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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 11:31

je reprends avec émotion ce texte (long pour un blog) pour donner chair à l'hommage que je veux rendre à son auteur. JPD

 

28-29 | 2002 : Le baroque, pour quoi faire ?

Lecture de Pour une théorie baroque de l'action politique de Louis Marin par Guy Catusse

 

1 - À partir des années 1950, l'historiographie française s'est trouvée confrontée à l'usage proliférant de la notion de baroque comme instrument d'exploration du XVIIe siècle. On connaît les réserves d'une large partie de la communauté savante devant le recours abusif à une notion jugée trop incertaine pour pouvoir prétendre au statut de concept opératoire. Notre échange sur « Inventions et usages du XVIIe siècle » m'a paru un lieu tout désigné pour poser la question : le baroque, pour quoi faire ? ou, pour le dire dans les termes de nos journées d'étude : quel XVIIe siècle « invente » le baroque ? Telle est la question que je me propose de poser à l'essai de Louis Marin Pour une théorie baroque de l'action politique publié en 1988, en introduction à son édition des Considérations politiques sur les coups d'État de Gabriel Naudé (1).

 

2- Le choix de ce texte peut étonner. La plupart des commentateurs de l'œuvre de Louis Marin l'ignorent et, parmi ceux qui en soulignent l'intérêt, aucun n'accorde vraiment d'importance à la référence baroque (2). Doit-on en conclure qu'ils considèrent ce recours à un terme à la mode comme une simple facilité de langage ? Ce serait alors tenir pour négligeable le témoignage de Louis Marin lui-même qui déclarait quatre ans après avoir publié son texte, à l'occasion d'un colloque sur « L'homme baroque » :

 « Dans le cadre de ce colloque consacré à l'homme baroque, je voudrais vous présenter quelques éléments d'une recherche ouverte il y a quelques années déjà, et toujours en cours sur l'émergence dans l'Europe baroque (de la fin du XVIe et du premier tiers du XVIIe siècle) du sujet-de-pouvoir ou du sujet politique comme sujet de représentation. Ce dossier fut essentiellement configuré autour de l'ouvrage de Gabriel Naudé, Considérations politiques sur les coups d'État […]. En le republiant en 1989 (3) je l'introduisis par des réflexions sur une théorie baroque de la décision politique, la « théorie » du coup d'État du Prince, l'acteur politique baroque par excellence (4). »

 

3 - On voit que loin de considérer la référence à la notion de baroque comme une concession au goût du temps, Louis Marin la présentait au contraire comme l'indice d'un renouvellement significatif et durable de sa réflexion sur le pouvoir politique au XVIIe siècle telle qu'il l'avait exposée, sept ans auparavant, dans Le portrait du roi (5). De 1988 à 1992, date de sa disparition, Louis Marin se référera à plusieurs reprises à son essai sur Naudé et à la théorie de l'action politique qu'il y développe ; jamais il ne remettra en cause le qualificatif de « baroque » par lequel il la caractérise (6).

 

4- Mon propos n'est pas de juger de la pertinence du recours à la notion de baroque pour caractériser la pratique du pouvoir politique dans les années 1630, mais de m'interroger sur l'usage qu'en fait Louis Marin dans sa «lecture» de l'ouvrage de Gabriel Naudé.

 

5 - Ma première remarque sera pour constater qu'en dépit de l'importance prise par la référence baroque, à aucun moment Louis Marin ne procède à un éclaircissement théorique de ce terme qu'il emploie tantôt entre guillemets, tantôt sans guillemets, et dont il reconnaît lui-même le caractère « très galvaudé » (p. 66) (7). Rien de comparable chez lui à l'effort de réflexion de Gilles Deleuze dans Le pli. Leibniz et le Baroque – paru la même année que Pour une théorie baroque de l'action politique – pour penser le concept de « Baroque » et lui donner un contenu (8). Louis Marin semble au contraire se résigner à la part d'approximation de cette notion à partir de laquelle il fonde pourtant toute sa théorie du pouvoir politique dans les premières décennies du XVIIe siècle. Faut-il voir dans cette attitude au premier abord assez désinvolte, autre chose qu'un clin d'œil entendu au lecteur prévenu contre l'usage d'un terme soupçonné d'ouvrir les portes à toutes les dérives épistémologiques ? Et s'il s'agissait de la revendication clairement assumée d'une certaine façon de penser l'histoire et de lui donner du sens, de l'« inventer » ? Avant d'essayer de répondre à cette question, voyons l'usage que Louis Marin fait de cet outil heuristique passablement déprécié.

 

6 - Des problématiques les plus communément admises par l'historiographie française, il reprend d'abord l'idée d'un XVIIe siècle partagé entre un premier moment baroque et un deuxième classique avec, de l'un à l'autre, une période de transition au cours de laquelle les valeurs classiques s'affirment et finissent par supplanter les traits baroques qui leur ont donné naissance. Écoutons-le, par exemple, parler de Gabriel Naudé, théoricien du politique :

« Pour l'esprit baroque, il ne s'agira pas, comme chez le penseur classique, d'éliminer confusion et obscurité pour trouver le point « cartésien » à partir duquel l'objet révèle au sujet théorique la vérité de sa structure intelligible (p. 37). »

 

7-C'est bien d'une opposition entre deux façons de penser dont il est ici question : celle de l'« esprit baroque » qui s'accommode d'une certaine part d'ombre et d'incertitude d'une part, celle toute de clarté et de rigueur du « penseur classique » de l'autre. Naudé, à l'image de ses contemporains ferait-il partie de ces « esprits » dont les théories folâtres relèvent de la pensée baroque ? Ce serait fâcheux pour l'image de celui que Louis Marin nous présente comme l'auteur d'un :

« […] livre clef qui doit nous ouvrir les secrets et les mystères de la science politique dans le premier tiers du XVIIe siècle […] » (p. 11).

 

8-Fort opportunément, la notion de transition sauve Gabriel Naudé des dérives baroques et lui permet de rejoindre à grandes enjambées le socle épistémologique stable du classicisme «cartésien» :

 

9 - C'est ainsi que Naudé signe son ouvrage : « Gabriel Naudé, Parisien ».

« Il y a chez le Parisien (9) marchant d'un si bon pas dans le labyrinthe romain, quelque chose du cavalier cartésien, qui, loin de s'abandonner au vertige baroque, postule, alors même qu'il est plongé dans le flux des formes et des figures en changement, un fondement stable de la connaissance et un ordre des sciences. […] Naudé politique, en transit entre baroque et classicisme […], » (p. 37-38).

 

9-La cause semble entendue : il n'est de vrai théoricien que classique ou sur le point de le devenir. Louis Marin reprend ici à son compte, sans davantage en discuter le fondement, la conception conventionnelle du classicisme comme dépassement et accomplissement du baroque. Reconnaître la spécificité historique d'un moment baroque durant le premier tiers du XVIIe siècle est une chose, faire de la notion de baroque l'instrument d'une remise en cause de la suprématie du classicisme en est une autre.

 

10-Plus personnelle et plus nuancée est la façon dont Louis Marin traite un autre topos baroque : le théâtre comme représentation et métaphore du monde, le theatrum mundi. Il trouve exprimée dans l'ouvrage de Naudé l'analogie entre la scène théâtrale et la scène politique. Pour l'auteur des Considérations…, le prince est « ce fort esprit » qui :

«  […] envisage d'un œil ferme et assuré, et quasi comme étant sur le donjon de quelque haute tour, tout ce monde, se le représentant comme un théâtre assez mal ordonné, et rempli de beaucoup de confusion, où les uns jouent la comédie, les autres la tragédie, et où il lui est permis d'intervenir comme quelque divinité qui sort d'une machine, toutefois quand il en aura la volonté ou que les diverses occasions lui pourront persuader de ce faire » (10).

 

11-Louis Marin reprend ces lignes, les explicite, les développe et les incorpore à sa réflexion. La pratique baroque de la politique relève de l'art de la scène avec ses acteurs et ses spectateurs, son lieu scénique et son décor, ses coulisses, ses cintres enfin d'où jaillit, au moment opportun, tel un deus ex machina, l'acteur politique venu mettre de l'ordre dans ce monde « mal ordonné et rempli de beaucoup de confusion ». L'action politique baroque se déploie selon la dramaturgie des « pièces à machines » et des « caprices »11, formes théâtrales baroques s'il en est.

 

12-C'est ce même rapprochement analogique entre la pratique théâtrale et l'action politique baroques que Louis Marin reprend et réaffirme, quelques années plus tard, dans l'ouvrage collectif Le Pouvoir de la raison d'État où dans sa contribution sur « Théâtralité et pouvoir » il évoque :

«  […] cette imagination scénographique et scénique politico-théâtrale qui fournira dans la première moitié du XVIIe siècle aux discours philosophique et politique quelques-unes des formules les plus prégnantes du monde baroque » (12).

 

À quoi font écho ces lignes qui figurent dans son analyse de la tragédie de Corneille La Mort de Pompée qu'il rédige dans le même temps :

 « […] cette scène, avec ses coulisses, ses cintres et sa fosse, cette salle, avec la hiérarchie de ses places et de ses regards, reproduisent, jusque dans le détail, la grande théâtralité de la politique « baroque » »(13).

Quant à sa contribution au colloque de Prague elle est tout entière consacrée à l'analyse de :

«  […] la théâtralité baroque sacrée du pouvoir, de la prise de pouvoir, de sa production et de sa conservation» (14).

