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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 14:42

J’ai du mal à participer à des réunions. J’en ressors toujours avec l’envie d’écrire un livre… Après le débat sur l’Ecole normale je vais devoir me contenter de cette page de réflexion. Or il y aurait tant à dire…

 

L’Ecole normale, un des utérus de la République, fonctionnait surtout pour donner naissance à un corps, après fécondation par le peuple, et quelques années de gestation.

Du corps des instits au corporatisme, il n’y a qu’un pas, un pas que j’analyse aujourd’hui autrement qu’hier. D’abord je viens d’apprendre que corporatisme est un mot forgé par Jaurès en 1911. Pour en dire du bien ? J’en doute !

Au départ, avec les années 70, je voyais surtout les travers connus du corporatisme à savoir l’esprit de fermeture sur soi. Se soigner avec la MGEN, s’assurer avec la MAIF, acheter à la CAMIF, adhérer à la forteresse enseignante la FEN, s’inscrire à la CASDEN, utiliser le camping G.S.U. c’était un entre soi peu plaisant à mes yeux. Pourquoi ai-je changé d’avis ? Par nostalgie maintenant que tout ça c’est fini ?

 

Le corporatisme a alimenté les fermetures mais aussi les solidarités. Dans le film Cheminot, on entend un retraité de la SNCF évoquer le corporatisme de la « boîte » en disant : « Oui, nous étions corporatistes mais moins qu’à EDF ! ». La France a donc été traversée par divers corporatismes et celui des instits gravé à jamais dans le I de MAIF, « l’assureur militant », ne pouvait pas être essentiellement fermé. Seule l’Ecole normale était là pour l’alimenter car ensuite c’était la dispersion, certes dans une zone géographique limitée (le département en principe) mais dans de petits établissements. De plus ce corporatisme n’était pas un formatage des esprits. A l’Ecole normale personne ne pouvait empêcher le fana de piano d’aller jouer pendant l’interclasse, ou le fana de sport d’occuper le terrain de foot, ou l’assoiffé de lecture de se plonger dans la bibliothèque. Vu le métier tourné vers la globalité des enfants, le corporatisme instit était fait de solidarités multiples, et non pas de soumissions à un ordre unique.

 

Mais la révolution s’est faite contre les corporatismes même si Turgot, au nom du libéralisme, en avait aboli l’existence par l’édit du 5 février 1776. Les droits à l’universel ne permettent pas les féodalités.

 

D’où la triste question du retour actuel des tribus ! Logiquement le corporatisme instit était dans le sens de l’histoire puisque les sociétés deviennent tous les jours plus féodales, constituées en groupes soudés d’autoprotection. Or l’histoire, depuis les années 70, m’a permis de saisir les effets catastrophiques, pour les droits du peuple, de la mort des corporatismes et en particulier de celui des instits.

Le règne du communautarisme, des clans, des sectes, des tribus, des mafias et des gangs, autant de cancers quotidiens de la République. Alors que le corporatisme exigeait l’existence d’un Etat de droit pour y jouer des coudes, toutes les tribus veulent imposer leur droit contre celui de l’Etat.

Dans ce nouveau contexte, les organismes fédérateurs comme la Ligue de l’enseignement, la Ligue des droits de l’homme, les syndicats perdent toute raison d’être et doivent en conséquence soit se plier au nouvel ordre en devenant aussi un clan, soit disparaître. Résultat, il n’y a de pire clan que celui né d’un corporatisme !

 

Nous sommes donc avec un instit (pardon un prof d’école) baladé au gré des vents, face à des élèves tout autant en manque de repères et l’éducation devient aveugle.

 

Faut-il lutter pour en revenir au corporatisme ?

On ne refera pas la République d’hier en quête d’utérus. Inutile de jouer contre son camp. D’autres solidarités plus globales que les féodales, surgiront sans qu’on devine d’où et comment. Les inventeurs de l’Ecole normale imaginaient-ils les effets secondaires de leur trouvaille ?  Ils pensaient surtout à former des instits, et finalement ils ont formé des corps. Ils n’ont fait que prendre exemple sur un corps existant pour l’élite, le corps de profs, fonctionnaires d’état dès 1806 !

 

Pour l’action, inutile de chercher quel sens prendra le futur, il suffit, au quotidien, de s’en tenir aux solidarités possibles à mettre en œuvre, et elles produiront bien quelques effets. En particulier les solidarités pouvant naître de la mémoire en reliant les anciens et les jeunes. L’apprentissage de l’histoire, dans une école qui était politique, représentait déjà un repère politique majeur. A chacun de rappeler cette évidence et les jeunes ne seront pas moins glorieux s’ils apprennent de l’expérience sociale.

 

Le débat sur l’Ecole normale a remué beaucoup d’émotions et j’ai constaté que cette émotion inévitable croisait des trajectoires diverses pour un fond commun.

Etrangement, le corporatisme (aliment de l’émotion en question) vient de la corporation, terme venant de l’anglais par l’entremise du latin. La Corporation (prononcer à l’anglaise) n’est-elle pas à présent le maître du monde, et le maître d’école n’est-il pas devenu un minuscule numéro dans ce monde des géants ?

 

15-11-2011 Jean-Paul Damaggio

 

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