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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 11:17

 Un chauffeur de taxi

En arrivant à Cancun, pour rejoindre notre hôtel, nous avons pris « le collectivo » qui est un minu-bus, les prix des taxis défiant toute concurrence ! Puis le lendemain, un bus public, et enfin le bus première classe pour rejoindre la ville de Valladolid qui est si « petite » que nous n’avons pas eu besoin des services d’un taxi.

En conséquence, notre premier taxi nous l’avons pris à Mérida pour aller du terminal des bus à notre hôtel. Nous n’avons pas choisi : dans les gros terminaux de bus mexicains, il y a un service de taxis officiels où chacun attend son tour. Généralement j’ai beaucoup de chance dans les discussions avec les chauffeurs de taxi d’Amérique latine, à moins que leur gentillesse les incite à abonder dans mon sens. Cette fois encore je n’ai pas été déçu.

D’où ces quelques lignes !

L’homme âgé, à la petite moustache et à la tête ronde possède une voiture à bout de souffle dont on se demande à chaque accélération si elle ne va pas s’étouffer. Il m’explique qu’avant d’être chauffeur de taxi, il était policier, un changement d’activité dû au fait qu’il ne voulait pas avoir de patron.

A côté de lui, il avait replié le quotidien et j’ai reconnu Por Esto ! (Pour ça ! avec en sous-titre : dignité, identité et souveraineté). Je lui demande alors de m’expliquer la différence avec l’autre quotidien, El Diario de Yucatan que je lisais sur internet avant le voyage, et dont j’avais déjà acheté plusieurs exemplaires (tout comme j’avais acheté Por Esto !.

Por Esto ! (format Libération) fait plus populaire que El Diario (format de la presse des USA) mais, pour le chauffeur de taxi, la différence est ailleurs. Il m’explique que quand il s’agit de parler du PRI ou du PAN, El Diario fait ses choix il préfère dire du mal du PRI plutôt que du PAN alors que Por Esto ! fait la critique des deux partis, quand c’est nécessaire. J’ai vérifié ensuite que Por Esto ! était plutôt à gauche (favorable au droit de décider ce qui signifie aux Amériques droit à l’IVG), et l’autre plutôt à droite.

Quand je lui demande de me parler des festivités prévues sur la ville, les prochains jours, il me mentionne l’événement à ne pas rater, ce que nous appelons un concours agricole ou une grande foire agricole. Toutes les productions du Yucatan y seront présentées mais c’est très en dehors de la ville et il faut 150 pesos pour y aller en taxi. Visiblement l’homme me prend pour un touriste peu classique.

Le temps de trajet est court, la rencontre s’achève et je le remercie du classique : « gracias señor » (merci monsieur). Là, il me regarde avec un grand sourire débonnaire : « el señor, il est là-haut dans le ciel, moi c’est Felipe. »

 

La vendeuse de fromage

Tout en marchant sur l’avenue de bord de mer à Campeche nous arrivons dans la zone « nord-américaine » de la ville où le Mac Do trône en vedette. Nous découvrons de loin un cinéma multiplex qui s’appelle bien sûr Hollywood où juste avant midi on découvre à notre grande surprise une immense queue à la caisse.

Nous nous approchons et nous y découvrons une grande partie de la jeunesse lycéenne (avec son uniforme) qui achète des billets puis qui s’en revient vers son établissement scolaire. Parmi les cinq films annoncés (nous découvrons la version espagnole du dîner des cons) nous nous demandons lequel peut attirer autant de public à une telle heure. Petit à petit la queue diminue et Marie-France s’approche de la caisse et comprend le phénomène : c’est le jour où les billets sont moins chers et des jeunes les achètent à l’avance pour un film que tout le monde veut voir : Harry Poter.

Pendant que Marie-France consulte l’information de la caisse, une dame d’environ 50 ans, s’approche de moi pour me vendre du fromage. Le nombre de vendeurs alimentaires est toujours impressionnant dans de tels pays. Du marchand de glace, au marchand de crêpes ou de cacahouètes, la liste est longue, mais je reconnais que c’est l’unique fois où je croise une vendeuse de fromage.

Je refuse d’acheter quoi que ce soit mais elle en profite pour engager la discussion car elle s’étonne sans doute de nous trouver là où nous n’avons rien à faire. Elle me confirme ce que Marie-France a lu : les élèves n’avaient pas le droit de sortir mais ils le prennent pour acheter et ensuite revendre des places. Et toute la jeunesse veut voir Harry Poter.

Elle veut savoir comment on trouve le Mexique. Nous lui indiquons que pour nous c’est très beau mais qu’il faut tout de même faire attention du point de vue alimentaire car nous ne sommes pas habitués au piquant (el fuego). Elle nous précise alors que les Mexicains y sont habitués mais paie cette habitude au prix fort : les maladies les plus fréquentes concernent l’estomac et les intestins.

Cette dame a l’air triste et fatiguée, nous la laissons à ses espoirs, et nous continuons notre route vers le centre-ville.

 

Un jardinier

Nous mangeons notre pique-nique dans le Jardin des héros de Valladolid qui est si tranquille qu’on y verra notre premier iguane mexicain. Un vieux monsieur passe devant nous plusieurs fois, avec à la main un seau plein d’herbes. Visiblement, au-delà des classiques formules de politesse, il hésite à nous adresser la parole. Puis à un moment, il pose la question qui lui brûle les lèvres : « D’où venez-vous ? »

Comme toujours au Mexique, il est enchanté d’apprendre que nous venons de France. Il commence par nous vanter les mérites de son jardin qui est en effet bien entretenu, agréable et qui s’appelle le Jardin des Héros car il y a plusieurs monuments et plaques à la gloire des révoltés les plus divers de la ville de Valladolid. Il nous rappelle les mérites du petit musée situé à côté du parc, puis la conversation s’engage sur des sujets plus sociaux.

Si nous sommes là, c’est parce que nous avons accédé à la pension de retraite que Sarkozy veut retarder. Il connaît Sarkozy qui ne vaut pas mieux que leur président Calderon. Au Mexique, il faut travailler dix ans et ensuite on peut prendre la retraite avec une petite pension proportionnelle aux années de cotisation, tout en sachant qu’après 30 ans d’activité la pension n’augmentera pas. Il précise cependant que, malgré tout, certains continuent de travailler après 30 ans, le montant de la pension étant faible. Deux mots existent pour expliquer la situation : retirado et jubilacion. Celui qui se retire de son travail est un retirado mais celui qui se retire avec un droit à pension, c’est la jubilacion (jubilation) avantage qu’obtiennent encore, surtout les employés de l’Etat.

L’homme est si heureux de nous parler que nous n’avons même pas besoin de le questionner. Apprenant que Marie-France était prof de maths, il nous explique qu’il pousse les jeunes à apprendre dès leur plus jeune âge, car ce qui n’est pas appris une année oblige à travailler le double l’année suivante, jusqu’au moment où l’élève ne peut plus suivre. Il insiste sur l’importance de l’éducation. Nous apprendrons ensuite qu’en moyenne, au collège, l’absentéisme est de 80% (soit par découragement soit pour aider les familles). A la question sur la place des universités dans la ville, il en mentionne deux, une publique et une privée. Même dans l’université publique il faut payer, alors que c’est gratuit en principe, mais la corruption existe partout, et parfois, malheureusement, certains sont prêt à payer avant qu’on ne leur demande quoi que ce soit.