 

13-Théâtre, théâtral, théâtralité : au fil des textes et des analogies, Louis Marin glisse d'un terme vers l'autre et les confond dans une même notion générale qu'il propose de nommer « le théâtrique » (15). C'est alors moins de pratique théâtrale au sens courant du terme que de cérémonial de cour, d'exhibition ostentatoire du pouvoir dont il est question.

 

14 -Ni « théâtralité » ni « théâtral » ne figurent dans Pour une théorie baroque de l'action politique. Y figurent en revanche, et de façon réitérée, les termes « ostentatoire » et « ostentation » que la critique littéraire et artistique associe fréquemment aux formes d'expression baroques et dont le paon est, depuis Jean Rousset, la figure hautement symbolique (16). Dans la théorie marinienne du pouvoir comme représentation, l'ostentation est la posture privilégiée du prince qui exhibe :

« […] des signes de la force […] suffisamment expressifs et explicites pour qu'étant vus la force qu'ils signifient (représentent) soit crue » (p. 20).

 

15-Tel est, selon Louis Marin, l'idéal de puissance dont rêvera, à l'époque « classique », le monarque absolu. Pour l'heure – et on retrouve ici cette conception d'un moment « baroque » évoluant vers son accomplissement « classique » – cette intervention de pure représentation n'est qu'une des deux faces de l'action politique du prince. L'autre, que Louis Marin présente comme la forme d'intervention propre à l'acteur politique baroque, c'est le coup d'État : « L'essence « baroque » de l'acte politique est le coup d'État du prince », (p. 19).

 

16 -Cette intervention brutale du prince sur la scène politique se déroule, elle aussi, sous le signe de la théâtralisation du geste, mais ici l'ostentation ne doit plus rien aux mises en scène des cérémonies curiales au cours desquelles un roi de représentation exhibe les fastes de sa puissance. L'éclat ostentatoire qui accompagne le coup d'État vise à sidérer le regard et non à le séduire. L'image symbolique qui s'impose ici, ce n'est pas l'aimable figure du paon mais le terrifiant visage de Méduse. Le qualificatif « baroque » cesse alors d'évoquer l'envol gracieux des anges ou les afféteries du ballet de cour pour nous renvoyer à l'« incroyable violence » d'un temps que Louis Marin nous dit précisément avoir « essayé de pointer avec le terme « baroque » pourtant très galvaudé », (p. 66).

 

17- Cette violence exhibée dans l'action ne doit cependant son efficacité que d'avoir été préparée dans l'ombre du secret. Pour rendre compte de cette face obscure de l'action politique, Louis Marin emprunte un autre thème récurrent des problématiques baroques : la métamorphose. Après le Paon, Circé. Ou plutôt Protée, « ce magicien de soi-même » (17) dont Louis Marin rencontre la figure dans les Considérations politiques sur les coups d'État où elle symbolise la prudence (18), cette vertu cardinale de l'action politique au nom de laquelle Gabriel Naudé justifie toutes les formes du déguisement de soi : la dissimulation, la tromperie, l'équivoque, la duplicité…

 

18 -Dans Le Portrait du roi, Louis Marin avait présenté Louis XIV comme un monarque dont le rêve de pouvoir absolu s'épuisait dans le « désir de l'homogène »19 et l'illusion « de l'absolue sphéricité du pouvoir absolu » (20).

À l'inverse de cet être de clôture, immuable et figé dans sa représentation, l'acteur politique baroque est un Protée, un être de métamorphose et de mouvement qui se construit à travers une suite dynamique de scissions et de dédoublements. À l'image de la pratique du pouvoir qu'il est contraint de conduire sur les deux fronts opposés de la représentation et de la violence l'acteur politique baroque est un être double (21), « scindé entre le prince et son ministre » (p. 58).

 

19-Dans la lecture que Louis Marin fait des Considérations politiques sur les coups d'État, c'est ce dédoublement et la présence du ministre-conseiller au cœur même du dispositif étatique qui caractérisent le pouvoir politique de l'époque baroque. À partir de 1660, avec Louis XIV, le pouvoir absolu se rêvera « sans reste, sans extériorité » (22).

 

20- Mais, dans ce premier tiers du XVIIe siècle, c'est le regard excentré du conseiller qui révèle le prince à lui-même et le constitue en acteur politique capable d'intervenir efficacement sur le double terrain de l'action et de la représentation :

« Le conseiller fait naître l'absolu politique à la volonté et à la représentation et fournit au pouvoir d'État les conditions de son exercice effectif »(p. 57).

 

21-Pour rendre compte du fonctionnement de ce pouvoir à deux têtes, Louis Marin fait appel à la figure éminemment baroque de l'anamorphose dont il relève la présence dans le texte de Naudé lui-même (23). Pour Louis Marin lecteur de Naudé, le pouvoir politique baroque se constitue dans un glissement permanent, de type anamorphotique, entre le prince et son conseiller : selon l'angle sous lequel on les regarde, c'est tantôt le prince qui apparaît – comme porteur des valeurs politiques qui lui ont été révélées par son conseiller – tantôt le conseiller – comme pure représentation du pouvoir du prince. Ainsi se construit, à travers le dynamisme d'un dispositif d'échanges et de métamorphoses, l'unité contradictoire d'un pouvoir absolu partagé, le pouvoir politique de l'époque baroque tels que l'incarnent, dans la France du premier dix-septième siècle, Louis XIII et Richelieu (24).

 

22-Louis Marin a encore recours au principe de l'anamorphose pour caractériser la façon dont Gabriel Naudé détourne le sens que la tradition donne aux vertus de la force, de la justice et de la prudence et les fait glisser du monde idéal de l'éthique vers celui essentiellement pragmatique de la politique. Après quoi il conclut :

« Anamorphoses du prince et du ministre dans la sphère de l'absolu politique, anamorphose des vertus éthiques et des qualités politiques, telle est la manière baroque dont Naudé joue avec la relation de maîtrise et de servitude » (p. 60).

 

23-Ici, on quitte l'analyse de l'action politique pour celle des conditions de son énonciation. À la figure politique du conseiller s'est substituée celle du théoricien du politique. C'est Gabriel Naudé et sa « manière baroque » d'entrer dans le jeu par une réflexion toute théorique qui sont désormais au centre de la lecture de Louis Marin.

 

24-J'ai déjà évoqué la façon conventionnelle dont Louis Marin oppose l'« esprit baroque » au « penseur classique » et présente Gabriel Naudé comme le théoricien héroïque du politique parti à la conquête de la rationalité classique. Je n'y reviens pas.

 

25-Plus personnelle est sa manière d'analyser le fonctionnement discursif des Considérations sur les coups d'État. L'originalité de la lecture consiste à retrouver dans le dispositif d'énonciation du discours de Naudé, les caractères mêmes de la théorie que ce discours énonce et à montrer comment :

« […] le Parisien secrétaire bibliothécaire […] en simulant en quelque façon les relations du prince et du conseiller secret dans la sphère du pouvoir d'État, [définit] l'espace « baroque » où une théorie de l'action politique [trouve] ses conditions de possibilité […] » (p. 61).

 

26-Comme le prince baroque dont il dresse le portrait, le théoricien du politique est « un fort esprit » qui se tient au-dessus de la scène politique, observe l'agitation confuse des protagonistes, prépare ses « coups d'écrits » et intervient, le moment venu, tel un deus ex machina pour révéler la vérité de la politique : le coup d'État et son secret. Même posture héroïque, même façon brutale d'intervenir sur la scène politique et de révéler à travers cette intervention l'origine violente du pouvoir, même prudence dans la préparation du « coup », même maîtrise de l'art de simuler et de se dissimuler : le comportement du théoricien baroque est en tous points comparable à celui de l'acteur politique baroque dont il fait la théorie. Pour Naudé, théoricien du politique, publier les Considération sur les coups d'État relève de l'action : son « coup d'écrit » simule et dissimule le coup d'État dont il fait la théorie (25).

 

27-C'est dans cette suite de glissements et de métamorphoses entre le prince et son conseiller, le conseiller et Gabriel Naudé, Naudé et son maître le cardinal Bagni d'une part, l'action et le discours, l'énoncé et l'énonciation de l'autre, que Louis Marin croit reconnaître « les vertiges et les fascinations de l'art baroque » (p. 25).

 

28 - On voit ici poindre le reproche : comme tous ceux qui se réfèrent sans plus d'examen critique à la notion incertaine de « baroque », Louis Marin cède aux facilités de la pensée analogique et aux tentations d'une certaine virtuosité rhétorique qui s'encombre peu de rigueur scientifique. Ici, le logos créateur de l'écrivain-philosophe soucieux avant tout de créer ce que Roland Barthes appelle une « cohérence de signes » – à quoi se réduit, selon lui, toute vérité critique (26) – semble l'emporter sur la vigilance de l'historien.

 

29-Dans un petit livre interrompu par la mort et qui fait figure de testament méthodologique, De l'entretien, Louis Marin s'est expliqué sur sa méthode d'analyse et de construction du sens. Ce qu'il dit de son approche de la peinture éclaire, me semble-t-il, sa lecture les Considérations.

« Je n'ai pas de système d'analyse dont je serais l'architecte, le mécanicien, et l'instance de contrôle. Je dirais plutôt l'inverse : écrivain écrivant, poussant par hasard et nécessité sa plume sur la page comme besogneux vilain son araire dans son champ, je suis saisi par ce processus à mon corps défendant et entraîné par lui – hasard et nécessité – à écrire. Processus de prolifération ou d'infinitisation du sens qui se configure dans l'écriture en « structure » abyssale […] » (27).

