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Renaud et le Pacte à la date du 27 août 1939

Renaud et le Pacte à la date du 27 août 1939

 

Voici un article de Renaud Jean jamais paru mais conservé grâce aux archives des Renseignements généraux (communiqué par Hubert Delpont). Pour le lire rappelons précisément les dates : 21 août le pacte ; 24 août un télégramme demande à Renaud Jean de rejoindre les instances nationales du PCF, 25 août première explication au sein du PCF au moment où l’Humanité est suspendue et le PCF interdit ; (l’article reprend ici l’analyse du moment alors que plus tard Renaud Jean indiquera qu’il présenta en interne, à cette réunion, ses premières critiques) ; 1 septembre la Pologne est envahie par l’Allemagne ; 3 septembre L’Angleterre et la France déclarent la guerre à Hitler au nom de la défense de la Pologne mais sans agir vraiment ; 8 septembre l’Internationale Communiste lance le mot d’ordre de « guerre impérialiste » pour caractériser l’affrontement qui s’annonce entre Allemagne et l’union France - Grande Bretagne ; 16 septembre lettre amicale de Thorez mobilisé à Renaud Jean (juste avant que Thorez ne parte pour Moscou) ; 17 septembre l’URSS envahi la Pologne.

 

 

Le pacte germano-soviétique

 

Dans les lignes qui suivent, nous lecteurs trouveront, groupés avec le maximum d’objectivité, des faits qui tous paraissent établi. Ainsi je l’espère, ils comprendront mieux et pourront mieux faire comprendre autour d’eux la signification, la portée, les conséquences probables du pacte germano-soviétique.

 

L’URSS n’a pas trahi les puissance démocratiques

Elle ne les a pas trahi pour la raison que là où il n’y a pas eu prise d’engagements, il ne peut pas y avoir trahison des engagements pris.

Résumons l’histoire des onze derniers mois. Il y a un an, Hitler tentait une opération de bluff et de chantage qui dans l’hypothèse où elle réussirait, lui permettrait d’annexer au Reich la Tchéco-Slovaquie, 12 millions d’être humains, des richesses d’une importance incalculable, et de préparer des opérations encore plus amples, mais qui, en revanche, dans l’hypothèse d’un échec, pouvait marquer le commencement de la fin du fascisme et du racisme.

En lui donnant le pays des Sudètes, Munich sauva Hitler et le fortifia. Non seulement l’Union soviétique qui était disposée à tenir ses engagements à l’égard de la Tchéco-Slovaquie, mais encore, elle avait commencé à les tenir. Sur les injonctions d’Hitler les gouvernements anglais et français – ce dernier malgré le Pacte d’assistance mutuelle qui l’unissait à l’URSS – écartèrent le gouvernement des soviets des négociations par eux acceptées. Et je ne crois pas que les personnes quelque peu informées puissent mettre en doute cette vérité évidente : en allant à Munich les gouvernements de l’Angleterre et de la France nourrissaient l’espoir de détourner contre l’Union soviétique des appétits hitlériens et fascistes.

Le gouvernement de l’URSS était donc en droit de considérer les accords de Munich non seulement comme une trahison de la Tchéco-Slovaquie, mais aussi comme une menace dirigée contre l’Union soviétique.

Cependant, lorsque, Munich portant ses premiers fruits, Hitler coupa la Bohême et la Slovaquie et s’empara de Monel, l’Union Soviétique accepta d’entrer en discussion pour la continuation du front de la Paix, avec le gouvernement anglais et sur la demande de celui-ci.

Dès la prise de contact, le gouvernement des soviets posa ses conditions en toute clarté : pas d’accord sans garantie contre l’agression directe ou indirecte et sans réciprocité absolue. Ces conditions étaient justes : le gouvernement des soviets ne demandant rien à personne, avait le droit de les poser. On sait comment les négociations traînèrent. On sait aussi que, pas un instant, le gouvernement anglais ne cessa pendant ces négociations de multiplier les tentatives d’entente avec Hitler.

Tantôt un délégué du Fuhrer discutait avec un ministre britannique ; tantôt il était question d’une conférence à quatre (dont l’URSS serait exclue) destinée à résoudre le différend polono-allemand.

Pas un instant les gouvernements franco-britannique n’ont renoncé à leur idée essentielle : trouver avec Hitler la formule d’entente qui le rejetterait vers l’Est et vers l’Ukraine soviétique.

Ce qui devait arriva : comme Londres, Berlin frappa à la porte de Moscou.

Si j’en crois le directeur de La Dépêche de Toulouse, qui pourtant n’arrête pas d’injurier l’URSS, les conversations s’engagèrent en juin dernier entre Berlin et Moscou (voir La Dépêche du 17 août). En juin c’est-à-dire un mois et demi ou deux mois après l’ouverture des négociations entre Londres et Moscou, à un moment où, si les gouvernements de Paris et de Londres l’avaient bien voulu, le Pacte Franco-Anglo-Soviétique aurait dû être signé DIX FOIS.

Qu’on ne parle pas de trahison.

L’Angleterre et la France avaient beaucoup plus besoin de l’Union soviétique que l’Union soviétique n’avait besoin d’elles. Il a cependant dépendu du gouvernement français et du gouvernement anglais que l’Union soviétique signe avec la France et l’Angleterre un Pacte d’assistance mutuelle. Par la faute de ceux qui l’avaient demandé, ce Pacte n’a pas été signé. Il n’a donc pas pu être trahi.

 

L’URSS n’a pas trahi la PAIX

Mais certains diront : Il est exact que par le pacte signé avec Berlin le Gouvernement des Soviets a accru dans une certaine mesure la sécurité de son peuple. Le malheur, c’est qu’en même temps, il a affaibli le front de la Paix. Ce que le peuple russe a gagné, les autres peuples l’ont perdu.