A ce moment-là, deux policiers municipaux s’approchent, alors il nous dit : « Permiso » ce qui signifie qu’il passe son chemin, la discussion étant close. Dès que les policiers, au demeurant très tranquille, repartent à leurs occupations, il revient nous voir et là je l’interroge sur les arbres du jardin. Il pourrait tous nous les détailler. Les arbres (nous le verrons en beaucoup d’endroits) sont taillés en forme d’animaux et c’est fait nous dit-il par les jardiniers de la ville. Il y a un arbre unique qui vient d’Afrique et qu’il appelle « Amandier d’Afrique » même s’il ne semble avoir aucun lien avec les amandiers. Nous voyons aussi plusieurs ficus. Il y a quelques caimitos.

L’homme est aussi tranquille dans son parler, sa démarche que l’est la ville qu’il habite.

27-11-2010 Jean-Paul Damaggio

 

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 20:12

 

En août 2005 un double phénomène m’a poussé une fois de plus vers le Mexique. Alors qu’au Chiapas naissait l’idée d’une autre campagne électorale, Paco Ignacio Taïbo II et le Sous-commandant Marcos se lançaient dans la publication d’un feuilleton écrit à quatre mains pour La Jornada. Ce feuilleton sera repris par Libération avant d’être publié part Rivages en 2006 sous le titre : Des morts qui dérangent (Les morts incommodes en espagnol).

Grâce à mon ami René Merle j’ai eu la version espagnole du roman dès sa parution (à l’époque j’étais en bas débit).

A ce jour, je n’ai lu aucune critique littéraire sur le roman et je m’en étonne. Je vais donc tenter d’apporter avec modestie quelques réflexions sans l’aide de la moindre béquille. Dans un premier temps j’ai pensé que cette lecture n’était pas convaincante à cause d’un écart trop grand entre l’immense ville de Mexico « royaume » de Paco (j’utilise seulement le prénom pour faire vite) et la forêt Lacandona de Marcos, écart auquel s’ajoute le fait que depuis des années Marcos est enfermé au Chiapas tandis que Paco bourlingue à travers le monde. Leurs combats révolutionnaires communs mais différents n’avaient rien d’utile dans le projet littéraire mis en place. Aujourd’hui, je considère qu’entre Marcos et Paco il y a toute la distance que l’on peut imaginer entre un conteur et un romancier.

Marcos et Paco ont une passion littéraire commune : Manuel Vazquez Montalban. D’où sa présente dans le premier chapitre des « Morts qui dérangent ». Manuel de son côté, avait une passion, Leonardo Sciascia. Cette lignée de romanciers s’appuie sur une idée : écrire la métaphore d’un lieu. Leonardo fit de la Sicile un universel extraordinaire comme Manuel le fit pour Barcelone et Paco pour Mexico. Reconstruire un univers global sur un pilier géographique, voilà qui ne pouvait que plaire à Marcos soucieux de faire du Chiapas le prototype d’un monde futur possible parmi d’autres, sans le présenter donc comme un modèle. Pour Paco le romancier et Marcos le conteur ne pouvaient faire bon ménage ?

Qu’est-ce que le roman ?

Sans chercher ici à théoriser le roman j’ai seulement la sensation qu’il représente, après les révolutions du 18ème siècle, la volonté de construire tous les possibles qui sont nés, qui ont échoués ou qui auraient pu naître. Le romantisme est né d’un enchantement-désenchantement. Tout d’un coup des barrières énormes sont tombées grâce à la révolution française (à côté, le mur de Berlin fait figure d’enfantillage) libérant une immense créativité, aussi bien pour décrire le monde tel qu’il est avec Balzac, que pour inventer l’impossible avec Dumas. Le roman est daté, aussi, quand on arrive à la fin du cycle ouvert par la Révolution française, il s’épuise. Le Nouveau Roman ne fut qu’une tentative de prisonniers tournant dans leurs cages sociales. En entrant dans une phase de désenchantement-enchantement, à l’heure où toutes les autorités s’emparent même de la révolution pour la rendre conservatrice (le détournement des pubs de 68 par Leclerc en est la face ridicule), dans les pays développés le roman ne peut que s’accrocher. A une île, à une ville ou à une route.

Le roman à Mexico ?

Paco Ignacio Taïbo II, tout comme Sciascia et Vazquez Montalban ont la particularité d’être à la fois des romanciers, des essayistes, des pamphlétaires et des personnalités engagées politiquement (et surtout poète pour Manuel). L’habit du romancier leur est trop petit cependant ils en maîtrisent parfaitement les codes. En conséquence, dans « Les morts qui dérangent » avec Paco, on entre de suite dans un roman, tandis qu’avec Marcos on reste sur le bord, même si son héros par pour Mexico. De l’un à l’autre, des ponts s’établissent sans que pour autant ces ponts servent à des chemins. Ce n’est pas le chemin qui fait le pont et ce n’est pas non plus le pont qui fait le chemin. L’un appelle l’autre et inversement. L’un ne va pas sans l’autre. Les morts qui dérangent ne sont que des ponts et c’est très incommode !

La réponse de Marcos par le conte

La clef du mystère je l’ai trouvée en lisant les textes produits par Marcos dans le cadre de la naissance de « l’autre campagne » en ce mois d’août 2005. Marcos est génial en tant que conteur, pas en tant que romancier. Manuel Vazquez Montalban est génial en tant que poète mais comme les poètes ne sont pas lus, il s’est fait aussi romancier. D’où l’indispensable nécessité, pour comprendre le monde actuel, d’analyser les rapports du conteur et du romancier. Le romancier a tout avalé : le conteur, le théâtre, la peinture, la sociologie, la philosophie, le fait divers et la photo dès qu’elle est apparue. Un conteur réside en tout romancier, mais il n’y a pas de romancier en tout conteur. Le romancier naît de l’immense prétention humaine à reconstruire un monde à la place des mondes abattus. Le conteur est né bien avant, et même bien avant la naissance de l’individualité chère au romancier. Le conteur traverse les âges et les traversera : il suit comme un fil incertain dans les labyrinthes de la vie et des sociétés. Le conteur est un parent du fabuliste quand le romancier se voudrait presque un parent de dieu. Vazquez Montalban aime répéter qu’aujourd’hui Dieu est mort, Marx est mort et qu’il nous reste le cholestérol. Pour le roman, son héros Pepe Carvalho se met à brûler des livres.

Pourquoi Marcos reconstruirait-il un monde quand il s’agit seulement de s’appuyer sur le passé pour faire la révolution d’aujourd’hui ! Le conteur est ainsi. Miracle des miracles, les puissants crient au passéiste à son sujet ! Eux qui, du passé, veulent conserver l’essentiel, à savoir la source de leur domination, ils prétendent combattre les passéistes allergiques au « progrès humain » dont ils imposent la forme à la planète entière. Les classes dominantes pour rester dominantes ont réussi à inverses les valeurs ce qui ne peut étonner les lecteurs de Marx (les classes dominantes sont les meilleurs marxistes que je connaisse). La liberté ne se conquiert plus, ils vous l’offrent ! Dans un premier temps, les « conservateurs » gardaient les yeux fixés sur le passé, quand les révolutionnaires invoquaient les lendemains qui chanteront. Voilà que les « conservateurs » cassent le passé au nom du futur radieux et désarçonnent ainsi toutes les gauches du monde qui deviennent plus que gauches ; elles passent à droite !

Alors, du « nouveau monde » a surgi le besoin d’une autre découverte : les Indiens que le Western popularisa jusqu’à leur susciter une sympathie (quand, dans les films, ils étaient les méchants beaucoup d’enfants les plaignaient, et quand ils étaient les gentils, ils les admiraient) découvrirent qu’ils existaient encore et qu’ils avaient enfin les moyens de découvrir le vieux monde ! Inversion du mythe du bon sauvage ? Parfois oui et le résultat est aussi ridicule que le mythe !

