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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 22:28

Pétronille Cantecor, l'origine d'une grande industrie

Pour en savoir plus voici un document rare mais signé seulement d'une lettre. 10 mai 2012 JPD

 

 

Document : Origine de l'industrie des chapeaux de paille a Septfonds et Caussade

(Le Républicain du Tet G 7 Février 1892)

Ceux qui connaissent et aiment Septfonds, ceux qui se passionnent pour le progrès industriel et le suivent dans ses moindres manifestations, trouveront sans doute quelque intérêt à connaître l'origine de la fabrication des chapeaux de paille dans notre contrée.

(Peut-être vais-je éveiller certaines susceptibilités, et froisser quelques prétentions, mais c'est guidé par un ordre d'idée plus élevé, et des considérations moins mesquines que j'ai écrit ceci).

Me rappelant le vieux précepte latin "les paroles volent, les écrits restent", j'ai cherché dans le passé des faits et des dates. Aussi est-ce de documents écrits, peu suspects par conséquence de mauvaise mémoire ou de complaisance que cette étude est faite.

Montrer ce que peut devenir un pays, si petit qu'il soit, par un labeur continu et patient, montrer que partout où il y a courage et persévérance il peut y avoir richesse et prospérité, telle est la philosophie que je voudrais nettement détacher de ce qui suit. Aujourd'hui à notre époque de liberté, de réformes sociales tendant à donner à chacun le plus d'initiative possible en lui laissant la libre disposition de ses facultés, le plus humble et le moins fortuné peut prétendre à tout par son intelligence et son travail.

II

En moins d'un siècle, Septfonds a édifié lui-même, sans secours étrangers, sa propre fortune et a su créer autour de lui une honnête aisance. De 8 à 900 habitants la population s'est élevée successivement jusqu'à près de 1900. Septfonds qui allait volontiers travailler chez les autres et s'expatriait, reste maintenant chez lui et y reçoit les Septfontois qui, pour la plupart, n'avaient guère dépassé, dans leurs voyages les plus lointains, le chef-lieu de leur département, vont aujourd'hui, partout en France et presque partout à l'étranger.

Septfonds qui ne fréquentait guère que des Septfontois, a vu un beau matin, débarquer à sa porte Anglais, Italiens, Suisses ... (Parisiens) qui venaient offrir les produits de leurs pays et traiter affaires.

Quelles ont été les causes d’une pareille transformation, quelle est la source de cette fortune. Les débuts de Septfonds sont plus que modestes : ils sont simples et naïfs comme une légende. Au lieu d'avoir été jetées et bâties en six mois comme bien des usines du Nord, par exemple, par la force brutale de l'argent et la volonté de quelques capitalistes, nos fabriques ont une origine entourée presque de poésie, comme il convient bien à un pays du midi, où l'on travaille en chantant, en plein air, au grand soleil !

C'est une femme, Pétronille Cantecor qui, la première eut l'idée de tresser la paille, et de tresser avec cette paille, les premiers chapeaux. Elle était née en 1762.

III

Figurez-vous une bergère, une "pastoure" comme on dit chez nous, menant paître ses brebis, et assemblant, pour amuser ses doigts inoccupés, des brins de jonc, des brins de paille, fabriquant la première tresse, et de ce fait très simple, presque banal, jaillit l'étincelle.

Pétronille Cantecor met son idée à profit, cherche, travaille, étudie, se perfectionne et après avoir fait la tresse, coud le chapeau. Après quelques essais et déjà passé maître dans la partie, elle a bientôt fait de reconnaître que la paille des endroits secs et pierreux, plus fine, plus blanche, convient mieux à la fabrication. Aussi, est-ce dans le Causse, qu'elle fait ses élèves et propage son idée. A Lalbenque, Caylus, Puylaroque, etc... elle enseigne les femmes qui utilisent ainsi les loisirs que laissent les travaux des champs. Partout, elle apprend à tresser et à coudre elle commence bientôt un petit commerce de Chapeaux de paille de femme, avec le Haut-Rouergue Villefranche, Rodez, etc... C'était en 1798, Septfonds industriel et commerçant venait de naitre. La population intelligente, active, industrieuse par nature, suit l'exemple de Pétronille Cantecor, et les premières maisons de Septfonds, commencent à se fonder à cette époque.

