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Ernest-Pignon Ernest à Montauban

Ernest-Pignon Ernest à Montauban

 

Le 4 juillet, visitant Montauban avec l’ami québécois, nous faisons une station obligée devant la cathédrale de la ville. Et là, surprise, j’aperçois sur la façade, dans une partie à mi-hauteur, deux dessins étranges. Je ne sais si la presse locale s’était déjà faite l’écho de cette anomalie, ni si les dessins se répètent ailleurs dans la ville, mais aussitôt je devine qu’il s’agit là de l’opération annoncée voici deux ans : Ernest-Pignon-Ernest plaçant sur nos murs la marque de son art.

J’avoue ma jubilation à décortiquer le dessin des deux « anges » en noir et blanc sur la façade blanche de l’édifice religieux qui tranche avec le rose de la ville, afin de rappeler que les autorités catholiques souhaitèrent ainsi dire merde aux protestants.

Comment… personne n’a crié au blasphème ?

Cet artiste me captive par une alliance sans équivalent entre classicisme dans la forme (le dessin le plus évident qui soit) et provocation sur le fond (le choix de l’art de la rue). Il inverse l’ordre ordinaire des « modernes » qui provoquent souvent par la forme, faute de pouvoir donner sens au fond de leur projet.

Le pari d’Ernest-Pignon-Ernest est immense : s’adressant au passant involontaire il pense pouvoir arrêter son regard quelques instants… malgré lui. Alors que dans le musée  le regard est arrêté avant même d’entrer !

Je garderai toujours le souvenir de ce débat montalbanais où un samedi après-midi, le plasticien qui pensait participer à un débat tranquille, découvrit face à lui, une cour de l’Ancien Collège, pleine à craquer de citoyens les plus divers, désireux de rencontrer le phénomène, et qui ne manquèrent pas de poser des dizaines de questions pointues (mon compte-rendu est sans doute quelque part). Les sous-terrains de nos sociétés seraient-ils habités plus qu’on ne le pense ?

 

Coïncidence, je lis à présent le témoignage du même artiste évoquant le comédien André Benedetto, un témoignage comme j’aurais aimé l’écrire moi-même : « En 1966, je suis allé au théâtre des Carmes. C’était en pleine guerre du Vietnam, et André jouait Napalm. C’était une charge poétique et politique d’une force incroyable avec des inventions scéniques de chaque instant. J’étais subjugué. Je suis allé le voir après la représentation et on est devenu amis. (…)

Il avait une rigueur, une exigence politique. Je me souviens de discussions âpres, d’engueulades terribles qui pouvaient durer des heures et des jours. Pour  Grand jeu politique sur le capitalisme monopoliste d’Etat, [sans doute la pièce : Le petit train de Monsieur Kamodé publiée chez les « gauchistes » de PJ Oswald] on a lu et relu pendant des mois, le Capital. Il y avait chez lui un côté lyrique et didactique qui côtoyait la poésie. »

 

Je découvre donc des liens entre deux hommes qui se sont épaulés et construits ensemble, deux hommes si différents et si semblables en même temps, deux hommes qui témoignent d’une époque perdue mais qui vivent tout de même avec nous, dans un présent incertain. Là, sur la cathédrale de Montauban, chacun jettera son œil personnel sur l’événement ; j’ai pu observer que personne n’est indifférent. Le spectacle du passant levant tout d’un coup la tête vers le dessin inusité est en soi réjouissant. Un dessin qui change avec l’évolution de l’ombre que fait la colonne, un dessin vivant parmi les vivants. Quelqu’un a-t-il déjà repéré d’autres dessins dans la ville ? 18-07-2009 Jean-Paul Damaggio

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