En 1994 au moment où « le vieux monde » décide de conquérir encore une fois le Mexique par un « accord » commercial, des paysans indiens surgirent du néant pour arrêter cette nouvelle invasion. Mais les Zapatistes n’avaient pas que des fusils. Ils avaient 500 ans d’histoire réelle car le Mexique fut traversé de révoltes constantes du peuple contre l’ordre établi. Brusquement, la révolution cessait d’être une fuite en avant pour s’accrocher aux branches du passé. Les Zapatistes prenaient à contre-pied les nouveaux maîtres du monde dont l’arrogance dépasse sans limite l’esprit de conquête de Christophe Colomb.

La nouvelle révolution

Comment, du fin fond d’une forêt, des paysans, des indiens, des retardés retardataires pourraient-ils mettre le système en danger ? L’armée mexicaine envoya sa technologie et, surprise, les Zapatistes refusèrent de jouer les héros. Ils frappèrent un grand coup le 1er janvier 1994 puis s’éclipsèrent. En 1995 l’Armée fédérale lança une grande opération de ratissage comme elle eut l’habitude d’en lancer contre d’autres guérilleros mais les Zapatistes décidèrent de se sauver … mais pas pour disparaître ou se fondre dans le paysage. Grâce à la sympathie suscitée par cette révolte au Mexique et ailleurs, les forces militaires cessèrent le combat pour entreprendre une guerre d’usure ! Les Zapatistes ont tenu et ils se firent conteurs par la bouche de Marcos !

Le conte, en tant que récupération d’un passé, n’est pas une soumission à ce passé. Les forces dominantes ont depuis longtemps prévu les dangers que pouvaient représenter de tels contes. Pour le contrer, ils invitent à une alternative : ou nous acceptons le passé tel qu’il a été, ou nous le balayons pour ce qu’il a été. Voilà comment des progressistes rejoignent alors les puissants : soit, ils prétendent défendre les cultures indiennes passées (ah ! que le colonialisme a été sale !) et justifient alors l’excision, soit ils balaient ce passé et en conséquence vive la « modernité » (l’action devient le seul fait de placer son argent à la Bourse des « valeurs »).

Depuis 1994, les contes zapatistes qui s’appuient sur la culture maya fleurissent sur Internet. En aucun cas ils sont une soumission au passé maya ! Et pour comprendre, il faut toujours s’en référer aux femmes. Je ne prétends pas connaître toutes les cultures indiennes mais celles que je connais véhiculent un mépris envers les femmes au moins égal à celui propagé dans le vieux monde. Et les Zapatistes en sont conscients. Non seulement depuis le départ ils se présentent comme solidaires des féministes, mais aussi des homosexuels et autres minorités persécutés. Puis du discours ils passent aux actes ce qui n’est pas simple : ils reconnaissent sans mal que dans les juntes de bon gouvernement les femmes n’ont pas encore la place normale.

A suivre l’action zapatiste, le roman à quatre mains apparaît, sous la plume de Marcos comme trop pédagogique. Dès le départ Elias enquête sur une femme disparue…. à cause d’un mari macho qui l’exploite. Puis, nous verrons apparaître un homosexuel solidaire des Zapatistes. Pour Marcos le roman est devenu, vu sa notoriété prévisible, un outil crucial pour faire connaître la lutte de son peuple. De ce point de vue, c’est un succès, quand on étudie les coupures imposées à la version publiée par Libération (pour en lire l’intégrale, le journal renvoya les lecteurs à sa version Internet… ou au livre traduit). Ainsi au début du chapitre 11, voici une « note du traducteur » : « Comme pour le chapitre IX, la longueur de ce chapitre nous contraint à des coupes, signalée ici par des appels de note entre crochets ». Je ne vois pas pourquoi c’est le traducteur qui assume cet impératif technique (le manque de place) mais je vois très bien qu’est ainsi éliminée une charge féroce contre la classe politique.

Manifestement, la révolution authentique doit passer de la phase désenchantement à celle de l’enchantement quand on comprend que l’expérience populaire accumulée à travers les siècles peut se libérer enfin du carcan du passé (un retour populaire de la révolution française) ! Face au pouvoir du fric, dont la domination peut acheter des wagons d’hommes et de femmes de gauche, et en décourager ainsi tant d’autres (le désenchantement n’a pas fini de nous user), le pouvoir des siècles commence à éclairer nos nuits. Toute lutte est une course dans laquelle « la révolution conservatrice » tente d’en finir avec « le pouvoir des siècles » en éliminant les paysans. Bataille perdue d’avance puisque l’homme mange ! En conséquence, ils veulent aussi éliminer la cuisine … or le commerce trouve juteux de remettre en rayon le pain de campagne !

Bilan provisoire : le conteur produit un texte court, comme un fil tendu entre deux arbres pour y étendre le linge de la révolution. Le romancier produit un univers comme un rêve tendu entre deux mondes pour y caser des utopies. Paco et Marcos, après avoir laissé le terrain du roman, pourraient s’unir à nouveau pour enfiler des contes. Il y a plusieurs Mexiques que le pouvoir en place veut féodaliser, et en face les Zapatistes rappellent qu’ils se veulent une armée de libération NATIONALE et non pour une seule libération du Chiapas. Dans ce Mexique en route vers une nouvelle unité, les deux écrivains (l’urbain et le rural) trouveront peut-être le moyen d’écrire un livre où chaque chapitre serait un conte dont le suivant démonterait le précédent (au lieu se s’y ajouter). Le petit Poucet pourrait enfin perdre ses parents pour réussir à vivre !

Août 2005-Août 2010 Jean-Paul Damaggio

PS : Le passage du conteur québécois à Montauban, Fred Pellerin, mériterait ici un complément d'analyse

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 19:55

Témoignage d’un Mexicain (4)

 

Aujourd’hui les amis Français m’interpellent sur le bicentenaire de la guerre d’indépendance et le centenaire de la révolution mexicaine. « Un double anniversaire qui semble bien triste » indique l’homme.

En fait je leur indique que les festivités c’était pendant tout le mois de septembre et qu’ils sont donc un peu en retard pour en apprécier l’ampleur.

Ivonne Ortega Pacheco qui gouverne le Yucatan a fait crier : « vive l’indépendance nationale ! » au cours d’un imposant rassemblement devant le Monument à la Patrie. Feu d’artifice, illumination de la sculpture de Rómulo Rozo, nous avons eu droit à tout l’attirail de la fête officielle. Peut-être qu’en lançant son premier viva à l’honneur d’une femme ¡Viva Josefa Ortiz de Domínguez!, aura-t-elle incité des personnes à aller voir au-delà du nom ! Côté exposition Rafael Coronel a été mis en valeur et côté concert le cantautor, Juan Gabriel a offert un concert sur la grande place de Mérida le 15 septembre.

Les amis Français ne connaissent pas de tels artistes. Encore des choses à découvrir.

Ceci étant la tristesse est réelle et va rejaillir sur l’avenir du pays ! ai-je précisé. C’est vrai, une page d’histoire se tourne, les dirigeants du pays étaient très inquiets, ils craignaient ce double anniversaire, parce qu’ici aussi nous pensons, jamais deux sans trois, et qu’en plus nous vivons dans un monde qui a bien besoin d’une troisième révolution. Nos maîtres sont rassurés et l’inquiétude passe dans le camp du peuple qui, ayant été incapable de briller en 2010, en déduit qu’il va se taire pour longtemps. L’actualité dominante de l’année qui s’achève, c’est la prise toujours plus grande du pouvoir par les truands du narco-trafic ! Et pour ça il n’y a pas d’anniversaire possible, c’est l’invention à l’état pur !

