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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 14:44

Aux journées de Larrazet, un philosophe avec lequel j’aurai pu être d’accord a souhaité démontrer que la question de l’école en France était avant tout politique à cause de la révolution française. Mais comme souvent en France, la référence à la révolution fait abstraction de la contre-révolution. Normal me direz-vous : si la révolution rend la question de l’école, politique, la contre-révolution ne fera qu’accentuer cet effet ! A voir.

 

Généralités

En France nous sommes face à deux cas de figure (pour l’essentiel) : l’école fille de la Révolution, et le lycée fils de l’Empire. Dès 1806, les profs deviennent des fonctionnaires d’Etat ; pour les instits le phénomène n’interviendra qu’un siècle plus tard (et encore !).

L’école dite de Jules Ferry a fait la promotion de l’école sans rien défaire de la voie royale du lycée. Au contraire, le corporatisme des profs voulu par Napoléon va servir de modèle pour l’école de la république. Face à l’élite produisant ses élites, l’école du peuple était invitée à produire ses propres élites. Et ce système a continué jusqu’aux années 1950…

La question scolaire n’est donc pas, fondamentalement, la lignée « instit », mais le face à face entre le système prof et le système instit. Je ne prétends pas réveiller une fausse querelle mais comprendre un des éléments ordinaires de la lutte des classes en France.

Après 1945, petit à petit, le système instit disparaît au profit du système prof. Disant cela, je ne porte pas un jugement moral en prétendant qu’un système était mieux que l’autre : chacun avait sa fonction.

 

Anecdotes

Ensuite, à la rencontre sur l’Ecole normale, le prof de maths qui débutait à Montauban en 1968 a tenu à indiquer que ses passages par l’E.N. lui laissèrent un bien plus grand et beau souvenir que son passage ensuite dans les lycées. Un ancien directeur d’E.N. qui abandonna son poste en 1972 indique exactement la même chose dans un témoignage. A partir de 1945 lycéens et normaliens préparent exactement le même bac (suivant les filières) mais l’ambiance dans un établissement ne pouvait pas être la même que dans l’autre. Je l’ai noté dans mon livre sur l’E.N. : si au lycée il était de bon ton en salle d’études d’embêter les pions, il ne pouvait en être de même à l’E.N. Les « enfantillages » n’avaient pas quitté l’esprit des gagnants au concours de l’E.N., mais il existait une confiance réciproque dans l’établissement nettement plus petit. L’Ecole normale responsabilisait les jeunes.

Mais pourquoi de telles anecdotes ? Pour rappeler que l’enseignement ne tient pas à l’enseignement lui-même mais aux conditions dans lesquelles il se déroule. Dans le système instit « faire la classe » c’est généralement inviter la société ; dans le système lycée la société est généralement tenue à l’écart du « faire classe », Napoléon ayant construit le système pour que celui qui y domine, ce soit l’Etat. Par la suite, les profs réussirent à mettre en place leur propre marge d’autonomie par rapport au pouvoir central, afin de mieux enseigner. L’instit a fini avec retard par gagner cette marge d’autonomie pédagogique par rapport aux pouvoirs locaux (les maires puissants, jusqu’aux années 1930 en Tarn-et-Garonne, imposaient leur loi quant au déplacement du personnel) mais pour mieux enseigner, il devait s’appuyer sur la vie sociale autour de lui.

D’autres participants ont rappelé qu’en 1947 en venant du cours complémentaire (terme significatif qui indique un complément à l’école primaire, et où les instits étaient rois) il pouvait vérifier que ceux qui venaient du lycée n’étaient pas forts dans les mêmes matières. Pour les filles ce n’était pas d’ailleurs les mêmes matières à s’imposer.

 

Le monde actuel

Bref, le gaullisme, en créant le collège unique, a satisfait une revendication ancienne d’une partie de la gauche française en mettant un terme à la voie royale. Peut-on en déduire que le système instit l’emportait ? L’école primaire recevait tous les enfants et les reçoit d’autant plus, le collège reçoit tous les enfants, et le lycée fait de même avec depuis des lycées professionnels pour accroître la « démocratisation ». Pour la façade, l’école du peuple devient l’école de tous, mais depuis, les résultats montrent que dans cette école de tous, les enfants du peuple ont beaucoup plus de mal à trouver leur place !

 

 

Donc, toute la question tient aux guillemets que je mets à « démocratisation ».

Quand Jospin décide que les instits deviennent des profs, quand Sarkozy porte le recrutement des profs en question, jusqu’à la maîtrise, ils signent ensemble la victoire du système lycée, qui à l’origine fonctionnait de façon anti-démocratique. Ils en finissent avec le corporatisme instit, d’où l’éclatement de la FEN changée en UNSA. La FSU maintient le souvenir du passé (un syndicalisme autonome) mais sans possibilité de projeter un avenir nouveau. La massification ne pouvait signifier inévitablement, démocratisation….

 

Un détour par les USA

Là-bas, jusqu’aux années 60, il y avait la ségrégation : les écoles pour blancs face aux écoles pour noirs. Au moment même où en France on unifie le collège, là-bas on unifie l’école primaire par le système du busing. Prenons une ville avec d’un côté l’école des blancs et de l’autre celle des noirs : la loi impose alors que l’école des noirs aient les petites classes pour TOUS, et l’école des blancs les grandes classes pour TOUS : par un bus on transporte d’une école à l’autre les enfants (les blancs vers celle des noirs et inversement).

Le système soulevait de protestations aussi bien du côté d’une frange de blancs que du côté d’une frange de noirs. Chacun devine pourquoi : des blancs ne voulant rien faire avec des noirs et réciproquement. J’ai connu des enseignantes noires nostalgiques de l’ancien système où elles pouvaient plus facilement enseigner les valeurs de leur communauté. Aujourd’hui, sans que personne ne parle plus de ségrégation, nous en sommes revenus bien souvent à l’école des blancs d’un côté, et celle des noirs de l’autre. Nous ne parlons plus de ségrégation car le système est accepté par les deux côtés. En réalité, il fallait en même temps qu’évoluaient les structures, faire évoluer les contenus de l’enseignement et les méthodes pédagogiques. Il fallait unifier les qualités de rigueur du système prof (contre le bricolage instit) et les recherches pédagogiques du système instit (le savoir n’est pas tout par lui-même). Partout, nous sommes loin du compte, car, en même temps que les besoins en formation devenaient de plus en plus immenses, les capacités budgétaires de l’éducation devenaient de plus en plus restreintes. Pour l’enseignant comme le coiffeur, aucune machine ne remplacera le travail humain, en conséquence les objectifs de croissance de la productivité sont vains, et d’autant plus vains que les enfants ont plus que jamais besoin d’enseignants mieux formés ! Les autorités peuvent mettre au point toutes les formules d’enseignement assisté par ordinateur, le contact humain restera toujours la pièce maitresse de tout enseignement, la vie collective des jeunes à l’école normale en était hier une belle preuve.

JP Damaggio

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