 

30 - À la croisée des chemins entre histoire et philosophie (28), Louis Marin, comme tout producteur de discours, – et l'historiographe est de ceux-là – » invente » son objet dans une quête du sens qui relève de la dynamique de l'écriture au moins autant que du savoir historique. Doit-on lui en faire le reproche ?

 

Notes

1  Louis Marin, « Pour une théorie baroque de l'action politique, Lecture des Considérations politiques sur les coups d'État de Gabriel Naudé », in Considérations politiques sur les coups d'État, Paris, éd. de Paris, 1988.

2  Jean-Pierre Cavaillé, Dis/simulations, religion, morale et politique au xviie siècle, Paris, Champion, 2000 ; Hélène Merlin, L'Absolutisme dans les lettres et la théorie des deux corps. Passions et politique, Paris, Honoré Champion, 2000 ; Gérald Sfez, Les Doctrines de la raison d'État, Paris, Armand Colin, 2000.

3  Louis Marin fait erreur : la publication de ce texte date de 1988.

4  Louis Marin, « L'homme baroque », texte inédit. Les actes du colloque sur « L'homme baroque » qui s'est tenu à Prague en 1991 n'ont pas, à ce jour, été publiés. Louis Marin, malade, avait dû renoncer à s'y rendre. Il avait envoyé une communication écrite intitulée « L'homme baroque » dont j'extrais ici quelques lignes. Ce texte devrait faire l'objet d'une prochaine publication dans un volume qui rassemblera les écrits politiques de Louis Marin.

5  Après avoir évoqué « L'hypothèse de recherche qui, depuis deux ou trois ans, déplace le modèle que j'avais essayé de mettre au point dans mon livre Le Portrait du roi », Louis Marin précise : « Le déplacement du modèle consiste en ceci : mettre au centre de la problématique baroque du politique, la question de la mise en œuvre du gouvernement. », Ibid.

6  Louis Marin, « Théâtralité et pouvoir. Magie, machine, machination : Médée de Corneille », in Christian Lazzeri et Dominique Reynié (éd.), Le Pouvoir de la raison d'État, Paris, PUF, 1992 ; Des pouvoirs de l'image, gloses, Paris, Seuil, 1993 ; Philippe de Champaigne ou la présence cachée, Paris, Hazan, 1995. Ce dernier ouvrage, publié à titre posthume, est particulièrement intéressant pour notre propos, dans la mesure où Louis Marin recourt à la notion de baroque pour caractériser à la fois le pouvoir politique sous Louis XIII et une certaine façon de peindre ou de sculpter.

7  Pour éviter d'alourdir les notes, je citerai entre parenthèses, dans le corps du texte, les pages qui renvoient à « Pour une théorie baroque de l'action politique », op. cit.

8  « Pour nous, en effet, le critère ou le concept opératoire du Baroque est le Pli dans toute sa compréhension et son extension : pli selon pli », Gilles Deleuze, Le Pli. Leibniz et le Baroque, Paris, Les Éditions de Minuit, 1998, p. 47. Dans les années 1980, on assiste à un regain d'intérêt pour la notion de baroque durement malmenée par les critiques et les reniements des années 1960-1970. Dans le chapitre introductif à son essai, Louis Marin rend hommage « au grand volume collectif » : L'État baroque. 1610-1652, textes réunis sous la direction d'Henri Méchoulan, Paris, Vrin, 1985. Signalons plus particulièrement la réflexion philosophique de Christine Buci-Gluksmann, parue deux ans avant l'essai de Louis Marin : Christine Buci-Gluksmann, De la Folie du voir. De l'esthétique baroque, Paris, Éditions Galilée, 1986.

9  C'est ainsi que Naudé signe son ouvrage : « Gabriel Naudé, Parisien ».

10  Gabriel Naudé, Considérations politiques sur les coups d'État, op. cit., p. 81.

11  « Cette notion de « caprice » est essentielle pour pénétrer la nature « baroque » du politique comme mélange des divers genres dramatiques, de la tragédie à la farce […] » ; Louis Marin, « Pour une théorie baroque de l'action politique », op. cit., p. 47, note 6.

12  Louis Marin, « Théâtralité et pouvoir… », op. cit., p. 236-237.

13  Louis Marin, Des Pouvoirs de l'image, gloses, Paris, Seuil, 1993, p. 143.

14  Louis Marin, « L'acteur politique baroque », op. cit.

15  « Si le théâtre (sans doute faudrait-il dire le théâtral, voire le théâtrique) a une telle valeur paradigmatique pour le politique… », in « Théâtralité et pouvoir », op. cit., p. 234.

16  Jean Rousset, La Littérature de l'âge baroque en France. Circé et le paon, Paris, José Corti, 1954.

17  Jean Rousset, La Littérature de l'âge baroque…, op. cit., p. 22.

18  « Cette prudence politique est semblable au Protée, duquel il nous est impossible d'avoir aucune connaissance certaine, qu'après être descendus in secreta senis, dans les secrets de ce vieillard, et avoir contemplé d'un œil fixe et assuré, tous ses divers mouvements, figures et métamorphoses », Gabriel Naudé, op. cit., p. 75.

19  Louis Marin, Le Portrait du roi, op. cit., p. 247.

20  Ibid., p. 87.

21  Sur l'importance de la thématique baroque des « êtres doubles ou dédoublés, ces personnages qui se muent en leur reflet ou engendrent leur contraire », voir Jean Rousset, La Littérature de l'âge baroque, op. cit., p. 24-26.

22  Louis Marin, Le Portrait du roi, op. cit., p. 87.

23  « Il faudrait ici insister sur l'importance conceptuelle du principe d'« anamorphose » dans la théorie « baroque » de la représentation, du pouvoir et de l'action politique. Au chapitre III (p. 107) des Considérations, Naudé, […] évoque « ces médailles de l'invention des Hérétiques qui portent la face d'un pape et d'un diable sous mêmes contours et linéaments ou bien comme ces tableaux qui représentent la mort et la vie suivant qu'on les regarde d'un côté ou d'un autre » ». « Pour une théorie baroque de l'action politique », op. cit., note 33, p. 63. Sur « l'œil baroque comme regard anamorphique », voir Christine Buci-Gluksmann, op. cit., p. 41.

24  Dans son commentaire des portraits de Louis XIII et de Richelieu peints par Philippe de Champaigne en 1639 pour le grand cabinet de l'hôtel particulier de Louis Phélypeaulx de la Vrillière, Louis Marin reprend cette analyse du double pouvoir et renvoie à son essai sur Naudé. « Le dyptique de l'hôtel de La Vrillière donne à voir la dualité « baroque » du pouvoir d'État, le prince et son « conseiller » en miroir jusqu'au point où on ne saura plus qui détient réellement le pouvoir », Louis Marin, Philippe de Champaigne, op. cit., p 149.

25  Louis Marin, « Pour une théorie baroque », op. cit., p 44-45.

26  Roland Barthes, Critique et vérité, Paris, Seuil, 1966, p. 64.

27  Louis Marin, De l'entretien, Paris, Les Éditions de Minuit, 1997, p. 50-51.

28  « Louis Marin, philosophe et historien de la pensée théologique et politique du xviie siècle », peut-on lire en quatrième page de couverture des Considérations.

 

Guy Catusse, « Le baroque, pour quoi faire ? », Les Cahiers du Centre de Recherches Historiques [En ligne], 28-29 | 2002, mis en ligne le 22 novembre 2008, consulté le 05 septembre 2012. URL : http://ccrh.revues.org/1092 ; DOI : 10.4000/ccrh.1092

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Published by éditions la brochure - dans occitanie
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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 18:58

nougaro.jpg

 

Pour cause de quelques soucis j’ai l’impression que l’été 2012 est déjà passé depuis quelques semaines. Alors je suis allé voir loin dans le temps, voici 35 ans, quand mon été se termina devant une scène où il y avait un samedi à 16 h Luis Llach, à 16 h 30 Mercedes Sosa, à 17 h les Quilapayun et à 17 h 30 Claude Nougaro. Pour moi, je ne connais de plus belle programmation. D’autant qu’à 18 h j’écoutais Jacques Arnault discutant avec Yves Berger. Les initiés auront reconnu un programme seulement possible dans le cadre d’une fête de l’Huma. Quel est le refrain de l’été 2012 ? La chanson s’est envolée mais je dois me tromper. En guise de nostalgie cet entretien avec l’immense Claude Nougaro photographié par Christian Vioujard. JPD

 

L’Humanité Dimanche 9 février 1977

Dans la chanson que vous faites, Claude Nougaro, vous utilisez le mot comme un son, vous soignez le texte. Mais la musique aussi est privilégiée, et puis vous ne craignez pas de danser quand l'envie vous en prend. Expliquez-nous tout ça.

J'ai découvert la magie verbale avec Victor Hugo, Beaudelaire, Rimbaud, qui projetaient sur l'écran du papier le film de leur âme, dont le mot était l'acteur, le danseur prodigieux. Grâce à eux, j'ai compris que les mots faisaient l'amour entre eux pour engendrer l'action, des images étonnantes de vigueur et de précision. Je croyais véritablement à mes débuts avoir une vocation, sinon d'écrivain, de poète. J'avais, d'une façon charnelle, partie liée avec ma langue. Comme au XIXe siècle qui m'a donc longtemps hanté, je suis venu à Paris pour rencontrer des poètes. Paris était pour moi le phare, où je pourrais rencontrer mes « frères de race ». Mais Paris n'a pas été le tableau succulent que je m'en étais tracé. Il a fallu gagner sa vie.