10-11-2010 Lucio Cabañas

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 19:53

Témoignage d’un Mexicain (4)

L’ami Carlos m’avait averti de leur passage, mais je ne pensais pas que le couple de Français viendrait me voir, aussi surpris de devoir les saluer, je l’ai accueilli avec grand plaisir. Et nous avons aussitôt engagé la conversation sur la question de l’immense cathédrale qui est mon décor quotidien. J’avoue que j’ai poussé dans ce sens car j’aime diffuser aux Français un texte de 1930 écrit par Emilio Cecchi, un jeune Italien qui visita alors le Mexique. Des tas d’autres que cet homme ont éclairé comme lui la question catholique mexicaine, mais venant d’un Italien il me semble que le propos prend plus de poids aussi j’en garde quelques copies sous le bras. Voici le texte :

« La Vierge de Guadalupe, patronne du Mexique, a le visage brun d’une femme indienne. Son culte fut institué en 1531 dans une localité où existait le temple de Tonantzin, une sorte de Cérès indienne, avec qui les indigènes la confondent plus ou moins. La Vierge de Guadalupe est une divinité rurale et révolutionnaire. Et, dans les guerres d’Indépendance et de la révolution, elle fut conduite au combat sur les étendards contre le Vierge de los Remedios, blanche de peau, protectrice des réalistes et des conservateurs. »

Ce témoignage me semble tout dire de mon pays. Il ne s’agit pas seulement de noter le mélange entre cultes païens et culte chrétien mais de saisir que ce mélange est source d’une séparation, celle de la guerre de toujours entre dominés et dominants.

Oui, la date de 1598 pour la construction de la cathédrale est juste aussi le bâtiment en impose par sa forme autant que par son âge. Les Français veulent savoir ce qui à l’intérieur peut témoigner de la présence de ces deux vierges, de ces deux religions, de cet affrontement entre peuple et élites. Certains se penchent sur les pierres des temples maya ayant servi à la construction, d’autres sur la couleur de peau des personnages sur les peintures mais en fait, le phénomène ne tient pas tant qu’aux bâtiments qu’aux usages qu’en font les gens. Pour comprendre, il faut avoir la chance d’être là au bon moment.

 

« Le témoignage date de 1930, mais à présent est-il toujours valable à l’heure des évangélistes dont nous venons de vérifier encore plus, en Amérique latine, leur forte présence par l’élection présidentielle brésilienne ? » Les Français n’ont pas tort de se demander si notre pays n’insère pas un peu plus dans la Grande Amérique. L’Amérique catholique est sur le recul, même si les autorités cléricales sont toujours plus en pointe, tout comme la Pizza Hut fait le bonheur de notre jeunesse. Nos rues ont de tout temps, comme à New York, était désignée par des numéros si bien qu’ici nous sommes au croisement de calle 60 et de la 61 sauf qu’il n’y a pas d’Est et d’Ouest ! Oui, les Evangélistes sont une grande question. Ils font disparaître en même, les deux Vierges ! Ils nous promettent un au-delà de notre histoire, une entrée dans le grand monde, une installation à demeure de ce que les USA savent faire le mieux, prier pour oublier.

La Jornada d’aujourd’hui nous rappelle les nullités redoutables de Caldéron. Même s’il est de droite, même s’il a été comme notre président un entrepreneur, le président du Chili a su aller au contact du peuple à la mine San José. Nous avons eu nous aussi un accident minier mais l’Etat a aussitôt déclaré que l’aide aux emmurés n’était pas de son ressort. Et Caldéron a vaqué à ses occupations. Oui, nous sommes de plus en plus étasuniens avec la religion qui en découle.

J’ai appris que demain le couple de Français se replonge dans les vestiges mayas, à Uxmal. Il vont découvrir les splendeurs d’ici quand leur pays connaissait le Moyen-Age.

9-11-2010 Lucio Cabañas

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 16:01

Témoignage d’un mexicain (3)

Pour un jour encore, j’ai retrouvé mes amis français curieux d’en savoir un peu plus sur Alberto Ruy Sánchez. J’avais osé les interroger à cause du journal La Jornada qu’ils avaient entre les mains, car j’adore ce journal. Je suis plus du côté de Carlos Montemayor et Carlos Monsivais tous deux malheureusement décédés depuis peu, que du côté d’Alberto Ruy Sánchez que j’apprécie cependant très souvent. Beaucoup plus que les deux traîtres à la cause mexicaine que sont Octavio Paz et Carlos Fuentes, passés du camp de la gauche à celui de la droite masquée, au même rythme d’ailleurs le Mexicain moyen.

En évoquant Alberto, mes interlocuteurs ne pouvaient imaginer jusqu’à quel point nous allions croiser notre débat précédent. Je leur ai même porté un texte pour compléter mes propos. Alberto mène en même temps une carrière personnelle et une œuvre collective, deux actions qui se rejoignent et se différencient à souhait. Pour des touristes, il me semble plus juste d’insister sur la revue Artes de México où Alberto construit numéro après numéro le portrait d’un pays, le Mexique. Artes de México est pour un Français une revue étonnante car elle ne coupe pas l’art du reste de la vie. Au contraire l’art y est présenté comme une face d’un TOUT. Ruy Sánchez cherche à unir contre toutes les séparations inutiles.

« Achetez le numéro en kiosque, c'est-à-dire le numéro 99 qui est centré sur Arts et Climat avec le texte introductif d’Alberto et un qui devrait vous intéresser sur les mayas d’hier et d’aujourd’hui. Le dossier a pour vedette le prix Nobel Mario Molina. » ai-je dit.

Quelle autre revue au monde a posé la question des rapports entre l’art et le réchauffement climatique ? Et en quoi cette question peut-elle avoir une résonnance particulière au Mexique ?

Mes amis s’étonnent aussitôt d’une telle démarche et se montrent curieux. Oui, chez l’homme tout se tient mais dans les sociétés tout se divise car les uns sont en lutte contre les autres. Toute recherche efficace permet d’apprendre à différencier les uns et les autres. Les dominants et les dominés, les indiens et les non-indiens, les hommes et les femmes. Sauf qu’en tout dominé peut vivre un dominant, en tout homme, une femme etc. Alberto veut démontrer que le Mexique existe et que cette existence est un cadeau au monde.

« Je vous ai apporté un texte de Ruy Sánchez présentant un numéro de la revue consacré au cactus qui hier a servi de thème comme aujourd’hui le réchauffement climatique, pour discerner à partir de cette réalité l’âme mexicaine. » ai-je explique en tendant le texte.