De Toulouse même on vient acheter : les demandes sont nombreuses, les ateliers à peine formés, le procédé encore dans l'enfance et on a fort à faire pour contenter cette clientèle naissante.

Bientôt, dans tout le Causse, on se met à faire des "pailloles". On tresse, comme ailleurs on tricote ou on file. Au paccage pendant le jour, au coin du feu le soir, à la veillée, les rouleaux de tresse s'allongent, s'allongent tant et si bien que la production s'accroit rapidement, dépasse les besoins. Alors, commence un commerce de tresses avec les manufactures existant déjà depuis longtemps en France mais parfaitement ignorées jusqu'alors de Septfonds. Des industriels comme M. Leborgne, de Grenoble, par exemple s'adressent aux Septfontois et de cette époque, la tresse plate de Septfonds fait sa première apparition dans la chapellerie.

En même temps. à Lalbenque, Caylus, Montpezat, Puylaroque, etc..., les foires s'animaient. Autour des voitures capotées des Septfontois, les vendeuses venues de tous côtés, affluaient. Et pendant une heure ou deux, c'était un vrai coup de feu, où malgré les apparences, il se brassait des fortes affaires. Marchés rapides et pleins d'entrain où l'activité et le coup d'œil entraient pour beaucoup, où souvent le plus habile était le plus gai, où les bonnes femmes de la campagne traitaient de pair avec le fabricant bon enfant, riaient, disputaient, plaisantaient et lâchaient enfin leur marchandise à bon compte).

En 1846, Pétronille Cantecor était morte, léguant à son pays, l'industrie dont il peut aujourd'hui faire à bon droit sa gloire. Dans le cimetière de la commune, une simple pierre relate le fait "Pétronille Cantecor décédée le 26 décembre 1846, Fondatrice des manufactures de chapeaux de paille de Septfonds".

Une délibération du Conseil municipal de Septfonds datée du 19 mai 1887, fixait un emplacement pour élever une statue à Pétronille Cantecor. En 1888, au mois de février, dans une fête de charité, un des chars particulièrement organisé par le Comité-directeur représentait Pétronille Cantecor faisant la première tresse. Hommage solennel et touchant, auquel la population toute entière s'associait.

Le commerce des tresses devenu de plus en plus prospère et les commerçants septfontois de plus en plus nombreux, la concurrence, cet élément indispensable de progrès, qui suggère tant d'idées neuves et fécondes, amena bientôt des transformations complètes dans le pays.

Pétronille Cantecor avait transmis son commerce à ses enfants, ses deux petits-fils. Fortuné et Jean Cantecor exploitèrent avec succès l'industrie désormais traditionnelle dans leur famille et de concert avec leurs collègues donnèrent un grand élan à la fabrication.

Vers 1849, M. Fortuné Cantecor va chercher à Grenoble des ouvriers et des ouvrières et les premiers chapeaux de paille apprêtés, dressés, finis, font leur apparition à Septfonds. Depuis longtemps en rapport avec l'Italie, il y avait fait un voyage au cours duquel des remarques personnelles l'ayant amené à apprécier la fabrication de ce pays, il transplantait des familles d'ouvriers italiens dans sa maison de Toulouse.

A cette époque la population de Septfonds augmente sensiblement. Les nouveaux développements apportés dans l'industrie, réclament des bras, et au recensement de 1851, la commune compte déjà 1235 habitants.

Cependant le commerce de tresses continue, Septfonds fait l'exportation. Dans un voyage à Londres, chez un de ses clients, M. Fortuné Cantecor remarque les tresses de Chine et un des premiers en France importe le "Canton", dont l'Angleterre seule avait jusqu'alors le monopole (1869).

L'année précédente, M. Cantecor faisait installer, ainsi que quelques-uns de ses confrères, les premières machines à presser - Machines Mathias (1868) - Au mois de mars 69, les machines Mathias sont remplacées dans ses ateliers par le système perfectionné : Legat. Peu de temps après, l'acquisition d'une machine à vapeur permet à M. Cantecor de faire fonctionner son usine par un système de haute et basse pression, à peu près unique aujourd'hui en France. En 1875-76 apparaissent les premières machines à coudre.

