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24 juin 2008 2 24 /06 /juin /2008 16:02



Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre langue d'oc. Je disais donc que le vocabulaire est extrêmement vivant selon les régions et je pense qu'il nous serait possible de puiser à pleine main de ces termes simples ou composés qui font image, qui condensent en eux-mêmes toute une scène, tout un tableau, de ces mots dont l’étymologie évidente nous renseignera bien souvent sur l’histoire, la géographie, les mœurs et coutumes des pays que nous habitons. A cet égard, et cela pourra peut-être vous paraître extraordinaire, le français ne peut rivaliser avec la langue d'oc, car celle-ci a des beautés et des vertus auxquelles notre langue nationale ne peut prétendre.

Du reste, ce qui est une grave erreur, c'est de croire que la langue française est issue uniquement du dialecte de l’Ile de France, rendu officiel en 1539, par l'édit de Villers-Cotterêts. Ce dialecte d'ici a subi, au cours du XVIIe siècle, des modifications telles que le vocabulaire et les tournures de phrases d'un Joinville, d’un Rabelais ou d'un Montaigne sont plus près de notre langue d'oc que de celle d’un Bossuet ou d’un Voltaire.

C’est que ces vieux écrivains du XIVe et du XVe siècle n'avaient jamais perdu contact avec la terre de France, et ne l’avaient point délaissée pour la cour du roi soleil ou pour les salons de l’hôtel de Rambouillet, et les beaux atours des grandes dames de l’époque ne leur faisaient pas oublier les charmes rustiques et la naïveté des filles du peuple.

Aussi est-ce dans un style savoureux, imagé, qu'ils ont su décrire la profondeur de la vie champêtre et retracer les gestes complexes et précis du laboureur ou du moissonneur.

C’est ainsi, mes chers collègues, qu'en apprenant à nos enfants à comprendre et à aimer cette langue issue d'un sol millénaire qu’elle n'a jamais renié, nous leur montrerons par quelle longue continuité d'efforts notre patrie s'est réalisée, et nous les ferons communier plus intimement avec l’âme de leur province.

Plus tard, si les hasards de la vie les éloignent de leur terroir, le lien qui les y attachera sera, n’en doutez pas, le parler ancestral. Ah ! comme il sonne agréablement à nos oreilles, aux oreilles de l’exilé, ce parler si puissamment évocateur ! Comme il nous aide à reprendre notre équilibre dans une civilisation stupide, factice en quelque sorte, en nous ramenant pour un temps, si passager soit-il, au berceau de notre enfance !

Oui, cette langue, conservons la, je vous en conjure, mes chers collègues, car elle est une force vive de notre nation et de notre région du Midi en particulier. Ne galvaudons pas un trésor si précieux. Efforçons nous de la maintenir intacte dans la fraîcheur et la pureté de sa splendeur originelle. (Applaudissements sur les bancs supérieurs de la gauche, du centre et de la droite et sur divers bancs au centre et à droite)

C’est dans ce but, d'abord, qu'il faut introduire dans nos écoles cette langue qui ne veut pas mourir. Maints auteurs ont montré comme elle pouvait aider l’enfant à apprendre l'orthographe et à appliquer plus aisément les règles des participes passés, comment aussi elle pouvait contribuer à l'étude de certaines langues étrangères, par la notion innée que les paysans de chez nous ont de la tonique ou syllabe accentuée qui n'existe pas en français. Certains verront là, sans doute, une des raisons de cet accent méridional qui n’a rien d'infamant…

M. le président : Mais qui n’a rien de déplaisant non plus !

... mais qui alimente en ce moment - je me trompe peut-être - la verve amicalement moqueuse des collègues d’oïl qui m'écoutent.

M. le ministre : Pas du tout !

Mais la pureté de la syntaxe, pas plus que la richesse du vocabulaire, n’ont rien à voir avec l’accent. Celui-ci, du reste, vous le savez, est fonction du terroir la langue a pris naissance. Il est fonction également de la conformation anatomique de notre organe vocal, plus apte au chant qu'a la diction académique. Il est fonction, enfin, d'une foule d'impondérables qui nous échappent, à telles enseignes que d'aucuns, aux sens plus affinés, prétendent que la chanson des autans [référence au vent d’autan] dans les peupliers des bords de la Garonne ou dans les chênes du Quercy, est d'une tonalité et d'un timbre très différents de la chanson de la bise à travers les sapins ou les bouleaux de la forêt nordique. (Applaudissements sur les bancs supérieurs à gauche, au centre et à droite)

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