 

Voilà pour les mots. Et la musique ?

Mon père était un grand chanteur d'opéra. J'ai vécu dans toute cette mythologie du théâtre lyrique, italien et français, aux passions gigantesques qui se rencontrent pour se fracasser. Tout cela m'a totalement investi. Plus tard, il y a eu le jazz. Le jazz, c'était le rythme, pour moi. Peut-être existait-il aussi en moi, je ne sais quel écho de mes origines biologiques : vous savez que le sud de la France a longtemps été occupé par les Sarrazins, il se peut qu'il y ait dans mon arbre généalogique quelques branches crépues ayant donné naissance à cet appel du rythme... Quand j'étais enfant, je voulais être danseur. La musique qui s'exprimait par le corps avait donc une énorme importance. Et puis je suis arrivé à Paris, j'adorais Edith Piaf, Montand. S'est produite ensuite l'éclosion Brassens Brel, Béart, Gainsbourg. La chanson me plaisait parce que c'était un art populaire. J'ai trouvé qu'elle rassemblait mes dispositions et mes goûts pour l'écriture et la musique. Alors j'ai commencé à faire mes premières gammes en écrivant des chansons pour les autres. Un jour, j'ai décidé de chanter mon propre monde, ma propre « subjectivité ». Et j'ai pu faire gambader toutes mes pulsions.

 

Après votre « venue au monde » de la chanson, qui ne passe pas inaperçue, c'était l'époque de Don Juan, d'Une petite fille en pleurs; vous avez traversé un certain désert. Vous vous êtes considéré alors en ségrégation ?

Il est vrai que Don Juan ou La petite fille ont eu un retentissement public, c'était des chansons nouvelles, un peu néo-réalistes, et chacun pouvait éventuellement se reconnaître dans l'histoire de cet homme malheureux en amour qui court dans la nuit de Paris après la femme qu'il aime. J'aurais pu continuer à employer les mêmes thèmes. Mais je voyais vite poindre la recette. J'ai donc cherché plus loin, j'ai voulu davantage. En 1965 est survenue la mort d'Audiberti, qui fut pour moi bouleversante, et m'a fait reconsidérer la chanson avec plus d'exigence. Je me suis dit : le poète que tu voulais être, sois-le à travers la chanson, va davantage plus profond dans ton terroir. Et là j'ai écrit des choses qui m'ont valu un abandon de la part du public, et surtout des media, de ceux qui font la loi dans ce métier, ceux qui programment, etc. Je me suis senti seul, avec un petit public fidèle, une sorte de chapelle. J'ai tenu parce que de toute façon, pour moi, c'était ça ou rien. Et j'avais la chance d'avoir des musiciens qui me suivent contre vents et marées, grâce à l'estime réciproque que nous nous portons. Enfin, depuis trois ou quatre ans, la situation s'est éclaircie, tout un jeune public est venu à ma rencontre. Je n'ai plus l'angoisse de voir, avant le spectacle, par l'entrebâillement d'un rideau, une salle à moitié vide, ou à moitié pleine... Aujourd'hui, ça va. Ça va.

 

Cette adhésion du public éclaircit les rapports que l'artiste est obligé souvent d’entretenir avec le show business ?

Quand j'ai obéi à certaines exigences personnelles de création, on n'a plus voulu me considérer capable pendant un temps de toucher une large audience. On m'a marginalisé. Au départ, je m'étais promené dans les couloirs de ce milieu du spectacle, ébloui comme un enfant, après des années de grisaille et de solitude. J'en ai été vite las, j'en ai vite perçu la pauvreté profonde. On n'y parlait pas d'art, d'expression, de beauté, de passion, mais de chiffres, de chiffres. Et puis toujours l'obligation de pointer à l'usine du succès. Comme je ne suis pas un vendeur de bibelots, « d'inanités sonores » comme disait Mallarmé, je me suis écarté royalement de ce milieu mercantile. On s'étonne que je ne passe pas plus souvent à la télévision : c'est parce que la télévision est complètement liée au show business. Ce qu'on y appelle les « variétés » ne m'intéressent pas. La création française, française dite sans cocarderie, n'y est pas aidée. On nous inonde de feuilletons.

 

Quelques personnes «arrivées» me déclaraient récemment ne pas croire au «génie méconnu». L'affirmation, confortable, est agaçante et inexacte. Et vous, qu'en pensez-vous ?

Je pense qu'il y a toujours eu des génies méconnus. II y a certainement des types qui ont un talent et n'ont pas la « chance », ou n'obtiennent pas l'accumulation de ces détails qui construisent précisément une réussite, si tant est que cela existe, puisque c'est toujours remis en question. S'il y a des talents méconnus (et inconnus), c'est la faute de la société actuelle. Comme ce fut la faute de toutes les sociétés de rejeter certains visages de l'expression qui les incommodaient et dérangeaient sa paresse, son confort.

 

Revenons à vous, et pour conclure: certains thèmes de vos chansons semblent esquisser un Nougaro plutôt mystique. L'êtes-vous ?

Oui. Je ne suis pas à proprement parler religieux, mais plutôt agnostique. Et quelque part je sens, je pressens une autre réalité que celle de l'homme, mais dans laquelle l'homme baigne, de toutes parts.

 

 

Toujours en quête d’absolu, ClaudeNougaro a choisi de renforcer son expression en présentant à l'Olympia (22 février - 20 mars) un spectacle en partie audio-visuel : des toiles du jeune peintre Daniel Estrade seront projetées en diapositives en contrepoint d'un poème chanté « Victor », tiré d'un conte d'Alphonse Daudet, « L'Homme à la cervelle d'or ». En première partie, deux chanteurs brésiliens travestis, « Le Etoiles ».

Propos recueillis par Candida Foti

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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 13:06

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Pour la première je découvre devant la maison de mes parents à Cayrac, Tarn-et-Garonne, un champ de chanvre. La photo n’est pas spectaculaire comme pour un chant de tournesol : le chanvre ce sont de grandes herbes et c’est tout, un peu comme la canne à sucre.

Ma surprise tient au fait qu’au vingtième siècle le chanvre apparaissait dans ma région comme une plant du six-,neuvième siècle or au vingt-unième siècle le voilà de retour comme produit symbole de la modernité.

Preuve que le paysan ne plante que ce qu’il est susceptible de vendre, une évidence qui ne frappe pas toujours les esprits. Si comme en URSS la politique commandait l’économie, on aurait pu de tout temps demander aux paysans de cultiver du chanvre et peu importe la vente. Mais l’économie a ses lois propres dont les paysans sont depuis des décennies les premières victimes. Quand le but basique du paysan était l’autoconsommation avec vente des surplus, le paysage était tout différent. Depuis que la production est le piètre élément d’une industrie de la transformation, l’industriel dicte sa loi avec en plus à présent, la grande distribution qui dicte sa loi à l’industriel qui la dicte au paysan. Il n’est pas rare de croiser des gens grands consommateurs de poulets en batterie qui s’insurgent contre les paysans qui élèvent dans des conditions inhumaines les pauvres volailles.

Bref, des usages industriels du chanvre font que le produit devient rentable et la terre qui donnait hier du chanvre peut en donner aujourd’hui aussi. Hier le chanvre était un produit merveilleux car il servait de mille façons : si tout est bon dans le cochon, tout était bon dans le chanvre. Et tant de vertus viennent d’être récompensées par la modernité qui a découvert ce que les paysans d’hier avaient découverts mais une découverte d’un industriel est bien plus sérieuse que celle des paysans.

Bon chanvre et à la prochaine. Jean-Paul Damaggio

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 17:07

C’est ainsi, on cherche une chose et on tombe sur une autre. Voilà comment je retrouve un texte de novembre 1987 qui m’a servi de base pour une intervention à une Assemblée de l’I.E.O. à Nîmes. J’ai en effet été membre de l’Institut d’Estudis Occitans pendant au moins quinze ans et il m’est arrivé d’en être, au Conseil d’administration, le responsable du secteur informatique, mais seulement trois ans. D’où l’idée de présenter en Assemblée générale un texte non pas technique, mais politique, sur la question des liens à inventer entre l’informatique et l’occitanie, technologie qui en ces années là commençait à occuper les esprits.

Je n’étais destiné ni à être membre de l’I.E.O. ni à être un pionnier en informatique. Etrangement c’est mon métier d’instituteur qui m’a poussé dans ces deux directions par l’ami Serbat d’abord, premier conseiller pédagogique d’occitan en France (à ses frais pour les milliers de km parcourus), et par l’ami Brand, parent d’élève qui dès 1984 me mit face à un autre instit, Monsieur Pizzuto qui m’a converti à l’usage de l’ordinateur. Ainsi, du TO7, je suis entré dans le monde d’Amstrad, un ordinateur qui faisait traitement de texte et qui m’a permis de publier à moindre frais et peu d’exemplaires, mes premiers écrits.

 

Comment en arriver à un texte aussi fou qu’Occitique et Informanie ? J’avoue que je ne sais trop ! En 1987 nous avions d’un côté les fanas d’ordinateurs qui parlaient entre eux un langage d’experts, et de l’autre des fanas d’occitanie qui parlaient entre eux un langage d’experts. D’accord, il ne s’agissait pas de la même expertise ! J’ai voulu montrer qu’il n’y avait rien de plus occitaniste qu’un CERTAIN usage du micro-ordinateur même si pour faire les accents occitans ce n’était pas de la tarte.