« Sauf qu’en retour me dit le Français, si le cactus qui fait la joie de l’Afrique du Nord, est fortement présent au nord du Mexique (comme l’agave) où il est la plante phare, ici au Yucatan il me semble plutôt discret pour le moment. N’y aurait-il pas finalement un Mexique du Nord face à un Mexique du Sud, comme il y a l’Italie du Nord face à l’Italie du Sud ? »

Voici une traduction du texte : Cultivar símbolos y venerar plantas

Dire au Mexique qu’on cultive le nopal (j’ai conservé le terme), ça a un double sens, le même double sens que le mot culture, qui est une référence au monde agricole, et au sens de la vie en société. La culture, c’est ce que l’on obtient de la terre mais aussi ce qui donne à un groupe de personnes, cohésion et moyen de vivre ensemble. Cela inclut ce que l’on mange et comment on le mange, mais aussi ce qu’on pense jusqu’à ce qu’on respecte et vénère. La culture c’est le quotidien de la vie ordinaire pour un groupe humain spécifique, comme c’est l’ensemble des œuvres exceptionnelles que produit ce groupe. Notre culture embrasse dans un même mouvement notre art dans toutes ses manifestations et nos actes quotidiens. Le nopal au Mexique est la clef de notre paysage, de notre alimentation et jusqu’à la clef de nos croyances. Il se cuisine, s’utilise et on l’admire. Ce symbole a été considéré comme un dieu. A la fois élément de tous les jours, il apparaît en même temps naturellement lors des manifestations uniques de la culture de notre pays. De ses feuilles à ses fruits le nopal est et a été la forme privilégiée de notre culture. Littéralement il lui a donné des couleurs et il l’a nourri tout en nous faisant rêver. Il est présent dans les rites et les mythes, dans la peinture et dans l’artisanat, dans la littérature et dans la science. Il est une part de la légende fondatrice du Mexique et le plat quotidien qui se trouve sur nos tables. Figues de barbarie et nopal courent dans des veines secrètes qui vont de notre appétit à l’imagination des mexicains. Pour tout cela, le nopal est étudié à présent avec le plus vif intérêt et se trouve au cœur des mentalités qui forment notre pays. La même curiosité, qui a guidé nos enquêtes culturelles précédentes, nous a poussé à réaliser cette édition, une démarche qui a transformé notre revue, depuis plus d’une décade, en une encyclopédie de la mexicanité par le moyen de la monographie, offrant ainsi une anthologie de référence où on retrouve les bases du savoir sur un thème donné, mais aussi où on ouvre des pistes pour d’autres enquêtes ou créations, inspirées souvent par ce qui apparaît dans nos colonnes. Nous cultivons ainsi notre culture. Alberto Ruy Sánchez

 « Bien sûr, ce n’est pas là l’écrivain dans son style mais plus le chercheur dans sa pensée. » ai-je précisé. Puis comme je devais revenir travailler je leur indique que si demain, comme prévu, ils vont jusqu’à Mérida, ils peuvent à l’occasion bavarder avec le vendeur de journaux qui est sur le Zocalo du côté du Musée Macay. Lui le français, il le maîtrise par ses enfants qui vivent à Paris. Et dans cette ville même si la cathédrale n’a pour elle que son grand âge, elle mérite attention quant au métissage religieux qui symbolise aussi Le Mexique. L’inquisition avait pour but de séparer les rites païens de l’orthodoxie mais ce fut en vain. Artes de México fit sur ce sujet deux très beaux numéros. Mais il n’était pas question d’entrer dans ce débat aujourd’hui donc nous nous sommes salués sur ce belles paroles. 8-11-2010 J-P Damaggio

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 12:46

Témoignage d’un Mexicain (2)

Je ne passe pas mon temps sur les bancs du Zocalo de Valladolid mais c’est dimanche, et le hasard fait bien les choses. Je revois le couple de Français et je comprends qu’ils reviennent de Chichén Itzá. En matérialiste disons que la première question est la suivante : comment arriver à Chichén Itzá? En voyage organisé, en voiture personnelle, en bus (et quel type de bus ?), en taxi ? Comme toutes les merveilles indiennes qui survivent au Mexique, le lieu est en pleine nature, car en ville, de tels vestiges furent détruits.

Je comprends qu’ils ont utilisé le bus matinal pour faire une visite plus tranquille côté foule humaine, mais moins tranquille côté foule de moustiques.

Cette fois, j’ose m’avancer pour leur poser quelques questions ce qui n’a pas l’air de les déranger. Je m’excuse de mon intrusion, j’explique que ma fonction de prof de français me pousse au plaisir de converser avec des habitants de ce pays, et ils le comprennent très bien.

Chichén Itzá en soi est un mélange de culture Maya et de culture Toltèque. Tout le Mexique d’avant la colonisation était un vaste mélange culturel. La colonisation a tout arrêté, tout massacré mais en visitant Chichén Itzá que penser ? C’est sur ce point que j’engage la discussion.

Je suis de ceux qui retiennent la triple merveille du site : merveille architecturale, artistique et religieuse. Je sais que tout se tient : les croyances religieuses conditionnent l’art, les capacités techniques conditionnent une architecture qui ne serait pas debout s’il n’y avait pas art et religion à exprimer.

Mais je m’insurge contre ceux qui arrêtent l’histoire à de telles merveilles souvent massacrées par le colonisateur. Y compris l’histoire maya, elle a continué. A vouloir idéaliser le passé de cette civilisation perdue ne s’agirait-il pas de se donner bonne conscience, quand il faudrait tout autant regarder la suite de l’histoire jusqu’aux temps présents ? Oui, toute l’agriculture des indigènes des Amériques a été pillée au profit de l’Europe ; cette ingéniosité n’en demeure pas moins présente dans nos assiettes, même quand les Italiens préfèrent dire Blé de Turquie et les Français Blé d’Inde pour dire maïs, terme finalement adopté en France, mais pas en Angleterre où le corn maintient la confusion. La civilisation du blé contre la civilisation du maïs, un fait que le colonisateur masque en refusant le mot maïs.

Chichén Itzá est une page d’histoire comme l’Acropole. Si toute la civilisation européenne peut prétendre reposer sur la culture grecque et démontrer qu’il n’y a pas eu pillages, massacres, comme dans le nouveau Monde, mais continuité de l’histoire, que faire de l’histoire réelle ? Les Romains, des anges ? Et les Barbares des sages ? Jamais on n’est allé jusqu’à nier à des êtres hommes humains, le fait qu’il soit des humains comme on l’a fait pour les Indiens, mais même dans ces, l’histoire humaine assure souvent une revanche du colonisé sur le colonisateur. Cette revanche est plus difficile à percevoir que les massacres, cependant elle existe.

Mes interlocuteurs contestent et approuvent parfois mon propos. Ils s’en étonnent souvent. En quoi réfléchir à l’astronomie maya et à la mathématique maya a-t-il pu faire bouger les connaissances européennes ? La réponse n’est pas évidente mais réponse il doit y avoir. Aucune culture dominée ne laisse indifférente la culture dominante. Nous savons l’histoire du jazz, de l’art nègre, du muralisme mexicain…

Tous les Mexicains savent par exemple leur double rapport avec la France. Napoléon 1er envahit l’Espagne et favorise fortement la Guerre d’Indépendance qui commence d’ailleurs à Valladolid, tandis que Napoléon III tente ensuite d’imposer au Mexique sa propre dictature, ce qui fera de son opposant le plus célèbre, Victor Hugo, l’auteur le plus lu du pays !

Oui Chichén Itzá est une merveille à regarder sans nostalgie, d’ailleurs la ville était déjà abandonnée à l’arrivée des Conquistadors, et elle est à étudier dans tous ses aspects.

« Sans nostalgie d’accord, me dit le Français, sauf qu’il faut reconnaître que le site témoigne d’une civilisation où tout était dans tout, et c’est peut-être ce qui nous manque depuis tant de décennies, l’humanité cultivant la séparation. »

La quête d’absolu a toujours fait la grandeur et la misère de la quête humaine. Le problème n’est plus alors celui de la nostalgie mais celui de la supériorité. L’être suprême sera toujours celui qui embrasse la plus grande partie de la réalité. Parfois l’artiste pense y arriver, ou le prophète ou le dictateur. Le dictateur s’accroche alors au pouvoir, le prophète à son dieu et l’artiste à son art pour l’art. Chichén Itzá n’est rien d’autre qu’une page d’histoire, très belle certes, mais une page construite par l’exploitation de multitudes.

