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31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 19:27

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D'accord, pas d'accord, Cavanna disait ce qu'il pensait, or ceux qui l'encensent aujourd'hui ne savent plus ce que penser veut dire … Le plus respectueux, c'est de lui laisser la parole. Version Cavanna 3 mars 1977 sur Charlie Hebdo. JPD

 

"Là-dessus, voilà l'écologie qui vient aggraver le quiproquo, et à fond la caisse.

Non, pas l'écologie. Les écologistes. A peu près tous. Ne s'embarrassent pas de nuances. Plus c'est gros, plus c'est con, plus ça frappe. La bombe atomique, c'est la science. Les centrales nucléaires, c'est la science. La pollution, c'est la science. Même si — rarement — ils ont fait la distinction entre le type qui explore les règles du jeu de la matière et celui qui, dans tout ça, ne voit que de nouvelles possibilités de destruction massive ou de profit vertigineux et se fout des conséquences. Ils n'ont guère insisté, et d'ailleurs sont, pour la quasi-totalité d'entre eux, mystiquement convaincus que la science est le diable. Pour le public, en tout cas, leur propagande a abouti à cela : il y a d'un côté la « nature », la verdure, les petits oiseaux, la santé, le bonheur par la limitation des appétits, de l'autre les usines, le béton, la marée noire, l'exploitation, la vie de dingue, bref : la science. J'applaudirais des deux mains à cette aspiration de plus en plus unanime à une vie plus simple, plus rustique, plus « naturelle », qui répond tellement à mes propres rêves, si elle ne s'accompagnait d'un formidable renouveau de l'obscurantisme. Monsieur Ducon a aujourd'hui les cheveux longs et la barbe prophétique. Il professe doctement que l'agriculture bio est le produit de l'instinct naturel et infaillible de l'homme des champs alors que la foire d'empoigne margoulino-industrielle est le fruit pourri et fatal de la science. Dans les esprits non cultivés, c'est à-dire imprégnés de « culture » esthético-littéraire, c'est-à-dire qui ont de grandes gueules et n'arrêtent pas de s'en servir, il est de bon ton de proclamer que la raison n'est pas tout, qu'il y a des choses « qui nous échappent et nous échapperont toujours », gningningnin.

 

Les débats, télévisés ou non, entre scientifiques rationalistes et professionnels des « sciences » dites zoccultes ou, plus dans le vent, « para-psi », sont des attrappe-nigauds. Devant ces crapules rusées ou — plus rarement — ces illuminés à crâne de piaf, l'homme de science a perdu d'avance. Quel est l'enjeu ? Plaire au public. Je dis bien « plaire », pas « convaincre ». Le public est con et fier de l’être. Il voit ça comme un combat de catch. Il lui faut un vainqueur et un vaincu. Le vainqueur sera celui qui aura le plus de culot, qui saura le faire rire aux dépens de l'autre par les moyens les plus gras, qui parlera le plus, le plus vite et le plus fort, qui coupera la parole, qui évitera de se « faire coincer » par des pirouettes, qui baisera l'adversaire par des questions sur sa vie intime, bref, le barratineur, le faux cul, le camelot, la pute. Les scientifiques sont désarmés devant de pareils marchands d'esbrouffe. Pour un scientifique, un mot a un sens et un seul, précis, dûment défini. Pour un para-psi quel qu'il soit, un même mot peut vouloir dire n'importe quoi. C'est le flou qui permet l'ergotage. Les sciences dites « humaines «, avec leur pléthore de néologismes prétentieux, presque toujours inutiles, fournissent aux marchands de vent un vocabulaire dont ils se gargarisent et subjuguent leur clientèle.

(…)

Le sérieux d'un journal se juge à la présence ou à l'absence d'un horoscope. Pas qu'à ça, bien sûr, mais si l'horoscope y est, la suspicion est sur tout le reste. Pourquoi un rédacteur en chef assez con, ou assez pute, pour publier cette saleté le serait-il moins dans les autres pages ? Pour la plupart des gens, grâce à ces fausses-couches du journalisme à la pisse, le « signe » du Zodiaque « sous lequel » on est né a une importance qu'ils ne songent pas plus à discuter que la hauteur de la taille ou la couleur des yeux. Parions que figurera bientôt sur notre carte d'identité si nous sommes « Verseau » ou « Sagittaire ». C'est pas à pleurer ?

L'Etat-sangsue, l'Etat-maquereau, l'Etat-pousse-au-crime qui est le nôtre, en attirant à grands coups de pub la population vers les jeux de hasard (tiercé, loterie, loto...) exacerbe cette tendance à placer au-dessus de nous je ne sais quelles puissances plus ou moins vagues mais capricieuses, qu'on appelle chance, fatalité, destin, pot, bol, cerise... et, conséquemment, le besoin de croire qu'on peut se les rendre propices par des rites magiques. « Vendredi 13, votre jour de chance ». N'y a-t-il vraiment pas une loi qui interdise ce genre de publicité mensongère ? N'est-ce pas là de l'escroquerie caractérisée ? Ça ne semble choquer personne. Alors, bon.

(…)

Les curés s'écrasent. On les comprend. Croire au diable ou à n'importe quoi de surnaturel, c'est déjà mieux, pour eux, que ne croire à rien. Le trou fait, peuvent toujours espérer y glisser leur bon dieu. Au point où ils en sont...

Mais que font les libres-penseurs, les athées, les rationalistes ? Combattifs quand la religion triomphait, l'indifférence générale les fait roupiller. Pourquoi n'ont-ils pas un temps de passage à la télé, le dimanche matin, entre deux singeries des curés de tous poils ?

Ils avaient bien de la chance, Voltaire et Diderot, d'avoir en face d'eux des croyants fanatiques et des jésuites de combat. Ça, c'était excitant ! Ça rendait coup pour coup, ça argumentait, et comme leur cause (aux curetons) était pourrie, ils l'avaient dans le cul à tous les coups. Les philosophes n'avaient pas prévu que le pire ennemi des « lumières » serait l'indifférence. Les têtes pleines de Dieu sont devenues des têtes pleines de merde. La religion consiste à effleurer du bout des doigts le Saint Christophe du tableau de bord avant de doubler en haut d'une côte. Hé là, eh, tu confonds religion et superstition ! C'est vrai. Mande bien pardon."

Cavanna.

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Published by éditions la brochure - dans littérature
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