 

A relire ce texte, j’ai un regret et une satisfaction. Un regret car ce brin de folie je ne l’ai pas assez cultivé (même si en 2012 je me suis retrouvé candidat atypique à une législative). Une satisfaction car c’était la voie à suivre même si elle ne pouvait pas être suivie.

 

Que projeter dans le monde futur, de cette langue du peuple, de cette culture qui va avec, de cette humanité en perdition, je veux dire la paysannerie encore occitanophone ? L’histoire l’a montré : hier la langue d’oc pouvait servir Vichy ; aujourd’hui elle peut servir le pouvoir des Conseils régionaux (ou autre collectivité politique) en apportant une touche locale à la machine à conformisme que représente leurs dépliants publicitaires (qu’ils appellent journaux d’information) !

Je rêvais de cette autre dimension que l’histoire confirme tout autant (mais beaucoup moins les historiens officiels) où la langue d’oc était la porte d’entrée dans l’univers concret de la révolte. Et cette langue, cette disposition d’esprit qui va avec, pouvait dire au monde, avec l’aide de technologies conçues contre l’ordre majoritaire, que la vie était demain encore à la parole désaxée.

 

Il n’y aura de sortie des impasses actuelles que si se tissent des alliances imprévues, imprévisibles et imprévoyantes. Alliances qui n’ont rien à espérer du côté des religieux, des normalisés et des esprits rangés. Même si, de temps en temps, une messe en occitan ne fait de mal à personne.

 

Aujourd’hui je ne sais si facebook fait des ravages chez les occitanistes mais je sais par contre que l’idéologie qui est derrière, n’a rien à voir avec celle des inventeurs de la micro-informatique. Là comme partout, les marchands tiennent le haut du pavé, et les noms en occitan sont bons pour le marché. Mais l’histoire ne s’arrête pas. Le temps des producteurs reviendra, le seul capable d’envoyer au tapis des marchands sans scrupules. En quelle langue produire demain ? En spanglish ? Parmi les forces de frappe de l’occitan il y avait cette capacité à être au carrefour de l’italien et de l’espagnol, ce dernier étant au carrefour de l’arabe et du latin. Si hier il y a eu des révolutions, demain nous aurons des carrefours, à la sortie de l’autoroute de l’inévitable, sur laquelle nous roulons à perdre haleine.

Jean-Paul Damaggio

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 17:05

Intervention à l’AG de l’IEO 1987 à Nîmes

 

J'en conviens, il n'est pas habituel dans une A.G. de l'IEO d'avoir entre les mains un texte qui commence par une photo de la Une du célèbre magazine américain TIME (1). Et pourtant !

En ce mois d'Octobre 1974, c'est, Jerry Brown qui fait la une du TIME. Qui est-il ? Le gouverneur de Californie. Son prédécesseur s'appelait Ronald Reagan et il s'était rendu célèbre en emprisonnant Angela Davis. Jerry Brown est lui, l'image de la nouvelle Californie, celle qui va inventer le micro-ordinateur. Il n'est pas élu par hasard en cette année 1974. Au même moment en France, la vague occitane est à son maximum et en Espagne Franco attend la mort tandis qu'au Portugal, des militaires bousculent bien des principes. Voilà d'étranges repères pour une étrange aventure (repères de brigands ?).

En Californie, un dynamisme incompréhensible pour les Européens va produire en 1975 le premier micro-ordinateur L'ALTAIR. Douze ans seulement, et déjà une légende ! Cette invention doit attirer l'attention d'un occitaniste, et nous essaierons de voir pourquoi dans la deuxième partie. Essayons simplement de suivie la chronologie.

 

Chronologie de l’invention du micro-ordinateur

Avant les années 1970, la technologie informatique, c'est le centralisme (ne parle-t-on pas d'unité centrale !). Ce centralisme provient sans doute de l'origine militaire de cette technologie. Et le roi IBM s'y sent bien. Des "radicaux" n'admettent pas cette situation. Ils se battent contre la guerre au Vietnam, ils vivent dans le milieu de Berkeley, ils se retrouvent avec des écologistes, des amateurs de musique rock ou électronique, ils mangent des plats végétariens (avec parfois quelques champignons hallucinogènes), et ils veulent mettre la technique au service du peuple. Démocratiser l'accès à l'information, donc lutter contre le secret envahissant. Voilà le point de départ. Ils travaillaient avec des vieux IBM pour lutter contre IBM. Non seulement ils voulaient mettre la technique au service du peuple mais créer une technique alternative pour que le peuple se serve de la technique informatique. Leur radicalisme apparaît dans les noms de groupe qu'ils se donnent Kentucky Fried Computer (en référence à Kentucky Fried Chicken) ou Itty-Bitty Machine Compagny (IBM). Un autre groupe prend un emblème qui rappelle celui de la compagnie de disques des Beatles, la pomme (Apple). Bref, dans un garage, dit la légende, ils inventent le micro-ordinateur.

Et comme tout se tient, à la tête de l'Etat de Californie se trouve un jeune du Parti Démocrate qui soutient ces farfelus. En quelques années c'est la fortune. En retour, les nouveaux héros, décident de financer deux gigantesques festivals rock en 1982 et 1983. De son côté IBM, se rallie, après bien des sarcasmes, au micro-ordinateur en 1981, en sortant sa propre machine.

Une nouvelle période s'ouvre. D'un côté la question de la technique micro-informatique va devenir le terrain d'une bataille économique sans merci (fini, les farfelus, et au rencart les festivals rock), et de l'autre un nouveau champ d'invention s'ouvre du côté de l'intelligence artificielle. Ce bref descriptif ne peut se lire comme un éloge de la société américaine. La Silicon Valley n'est pas un paradis pour farfelus utopistes. Des hommes y deviennent des loques. Simplement, dans notre pays on croit trop que ce qui s'invente, vient des grands groupes industriels, qui sont les plus forts, qui ont le plus d'appuis et le plus de moyens. Au sein du capitalisme, il y a distribution des tâches, et pour les travaux à haut- risques, les gros se déchargent sur les petits pour leur laisser les échecs et valider leurs bénéfices (des gros) et les réussites.

La question culturelle

Des "cultures minoritaires" comme celle des "radicaux" peuvent de par leurs positions, provoquer des ruptures considérables. Mais pour cela, une des tâches à accomplir est la destruction de barrières. Chaque pays a ses barrières internes. Le principe du ghetto urbain est tout à fait américain. Harlem est séparé du reste de New York presque autant que Berlin Est de Berlin Ouest (quelle comparaison !). Little Italy est un monde spécifique. Jusqu'à présent dans nos villes les populations s'étaient fondues. Les 50.000 italiens de Marseille (sur 350.000 habitants) vers la fin du XIX éme siècle ne formèrent pas leur ghetto permanent (ils subirent cependant le racisme). Par contre la France est connue pour d'autres cloisonnements entre scientifiques et littéraires par exemple. Mais aussi au sein même des scientifiques entre matheux et physiciens. Développer l'informatique a supposé la collaboration étroite entre physiciens et mathématiciens, donc la fin de barrières internes aux scientifiques mais aussi la remise en cause des barrières littéraires-informatiques.

 

La question politique

Il ne faut pas négliger la question politique. Vraisemblablement, sans l'aide de Jerry Brown, la micro-informatique aurait tout de même réussi sa percée, pourtant il ne faut pas voir le développement technique comme une logique parfaite. Il y a toujours dans tous les domaines de la vie humaine des CHOIX possibles. Aujourd'hui, beaucoup d'hommes politiques français l'oublient et répètent sans cesse que compte-tenu du contexte, ils ne peuvent faire que ce qu'ils font. Donc, saisissons bien cet ensemble, économique, culturel et politique quand nous en voyons les conséquences en 1987.

 

LA MUSIQUE

« Le siècle d'or des automates fut sans conteste le XVIII éme siècle où, entre autres artisans renommés, Jacques de Vaucanson (1709-1782) en France, et les frères Jacquet-Droz Pierre (1721-1790) et Henri-Louis (1752-1791) en Suisse, réalisèrent des prodiges. Le joueur de flûte de Vaucanson jouait grâce à un dispositif pneumatique et mécanique, douze morceaux différents.... De tels automates (boîtes à musique et orgues de barbarie) sont des ancêtres de l'informatique. Il n'y a donc pas à s'étonner si les musiciens utilisèrent les premiers l'ordinateur pour créer leur musique. Bien entendu, une belle boîte à musique est une machine avant d'être une musique mais nous allons retrouver sur un autre terrain le rapport musique/informatique. Seymour Papert nous en donne l'occasion. Cet américain, vécut longtemps en Europe avant de revenir dans son pays pour y travailler dans le milieu informatique à la mise au point du langage Logo (2). Ce langage, dans sa logique est complètement différent du langage Basic par exemple (le premier est dialectique et l’autre linéaire). Puis Seymour Papert partit un jour pour Rio, au Brésil où il fit une découverte nouvelle qu'il exprime ainsi quand aux méthodes d’apprentissage :

"L'école de Samba, même si elle n'est pas reportable telle quelle, présente un ensemble de caractéristiques que tout environnement d'apprentissage devrait et pourrait avoir. Apprendre n'y est pas dissocié du réel. L'école de Samba a un but et, si l'on apprend, c'est pour participer à ce but [le carnaval]. Le novice n'y est pas tenu à l'écart du spécialiste, et le spécialiste lui aussi apprend. Le milieu Logo rappelle l'école de Samba sur certains points, il en diffère sur d'autres.) »

Ce rapprochement entre une pratique traditionnelle, l'Ecole de Samba, et un langage informatique est étonnante. Il vise à montrer :

- que le savoir n'est pas que du côté de celui qui croit savoir, du côté du spécialiste,

- que le savoir doit pour être efficace s'associer à un projet

- que les conditions de l'apprentissage sont plus déterminantes que les moyens de l'apprentissage, ordinateur ou autre.

