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En mai-juin 2003 un lutte considérable se produisit dans l’Education nationale et plus largement dans toutes les couches sociales pour défendre le droit à la retraite et pour s’opposer à la décentralisation de certains secteurs de l’Education nationale. J’avais tenu un journal quotidien sur cette lutte que je vais essayer d’installer sur le blog.
Mardi 6 mai 2003 : Début de grève hésitante chez les enseignants
1 ) Manifestation à Montauban : 350 participants selon les renseignements généraux, 650 selon nos calculs. Pour les seuls enseignants, ce résultat est bon (les chiffres du journal La Dépêche seront pris en référence car corrects pour le Tarn-et-Garonne).
2 ) Pour la première fois en Tarn-et-Garonne, la grève est suivie d’une assemblée de grévistes. Encore fallait-il en connaître le lieu. Certains retardataires ont attendu devant la Maison du Peuple ou devant l’Ancien Collège faute d’un panneau indiquant le changement de point de rendez-vous. Au Lycée de Castelsarrasin un panneau syndical indiqua même qu’elle était annulée. C’est dur d’organiser. Heureusement la FSU avait une petite sono pour assurer les prises de parole au Lycée Bourdelle..
3 ) Des informations ont été apportées sur la mobilisation. Premier degré, la grève est sur deux jours à l’initiative du SNUipp et du SE-UNSA (les deux syndicats du premier degré). Que faire le mercredi pour populariser la grève ?
Second degré : situations diverses. Le Lycée Bourdelle est en pointe puisque dès le lundi une intervention au péage de l’autoroute fut organisée. Le Lycée agricole de Capou est très mobilisé et à Moissac, le mouvement organise une rencontre entre les différents secteurs : écoles, collèges et lycées. Cette diversité de situations entraîne un débat sur la façon de reconduire. Grèves tournantes ? grèves par étapes (deux jours de grève puis deux jours de reprise puis deux jours de grève …) ?
4 ) Les motifs de la grève ? En début de débat, une dame est intervenue pour donner timidement son point de vue : « la question des retraites est essentielle » (observons en passant que la parole a été largement distribuée dans le cadre d’un échange qui resta calme et posé). Pour les participants, la grève avait deux faces (comme le tract distribué par la FSU) : la décentralisation et les retraites. Une question demeure : la grève reconductible devra-t-elle se poursuivre jusqu’à satisfaction sur les deux revendications ? Les médecins s’étaient donnés un objectif parmi leurs diverses réclamations : 20 euros la consultation … et ils ont gagné. Pouvons-nous gagner sur tous les tableaux ?
5 ) Le 13 mai prochaine grande manif, comment va-t-il être organisé ? Avec une AG interprofessionnelle des grévistes pour décider de la reconduction ? Après information venant des autres départements, il apparaît que le mot d’ordre de reconduction est prévu pour le lendemain du 13 mai dans 30 départements, avec 22 départements en grève dès le 7, et 36 départements où aucune reconduction n’est envisagée dont Paris. Ce mouvement semble avoir un fort potentiel dont il faut saisir les limites.
6) Le débat sur les moyens d’action fut relancé en particulier sur le sujet : grève des examens ou pas ? Il y a ceux qui pensent que c’est un moyen puissant et ceux qui le refusent pour ne pas se mettre à dos les parents (intervention dans ce sens de la représentante de la FCPE). Le débat mérite d’avoir lieu en sachant que très prochainement des instituteurs sont convoqués pour surveiller un concours, un mercredi après-midi, sans que les syndicats n’aient pu empêcher ce mauvais coup ! Un syndicat a demandé que les personnes concernées refusent, mais comment refuser seul, sans connaître les conséquences ? Nous savons que l’âge des réquisitions est arrivée de la part de l’administration, et la stratégie syndicale pour dire non n’est pas au point. Par ailleurs la grève devra se faire en lien avec de puissantes manifestations.
7 ) Les parents sont aussi des salariés du public ou du privé et sur le thème de la défense des retraites, il peut y avoir convergence encore plus forte que sur les questions de la décentralisation. Bloquer les examens jusqu’à obtenir les 37,5 annuités pour tous n’est pas la même chose que les bloquer sur la décentralisation. C’est seulement une opinion à verser au débat qui doit être ouvert.
8 ) Ce qui conduit à réfléchir sur le rapport entre les revendications. Toutes ont leur importance mais toutes ne sont pas de nature à entraîner un mouvement de même ampleur. Qui peut nier la force de l’interprofessionnel si le mouvement s’enclenche, par rapport au mouvement strictement Education nationale ? Qui peut nier, qu’après le vote à EDF, où les directions syndicales majoritaires ont été désavouées sur la question des retraites, on sent comme un malaise entre les revendications des salariés et les orientations générales des syndicats ?
9 ) En conséquence quand des organisations syndicales organisent, comme à Castelsarrasin, un débat sur la décentralisation le 13 mai (il fut annoncé avec joie par une responsable SGEN), au moment même où tout l’effort doit porter sur la reconduction de la grève, n’y a-t-il pas là, une source de confusion ? Surtout si on sait que la majorité de l’assemblée du personnel du Lycée Jean de Prades de Castelsarrasin avait obtenu que la réunion soit organisée le lundi 12 ! Je n’ai pu m’empêcher d’intervenir sur ce point pour préciser trois choses : appuyer ceux qui souhaitaient une action pour le lendemain, expliquer que face au gouvernement, seule une union de tous, possible le 13 mai, serait de nature à le faire plier, et se coordonner pour ne pas perdre comme ont perdu les pions, et d’autres.
10) Total, qu’est-il ressorti de l’AG des grévistes ? Pour le mercredi, des assemblées de secteur le matin ,avec éventuellement un rassemblement devant l’I.A. à 15h. L’AG du mercredi devant fixer la suite du mouvement.
11) Au même moment se tenait une riche rencontre profs-parents au Collège de Caussade avec banderoles à l’entrée du pour annoncer « la grève pour l’avenir de nos enfants ».
12) Dernière remarque ? La CGT défend depuis plusieurs jours l’idée d’une manif nationale le 25 mai. Quand on veut établir un calendrier d’action, pourquoi anticiper à ce point ? Les grèves qui se lancent à nouveau, n’auront pas emporté le morceau d’ici là ? Avec le syndicat SUD éducation et le Groupe des Dix une nouvelle approche du combat syndical s’impose, pour ridiculiser le corporatisme et dynamiser les luttes en inventant de nouveaux moyens d’intervention. Pour le moment, des assemblées quotidiennes de grévistes devraient organiser l’action.
6 mai 2001 J-P Damaggio