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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 14:36

    Paco Ignacio Taibo II à Toulouse

 

Paco à Toulouse, photo j-p damaggio

Du salon du livre parisien où le Mexique est à l’honneur, Paco Ignacio Taibo II, qui s’y est fait remarquer en se scandalisant du prix d’entrée à une telle initiative, a pu faire un détour par Toulouse, ville où, venant d’Asturies à l’âge de 19 ans, il arriva en 1969 pour deux raisons : acheter des livres interdits en Espagne et voir une course cycliste.

Depuis, quel chemin parcouru par l’écrivain !

En ce 18 mars, il présente son Pancho Villa. Après avoir été un auteur de polar, PIT II a décidé qu’aucune fiction de ses fictions n’arrive à la cheville de l’histoire, du moins l’histoire telle qu’il l’entend. En 2001, il publie Archanges, douze histoires de révolutionnaires sans révolution possible et depuis il ne quitte pas l’histoire des « derotados ». La traductrice hésite pour rendre le mot. Elle dit « ce qui n’ont pas gagné » pour dire en fait : les VAINCUS. Avec son livre sur le Che et son monument sur Pancho Villa il continue de suivre ce filon. PIT II s’explique : « l’histoire est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux seuls historiens ». Pire que ça, il ajoutera ensuite : « L’histoire académique tue une nouvelle fois les révolutionnaires ». Aucun des travaux d’historiens sur Pancho Villa n’a jugé utile de noter que pour le général, danser, c’est faire monter la poussière. Danser la polka, la valse mais aussi des danses qui n’étaient que les siennes.

Attention, Paco étudie l’histoire comme le font les historiens. Il écrit sans rien inventer mais au contraire, après une étude la plus minutieuse possible. Sauf qu’il écrit une histoire de chair et de sang, il fait entrer le sens des mots par le conte, la légende, l’humour ou l’anecdote. J’ai bien aimé cette référence à l’anecdote.

D’ailleurs, comme le fait observer un intervenant, c’est l’anecdote, le fait divers qui alimente sa première littérature. Bien sûr, pas n’importe quelle anecdote, surtout aujourd’hui où, après avoir connu la censure franquiste ou autre, nous sommes bombardés d’informations !

Comment rendre ici les rires de part hispanophone de la salle qui, sans doute, provoquent quelque frustrations car ils anticipent la traduction ? J’ai eu cette sensation au Québec au cours d’une pièce de théâtre utilisant le joual : le public riait et moi tout bête j’attendais l’explication de mon voisin québécois.

Une autre question fut d’importance dont je donne l’esprit : jusqu’à quand le peuple aura-t-il besoin de personnalités pour le représenter plutôt que de se prendre en main lui-même ? Paco raconte avec gourmandise des histoires de chefs révolutionnaires alors que les révolutions c’est le peuple qui les fait ! Sa réponse est parfaite à mes yeux : la croyance en un sauveur suprême est aussi périlleuse que la croyance en un peuple se prenant en charge lui-même. Le peuple a toujours besoin d’un représentant, tout le problème c’est quand le représentant n’a plus besoin du peuple. Paco insiste : il a participé à bien des mouvements démocratiques où il y avait fort heureusement des représentants. Par contre décréter que le peuple a besoin d’une avant-garde, que cette avant-garde c’est que le parti, que dans le parti l’avant-garde de l’avant-garde c’est le comité central et qu’au total le représentant suprême du peuple c’est le secrétaire général, alors au moins 300 raisons de représentations se sont perdues en route.

Si Paco nous propose ses images de référence pour reconstruire la gauche, si ces images sont des figures humaines, c’est pour qu’on n’oublie pas que l’impossible a déjà eu lieu. Peut-être après cette distance affichée avec la représentation la question aurait pu de manière plus judicieuse : et les femmes dans tout ça ? J’ai repéré son récit sur la Soviétique Larissa Reisner et c’est tout.

Dans un entretien, il indique : « Creo que uno de los grandes problemas de la izquierda es reconstruir su santoral laico. » (je crois qu’un des grands problèmes de la gauche c’est la reconstruction de son martyrologue laïque). Dans cet univers de « saints » (martyrologue me semble bien trop fort par rapport à santoral) il rêve de réécrire l’histoire de « Saint » Monte Cristo ou celle des « Saints » Trois Mousquetaires, des hommes d’honneur qui poussaient l’honneur jusqu’à se battre pour une dame sans honneur !

Ceci étant son dernier livre publié en espagnol concerne un inconnu, donc un « saint » à construire. J’ai souhaité l’interroger sur cette question pour deux raisons : sera-t-il traduit car vendre en France un livre sur Tony Guiteras ça risque d’être plus dur qu’un livre sur Villa ? (on attend toujours son livre sur le 68 mexicain) et comme Cuba traverse un nouvelle phase de son histoire ça devrait nous inciter à rencontrer ce révolutionnaire d’avant Castro.

