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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 14:28

Depuis des années je cherche ce n°20 de la Nouvelle revue socialiste (daté du 15 septembre 1927 au 15 janvier 1928) à cause de cet article de Longuet. Il confirme une précision que j’ai déjà apportée : Raoul Verfeuil n’a pas rejoint la SFIO après son exclusion du PCF. Il est peut-être bon ici de rappeler que si après le Congrès de Tours, l’ère des exclusions du PCF a débuté par le cas de Verfeuil, du côté de la nouvelle SFIO, la tendance la plus à droite a pris le dessus? et si elle n’a pas exclu Longuet? c’est que dans ce parti il suffisait de marginaliser les indésirables pour les contrôler.

Longuet-Verfeuil, ce fut une longue amitié, une admiration réciproque si bien que dans l’Apostolat, le héros a bien des traits de Longuet mais à lire cet article je découvre qu’en fait il a surtout des traits de Verfeuil ! 

Le fait que Verfeuil a refusé de revenir à la SFIO n’a aucun intérêt en soi, mais il permet de me mieux réfléchir aux questions de fond.

1 ) Confondre le cas de Frossard et Verfeuil a permis d’effacer l’originalité propre de Verfeuil.

2 ) Effacer cette originalité, c’est oublier que des militants sincères ont cru à une alternative possible socialiste-communiste. Verfeuil n’a pas été seul et il faudrait le lier, par exemple, à ce grand historien que fut Albert Mathiez. Que Jean Longuet l’oublie dans la liste des exclus de l’équipe Verfeuil n’est peut-être pas un hasard. JPD

 

NOS MORTS : RAOUL VERFEUIL

La disparition prématurée de ce militant loyal et d'un absolu désintéressement, sera cruellement ressentie par tous ceux qui le connaissaient, qui ont lutté à ses côtés, qui ont pu apprécier ses qualités d'esprit et de coeur.

Soldat modeste de notre grande Cause, dont l'action s'était poursuivie sans éclat, dans son Midi natal, dans le Tarn-et- Garonne, où il fut candidat en 1914, puis à Toulouse, au sein de sa corporation — il était employé des P. T. T. et des sections du Parti, la guerre devait être pour lui la grande épreuve où il devait donner toute sa mesure, au centre de l'action du Parti. Alors que tant d'autres militants éprouvés, illustres, qui avaient été jusque- là les guides sûrs, clairvoyants et vigilants de l'action politique et économique du prolétariat dans le monde, en face de la grande Catastrophe, perdaient le « sens de la direction », commettaient de lourdes erreurs sincères mais funestes --, Verfeuil fut de ceux dont jamais la foi internationaliste n'avait fléchi.

Je me souviens encore de son intervention, au premier Congrès National du Parti tenu pendant la guerre, en décembre 1915, à la « Grange-aux-Belles ». Son pacifisme apatriotique était demeuré aussi intransigeant qu'avant le cataclysme. L'opposition internationaliste que nous menions à la politique de la majorité du Parti, avec des camarades tels que Pressemane, Mistral, Mayéras, Paul Faure, lui paraissait trop timide, trop modérée. Cet état d'esprit il l'exprimait bientôt, avec la même énergie, dans les colonnes du Populaire, organe hebdomadaire de la minorité, qu'avec le concours de nos amis de Limoges nous avions fondé quelques mois plus tard.

Son pacifisme intransigeant s'apparentait fort à celui de nos camarades de l'Independant Labour Party anglais. Il opposait la même hostilité, presque mystique à la guerre, à l'emploi de la force militaire, à tous les aspects de la violence.

Souvent nous aimions à le taquiner — affectueusement — en l'appelant le « Doukhobore » Verfeuil, tellement son état d'âme s'apparentait à celui des mystiques disciples de Tolstoï. On se souvient de sa formule caractéristique — et qui fut tellement exploitée par la réaction bloc-nationaliste — du « boulet de la victoire » que traînait la France de 1919...

Verfeuil avait salué avec enthousiasme la République des Soviets et dans toute sa propagande, exalté ses leçons, espérant que son exemple serait contagieux dans l'Europe tout entière.

Cependant lorsque se produisit, à Noël 1920, la scission lamentable de Tours, son esprit fut déchiré de doutes et d'angoisses. L'idée même de la scission — surtout avec ceux dont il avait été dans la bataille minoritaire le fidèle compagnon de lutte — lui répugnait profondément. Malgré cela, comme chez bien d'autres militants de l'époque, deux considérations dominèrent dans son esprit : le désir de maintenir le contact entre le prolétariat français et la Révolution russe, un ressentiment profond contre le « socialisme de guerre » et ceux qui l’avaient pratiqué. Et c'est pourquoi il fut un des délégués qui ayant voté avant le Congrès « la motion Paul-Faure-Jean Longuet » (il en était même l'un des rédacteurs) demeurèrent néanmoins avec la majorité.