Le temps passant vite, le débat devait cesser, sauf qu’au moment où je fais mine de m’en aller, mon interlocutrice m’indique que chez eux, en France, à Montauban, pendant trois semaines on va fêter un écrivain mexicain, Alberto Ruy Sánchez, et elle voudrait avoir mon opinion sur ce personnage. Je ne peux que leur donner rendez-vous au même endroit pour le lendemain car se lancer sur cette piste risque de nous conduire trop loin. Ils en sont d’accord donc à demain.

7-10-2010 Carlos Montenegro.

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 12:44

Témoignage d’un Mexicain (1)

 

Quand, de loin, je les ai vus s’avancer, vers le Zocalo de la ville, j’ai deviné aussitôt qu’il s’agissait d’un couple de touristes français. Ils étaient en quête d’un banc pour se reposer sous ce beau soleil du 6 novembre 2010. Une fois installés, ils sortirent de leur sac quelques aliments en commençant par un gros avocat qu’ils se partagèrent. Ce n’est pas par curiosité que j’ai quitté ma place pour m’asseoir plus près d’eux, mais les Mexicains aiment bien les Français, et pour moi la présence du quotidien La Jornada, entre les mains de l’homme, ne pouvait qu’attiser mon envie d’écouter leur conversation.

Ils commentaient le fameux livre de Le Clezio, Prix Nobel de Littérature : Le rêve mexicain. Pour l’homme, Le Clezio, battant sa coulpe d’être européen, souhaitait prendre le parti des Mayas et autres Indiens, contre l’infâme colonisation, sauf qu’il raisonnait en Européen. Pour la femme, l’existence même de Valladolid, ville construite sur les ruines de la ville maya Zaci, était au contraire la preuve d’une sauvagerie sans nom des Conquistadores. Sauf qu’à s’asseoir sur un banc du Zocalo en 2010, il était facile d’observer les traits mayas toujours présents, toujours là et qu’il n’est pas bon d’effacer au nom d’une grande civilisation perdue. L’homme aimait les dates à commencer par celle du 9 décembre 1546 quand les indigènes se lancèrent dans une première révolte mémorable. Les Indiens de Le Clezio ne sont pas en mesure de se révolter puisque leur religion leur avait annoncé la venue de nouveaux maîtres pour les dominer et qu’ils découvrirent sous les traits des blancs.

Oui l’explication de l’histoire par la religion a quelques intérêts mais à porter le regard sue cette seule face de la pièce, on en oublie l’autre face et donc la pièce elle-même.

Les massacres ne furent pas seulement ceux de populations par avance soumises, mais ceux de révoltés qui continuèrent ensuite leurs révoltes. C’est vrai, il a fallu attendre le 18 juillet 1847 avant que la douloureuse exploitation des amérindiens ne se transforme en nouvelle révolution. Une révolution tout aussi victorieuse que la précédente mais le renfort de troupes venues de l’extérieur en termina une fois de plus avec l’occupation de la ville par les troupes du « caudillo maya » : Don Cecilio Chi.

Bien sûr, la femme n’avait pas tort de rappeler que Le Clezio s’intéressait surtout à un fait incontestable : la disparition des nombreuses civilisations du nouveau monde et une disparition sans égale dans l’histoire tellement elle fut radicale. Sauf que toutes les civilisations sont destinées à mourir en se transformant. Bien sûr, on peut dire que la civilisation grecque a disparu mais en servant de matériaux à tant d’autres civilisations des romains aux musulmans tandis que la civilisation maya fut niée en tant que civilisation d’où la désormais célèbre « Controverse de Valladolid » écrite elle aussi par un Français au moment des festivités en l’honneur des 500 ans de la Conquête. Avec cette pièce de théâtre Jean-Claude Carrière a trouvé le moyen d’attirer l’attention sur cette question de 1550 : les Indiens ont-ils une âme ? Cette pièce vient d’être jouée au Mexique dans une mise en scène assez spectaculaire (un montage de tubes sur trois étages avec l’arrivé de celui qui joue las Cazas en mobylette) et il faudrait qu’elle soit vue partout, partout. Cependant la question reste entière : les Mayas n’ont-ils vraiment rien donné au monde ?

Si on écrivait l’histoire à partir de l’histoire de l’agriculture nous en viendrions plus vite, malgré les destructions sans nom, à l’élaboration de La pensée métissée chère à un autre français : Serge Gruzinski.

 

Vous l’avez deviné, je suis ici à Valladolid un prof de français et si j’osais j’entrerais en conversation avec ce couple qui a maintenant terminé son pique-nique et qui commente quelques articles de La Jornada au sujet de notre président Calderon incapable de donner au Bicentenaire de l’Indépendance et au Centenaire de la Révolution l’éclat qu’ils méritent.

6-11-2010 Carlos Montenegro

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14 septembre 2010 2 14 /09 /septembre /2010 22:00

 

Je serai au Mexique en novembre pour mon troisième bicentenaire. Après celui vécu aux USA en 1976, et celui de France en 1989, il est à présent temps de fêter le bicentenaire de la révolution mexicaine qui se trouve être aussi un centenaire. Ici je ne vais pas bavarder sur l’engrenage de ces trois révolutions fondatrices de notre monde actuel pour me limiter à quelques anecdotes.

 

Pour le centenaire disons tout de suite que le 13 septembre 1910 ce fut à Mexico, l’inauguration de la première Ecole normale primaire pour former les « maestros ». J’y étais et je m’en souviens parfaitement. Le lieu, situé face au ministère de l’agriculture, connu ne cérémonie très simple mais très solennelle car quoi de plus grand que l’éducation quand on veut la révolution. Comme prévu à 9h 30 du matin, le Général Diaz en personne monta dans sa voiture pour atteindre l’école à 10 h (ne lui tenons pas rigueur du retard si familier aux gens importants). Dès son arrivée l’orchestre Beethoven entonna l’hymne national aux paroles aussi enthousiasmantes que la Marseillaise d’autant qu’il était dirigé par un géant Julián Carrillo. Ensuite le colonel ingénieur Porfirio Díaz parla de la construction de l’école dans ses moindres détails. Fête plus joyeuse on ne fait pas.

Pour le bicentenaire de ce 13 septembre 1810 qui vit le début de la guerre d’indépendance qui dura dix ans, j’ai une pensée (pas plus car là je n’y étais pas) pour les femmes de la révolution. S’il y a un point commun aux trois bicentenaires, c’est l’opération de marginalisation des femmes dont un lieu commun veut qu’elles aient toujours été absentes des grands événements tellement la vie de famille leur tenait lieu d’occupation.

Or au Mexique comme ailleurs il y a eu des Olympe de Gouges et à revenir sur le Mexique de 2010 dont les autorités se contorsionnent pour négliger l’événement, comment ne pas rendre hommage aux femmes qui veulent écrire l’histoire avec des héroïnes.

