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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 16:17

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Sous les platanes, en cette fin de soirée avignonnaise du jeudi 10 juillet, le metteur en scène Giorgio Barberio Corsetti et les trois acteurs principaux du Prince de Hombourg acceptent d’écouter des spectateurs commentant leur œuvre.

Une dame ouvre le feu puis les questions vont se multiplier permettant à chacun de revisiter utilement les 2 h 30 de la pièce jouée dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes.

 Un Prince de Hombourg mis au simple rang d’un soldat comme les autres alors que tout le distingue du commun des mortels ? Et une autre dame, portant un sac représentant le drapeau cubain, insistera par une question simple, à l’adresse du metteur en scène : « Auriez-vous donné l’ordre de faire du Prince un soldat ordinaire ? »

En fait, la question est celle du costume car en effet, le Prince porte exactement les mêmes habits que les autres officiers. Barberio apportera une indication amusante : en fait, il a dessiné les costumes à partir de ceux qu’on trouve dans Corto Maltese le héros d’Hugo Pratt.

La question était bien sûr en référence au Prince de Hombourg de 1951 et à Gérard Philippe, si bien que celui qui joue le rôle dira sur un ton amusé : « Je ne suis pas Gérard Philippe. »

Sauf que les questions ne signifiaient pas un respect du passé mais bien une interrogation sur la nature du choix. D’ailleurs Barberio y reviendra en revendiquant le droit à proposer sa propre interprétation. A cette occasion il donnera un conseil d’ordre général qu’il s’applique quand il est spectateur : « Ne pas voir un spectacle avec des a priori mais le recevoir d’abord pour ce qu’il est. »

S’il s’agit de placer un spectacle sur un piédestal avant d’en découvrir une nouvelle interprétation, je suis d’accord avec lui, mais d’un autre point de vue, il est impossible de découvrir une œuvre culturelle en se présentant sans référence culturelle ! Et pour preuve : le débat permettait d’éclairer l’œuvre qui faisait d’abord du Prince un homme comme les autres !

 Mais une autre question est venue ensuite qui ne tenait pas à Von Kleist : pourquoi le metteur en scène a-t-il décidé que l’entrée des acteurs se ferait par le sous-sol d’où ils émergeraient nus, par une danse, afin d’habiller le Prince ? Les interprétations furent multiples et la scène était justement conçue pour cela ! Barberio dira qu’il ne s’agit pas d’expliquer mais qu’on peut pointer plusieurs influences qui justement ont été évoquées par le public.

On naît nu et il s’agissait de pointer une naissance ?

Inversement montrer un mort qu’on habille car la mort est sous-jacente ?

Une référence à une possible homosexualité du héros ?

Une référence aux nus artistiques de la Grèce antique ?

Comme dans les peintures de David où au départ les modèles sont nus et ensuite l’artiste les habille ? La culture n'est-ce rien d'autre qu'habiller la réalité ?

 Pour Barbieri une occasion de revenir à Von Kleist. Chez l’artiste, dit-il, toutes les entrées en scène sont des coups de théâtre inattendus. La référence fréquente au romantisme n’est pas pour lui plaire, car elle risque d’enfermer l’auteur dans une étiquette.

 Si la scène de départ était étonnante, la scène finale l’était tout autant et écouter les spectateurs s’exprimer sur le sujet aidait à mieux goûter au spectacle… à postériori ! A la fin, le Prince, condamné à mort pour désobéissance, n’est pas exactement gracié mais devient une marionnette : on accroche des ficelles à l’acteur qui va être manipulé comme une marionnette. Une situation étonnante que Barberio explique ainsi : « Chez Kleist l’état de marionnette est le plus grande signe de liberté ! » Je ne site pas exactement le propos que je rapporte de mémoire mais il a été reformulé de façon plus habituelle par l’acteur jouant le rôle : « Ce sont les contraintes qui conduisent à la liberté ».

Ce paradoxe est celui qui court tout au long de la pièce. L’Electeur (disons le roi) est tenu à assumer le rôle qui est le sien. Contrairement à l’image classique du dictateur qui peut faire n’importe quoi, tout dirigeant est en fait tenu par la société qu’il dirige. Plus les lois sont claires et plus il peut exercer, à l’intérieur des lois, sa liberté.

L’exemple classique de ce paradoxe est donné par l’OULIPO quand Queneau décide d’écrire un texte sans y utiliser telle ou telle lettre ! Sous une autre forme, on a le cas du sonnet qui oblige dans un cadre fixé, à écrire ce que l’on veut dire. Le cadre ne dit rien du message mais le message n’existe que par le cadre.

S’agit-il là seulement d’une question culturelle ?

 Avec le Prince nous avons un homme double : il est pris par le rêve, le sentiment, la spontanéité et à un moment « il doit tomber dans la réalité ». Un des coups de théâtre qui frise l’incohérence c’est quand le Prince, pour sauver sa vie, est prêt à devenir n’importe qui, à oublier l’héroïsme, à se nier en tant qu’homme, puis, tout à coup il déclare accepter la mort car en effet il la mérite puisqu’il n’a pas obéi à la loi : l’héroïsme ne consiste pas à suivre ses instincts ! Existe-t-il une porte de sortie à ce dilemme ?

Toute la mise en scène vise à l’affronter et il se résout par la marionnette !

Un dilemme qui n’est qu’un parmi d’autres : par exemple, Von Kleist est autant Français qu’Allemand. Pendant longtemps il parlera mieux le français que l’allemand !

L’instabilité de ce Prince n’est-elle pas celle de Kleist lui-même ?

Il a d’abord été un soldat aimant son métier. Puis un adepte de la science en quête de vérité. Il soupçonne alors qu’il peut avoir une carrière littéraire. Ensuite la lecture de Kant le plonge dans un immense désespoir. Il veut alors se faire paysan ! Puis il abandonne à nouveau ce rêve et celui d’avoir des enfants en cherchant à produire des enfants par l’esprit. Il s’éprend alors d’une fillette de 14 ans. Un nouvel épisode extravagant traverse sa vie : il veut partir dans une expédition pour y trouver un mort héroïque.

Sa porte de sortie sera finalement le suicide !

 Les questions se feront plus circonstancielles dont deux qui touchent à l’éphémère du spectacle.

1 ) Peut-il être rejoué ailleurs ? La réponse va de soi : la machinerie mise en place fait que seule la Cour d’honneur peut l’accueillir ! Aussi bien sur le plan horizontal que sur le plan vertical qui est utilisé de manière spectaculaire. Une machinerie occupant le côté gauche de la scène qui faisait que le spectacle occupait surtout le côté droit.

2 ) Que ressentir quand le spectacle est interrompu par la pluie ? Là, celui qui joue L’Electeur amuse le public en faisant observer que la pluie une fois, et la grève auparavant, ont interrompu le spectacle au même moment, quand il devait faire son entrée en scène à l’acte 5 ! Et il précise que c’est un moment vécu douloureusement.

 Pour rester dans le circonstanciel qui est le temps même du théâtre, faut-il voir une volonté européenne dans la présentation en France, d’une pièce allemande mise en scène par un Italien ?

Et quant au circonstanciel de l’époque de l’œuvre, personne n’a rappelé qu’en fait la pièce est un appel à la guerre pour inciter l’Allemagne à affronter Napoléon 1er  un Napoléon qu’à un moment le même Kleist avait soutenu invitant l’Allemagne à adopter le code Napoléon !

 

Jean-Paul Damaggio

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Published by éditions la brochure - dans littérature
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