 

L'OCCITANIE

Il faudrait se demander pourquoi ce slogan "Occitanie, Brésil, même Samba" (3), et à partir de là remonter la filière ou remonter la musique. La rencontre Occitanie-Brésil est d'abord une rencontre culturelle, dans le sens où l'échange peut être productif.

Au cœur de cet échange la question du peuple. De l'école de Samba, à Jorge Amado, la question de la culture brésilienne telle qu'elle se pose aujourd'hui est celle de la vigueur d'une culture du peuple (je ne dis pas culture populaire car je crains cette dénomination). La culture occitane se caractérise par un gouffre entre les pratiques populaires et les avancées des "intellectuels". Dans Occitanie-Brésil même Samba j'entends que l'Occitanie ne doit plus aborder seule la question des rapports de son peuple à sa culture, mais doit se servir d'une interface, dirait-on en informatique, d'un intermédiaire, si on admet que les deux ont beaucoup à se donner. Par les contradictions profondes qui l'habitent, le mouvement culturel occitan est capable de se connecter avec la vigueur brésilienne.

Par sa position de culture minoritaire, ce mouvement culturel peut s'éviter les pièges que nous tendent les technolocrates.

Parce qu'il est obligé d'avoir un souci spécifique des questions du peuple, le mouvement occitan est le mieux placé pour inventer la culture post-informatique, c'est à dire celle où tout le monde se mettra ensemble, jeunes et vieux, spécialistes et ignorants, savants et primitifs, pour danser la danse du scalp (le scalp pouvant être en l’occurrence les instruments de soumission des hommes). Ce que les "radicaux" américains nous ont montré c'est que le développement de l'informatique n'est pas en lui-même tout tracé. Suivant les objectifs "culturels" que l'on se donne, suivant les pratiques que l'on stimule, des orientations complètement différentes peuvent se produire.

Bien, entendu dans le cadre nord-américain, la récupération est toujours au tournant. Mais il n'y a rien de fatal à cela. Si en conséquence, on mesure bien :

1 - que les évolutions nous portent vers un développement inévitable de l'informatique

2 - que ces évolutions sont extrêmement rapides

3 –il n'y a pas fatalement une logique de l'informatique destructrice des cultures minoritaires, comme la culture française par exemple

4 – que les comportements culturels prennent une importance déterminante par rapport au type de développement social,

Alors il nous faut mesurer notre rôle en cette affaire.

1 - Toute stratégie de l'autruche est au bénéfice de ceux qui, au nom de leur rationalité propre, pensent qu'au 21éme siècle les robots seront aussi des hommes

2 - Toute stratégie de la compromission (puisque l'informatique existe, il faut bien que je m'en serve) est au bénéfice de ceux qui ne pensent rien.

3 - Une chance pour nous consiste à nous saisir de manière offensive du développement informatique pour démontrer que nous sommes au carrefour de la rencontre nécessaire développement technologique / rencontre avec le peuple / approche culturelle novatrice.

Ils sont, je ne sais combien, ceux qui s'enferment dans l'informatique en gardant dans la tête des schémas culturels inadéquats à ce qu'ils font. Les élitistes sont les plus prisonniers de leur culture. Ils essaient de se parler "branché' entre eux pour faire bon genre.

Ils se mettent en club, s'auto-félicitent, se congratulent, et se passent de bons tuyaux. Ils se scandalisent quand on leur parle de piratage et si vous leur dîtes qu'un des progrès décisifs dans leur domaine est venu de gens qui cassèrent les lois établies, ils se feront forts de les récupérer par une pirouette : le temps des pionniers est fini.

A nous d'être assez fort pour sortir de leur monde "sécuritaire" ces spécimens de l'ère pré-informatique. Ouvrons les portes. Réintroduisons la vie dans la naphtaline.

Avec la Samba c'est la vie qui est réintroduite dans la musique. Avec le langage Logo c'est la vie qui est réintroduite dans le cartésianisme. Pour contourner le poids effarant de la mode technologique, il faut à la fois s'appuyer sur l'histoire de la culture occitane qui montre que tout progrès humain ne vient jamais de la technique en soi, mais en même temps, il faut dépasser le poids de notre propre culture qui tendrait à nous laisser à côté des technologies nouvelles qui sont plus que des modes.

Avec la culture occitane, c'est un étrange rapport au peuple qui existe. Etrange mais inévitable. Si les occitans se lancent dans l'usage de l'informatique soit ils continueront d'être vivant en se posant cette question du rapport au peuple, soit ils succomberont sous les "charmes discrets" du grand ordinateur.

Notons que les Bretons se sont posé déjà bien des questions concernant les rapports entre technologies nouvelles et cultures minoritaires. Je note cette opinion de Guy Lacroix dans un colloque organisé par des Bretons :

« Aujourd'hui nous nous trouvons dans une situation transitoire. Les anciens modes de construction des identités sont ébranlés, et les nouveaux seulement en voie de cristallisation. Cet état de chose pourrait offrir une occasion de renaissance des cultures minoritaires, à la condition toutefois, qu'elles échappent à quelques pièges, dont le moindre n'est pas d'être circonscrites à des fonctions compensatoires. Si elles veulent être en mesure de faire la part entre le souhaitable et le possible, les cultures dominées doivent accepter de se confronter aux sciences et aux techniques qui sont devenues une dimension incontournable du monde contemporain. L'épreuve est d'autant plus redoutable que ces dernières, si elles participent à l'idéologie de l'informatisation, ne se confondent pas avec. En leur sein s'élabore, y compris par l'informatique, des notions qualitatives favorisant une meilleure compréhension des procédés de mise en forme des identités sociales. La rencontre entre une véritable culture scientifique et technique, et les points de vue des cultures minoritaires, pourrait contribuer à l'élaboration des alternatives aux sociétés hiérarchiques, élitaires, centralisées et culturellement dominatrices, en donnant ainsi une chance aux sociétés multiculturelles.»

Il existe d'un côté, de manière ordonnée, un processus de standardisation culturelle (varié suivant les pays), en vue d'un nouveau type de domination des puissants sur les autres.

Dans le bousculement des référentiels que provoque cette entreprise, qui même si elle est ordonnée ne peut se contrôler complètement, il existe aussi de manière désordonnée des initiatives "novatrices". Si nous ne faisons pas effort pour leur donner sens, direction, notre désordre servira au contraire d'alibi à l'ordre qui est en face. Prenons garde de ne pas alimenter les gens en illusions, si utiles pour masquer la réelle évolution sociale, jusqu'au jour où il sera trop tard. Tout faire et à n'importe quelle condition pour maintenir la langue occitane peut n'aboutir qu'au maintien d'une langue désincarnée (voir le livre de Robert Escarpit Le ministricule où il montre ce que devient son village de vacances des Landes).

Il est temps de conclure.

J'ai fait le pari que par sa flexibilité, l'informatique (et à travers elle d'autres technologies nouvelles) pouvait être un moyen de démultiplier les possibilités créatrices des hommes, qu'en conséquence, un appel nouveau était fait à tous les ballonnés de la terre pour lancer sur des rails modernes notre monde.

La musique, puisque j'ai pris cet exemple en passant, peut devenir, non pas la consommation musicale, mais l'expression artistique vivante. Pour ce faire, sur notre sol, il faut porter sur les ondes du présent, nos sons, nos rythmes en dialogue avec les autres (avec pour y arriver l'utilisation ADÉQUATE des technologies nouvelles). Ce qui est enthousiasmant dans l'état incertain du monde présent, dans la brèche que les dominés ont ouverte pour transformer leur domination, c'est l'appel à l'action qu'il faut savoir y entendre.

Pour être capable d'entendre cet appel, sans succomber, il faut à la fois pouvoir s'enraciner profondément et se projeter dans l'utopie anti-utopiste. Un peu comme une flèche qui ira d'autant plus loin en avant que sur l'arc, elle sera tiré fort en arrière. J-P Damaggio

Brève bibliographie

Philippe Breton Histoire de l'informatique Editions La Découverte

Franck Rose L'intelligence artificielle Payot

Seymour Papert Le jaillissement de l'esprit Flammarion

Bertini-Richard. L'informatique Oui ou Non Flammarion

 

(1)   Comme pour toutes mes interventions orales j’avais distribué la version écrite et on y trouvait Jerry Brown, qui est redevenu gouverneur de Californie. Il faut savoir que la Californie est un pays en soi et plus un simple Etat des USA, le pays de Zorro.

(2)  Je ne sais ce qu’est devenu le langage logo qui faisait fureur dans quelques écoles en 1987.

(3)  Cette double référence à la musique tient au fait qu’à l’époque je travaillais beaucoup avec Claude Sicre qui fera ensuite une belle carrière musicale et qui alors me fit entrer au CA de l’IEO pour bousculer les cadres établis.

