents avec trois histoires : la république, l’oral et la culture. Cayrou avance lui-même avec trois histoires : la république, l’oral et la culture.

La république ?

L’image est connue : les paysans sont sous la coupe des réactionnaires et heureusement que la ville apporte la république (les lumières). Comme souvent, ce discours se veut « simple » mais complique tout, car il empêche de comprendre les réalités sociales ! Majoritairement les paysans (comme d’autres catégories sociales) furent en effet sous la coupe des classes dominantes, mais s’en tenir là, c’est faire peu de cas des « Jacquou » de toujours qui y apportèrent le combat démocratique. La République n’est pas d’un bloc mais le lieu d’un affrontement de classe pour reprendre une terminologie qu’il faudrait oublier.

Cayrou témoigne de cet engagement républi-cain favorable aux paysans et conçu avec les paysans (leur langue, leur culture, leurs actions). Lui, petit-fils et fils d’instituteurs, marié avec une institutrice, qui a donc baigné dans l’école de la République est aussi le chantre des langues régionales le plus souvent réprimées dans la dite école ! Pour avoir mentionné cette contradiction, j’ai eu droit au qualificatif de « négationniste ».

Oui, l’institution française, son école et ses préfets firent la guerre aux langues régionales, mais c’est au sein même des dites institutions qu’on a trouvé les défenseurs les plus actifs et les plus conséquents de toute la culture populaire. Une réalité ne peut effacer l’autre. Si des milliers d’enfants furent punis à l’école pour y avoir parlé en occitan, combien de parents décidèrent de se plaindre ? Parce que les parents paysans n’osaient pas ? Ils souhaitaient pour leurs enfants des places d’instituteurs, de facteurs, d’infirmières et savaient que ça passait par l’emploi de la langue française. Là aussi, il n’y a pas l’Etat (et son école) porteur de tous les mots, et de l’autre côté les victimes consentantes ou ignorantes. En Républi-que, l’Etat a une certaine légitimité, et si le sénateur Cayrou fut un élément perturbateur de l’idéologie dominante, il n’en fut pas moins sénateur ! Tout comme l’instituteur Perbosc n’en fut pas moins instituteur alors que par sa pédagogie même, il a été un occitaniste affiché, et jamais réprimé.

La mort de l’occitan est moins l’effet de l’école publique que celui d’une historie sociale qui fait disparaître les paysans. L’idéologie dominante a empêché que l’occitan ne se transporte de la campagne à la ville, mais aurait-il encore fallu que l’occitan se réinvente par ce transport !

L’oral ?

Cayrou et Perbosc durent discuter souvent pendant de longues soirées de la question linguisti-que. Si l’Etat n’est pas d’un bloc, le mouvement occitan encore moins, même quand deux amis aussi intimes que Cayrou et Perbosc discutent.

Pour Cayrou l’essentiel est la langue orale tandis que pour Perbosc, il est vital de retrouver une lan-gue écrite digne de ce nom. Certains pourront étudier l’impact idéologique de l’école républicaine sur Perbosc quand on se souvient que depuis long-temps, notre école place sur un piédestal l’écrit avec l’exercice phare : la dictée.

S’exprimant en 1937 à la radio, sur la langue d’oc, Cayrou rappellera cette distinction entre les savants de la langue qu’il aime bien, et sa langue à lui, qui est celle du quotidien, donc de l’éphémère.

La dignité de l’éphémère ne m’a sauté aux yeux qu’en écoutant, voici un an, le peintre Ernest-Pignon-Ernest, qui, même en tant que peintre, pratique l’art éphémère. Pour lui, son œuvre dans un musée, ce serait une œuvre fossile, donc il crée des sérigraphies qu’il colle dans la rue, aux endroits de son choix pour provoquer une choc chez le passant, le dit choc étant la marque indélébile de l’œuvre. La force de l’œuvre n’est pas dans l’œuvre éternelle, arrêtée, mais dans la réception de l’œuvre. Pour le théâtre, le phénomène est « institutionnel ». Entre le texte d’une pièce et la pièce jouée, tout l’art est dans le jeu et non dans la pièce écrite. Il m’arriva de surpendre une inspectrice de l’éducation natio-nale pour qui tout l’art du théâtre était dans le texte et non dans les voix ! Cayrou méritait l’édition de son œuvre théâtrale pour faciliter l’accès des troupes aux textes, mais il mériterait surtout, s’il en est encore temps, le recueil des souvenirs que les pièces ont laissés.

L’oral, l’éphémère, le quotidien, en tant qu’art, c’est le contraire de l’accumulation, de la thésaurisation dont on accuse souvent le paysan qui veut acheter toujours plus de terre.

Cayrou écrivait et JOUAIT ses pièces. Jean-Marc Buge, après étude minutieuse de la question, note : « Tous ceux qui ont connus ces moments s’en souviennent parfaitement en cette fin de XXe siècle, et sont capables de décrire certaines attitudes de Cayrou dont la présence sur scène valait à elle seule le déplacement ».

Tout tournait autour d’une connivence établie par avance entre le public et les artistes. Cette connivence était une part essentielle de la source du comique. Les grands du burlesque ont plus de mal à parler à des publics étrangers que les grands de la tragédie. Le comique se partage moins facilement que le drame. Comment aurait-il pu devenir Charly Chaplin ou Louis de Funès ? Le cinéma français n’a pas su profiter de cette veine artistique pour lui permettre de sortir de Pagnol et Fernandel et atteindre les sommets d’une culture.

 

La culture ?

Pour le paysan, la culture est à la fois son gagne pain et son horizon. D’où l’invention du terme cultivature par Bernard Lubat. Quand j’étudie le cas de Frédéric Cayrou ou celui de Slimane Azem, chanteur de l’immigration algérienne bien moins agricole que l’italienne, j’ai l’impression d’évoluer dans la même culture, la culture populaire. Certains diront le folklore, terme malheureusement victime lui aussi de sous-entendus péjoratifs.

« Même illettrés nos parents étaient cultivés » dira Mouss, chanteur de Zebda, à propos de ses parents ouvriers maçons dans la France des années 60.

L’art de Cayrou nous oblige lui aussi à chercher ce qu’était et ce qu’est la culture populaire. Quand il demande aux sénateurs une licence d’occitan il précise :

 

« Je répète qu'il doit s’agir d'une licence d'enseignement, car la licence libre ne les intéresse pas ; elle n'a pas de portée pratique immédiate. Seuls, travailleront pour avoir cette licence, les étudiants fortunés qui ont des loisirs, et qui apprennent pour le plaisir d’apprendre, pour le plaisir de meubler leur cerveau. Ceux là me font un peu l’effet de ces gens qui, possédant une belle habitation, n’ont ensuite qu’un souci, celui de l’orner avec des meubles de style ou des tableaux de maître. Il faut que cette licence serve à quelque chose ».

 

La culture serait-elle un certain sens de l’utilitaire ?
25 juin 2008 Jean-Paul Damaggio

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