Celle que je présente aujourd’hui a un nom à rallonge que c’est impossible à croire : María de la Soledad Leona Camila Vicario Fernández de San Salvador (1789-1842). Elle se lança dans l’insurrection avec la plus grande énergie Les historiennes Ana Carolina Ibarra et Anne Staples Dean sont d’accord pour affirmer que Leona Vicario que sa claire vision de l’insurrection, son action et sa réponse aux juges doivent constituent une référence importante de la révolution. Comme pendant la Résistance en France, elle servit en particulier de courrier. Qu’est-ce qui lui a permis de se distinguer ? Elle était riche et orpheline c’est-à-dire qu’aucun parent ne pouvait l’arrêter et que sa fortune la dispensait, du moins au départ, de veiller aux menus soucis de la vie (elle avait sa marge de liberté). Bien sûr elle fut très vite dépouillée de sa fortune. Son oncle lui avait trouvé un mari conforme à son rang, mais elle décida d’opter pour l’amour de

Celia del Palacio, auteur du livre Adictas a la insurgencia, (l’addiction à l’insurrection… c’est pas mal ce titre) présente Vicario comme étant la première femme au Mexique à défendre ses droits à penser par elle-même dans une lettre qu’elle publia dans le journal El Federalista : « Pour ce qui me concerne je dois dire que mes actions et opinions ont été toujours très libres, personne ne m’a influencé. » Elle est née le 10 avril 1789 et elle est morte le 21 août 1842. 14-09-2010 Jean-Paul Damaggio

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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 15:21

Au moment où le film Dans ses yeux passe à Montauban, un critique le présente dans le quotidien de la gauche mexicaine. Son article traduit ci-dessous apporte de très utiles connaissances sur le film mais étonne par le contre-sens sur le plan politique. L’action n’a pas lieu en pleine dictature militaire, pour pourvoir montrer l’évolution des années 74-75 ! Dans un premier temps Esposito gagne sur deux plans : il évite la prison à des gens du peuple faussement accusés, et il réussit à faire arrêter le vrai coupable. Ensuite la montée en puissance du pouvoir de l’extrême droite inverse les rôles. De plus, le crime de départ n’est pas l’œuvre d’un militaire puisqu’il s’agit d’un simple crime passionnel. Je m’étonne à moitié que Carlos Bonfil, généralement mieux inspiré, ait raté cette dimension. Il n’évoque à aucun moment un aspect du film : le face à face entre la justice et la vengeance. Ce face à face me fait dire, contrairement à la conclusion de Bonfil, que ce cinéaste travaille pour autre chose que des Oscars. Je crains que l’obtention de l’Oscar accordé par « l’infâme voisin US » ait troublé les capacités de jugement du chroniqueur mexicain. J’en profite pour ajouter que Campanella laisse la fin ouverte : Esposito ne va pas dénoncer le veuf qui tient le criminel en sa prison personnelle. Qu’en penser ? Il laisse le veuf prisonnier de sa folie ! Mais peut-être ce soudain désintérêt pour le veuf, montre-t-elle le décalage entre les années 70 où malgré les difficultés chacun croyait à la justice, et les années 2000 où finalement, même sous la démocratie, il ne reste plus à chacun, désenchantement oblige, qu’à s’occuper de ses propres problèmes ? Jean-Paul Damaggio

 

La Jornada (Mexique) 6 juin 2010, Carlos Bonfil

El secreto de sus ojos

Un retraité se souvient du temps où il était juge d’investigation dans l’Argentine de 1974, en pleine dictature militaire. Il se souvient de l’atroce assassinat d’une jeune femme qui a été commis par un professionnel sans pitié, au service des autorités militaires. Son souvenir inclut sa frustration provoquée par une histoire sentimentale vécue aux côtés de Irene Hastings (Soledad Villamil), une collègue qui avec le retour à la démocratie est devenue une juge reconnue. Au début d’El secreto de sus ojos, l’homme en question, Benjamín Espósito (Ricardo Darín), recherche de nouveau Irene et lui annonce son désir d’écrire un roman pour raconter les énigmes d’un crime sans punition et d’une passion non résolue.

L’Argentin Juan José Campanella (El hijo de la novia; Luna de Avellaneda) tisse avec astuce une histoire d’amour et un récit à suspens. Il fait des allusions au climat de terreur et de persécution politique qu’a vécu l’Argentine pendant la guerre sale, et il le fait par le recours au mélodrame en concentrant sa dénonciation sur des personnages à la conduite pathologique, l’assassin et ceux qui le couvrirent. Dans ce climat de peur apparaît une histoire d’amour frustrée, non par manque d’accord sentimental mais plutôt à cause de la persistante faiblesse des protagonistes incapables de surpasser l’impunité politique, le trouble et l’insécurité qui régnaient. Benjamín se souvient et élabore le deuil des possibilités perdues.

Le langage cinématographique du réalisateur qui a beaucoup de dettes envers le cinéma d’Hollywood, démontre avec intérêt son efficacité surtout dans la séquence à l’intérieur du stade de football, où la poursuite du criminel se révèle être un étalage de dextérité technique et d’habileté pour construire une situation à suspens. Plus loin, à l’intérieur d’un ascenseur, Irene et Benjamín sont confrontés à l’assassin, et la scène est conduite comme un tribut à Hitchcock dans El hombre que sabía demasiado. On passe avec aisance de l’artifice du cinéma d’action –mouvements de caméra frénétiques autour d’un petit groupe de personnes au milieu d’une grande multitude– à un espace pour claustrophobes où on observe avec lenteur les émotions des deux personnages.

Comme dans le cas du maître britannique, Campanella se préoccupe peu du manque de subtilité de ses allusions politiques. Son film est un mélange élémentaire d’une histoire d’amour et d’une historie à suspens, la crédulité du public étant suspendue à ses prévisibles tours narratifs avec passerelle entre des roturiers mal présentés et de bons sentiments du côté des interprètes centraux, tous charismatiques et très populaires (Ricardo Darín, un favori du cinéma local ; Soledad Villamil, populaire chanteuse de tangos qui offre dans ce film une interprétation convaincante ; Guillermo Francella – l’ami intime de Benjamín–, un comique de grand magnétisme en Argentine).

Campanella efface les frontières entre une proposition commerciale et un cinéma d’auteur comme peu de réalisateurs savent le faire en Amérique Latine, et cette agilité est possible en partie grâce à ses expériences dans des séries télévisées étasuniennes (épisodes de Law and order et House). Il a ainsi une grande agilité dans le langage narratif et le recours continuel au flash backs qui évoque les années 70 jusqu’à cette année 2000 au cours de laquelle se situe l’action principale du film, même quand, au dépens de toute crédibilité, détonne des aspects comme le maquillage, un peu grossier et peu convaincant, surtout celui pour protéger du passage du temps une Soledad Villamil intacte en son glamour jovial ,–un détail mineur dans un ensemble par ailleurs très bien contrôlé–. Il y a une chose évidente : Campanella réaffirme en cette occasion ses dons de narrateur et de bon artisan connaisseur des ressorts du marché du cinéma. Quand on ajoute ceci à ses talents pour diriger les acteurs, on a la garantie d’un film au succès instantané avec prix à Hollywood, inspiration et destination finale de l’effort.

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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 14:42

Mexique : La influenza selon Andrés Timoteo Morales


(Voici une semaine j'écrivais un article sur la question pour le site la Sociale et depuis les infos circulent : vous avez deux photos : celle du journaliste et celle d'une banderole pour dénoncer la polution porcine ancienne.)

  

Andrés Morales est le correspondant de Veracruz, d’un des rares journaux au monde à appartenir encore, sous forme de coopérative, aux journalistes qui le réalisent : La Jornada. Son article du 4 avril sur une étrange épidémie à Perote commence à faire le tour du monde sans pour autant que son auteur soit présenté. Il est évoqué par exemple sur le très bon blog de Fabrice Nicolino.


Un journaliste courageux

Aux Amériques, ils sont encore nombreux les journalistes qui font leur métier et chaque fois ils vivent sous les menaces et les pressions les plus diverses. Andrés Timoteo, voici un peu plus d’un an, a eu sa maison volé car son travail n’est pas du goût du gouverneur de son Etat, Fidel Herrera. Encore le 29 avril, il se distinguait par la dénonciation d’un prêtre pédophile.

Que dit son article très court du 4 avril sur une épidémie?

