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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 12:14

Du 1905 à 1907 Raoul Verfeuil va proposer des dizaines d'articles dans l'hebdo radical acceptant des socialistes, L'Indépendant. Le 13 octobre, suite au décès de l'écrivain intervenue le 6, il publie cet article (il a seulement 19 ans !) qui présente une originalité unique : il signe de son nom ! Pourquoi là et seulement là ? Pour qu'on sache bien que c'est lui Lamolinairie qui fut un admirateur de Pouvillon ?

Cet article est indirectement un hommage à ce qui sera la vie… de Verfeuil sauf que par rapport à Pouvillon, il mettra plus souvent les pieds dans le plat ! Cet article n'est compréhensible que si on retient cette anecdote : Pouvillon a été exclu de l'Académie de Montauban. Pouvillon était célébré surtout par la droite car face au méchant Cladel rouge écarlate, il était le gentil mais quand éclata l'affaire Dreyfus ce fut la guerre à Montauban. L'historien Albert Mathiez qui était prof au lycée se fera muter pour ça… et on retrouvera Mathiez dans la tendance politique de Verfeuil quand ensemble ils se feront exclure du PCF en 1922. Bref, Verfeuil s'inscrit dans une lutte franche et directe où il lui plaît d'aimer le ton paisible de Pouvillon, celui qu'il aurait aimé avoir tout le temps si la lutte des classes n'était pas aussi rude. JPD

  Pouvillon

Le charmant écrivain Emile Pouvillon notre compatriote est mort lundi dernier à Jacob-Belle-Combette à 2 km de Chambéry (Savoie) où il était en villégiature depuis quinze jours. La triste, la douloureuse nouvelle nous a frappé brusquement, comme un coup de foudre. Cette mort nous est en effet d’autant plus pénible, d’autant plus douloureuse qu’elle est inattendue et que Pouvillon nous appartenait à tous les points de vue, comme militant et comme littérateur. Il était à nous avant d’être à quiconque. Avant d’être à sa famille et à l’église. Il était à Montauban, à notre parti, à l’histoire. On ne nous le prendra pas.

Né dans notre ville en 1840, Emile Pouvillon manifesta très jeune ses instincts littéraires. Pourtant ce n’est guère qu’à 28 ans qu’il fut ses débuts, en collaborant au journal de Jules Vallès La Rue. En 1878 seulement il fit paraître son premier volume : Nouvelles réalistes. Mais dès ce moment ses œuvres se succèdent sans interruption. Ce sont : Césette, le délicieux roman courroné par l’Académie française (1881), l’innoncent (1884), Jean de Jeanne (1886), le Cheval-bleu (1888), Chante-Pleure (1890), les Antibels (1892), Petites amies (1893) Bernadette de Lourdes -1894) Pays et Paysages (1895), Mademoiselle Clémence (1896), L’Image (1897), Le vœu d’être chaste (1900), Pep, Petites gens. Emile Pouvillon laisse une pièce de théâtre inédite à tendances sociales, l’alluvion, actuellement au théâtre Antoine où elle allait être représentée, et un roman non terminé. Il se proposait aussi de réunir en volume les « Portraits de villes » publiés dans La Dépêche.

L’œuvre de notre compatriote est des plus remarquables. Elle vibre de sincérité, d’enthousiasme, de simplicité et de poésie. Il y a de la noblesse et une exquise naïveté, en même temps qu’une tranquillité sereine. Elle n’en est pas moins empreinte de force de la robustesse de ces paysans qu’il a peints, alliée à la grâce des paysages où ils se meuvent. On a dit d’Emile Pouvillon qu’il est réaliste à sa façon. C’est un réalisme en quelque sorte idéaliste, mais un réalisme quand même ; car dans les hommes les plus terre à terre il y a des sentiments de poète. Le paysan de Pouvillon est de ceux là. C’est le travailleur robuste, puissant mais rêveur, langoureux, idyllique. Sous son masque grossier se cache un sentimental. Dans sa face terreuse, de brute, brillent des yeux pétillants où se reflète l’admirable nature qu’il connaît par cœur. L’âpre soleil du Midi lui hâle, lui flétrit la peau ; mais il lui donne aussi toute la joie de sa flamme éclatante.