L'atmosphère y fut tout de suite irrespirable pour lui. Il avait proclamé, en restant dans la salle du Manège de Tours, qu'il n'acceptait pas les fameuses 21 conditions de Zinovieff — dont par un étrange et juste retour des choses d'ici-bas la dernière victime est... Zinovieff lui-même Délégué à la propagande, il affirmait urbi et orbi qu'il fallait refaire l'unité. Pareille hérésie était intolérable et on le lui fit bien voir. Dix-huit mois après, Verfeuil, en compagnie de Henri Sellier, bientôt suivi de Frossard, Barabant, P. Brizon, Georges Pioch, Paul Louis, était expulsé.

Obstinément, il poursuivit son rêve de refaire l'unité totale de la classe ouvrière, au sein d'un seul parti prolétarien, où socialistes et communistes seraient venus se fondre. Le groupement «provisoire», formé sous l'impulsion de Paul Louis par les excommuniés de Moscou, «l'Union Socialiste-Communiste», lui apparut comme l'instrument propre à accomplir cette tâche sacrée.

Brizon qui allait être prématurément enlevé à l'affection de milliers de militants obscurs qui eux, lui étaient demeurés fidèles, m'avait demandé de l'aider à continuer la publication de sa vivante petite Vague — qui avait connu des tirages de 150 000 exemplaires, et qui alors conservait encore 12 à 15.000 abonnés. Nous voulions en faire un centre de regroupement des forces socialistes.

Verfeuil s'y consacra tout entier et après la mort de Brizon en assumait la rédaction en chef. Mais la tâche était trop lourde.

La clientèle de la Vague se dispersait de plus en plus, les uns étaient entraînés par la propagande communiste, d'autres découragés, étaient rentrés chez eux. D'autres enfin, bientôt de plus en plus nombreux, regagnaient le « vieux Parti », qu'après Tours nous avions reconstitué avec Paul Faure, Léon Blum, Bracke. Renaudel, avec des effectifs d'abord squelettiques et qui bientôt dressait d'un bout à l'autre du pays ses vivantes sections et ses puissantes fédérations.

Nombre de militants de l'entourage de Verfeuil sentaient que selon la formule apportée par nos «derniers rentrés» de la Loire, il fallait rejoindre ce « plus gros morceau d'unité possible».

Dès 1924, Frossard, Auray, Barabant, Ponard, suivaient cette voie qu'ont pris depuis Ernest Lafont, Ferdinand Faure, Johannet, André Morizet, que d'autres encore suivront demain.

Verfeuil ne put se décider à suivre leur exemple et à s'incliner devant l'inévitable. Il sentait — malgré le côté un peu chimérique de son esprit si honnête et si droit — combien en l'état présent des choses l'espérance d'une totale unité prolétarienne était vaine, puisque aussi bien elle ne saurait se reconstituer dans le seul plan national mais ne pouvait se refaire qu'internationalement.

Dans les derniers chapitres de son généreux roman l'Apostolat — où il décrivait avec foi l'ardente bataille minoritaire du temps de guerre, mais où il retraçait avec amertume les heures cruelles de la scission — on retrouvait cet état d'âme, cette sensation d'isolement chagrin, le désarroi moral qui devait affecter profondément son état de santé déjà précaire, comme aussi bien les préoccupations matérielles qui l'ont assailli dans les dernières années de sa vie.

Lui-même ne se doutait pas du mal redoutable dont il était atteint : tuberculose compliquée de diabète ! Lorsqu'il s'en rendit compte, lorsqu'il partit il y a un an pour le sanatorium des Landes, où il s'était décidé à aller se soigner, il était évidemment trop tard !

Il y est mort, à 42 ans à peine, dans un isolement qui a dû paraître pénible à cette âme tendre, à cet homme bon et affectueux, dont les qualités de cœur et d'esprit n'ont pu être méconnues que par ceux qui ne le connaissaient point.

Avec une absolue loyauté, un désintéressement rare, il a servi le Socialisme, la cause de la Paix et de l'Emancipation humaine. Tous les socialistes, tous ses camarades de lutte, la classe ouvrière qu'il a loyalement et fidèlement servie jusqu'à son dernier soupir, conserveront le souvenir inoubliable de cet homme de bien.

 

Jean LONGUET.

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