1 ) « Les services de santé établirent une zone épidémiologique dans la petite ville de La Gloria, municipalité de Perote, car les habitants sont affectés d’une étrange infection respiratoire aiguë qui s’est transformée chez quelques enfants en broncho-pneumonie. »

Tout commence par un coup de chapeau aux services de santé qui, en fait, sont les vestiges d’un service de santé mexicain victime depuis 1982 de graves politiques de « dégraissages ». Pendant six ans, une politique de décentralisation a détruit le système national de santé, puis une « réforme sectorielle » des années 90 a porté des coups à chaque secteur, afin d’en arriver avec les années 2000 à la « démocratisation de la santé » qui, sous prétexte de contrer les dégradations des années passées, a continué d’aggraver le mal. Bref, la santé est dirigée aujourd’hui, au gré du clientélisme local (un féodalisme), par des intérêts à courte vue, ce qui ne signifie pas que le centralisme précédent était parfait. Une situation qui est tout l’avenir de la santé en France si nous n’arrivons pas à inverser la tendance ! Ce n’est pas pour rien si la dirigeante de l’OMS est une Chinoise : elle est d’un pays où les problèmes sont graves et où on veut appliquer le système de santé nord-américain ! Il s’agit de diminuer les services de santé de proximité (ceux qui peuvent détecter rapidement le mal) au bénéfice de machineries à grand coup d’anti-virus et de vaccins (qui sont utiles mais arrivent après le mal). Oui, il faut s’attaquer aux effets, mais si on remontait à la cause, ça serait pas mieux ?

2 ) « Les habitants attribuent l’apparition des infections à la contamination générée par les élevages de porcs de la Transnationale Granjas Carroll […]. En février dernier, une employée municipale Bertha Crisostomo a demandé l’appui des autorités sanitaires car des dizaines de familles sont tombées subitement malades des voies respiratoires.»

Les signes de la maladie correspondent à ce qui deviendra ensuite la grippe porcine. Ils produisent trois décès d’enfants entre janvier et mars. Après enquête officielle, 60% des 3000 habitants de la Gloria furent déclarés victime de l’épidémie.

3 ) « Manuel Lila de Arce, ministre de la santé de l’Etat de Veracruz a reconnu qu’il a décrété une alerte épidémiologique à La Gloria où se dirigèrent des groupes d’intervention pour vacciner les habitants contre la grippe bien que les médecins écartent le fait qu’il s’agisse de ce mal. »

Encore une fois, ce qui dit le médecin de base est sans importance !

 

Le 5 avril Andrés Timoteo complète son article par une nouvelle description des lieux autour de l’élevage des porcs. L’institut mexicain de la sécurité sociale (IMSS) reconnaît que les nuages de mouches qui vivent autour des lagunes d’oxydation de l’usine ont été le vecteur de l’épidémie. Mais quelle épidémie ?

 

Le tableau se précise

C’est le 1er mai, après l’annonce de la nouvelle grippe qu’Andrés Morales reçoit le soutien d’un autre journaliste de La Jornada, Enrique Mendez, pour un nouvel article plus complet, sur le sujet et qui fait le point de la question à la lumière des derniers évènements.

La commission nationale de l’eau a reconnu que les nappes phréatiques ont été polluées par l’usine présente depuis quatorze ans, quatorze ans d’agrandissements incessants. Les responsables de l’usine ont toujours répondu par deux moyens, aux luttes des citoyens  : les pressions, plus les menaces, et d’immenses campagnes de propagande pour expliquer les mesures d’hygiène phénoménales qui sont prises. Mais ces mesures sont en aval de la gestion de l’usine, pas en amont. Autour d’un animal qui présente bien, l’environnement est plein de saloperies.

On apprend qu’un documentaire de deux autres journalistes, Miguel Angel Diaz et Felipe Casanova, Pueblos Unidos, relatant la lutte des habitants de La Gloria n’a pu être diffusé, sauf dans le village concerné, par les médias de l’Etat, à cause de la pression des autorités politiques.

En 2006, les citoyens commencèrent à bloquer les routes pour empêcher l’agrandissement de l’élevage déjà monumental et six écologistes furent poursuivis, poursuites qui viennent d’être abandonnées en signe d’apaisement.

Pour la propagande, le responsable de Granjas Carroll a déclaré que si quelqu’un trouvait une seule mouche dans ses établissements, il lui offrait une grosse somme. Mais une fois de plus, en interne tout est clean (les cochons sont bien « soignés » c’est sûr…) mais ce sont les rejets qui sont au cœur du problème et les mouches sont à l’extérieur !

Par ailleurs, comble de « malchance », nous sommes dans un lieu de passage en novembre de canards sauvages canadiens.

Carlos Arias Ortiz, directeur à l’UNAM (Université Nationale Autonome de Mexico) de l’institut d’investigation bactériologique se propose d’étudier le cas pour vérifier le lien ou pas entre cette épidémie et l’épidémie générale. Il promet des résultats d’ici vingt jours. Comme nous ne sommes pas en Chine où les esprits libres sont totalement muselés, malgré les immenses pressions qui vont peser sur cet homme, pour la première fois peut-être, un lien direct va être étudié entre les industries de la pétrochimie animale et les mutations du virus de la grippe. Granjas Carroll est une filiale du géant étasunien Smithfield Foods qui a réussi à bloquer une enquête étasunienne sur le sujet (les membres de la commission du Congrès ont révélé cette obstruction systématique), mais je le pense, au Mexique, la vérité peut se faire jour.

En attendant, les services de santé de l’Etat ont fini par reconnaître un premier décès par pneumonie de Brenda Hernandez Soto le 13 janvier, puis un suivant le 8 février par broncho-pneumonie aiguë de Juan Rodriguez Hernandez, et enfin un autre le 12 mars, pour la même raison, de Giovanny Apolinar Bonnilla.

 

Fabriquer le vaccin

Le 12 mars, nous sommes trois jours après la signature d’un contrat très important entre le pouvoir mexicain et l’entreprise française Sanofi-aventis ce qui a donné lieu à un communiqué de presse glorieux (voir le site de l’entreprise). Pour ceux qui l’auraient oublié, Sarkozy était au Mexique à ce moment-là. Il s’agit d’un investissement de 100 millions d’euros pour la construction… d’une usine de vaccin grippal ! Premier but de l’usine : le vaccin contre la grippe saisonnière qui ferait entre 300 000 et 500 000 décès annuels (l’expert Mike Davis dit 1 million). Deuxième but de l’usine : la production de vaccins nouveaux contre la grippe pandémique. « La nouvelle usine de sanofi pasteur au Mexique sera construite selon les standards permettant à sanofi pasteur de basculer aisément de la production de vaccin contre la grippe saisonnière à celle de vaccin contre la grippe pandémique, dans l’éventualité où une pandémie de grippe humaine vienne à être déclarée et une fois la souche de virus grippal pandémique identifiée par l’Organisation Mondiale de la Santé. »

Il s’agit d’une simple coïncidence qui démontre cependant que le risque grippal est désormais intégré dans nos vies. Tout comme les médias portent leurs commentaires presque sur les seuls effets de la pandémie, sans évoquer les causes ; les services de santé se préparent à soigner le mal sans chercher des stratégies préventives pour le prendre à la racine. Telle n’est pas leur fonction.

 

Conclusion

Face à cette grippe, comme d’habitude les anti-capitalistes jouent sur deux tableaux. Pour faire schématique : les militants « sociaux » nient le phénomène et parlent d’un grand écran de fumée des médias pour faire vendre le Tamiflu cher à Ronald Rumsfeld ; les écolos purs parlent d’une immense catastrophe à venir et se préoccupent plus des pollutions, que des effets sanitaires contre lesquels il faut bien lutter dès à présent. Qui veut articuler les deux logiques ? 3-06-2009 Jean-Paul Damaggio

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