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24 juin 2008 2 24 /06 /juin /2008 15:02
La vie de Frédéric Cayrou, un artiste en tout genre, dans une brochure de 5 euros (55 pages format A5) dont voici la conclusion.

             Un vétérinaire use de l'occitan pour faire du théatre entre 1930 et 1950 

Pour parler de Frédéric Cayrou, les paysans 

sont présents avec trois histoires : la république, l’oral et la culture. Cayrou avance lui-même avec trois histoires : la république, l’oral et la culture.

La république ?

L’image est connue : les paysans sont sous la coupe des réactionnaires et heureusement que la ville apporte la république (les lumières). Comme souvent, ce discours se veut « simple » mais complique tout, car il empêche de comprendre les réalités sociales ! Majoritairement les paysans (comme d’autres catégories sociales) furent en effet sous la coupe des classes dominantes, mais s’en tenir là, c’est faire peu de cas des « Jacquou » de toujours qui y apportèrent le combat démocratique. La République n’est pas d’un bloc mais le lieu d’un affrontement de classe pour reprendre une terminologie qu’il faudrait oublier.

Cayrou témoigne de cet engagement républi-cain favorable aux paysans et conçu avec les paysans (leur langue, leur culture, leurs actions). Lui, petit-fils et fils d’instituteurs, marié avec une institutrice, qui a donc baigné dans l’école de la République est aussi le chantre des langues régionales le plus souvent réprimées dans la dite école ! Pour avoir mentionné cette contradiction, j’ai eu droit au qualificatif de « négationniste ».

Oui, l’institution française, son école et ses préfets firent la guerre aux langues régionales, mais c’est au sein même des dites institutions qu’on a trouvé les défenseurs les plus actifs et les plus conséquents de toute la culture populaire. Une réalité ne peut effacer l’autre. Si des milliers d’enfants furent punis à l’école pour y avoir parlé en occitan, combien de parents décidèrent de se plaindre ? Parce que les parents paysans n’osaient pas ? Ils souhaitaient pour leurs enfants des places d’instituteurs, de facteurs, d’infirmières et savaient que ça passait par l’emploi de la langue française. Là aussi, il n’y a pas l’Etat (et son école) porteur de tous les mots, et de l’autre côté les victimes consentantes ou ignorantes. En Républi-que, l’Etat a une certaine légitimité, et si le sénateur Cayrou fut un élément perturbateur de l’idéologie dominante, il n’en fut pas moins sénateur ! Tout comme l’instituteur Perbosc n’en fut pas moins instituteur alors que par sa pédagogie même, il a été un occitaniste affiché, et jamais réprimé.

La mort de l’occitan est moins l’effet de l’école publique que celui d’une historie sociale qui fait disparaître les paysans. L’idéologie dominante a empêché que l’occitan ne se transporte de la campagne à la ville, mais aurait-il encore fallu que l’occitan se réinvente par ce transport !

L’oral ?

Cayrou et Perbosc durent discuter souvent pendant de longues soirées de la question linguisti-que. Si l’Etat n’est pas d’un bloc, le mouvement occitan encore moins, même quand deux amis aussi intimes que Cayrou et Perbosc discutent.

Pour Cayrou l’essentiel est la langue orale tandis que pour Perbosc, il est vital de retrouver une lan-gue écrite digne de ce nom. Certains pourront étudier l’impact idéologique de l’école républicaine sur Perbosc quand on se souvient que depuis long-temps, notre école place sur un piédestal l’écrit avec l’exercice phare : la dictée.

S’exprimant en 1937 à la radio, sur la langue d’oc, Cayrou rappellera cette distinction entre les savants de la langue qu’il aime bien, et sa langue à lui, qui est celle du quotidien, donc de l’éphémère.

La dignité de l’éphémère ne m’a sauté aux yeux qu’en écoutant, voici un an, le peintre Ernest-Pignon-Ernest, qui, même en tant que peintre, pratique l’art éphémère. Pour lui, son œuvre dans un musée, ce serait une œuvre fossile, donc il crée des sérigraphies qu’il colle dans la rue, aux endroits de son choix pour provoquer une choc chez le passant, le dit choc étant la marque indélébile de l’œuvre. La force de l’œuvre n’est pas dans l’œuvre éternelle, arrêtée, mais dans la réception de l’œuvre. Pour le théâtre, le phénomène est « institutionnel ». Entre le texte d’une pièce et la pièce jouée, tout l’art est dans le jeu et non dans la pièce écrite. Il m’arriva de surpendre une inspectrice de l’éducation natio-nale pour qui tout l’art du théâtre était dans le texte et non dans les voix ! Cayrou méritait l’édition de son œuvre théâtrale pour faciliter l’accès des troupes aux textes, mais il mériterait surtout, s’il en est encore temps, le recueil des souvenirs que les pièces ont laissés.

L’oral, l’éphémère, le quotidien, en tant qu’art, c’est le contraire de l’accumulation, de la thésaurisation dont on accuse souvent le paysan qui veut acheter toujours plus de terre.

Cayrou écrivait et JOUAIT ses pièces. Jean-Marc Buge, après étude minutieuse de la question, note : « Tous ceux qui ont connus ces moments s’en souviennent parfaitement en cette fin de XXe siècle, et sont capables de décrire certaines attitudes de Cayrou dont la présence sur scène valait à elle seule le déplacement ».

Tout tournait autour d’une connivence établie par avance entre le public et les artistes. Cette connivence était une part essentielle de la source du comique. Les grands du burlesque ont plus de mal à parler à des publics étrangers que les grands de la tragédie. Le comique se partage moins facilement que le drame. Comment aurait-il pu devenir Charly Chaplin ou Louis de Funès ? Le cinéma français n’a pas su profiter de cette veine artistique pour lui permettre de sortir de Pagnol et Fernandel et atteindre les sommets d’une culture.

 

La culture ?

Pour le paysan, la culture est à la fois son gagne pain et son horizon. D’où l’invention du terme cultivature par Bernard Lubat. Quand j’étudie le cas de Frédéric Cayrou ou celui de Slimane Azem, chanteur de l’immigration algérienne bien moins agricole que l’italienne, j’ai l’impression d’évoluer dans la même culture, la culture populaire. Certains diront le folklore, terme malheureusement victime lui aussi de sous-entendus péjoratifs.

« Même illettrés nos parents étaient cultivés » dira Mouss, chanteur de Zebda, à propos de ses parents ouvriers maçons dans la France des années 60.

L’art de Cayrou nous oblige lui aussi à chercher ce qu’était et ce qu’est la culture populaire. Quand il demande aux sénateurs une licence d’occitan il précise :

 

« Je répète qu'il doit s’agir d'une licence d'enseignement, car la licence libre ne les intéresse pas ; elle n'a pas de portée pratique immédiate. Seuls, travailleront pour avoir cette licence, les étudiants fortunés qui ont des loisirs, et qui apprennent pour le plaisir d’apprendre, pour le plaisir de meubler leur cerveau. Ceux là me font un peu l’effet de ces gens qui, possédant une belle habitation, n’ont ensuite qu’un souci, celui de l’orner avec des meubles de style ou des tableaux de maître. Il faut que cette licence serve à quelque chose ».

 

La culture serait-elle un certain sens de l’utilitaire ?
25 juin 2008 Jean-Paul Damaggio

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