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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 20:37

 Quand on étudie la loi de 1905 on est fasciné par l’absence d’études sur 1906 ! Emile Poulat, historien prestigieux note même dans un colloque sur 1905 : « Les décrets d’application de la loi de 1905 n’ont jamais été étudiés ». Or la « vérité » de 1905, nous la découvrons en 1906, tout comme la « vérité » de 1848, nous la découvrons en 1852. Voilà pourquoi, ceux qui savaient qu’en 1906, ils en prendraient plein la figure, se souvenaient encore de 1851. D’où ce texte qui croise dangereusement les époques.

 

Le 22 avril 1905, à Montauban Raoul Verfeuil (futur dirigeant national du PS puis du PCF de 1920 à 1922) écrit contre le gouvernement qui a fait tirer sur les ouvriers de Limoges (un mort) :

« Décidément les gouvernements actuels se valent, que nous vivions sous un régime autocratique comme en Russie ou que nous soyons les sujets d’un roi constitutionnel  … Un Etat vaut l’autre mais pas plus ; le Tsar fusille les habitants de St Pétersbourg, le ministère Rouvier et particulièrement M. Etienne canarde les Limousins ». Puis, il continue : « La nation française tombe des hautes cimes où elle s’était élevée, dans l’ornière, dans la boue. Son gouvernement qui se dit républicain, assassine les ouvriers, de même que Napoléon III massacrait en 1851 les adversaires du coup d’Etat. »

Il écrit aussi :  « Il ne faut pas se le dissimuler. La République qui nous régit n’est qu’une république bourgeoise, moins mauvaise qu’un autre sans doute, mais pas précisément bonne ».

 

La révolte contre le coup d’Etat sera mentionnée au même moment par une autre jeune qui porta la contradiction dans une réunion de l’ancien député bonapartiste. Ce dernier répond dans une lettre du 13 juin 1905 que La Dépêche publie :

« (…) Vous reconnaîtrez que notre doctrine n’a pas été réfutée. Le citoyen Sibrac secrétaire de la Fédération de la jeunesse laïque a essayé de la contredire et dans votre compte-rendu vous lui faites un succès et lui adressez des éloges auxquels je m’associe à titre d’encouragement. Votre jeune ami les mérite. Mais en quels termes a-t-il fait le procès de l’Empire ? Il nous parle d’une victime du coup d’Etat de 1851. Cette victime est morte paisiblement dans son lit, dotée d’une bonne pension ».

 

La Dépêche avait indiqué sur ce point : « Le citoyen Sibrac signale, au souvenir indigné des démocrates, les crimes sans nombre du coup d’Etat de 1851 qui fit dans notre département de nombreuses victimes, et auquel le docteur Rolland de Montpezat, un des plus vénérés démocrates de l’arrondissement, échappa par le plus grand des hasards ».

 

Au même moment, à Montpezat, c’est le fils du citoyen Rolland, qui est assesseur de la réunion sur la séparation ! Montpezat est en pointe car la tradition républicaine de 1848 y est encore vivante, une tradition qui se retrouve tout à fait dans le combat en faveur de la loi de séparation. Une manifestation y est présentée ainsi par La Dépêche du 29 avril :

« C’est ce soir samedi que le groupe de la jeunesse laïque de Montpezat donnera la conférence annoncée : la séparation. L’entrée libre et gratuite permettra à nos adversaires politiques d’y assister et les contradicteurs seront appelés à venir formuler eux-mêmes leurs théories rétrogrades. Nous serons heureux de voir si nos conservateurs de toutes nuances et tous les gens de sacristie auront en public autant de courage que pour brandir dans quelques officines la plume rageuse de la polémique. Ils nous serons reconnaissants de mettre à leur disposition un public peut-être moins choisi mais à coup sûr plus nombreux que celui de leurs si retentissantes réunions privées. Les dames sont admises. Le comité ».

Personne ne viendra porter la contradiction tandis que l’intervenant deviendra député radical en 1936.

 

Depuis 1905, qu’avons-nous appris ? Que Jaurès a été assassiné comme Henri IV ! Que le pouvoir des clergés n’a jamais été en régression. Que les lecteurs de Jaurès peuvent vérifier qu’il avait saisi le sens de l’histoire et qu’en son sein, il voyait bien la fonction du combat démocratique. Que séparer les Eglises et l’Etat c’était la garantie de donner aux religions leur droit d’exister aux côtés de l’athéisme (où l’inverse). Je considère qu’une des grandes leçons de la Seconde République c’est la distinction entre les clergés (le pouvoir des religieux) et les religions (l’expression des croyances). Le coup d’Etat de 1851 fut aussi un coup d’Etat du Clergé contre les croyants sincères. D’où la façon dont le Second Empire s’embarqua pour le Mexique pour y soutenir le clergé, réussissant à y provoquer une révolution laïque dont le modèle … servira aux auteurs de la loi de 1905 !