Assurément, tout ce que l’on pourrait reprocher à Pouvillon, si on pouvait lui reprocher quelque chose, ce que je ne crois pas, ce serait d’avoir trop poétisé le paysan. La brute domine souvent dans l’habitant des campagnes. Il arrive aussi qu’il suffit l’influence du milieu et que la beauté des gracieuses plaines et des altiers coteaux le frappe, l’émeut, le transforme, le rend poète. Pouvillon a connu ce paysan là. Son âme d’artiste l’a peut-être empêché de coir le côté trop matériel, trop grossier de ses héros. Devons-nous nous en plaindre ? Sans doute, il faut peindre la vie comme elle est. Mais que la vie ne comporte pas que des tableaux lugubres et des spectacles répugnants. Il y a aussi des idylles. Nous n’avons qu’à remercier ceux qui nous les dévoilent. Elles sont tellement rares qu’elles étonnent heureusement. Ne serait-ce qu’à ce point de vue, Pouvillon a droit à notre gratitude.

D’ailleurs ses dernières œuvres accusaient une tendance plus vraie, pour ne pas dire plus réaliste. Dans Jep, par exemple, cette tendance se manifeste d’une façon frappante. Autant que je m’en souvienne, le paysan est vraiment le paysan, c’est-à-dire l’homme qui croit aux sorciers, qui se bat pour un motif futile et qu’enthousiasme l’Idée. Pouvillon se rapproche alors de Cladel et peut-être un peu de Zola. Il ne manque pas d’âpreté. Il n'arrive pas jusqu'à la crudité, mais il ne voile que très discrètement sa peinture. « Ce qui devait arriver arriva... » C'est dans Jep. Le poète n'ose pu dire davantage. Cela suffit. J'aime peut-être mieux Pouvillon ainsi. Il est plus vrai. Quoi qu'il en soit, ce fut un parfait écrivain. Sa phrase est étrangement claire. Il excelle dans la simplicité. Il atteint même jusqu'à l’exquis. Il y a du mysticisme en lui, mais un mysticisme qui n'a rien des religions. Il avait la foi, mais la foi en son art et en la vérité. Il détestait les honneurs, quels qu'ils fussent. Sa vie est d'un sage.

Comme militant, Pouvillon nous appartenait aussi. Il suffit de connaître quelque peu sa vie. Il avait nos opinions. Il fut l’un des premiers défenseurs de Dreyfus condamné et de Zola odieusement outragé, ce qui lui valut d'être chassé de l'Académie montalbanaise dont il était pourtant la seule raison d'être. Il lutta toujours pour le Beau, le Juste et le Vrai, malgré les cruelles souffrances dont on le persécuta. Ce fut un poète, mais ce fut aussi un homme. Il était du Cercle départemental radical et socialiste, de la Ligue des Droits de l’Homme, de la Jeunesse et de la Mission laïques. Pouvillon est des nôtres, nous le disons bien haut. Nous pourrions nous ériger en accusateurs et crier notre colère et notre indignation. Nous préférons, pour l’instant, exprimer seulement notre douleur. Le temps viendra où nous reprendrons celui qu'on n'a pu que nous confisquer.

Pouvillon disparaît, mais ses œuvres restent.

Raoul Lamolinairie (Raoul Verfeuil)

 

A ÉMILE POUVILLON

La Mort t'arrache a nous, écrivain du terroir *

Dont tu glorifias la beauté souveraine,

Troubadour qui chantas la grâce de la plaine

La fierté des coteaux aux antiques manoirs.

 

A ton pays natal, tu pris avec savoir

Sa tranquillité douce et sa force sereine,

Son éclatant soleil et la troublante haleine,

De ces fertiles champs que tu ne peux plus voir.

 

Et tu dressas ton œuvre avec cette matière,

Et cette œuvre fut simple et pourtant comme altière,

Et tu fus un conteur délicieux, exquis ;

 

Sur le grand livre d'or que l'Avenir t’apprête,

Ton nom demeurera, Pouvillon, ô poète,

Comme notre douleur dans nos êtres meurtris.

RAOUL. VERFEULL.

10 octobre 1906.

 

 

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Published by éditions la brochure - dans raoul verfeuil
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