En exclusivité pour les lecteurs du blog voici quelques caractéristiques de cet inconnu : Tony Guiteras est un des piliers de la révolution cubaine de… 1933. Il mit en place, la journée de huit heures, le salaire minimum, la sécurité sociale, le droit de vote des femmes avec les premières femmes maires… un histoire très complexe presque autant que celle de Jésus de Galindez, et ceux qui ont lu mon travail sur Vázquez Montalbán ne seront pas étonnés par cette conclusion. 19-03-2009 Jean-Paul Damaggio

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 10:19

Hier Libération et Antenne 2 se sont faits l'écho de manifs au Mexique contre la violence. Il y a déjà presque deux mois j'ai publié l'article ci-joint sur le site La Sociale (ancienne adresse). Je le reprends ici.


Mexico’s Mafia

 

Le Courrier International vient de faire sa Une sur le Mexique. Il n’y a pas si longtemps vous y auriez vu la tête du sous-commandant Marcos. La lettre M ayant été changée en N, ce sont les Narcos qui font événement (avec les commentaires du même observateur très pertinent : Carlos Monsivais). Le journal Le Monde vient d’envoyer une journaliste au Mexique pour y étudier, elle aussi, les Narcos. Pourquoi ? Le gouvernement du Mexique a décidé de lancer une offensive contre la mafia qui s’empare du pays. Il a déjà perdu 500 de ses hommes dans cette guerre d’un nouvel âge.

 

La carte géographique, qui accompagne les traductions d’articles du Courrier International, montre les Etats du Mexique soumis à la « féodalisation ». On y trouve tout le Nord du pays et un seul Etat du Sud : le Chiapas. Le Nord du pays à cause de la frontière avec les USA et le Sud à cause des Zapatistes. Les mafias permettent de livrer bataille sur tous les fronts : celui du droit existant comme celui du droit futur. La drogue n’est pas le seul vecteur de l’illégalité. Les simples cigarettes ou demain les carburants peuvent tomber dans leur escarcelle au même titre que les milliers de contre-façons.

 

Est-ce que les mafias sont un cancer du système capitaliste ou son aliment ? Les USA prétendent livrer une bataille d’enfer contre le narco-trafic (d’où la guerre de Calderon au Mexique) et tendent à montrer ainsi, que les mafias sont un adversaire du système. C’est croire que le système est d’un seul bloc ! Au sein des USA la lutte est très ancienne entre la CIA prête à toutes les compromissions pour défendre la grandeur des USA, et le Département anti-drogue « soucieux » de défendre la santé des Nord-Américains et intransigeant avec les seigneurs du trafic.

 

Dans l’Italie fasciste, Mussolini mena une lutte au couteau contre la mafia sicilienne qui se replia aux USA pour revenir plus forte que jamais avec les bateaux US du débarquement de 1943, comme le démontra si bien Sciascia. La mafia est un outil essentiel du capitalisme anti-étatiste car il fait avancer à grand pas les « lois » de la jungle. Il se trouve que dans le monde contemporain, les mafias peuvent également servir des Etats comme en Russie.

 

Dans le cas Mexicain il s’agit d’en finir avec les vestiges de l’Etat passé (des droits sociaux acquis dans un univers politiquement peu démocratique), comme avec les possibles de l’Etat de demain (ceux de la gauche dans ses diverses variantes). Pour ce faire, l’une des valeurs populaires mise à l’index est celle de « la valeur travail ». Pourquoi se fatiguer une vie durant pour gagner autant en un seul mois ? Et si la mort est au bout qu’importe : il vaut mieux vivre des émotions fortes rapides que pas d’émotions du tout pendant des décennies ! Fernando Vallejo a écrit le chef d’œuvre littéraire représentatif de cette nouvelle génération : La vierge des tueurs. Au Mexique comme en Colombie les sicaires sont très croyants et vont prier la vierge pour qu’elle les aide à accomplit leurs crimes !

 

Ce phénomène n’a malheureusement rien d’original sur la planète et il nous impose une réflexion politique de la plus haute importance. Chez bien des jeunes Français, la tentation de l’argent facile devient naturelle. Et les discours de Sarkozy sur « la valeur travail » n’y changera rien. Pas plus que son souhait de changer la Caisse des dépôts en « fonds souverain » pour faire comme dans les pays comme la Chine ou l’Inde. Il traite toujours de l’écume des jours sans se pencher sur la profondeur des océans. Les mafias modifient les profondeurs de l’océan avec de grands risques personnels pour ceux qui s’y engagent, mais avec l’assurance que l’œuvre entreprise perdurera après leur disparition.

 

La démocratie que nous avons à défendre et à proposer n’a pas comme seul adversaire le capitalisme financier (dit parfois néo-libéral), mais tout autant ce capitalisme féodal qui, avec ou sans Etat, fait reculer le principe même du droit. Lutter contre le seul capitalisme financier peut se retourner contre nous si le capitalisme féodal est le seul à en tirer bénéfice. En conséquence l’information sur les mafias du Mexique n’est à lire ni comme l’objet d’un folklore local, ni comme l’effet d’une marginalité contrôlable par le système. Quand on se souvient que, dans un tel pays, la culture populaire passe par les chansons, le fait que les chefs mafieux soient au cœur d’un style, les corridos, ça confirme l’impact global d’un phénomène qui peut symboliser ce nouveau siècle en construction. 10-07-2008 Jean-Paul Damaggio

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