 

Contrairement à d’autres, Jaurès n’a jamais imaginé que la séparation conduirait à la fin des religions ou que l’école laïque accomplirait cette mission. Les religions n’ayant jamais été le contraire de la raison, le développement de l’éducation n’a aucun effet sur leur vigueur, mais il fait reculer le pouvoir des clergés. Jaurès pensait le socialisme comme le moment historique permettant à la religion d’atteindre sa plénitude car l’homme, débarrassé de l’exploitation de l’homme, serait nu face à lui-même, un face à face qui conduit, d’après lui, vers les croyances. Sa philosophie (il était prof de philo) est aujourd’hui la plus opérante face aux réalités et à l’indispensable combat pour la laïcité. Le clergé est la béquille parfois indispensable du croyant. Le croyant est l’aliment toujours indispensable du clergé. La laïcité seule permet aux croyants de limiter le rôle de la béquille pour mieux leur éviter de se faire manger. Le catholique Lamennais fut un des premiers à le comprendre. Mais Pierre Bayle aussi qui fut protestant puis catholique puis protestant.

 

Une fois de plus, en 2005, combattre les clergés c’est donner de l’espace aux religions. Les clergés, c’est le pouvoir de quelques uns sur la collectivité. La religion c’est un homme tentant d’affronter son destin. La religion ne quittera jamais certains hommes en quête d’avenir (l’athéisme en sera le miroir). Les clergés en quête du présent ne cesseront de prendre pouvoir sur les hommes (ils détruisent toute velléité d’émancipation).

 

Depuis 1905, et surtout 1906, nous avons découvert que face aux clergés divers nous ne disposons que d’une garantie : un Etat fort. Cette constante de l’histoire explique comment, au nom de la laïcité, on peut aller vers des dictatures. Etudier la dictature d’Ataturk en oubliant le pouvoir de son adversaire, c’est étudier 1905 en oubliant 1906 en France (ce qui est la tendance plus que dominante). Quand économiquement et politiquement, l’Etat s’affaiblit alors les clergés reviennent en force. Faut-il transiger pour les ramener à la raison ? Les clergés se moquent de la raison, sinon ils se nient eux-mêmes (jamais le Pape n’admettra, au nom de la religion, les lois de la démocratie). Seul le rapport des forces peut le contraindre à accepter la laïcité (1906 est une victoire des luttes populaires). La séparation des Eglises et de l’Etat est toujours une victoire de l’Etat sur les clergés. A qui me répondra qu’il ne faut pas tous les confondre, je répète que depuis 1905 nous avons beaucoup appris. En 1905, les protestants français, marginalisés depuis des siècles, furent à la base de la loi de séparation. Aujourd’hui, ils veulent en changer, car parmi les protestants, les évangélistes voudraient que l’Etat leur construise des lieux de culte.

 

Pour le monde musulman, Fethi Benslama indique :

« Pris en tenaille entre les mouvements religieux totalitaires, les Etats despotiques et les arrangements des gouvernements démocratiques, les chercheurs de liberté du monde musulman ne trouvent même pas sur leur chemin les intellectuels européens et américains qui avaient prodigué, il y a peu de temps encore, leur soutien aux dissidents contre les systèmes totalitaires de l’Est »

Qui connaît l’histoire de Tahar Haddad pour prendre un exemple ?

Dans ces arrangements des gouvernements démocratiques je ne cesserai de rappeler l’exemple de l’épreuve optionnelle d’arabe au bac. Le plus souvent ceux qui y participent se préparent quatre mois avant en s’appuyant sur l’arabe appris à l’école coranique. Vu les textes à préparer, ils découvrent alors, stupéfaits, que l’arabe peut parler de sexualité. Qui demande un enseignement laïque de cette langue ? Personne car il ne faut pas fâcher les pouvoirs religieux.

Aujourd’hui le combat pour la laïcité est la pierre angulaire permettant de reconstruire une démocratie.

                        11-12-2005 Jean-Paul Damaggio

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Published by éditions la brochure - dans laïcité
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