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 21:27

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Herrero c’est Daniel Herrero le rugbyman bien connu et Sylvestre c’est Jean-Marc Sylvestre, le chroniqueur attitré de l’économie néolibérale. En feuilletant l’Action Agricole du 11 mars 2010 voilà que je découvre qu’ils ont été invités par le CER qui doit être un organisme riche vu la tonne de pub qu’il offre à l’Action Agricole. En l’occurrence c’était justement une pub pour annoncer une soirée tenue le 30 mars 2010 à l’espace Bonnaïs à Caussade, Tarn et Garonne. Je n’ai pas été surpris, j’ai déjà écrit sur le sujet :

http://la-brochure.over-blog.com/article-combien-vaut-herrero-51093049.html

mais il y est question du Mexique alors il a fallu que je m’arrête sur le cas de ce révolutionnaire grand ami du journal l’Humanité. Voici donc comment il est présenté aux cadres du CER en mal de motivations, sous le titre : « Retrouvons la motivation pour gagner ensemble la sortie de la crise ! »

« L’homme est charismatique. Le cheveu rebelle, le regard lointain et le bandeau rouge sévèrement vissé autour du crâne, Daniel Herrero est à l’Ovalie ce que Zapatta (sic) est au Mexique : un révolutionnaire toujours prêt à lancer la mêlée finale. »

En effet, d’Herrero à Zapata (et Zapata avec un seul t car en espagnol les consonnes ne se redoublent pas sauf le r bien sûr) on est dans le monde hispanique des grands révolutionnaires à partir du moment où on a tué le sens du mot « révolution » !

Non camarade Herrero je ne te reproche pas de te vendre à un bon prix (il faut bien vivre), je ne te reproche pas de rentabiliser « 10 ans de rugby de haut niveau au Racing Club Toulonnais puis à Nice, 8 ans d’entraînement à Toulon (1 championnat de France et 7 podiums) et 4 ans au Paris Université Club, 10 ans d’éducation physique à l’université de Nice. »

 

Pitié, ne mêle pas Zapata à cette histoire ! Prend plutôt comme modèle d’autres grands du monde hispanique comme Pizarro. Hasta luego.

13 mai 2012 Jean-Paul Damaggio

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 14:02

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Les Phosphatières ont eu la chance d'acvoir un photographe, Eugène Trutat. Voici un des clichés du gisement à Saint-Antonin.


Dans la très belle maison du CPIE (Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement), le20 avril à Caylus, Thierry Pélissié a fait revivre de belle manière les phosphatières du Quercy. Ce géologue, responsable du site du Cloup d’Aural à Bach a extrait une petite partie de sa science pour conduire les participants à sa conférence, d’une découverte de phosphates à Caylus jusqu’aux plus magnifiques fossiles. Il a expliqué l’originalité géologique des phosphates du Quercy, leur découverte occasionnelle par Jean-André Poumarède, leur exploitation très rapide avec accidents de travail à la clef, escroquerie en tout genre puis il a montré qu’à partir de tels gisements on pouvait retrouver la vie terrestre il y a des millions d’années.

Je suis un passionné de ce type de savoir qui, partant d’un fait concret, palpable par n’importe quel citoyen, nous conduit, grâce à la science, vers les temps les plus incroyables. Thierry Pélissié fonctionne exactement comme Poumarède, le découvreur des phosphates : il allie passion pour la vie humaine et rigueur scientifique.

Franchement, même à Caylus qui sait que la ville a connu la présence de centaines de mineurs ? Des mineurs ne dépendant pas d’ailleurs du service des mines mais du service des carrières. Cette zone d’exploitation des phosphates représente une bande de terre qui va de Bach à Bruniquel, zone que les capitalistes anglais ont très vite investie des années 1870 aux années 1890, le temps que des gisements plus rentables en Afrique viennent remplacer les phosphates du Quercy. Extraction, tri, nettoyage, moulin, transport, toute une vie originale marqua ce petit coin de pays en laissant semble-t-il plus de traces du côté du Lot que du Tarn et Garonne.

 

Grâce à un autre Thierry, l’ami Thierry Déjean, j’ai présenté le découvreur des phosphates que j’ai évoqué dans un livre : Jean-André Poumarède, Réalvillois extraordinaire (1815-1869). La conférence m’a convaincu encore plus que ce Réalvillois a été extraordinaire même si le terme lui laisse un doute chez le simple citoyen. Généralement, ce qui est extraordinaire n’est pas là, devant sa porte donc comment un Réalvillois pourrait-il être extraordinaire alors qu’il est totalement inconnu ? Je me suis trouvé totalement d’accord avec Thierry Pélissié quand il a fait observer que sans cet homme, les phosphates n’auraient peut-être pas été découverts et les gisements n’auraient pas conduits aux fameuses analyses de fossiles. A six ans près, les gisements concurrentiels auraient effacé les phosphates du Quercy. Une photo d’Amélie Gallup est de ce point de vue très émouvante : elle montre qu’un des puits (Raynal à Saint-Antonin), dès 1890 environ, n’a plus du tout les instruments de l’exploitation.

Or, Poumarède ne s’est trouvé chez sa sœur que parce que Napoléon III rêvant de contrer les USA, envoya des troupes au Mexique pour y installer une dictature, situation désormais défavorable aux Français qui y travaillaient… comme Poumarède tentant d’assécher la zone de la ville de Mexico ! Il a dû revenir vers 1863, il fait sa découverte en 1865 et meurt en 1869 juste avant l’exploitation des gisements.

 

Cette conférence, dès le soleil revenu, doit nous envoyer plus nombreux vers le site de Bach pour y retrouver l’histoire concrète et quant à moi, elle m’oblige enfin à lire un écrit d’Albert Cavaillé que je me promets de mettre à la disposition des lecteurs pour apporter ma pierre à l’édifice de la connaissance des phosphatières du Quercy.

 

Enfin cette aventure, Colette Berthès a eu la belle idée d’en retracer des épisodes dans un livre à paraître dans les prochains jours, roman qu’elle évoqua en quelques mots et dont nous savons par avance qu’il devrait donner chair à tout cet univers.

La soirée à Caylus de ce 20 avril est une étape de plus dans la reconnaissance d’un phénomène local aux vastes conséquences… pour demain encore.

JP Damaggio

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 18:37

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Voici une nouvelle brochure de nos éditions. A partir d’archives inédites, Renat Pautal lève le voile sur le cas de Pierre Delbrel, un habitant de Moissac né en 1764 et qui meurt juste avant le retour de la république en 1846. Une brochure dense de 30 pages au prix de 4 euros qui donne envie d’en savoir plus sur les autres conventionnels qui ayant traversé la terrible année 1794 ont pu survivre ensuite pendant quelques années. D’où la publication de la nouvelle de Léon Cladel qui trace le portrait de l’un d’eux. JPD

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 17:55

Jusqu’à 20 ans j’ai réduit toute langue à son aspect utilitaire car je pensais que le message est univoque. J’avais un faible pour l’espagnol par rapport à l’anglais, une oreille un peu occitane mais une pensée voisine de zéro sur ce point. C’est en rencontrant la langue québécoise et sa mise en voix par Jacques Desmarais que j’ai été conduit à sortir de mon auto-enfermement. C’était un peu tard car rien ne vaut l’enfance pour apprendre à jouer avec les langues. Voici donc cette double traduction d’un texte en occitan de Paul Darasse que j’ai publié à cette adresse : http://la-brochure.over-blog.com/article-paul-darasse-en-occitan-98881664.html

La première traduction est de l’ami Renat Pautal, un voisin, un enseignant, un personnage qui a joué un grand rôle dans ma vie grâce au livre qu’il a publié avec deux autres amis sur les luttes paysannes et l’autre est de l’ami André Vignoles, fils d’enseignant mais qui travailla pour les PTT au Sénégal. J’ai bien connu sa famille et il est lui aussi un ami de Pautal. Autant dire que les deux traductions procèdent du même état d’esprit. Pourtant il y a des différences très importantes à mes oreilles d’aujourd’hui.
-    La lutte entre le passé simple et l’imparfait. J’ai ce problème quand je traduis de l’espagnol. Je laisse au lecteur le plaisir de préférer l’un ou l’autre approche.
-    La présence d’occitanismes : Pautal garde l’expression, « Macarel », qui se comprend en français et il indique « une paire d’heures » pour dire « deux heures ». Pour ma part j’aurais même gardé « une méchante nuit » à la place d’une mauvaise nuit ».
-    Les questions de vocabulaire entre l’épaule démise et l’épaule déboîtée, entre tâter et palper
Des points de détail ? Non, car chacune des deux traductions à sa cohérence. Et souvent c’est dans le détail que je cache l’essentiel. Contrairement à quelques débats sommaires sur les langues régionales, dans cette campagne électorale, le rapport aux langues révèle des philosophies qui dépassent et de loin la seule question des langues surtout quand on se veut le candidat du peuple !
Mais nous reviendrons sur la question. Pour le moment merci de goûter cette double histoire.
Jean-Paul Damaggio
P.S. : J’en profite pour indiquer une erreur dans la lettre Lire libre concernant l’adresse internet de Michel Ferrer à qui se doit la traduction d’André Vignoles et le plaisir d’en savoir plus sur Paul Darasse qu’il m’arrive d’appeler à tort Pierre Darasse à cause du collège de mon enfance :  ferrer.michel1@aliceadsl.fr