Si nous voulions polémiquer, nous répondrions que beaucoup de ceux qui reprochent aujourd’hui au Gouvernement des Soviets de nous avoir trahi niaient encore il y a trois mois la force de l’armé russe, affirmaient inutile ou même dangereux le concours que l’Union soviétique pourrait apporter au barrage dressé contre les agresseurs.

Mais les hommes qui déclarent aujourd’hui indispensable une aide dont ils ne voulaient pas hier, ne méritent même pas une réponse : ils se moquent de la défense de la Paix : ils n’ont qu’un seul souci, la destruction de l’Etat Ouvrier et Paysan.

Quant aux autres nous leur dirons :

Vous demandez en somme à l’Etat Soviétique de collaborer au maintien de la Paix. Vous avez raison à une condition cependant : c’est de ne pas exiger de l’URSS de se jeter elle-même dans la guerre pour conserver la paix avec d’autres. Telle n’est certainement pas votre intention. Vous voulez simplement que l’Union Soviétique concilie son désir légitime de vivre en paix, avec cette collaboration à la paix générale que vous souhaitez. D’accord. L’Union Soviétique et signant son pacte avec Berlin s’est précisément conduite comme vous le souhaitez. J’écris ces lignes le dimanche 27 août. Je ne sais pas ce que nous réserve les prochaines journées ou les prochaines heures. Mais j’ai la conviction qu’aujourd’hui dimanche 27 août, après la signature du Pacte germano-soviétique, la Paix n’est pas plus menacé qu’elle ne l’était le dimanche précédent 20 août. J’ai la conviction qu’elle l’est moins.

Nous sommes d’accord, n’est-ce pas, pour admettre que pour Hitler seul le rapport des force compte. Or, je le répète, j’ai la conviction que le traité germano-soviétique n’a pas modifié ce rapport en faveur du Fuhrer – tout au contraire.

Quelles étaient il y a huit jours les forces en présence ? De notre côté : La France, l’Angleterre, la Pologne et… c’est tout. Car dans l’hypothèse ou Hitler aurait attaqué la Pologne, l’Union Soviétique n’était, par aucun engagement, tenue d’intervenir. Du côté des agresseurs : l’Allemagne, le Japon, l’Italie et peut-être l’Espagne et la Hongrie.

Quelles sont, aujourd’hui, 27 août ces forces ?

De notre côté, rien n’a changé. La signature de l’accord germano-soviétique n’enlève pas à la France, à l’Angleterre et à la Pologne le concours de l’Union Soviétique puisque ce concours, elles n’ont pas voulu se l’assurer.

En revanche, dans le clan Hitléro-fasciste, quels remous… le Japon, m’apprend ce matin La Dépêche, change du tout au tout sa politique en Chine : ses soldats ne déculottent plus les anglais, ils les saluent. Ainsi grâce à l’accord Moscou-Berlin, grâce à STALINE, l’Angleterre pourra concentrer en Europe toutes ses forces. La T.S.F. m’informe du mécontentement de Franco. Si ce mécontentement, provoqué par STALINE, libérait la France de la nécessité de monter la garde sur une troisième frontière, ne serait-ce pas pour nous une assez bonne affaire ? La T.S.F. me dit aussi les hésitations de Mussolini. Et en Allemagne, croyez-vous qu’il sera encore facile à Hitler de parler « d’encerclement » pour grouper les masses autour de lui ? Croyez-vous par ailleurs que les « durs » du nazisme éprouvent une grande fierté d’être ainsi contraints de renoncer, même sur le papier, à faire la guerre à l’Etat du Communiste triomphant ?

C’est indiscutablement, au détriment des agresseurs que joue l’accord germano-soviétique. Prenez les faits, tournez-les comme il vous plaira, je vous défie d’aboutir à une autre conclusion. Vous ne pourriez aboutir à cette autre conclusion qu’en raisonnant sur des faits inexacts, en prétendant par exemple que l’Union Soviétique est passé d’un camp dans un autre. Ce n’est pas vrai. L’URSS n’était pas, hier, l’alliée de la France, de l’Angleterre et de la Pologne par la faute des gouvernements polonais, français et anglais. Elle n’est pas davantage aujourd’hui l’alliée de Hitler. Elle pouvait, hier, dans un conflit pour « Dantzig » rester neutre tout comme aujourd’hui sans trahir qui que ce soit.

Si ceux qui gouvernement la France avait dans les circonstances présentes la préoccupation essentielle de tirer de l’accord germano-soviétique tout ce qu’il peut donner pour la cause de la Paix, tout en conservant le contact avec l’Union Soviétique ils s’emploieraient à élargir les brèches que cet accord a ouvertes dans le bloc des agresseurs. En même temps, ils renonceraient à leurs projets d’écarter l’Union Soviétique des grands débats internationaux que cet accord prépare et qui peuvent fournir à la crise présente une issue pacifique. Elles préfèrent se livrer à une opération de politique intérieure depuis longtemps concertée contre le Parti Communiste, au risque de porter atteinte à l’Union de la Nation française plus nécessaire que jamais.

Leur plan sera déjoué. Malgré les brimades, la répression, les communistes feront connaître la vérité au peuple de France. Mais en même temps quel que soit le cours des événements, ils seront partout aux premières places pour la Défense de la Paix et, s’il le fallait, pour la défense du pays.

RENAUD Jean

 

Cet article était préparé pour paraître dans le prochain Travailleur. Mais comme vous le savez, notre journal est saisi. Nous vous l’envoyons donc directement en vous demandant de le communiquer aux membres de votre cellule puis, par tous les moyens dont vous disposez, de le faire connaître autour de vous.

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