En 1887, au mois de Novembre, M. Fortuné Cantecor établit le premier dans la contrée les presses à gaz. Désireux enfin de donner plus d'extension à son commerce de rotins, et s'inspirant de l'exemple d'une grande maison de Paris, au mois de février 89, il envoie un membre de sa famille dans les Indes néerlandaises, à Batavia, et fonde un comptoir spécial pour l'importation de cet article.

Au mois de mai 1890 M. F. Cantecor succombant aux suites d'une maladie contre laquelle il luttait depuis longtemps déjà, terminait sa longue carrière.

Toujours à l'affût d'inventions nouvelles, souvent innovateur et précurseur, toujours au premier rang, ne reculant devant aucun sacrifice, tantôt récompensé, tantôt rudoyé par la fortune, il fut toujours confiant dans son œuvre et resta toute sa vie, partisan déclaré de tous les progrès.

Au moment où se fermait sa tombe un représentant autorisé de l'Union des fabricants de chapeaux de paille français rendait hommage à sa mémoire et prononçait quelques paroles d’éloge.

Cet éloge doit s'adresser aussi à tous ceux qui ont contribué plus ou moins au développement de l’Indus trie septfontoise : depuis les fabricants qui ont laborieusement élevé leur fortune et courageusement engagé leurs premiers capitaux jusqu'aux moindres ouvriers qui ont apporté leur intelligente activité dans l'édification de la prospérité et de l'aisance commune. Nous devons être reconnaissants envers ceux qui nous ont précédés, nous qui, recueillant les fruits de l'œuvre, n'avons pas connu ses débuts difficiles et tourmentés. Le pays doit beaucoup à cette génération de vaillants qui ont fait prospérer cette industrie dont les produits rivalisent aujourd'hui avec ceux du monde entier. C'est un spectacle vraiment beau que celui de ces hommes partis de rien, pour la plupart ouvriers sortis du peuple, arrivant par leur travail et leur volonté à se créer une fabrication bien à eux, et à prendre pied dans l'industrie française.

Leur œuvre est d'autant plus grande que leur origine fut plus humble, leur instruction plus modeste, leurs ressources plus précaires.

Grâce à eux, la commune augmente tous les jours sa population compte maintenant dix-sept fabriques, des centaines d'ouvriers, et lorsque les pauvres qui errent sur les grandes routes passent dans le pays, ils font un crochet et frappent aux portes de Septfonds où le travail régulier, et l'aisance ont fait les cœurs sensibles et généreux.

A côté de Septfonds qui a toujours été et qui reste dans la région, le véritable foyer de la fabrication des chapeaux de paille, Caussade a su attirer chez lui une part de ces ressources industrielles.

Au mois d'Avril 1857, M. Jean Cantecor eut le premier l'idée d'y établir un atelier de couture, et le premier fit un essai que seules des circonstances imprévues empêchèrent de réussir.

On dit communément dans le pays qu'à cette époque la municipalité de Caussade proposait d'appeler auprès d'elle un fabricant septfontois et de faciliter l'établissement d'une manufacture de chapeaux de paille. M. André Rey vint, et fonda l'importante maison que l'on sait. Il fut suivi de près par M. Miquel, Jean Cantecor. Depuis des maisons de Septfonds y ont établi de grands ateliers de couture.

Les relations entre Caussade et Septfonds se sont de plus en plus resserrées, les intérêts se sont unis et confondus si bien qu'il n'est pas de Septfontois qui ne soit fier d'appartenir au canton de Caussade et de Caussadais qui ne se fasse honneur d'avoir une commune telle que Septfonds. L.

 

P.S. Mon désir eut été de donner ici un historique plus complet de la fortune industrielle de notre pays j'aurai voulu rendre un hommage public à ceux qui ont contribué à sa prospérité, et mieux préciser quelle a été dans l'œuvre, la part de chacun mais les documents m'ont manqué, et cela seul m'en a empêché. Je n'ai voulu et je n'ai pu parler que de ce que je savais être vrai et irréfutable.

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