REBOUTEUX, DEVINS, SORCIERS, traduction Renat Pautal


Il y a environ cinquante ans de ça, j'étais instituteur à Caylus. Un jeudi du mois de juillet que j'étais allé pêcher dans les courants rapides de Serres, en dessous de Brousses, je glissai sur un banc de roches et tombai sur l'épaule gauche qui se démit. La douleur une fois calmée je continuai de pêcher encore une paire d'heures. Puis, je m'en revins à Caylus, sur ma bicyclette, en tenant le guidon de la main droite. Ce n'était pas commode car, de St Antonin à Caylus, ça monte toujours un peu. En arrivant à la maison, je fus bien reçu par mon épouse Bon. Je vais chez le médecin. C'était le fils Andrieu, d'aspect maigrichon, avec des bras minces comme mes poignets. Je n'étais pas bien costaud mais, cependant, j'étais bien plus musclé que lui. Il m'examine, me tâte et me dit : « Vous êtes trop musclé pour moi. Je vais vous envoyer à Montauban à l'hôpital pour 2 ou 3 jours. -- Que non, lui dis-je. Mon épaule n'est que démise. Demain j'irai à Vidaillac, je serai vite guéri grâce à Fouinat ».
Je passai une mauvaise nuit, vous pouvez me croire. Le lendemain, je prends ma bicyclette et je monte à Vidaillac. Fouinat labourait à deux ou trois kilomètres de chez lui. Je le trouve. Il achève son sillon, arrête les boeufs. « Bonjour. Que vous est-il arrivé ? Ah ! Je vois, vous avez l'épaule démise. Otez votre veste ». Tout en parlant, il me tâte. « Vous avez l'omoplate qui est passée sur l'avant. Ce n'est rien. Ce sera vite arrangé ».
Fouinat était une sorte d'hercule avec des mains comme des battoirs. Il tâte à nouveau mon épaule, m'attrape la main qui pendait, tient le bras bien tiré et le fait tourner vers l'avant, puis le dresse bien droit ... et moi je me dressais sur les orteils pour suivre le mouvement car il me faisait mal, le bougre ! Et lui il continuait de faire tourner le bras sur l'arrière. Macarel qu'il me faisait mal I Puis il me place le bras à l'horizontale, force un peu et, clac I Quelque chose a claqué dans mon épaule et je ne sens plus rien. Plus de douleur.
« Eh bien, vous êtes guéri. Vous pouvez bouger le bras. Pendant un jour ou deux, je vous conseille de vous suspendre à une porte afin de consolider l'épaule ». Je le remerciai bien, je lui donnai un billet — car il ne voulait rien— et je m'en revins, content, heureux.
En arrivant à la maison, ma fille qui était toute jeunette me dit : « tu es guéri papa ? — Eh oui ». Alors, elle m'attrape la main et vlan ! elle me la secoue sèchement ... et elle me redémolit l'épaule. Le lendemain je revins chez Fouinat.
Mars 1983    Paul Darasse.



Une traduction d’André Vignoles


Il y a environ cinquante ans, j'étais instituteur à Caylus. Un jeudi du mois de juillet où j'étais allé «pêcher à la flisque » dans les courants de Serres, au-dessous de Brousse, je glissai sur une dalle et tombai sur l'épaule gauche qui se déboita. Une fois la douleur apaisée je continuai à pêcher encore environ deux heures. Ensuite je retournai à Caylus, sur ma bicyclette, tenant le guidon de la main droite. Pas commode car ça monte toujours un peu de Saint Antonin à Caylus. En arrivant chez moi, je fus bien reçu par ma femme ! Bon. Je vais trouver le «metge» (le médecin si vous voulez). C'était le fils Andrieu, maigrichon, avec des bras menus comme mes poignets - Je n'étais pas très fort mais, tout de même, j'étais bien plus musclé que lui. Il m'examine, me tâte et me dit : « Vous êtes trop musclé pour moi. Je vais vous envoyer à Montauban à l'hôpital pour deux ou trois jours.» - «Non, lui dis-je. L'épaule n'est que déboîtée. Demain j'irai à Vidaillac ce sera vite guéri par le Fouinat. »
Je passai une mauvaise nuit, vous pouvez me croire. Le lendemain je prends ma bicyclette et je monte à Vidaillac. Le Fouinat labourait à deux ou trois km de chez lui. Je le trouve. Il achève de tracer son sillon, arrête les bœufs. « Bonjour. Que vous est-il arrivé ? Ah ! je vois, vous avez l'épaule déboîtée. Otez votre veste. » Tout en parlant il me palpe. «Votre omoplate est passée devant. Ce n'est rien. Ce sera vite arrangé.» Le Fouinat était un costaud avec des mains comme des battoirs. Il me palpe de nouveau l'épaule, saisit ma main qui pendait, maintient mon bras bien tendu et le fait tourner en avant, puis le dresse bien droit... et moi je me dressais sur les orteils pour suivre le mouvement car il me faisait mal le bougre ! Et lui continuait de faire tourner le bras en arrière. Dieu qu'il me faisait mal ! Ensuite il met mon bras bien horizontal, force un peu et... clac ! Quelque chose a craqué dans mon épaule et je ne sens plus rien. Plus de douleur. « Eh bien, vous êtes guéri. Vous pouvez remuer le bras. Pendant un jour ou deux je vous conseille de vous suspendre à une porte afin de consolider l'épaule ».
Je le remerciai chaleureusement, et lui donnai un billet - lui ne demandait rien - et je m'en revins, content, heureux.

En arrivant chez moi ma fillette me dit : « Tu es guéri papa ? » « - Et oui». Alors elle prend ma main et l'agite d'un coup sec... et me démolit de nouveau l'épaule. Le lendemain je revenais chez le Fouinat.

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 23:17

ardouinblog.jpgSur la photo : Paul Ardouin et André Larralde


A Larrazet Alain Daziron a interrogé le paysan syndicaliste Paul Ardouin au sujet de ses mémoires.
Nous avons retrouvé à l’oral les informations du livre et l’oral de Paul est un délice car sa parole est directe, accentuée et franche. En arrivant à l’école il ne parlait que patois, le patois de son village, une langue qu’il différencie de celle « des intellectuels nébuleux qui croient en la langue occitane ». Comme beaucoup il avait des origines catholiques du côté de la mère et libre-penseur du côté du père. A l’époque c’était possible la laïcité avait été une victoire insignifiante. Il aime raconter ses blagues autour du flan que l’on prend à une cuisinière pendant qu’elle va à la messe (et quel délice de constater qu’elle accuse le chat de ce larcin !) ou autour de la pêche aux anguilles et au braconnage inévitable en bord de Garonne. Jaime aussi sa référence élogieuse en l’honneur d’un autodidacte de Bourret antimilitariste. Pour les cultures la référence aux peupliers et aux ouvriers des scieries qui étaient assez spécialisés, solidaires entre eux et plus à gauche que la population. Je retrouve ainsi mon histoire de Saint Aignan aux importantes scieries au début du XXe siècle et à l’orientation clairement à gauche dans un environnement de droite. Il fait vivre les conflits d’une époque politisée avec un secours mutuel de gauche puis un autre de droite. Quant à l’importance de la Luzerne elle renvoie à l’étude d’Albert Cavaillé au sujet de la commune de
Cette politisation on l’a retrouve avec la création de l’office du blé et toutes les luttes de 1936. Il était jeune mais Paul garde une mémoire surprenante. Le public l’écoute avec plaisir. Il rappelle un souvenir qu’il partage avec Maurice Guiche : une réunion à Castelsarrasin où le tout neuf député socialiste défend la non intervention et suscite un certain tumulte avec un vieux socialiste déchirant sa carte et les jeunes qui s’en vont pour créer la jeunesse communiste.
Paul n’a pas de haut fait de résistance à son actif. Il a fait les chantiers de jeunesse puis ensuite quelques gestes et un engagement ensuite qui le conduira dans l’Armée secrète.
C’est à cette époque qu’il met un pied dans le syndicalisme paysan qu’il n’a pas quitté. De tous ces syndicalismes il retient les mérites du syndicalisme des planteurs de tabac qu’il a dirigé dans le département pendant douze ans. J’ai pu vérifier les souvenirs émus qu’il a laissé chez des paysans aux opinions les plus diverses. Que de manifs à son actif !
Puis le MODEF. L’unité paysanne fut une erreur car les petits ne peuvent s’unir avec les « sangs bleus » qui les exploitent.
Toute sa vie ne pourra être passée en revue. Et à un moment il donne la parole à la salle. Maximilien Reynès-Dupleix pose la question de l’actualité : que penser du candidat UMP de la circonscription qui est le président de la chambre d’agriculture ? Paul ne sera pas tendre avec Monsieur de Vergnette qu’il a vu œuvrer à la Chambre d’agriculture. Un homme intelligent et dangereux. Un aventurier. Paul pense qu’il a été candidat à contrecœur mais il est tenu et il va à la bataille. Nous reviendrons sur ce glorieux jeune personnage.
Le nom de Renaud Jean sera lancé dans le débat. Et une question d’un responsable de la Coordination rurale incitera Paul Ardouin à évoquer son rêve d’une agriculture nouvelle, où les petits auraient des prix rémunérateurs et où la crainte de la faim aurait disparue.
A la fin, j’ai posé une question : quels souvenirs de l’arrivée des Italiens ? Et pourquoi ne rien dire du Crédit agricole, entré en Bourse en 2001 sous un gouvernement de gauche et dont personne n’étudie l’histoire (1) ? En réponse Paul a indiqué deux choses : dans la plaine les Italiens ont aussitôt élevé des vaches alors que nous avions des moutons ; ensuite nous avons aussi élevé des vaches ; ils ont apporté aussi une nouvelle variété de blé plus productive. Il faut mesurer ce qu’apportent les étrangers et combattre le racisme. Quant au Crédit agricole, il reconnaît que c’est un absent de son livre or pour reconstruire une agriculture il faut en effet réfléchir à un retour aux principes de base d’une banque qui a servi les paysans seulement jusqu’en 1970. JPD
(1) Le même jour j’ai reçu le journal de la Confédération paysanne du Tarn et Garonne avec en dernière page un article sur les beautés du Crédit agricole….

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