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Les Editions La Brochure viennent de publier les deux premiers textes politiques d’Olympe de Gouges (106 pages, 10 euros sans frais de port, aux Editions La Brochure 82210 Angeville). BON DE COMMANDE Editions La Brochure
A une réunion de présentation un ami a attiré mon attention sur le fait qu’Eduardo Galeano avait parlé d’elle à la télé andalouse. Je suis allé aussitôt voir la postérité de la Française aux Amériques. J’ai croisé ce beau texte du 27 juillet 2003 dans un des deux plus grands quotidiens du Nicaragua, Nuevo Diario. Ma traduction est accompagnée de quelques notes et observations.
| Les lumières oubliées : |
| —Carlos Midence.— cmidenceni@yahoo.com |
Olympe de Gouges (1748-1793) s’est changée en une des premières martyres de la cause de la femme. La tragédie de cette intellectuelle, éclairée, féministe, révolutionnaire (peut-être la seule et véritable figure révolutionnaire au sein de ce qu’on appelle Révolution française), est à la fois le côté pile et le côté face d’un des phénomènes les plus influents de l’histoire des idées (dans le sens général d’idées politiques, sociales, culturelles, scientifiques etc.).
J’écris ceci car la Révolution se considère avec certitude comme la référence des Droits Humains or ils étaient biaisés et orientés vers les seuls Droits masculins, en oubliant les Droits de la femme dans toutes ses conditions et statuts sociaux.
Voilà pourquoi Olympe projeta de tels droits dans sa déclaration de la citoyenneté de la femme, présentée devant l’Assemblée révolutionnaire. Ce qui lui coûta son arrestation et ensuite sa mort sur la guillotine (1). Les actions et événements expérimentés par Olympe de Gouges interrogent l’universalité des Droits révolutionnaires symbolisés par la formule : «Egalité, Liberté, Fraternité». Etaient-ils en eux-mêmes excluants?
LA FEMME HORS DE LA PARTICIPATION
L’auteure Alicia Puleo appelle ce phénomène : la philosophie éclairée oubliée, ou la femme hors de la participation véritable. Ceci parce que les femmes françaises en 1789, en marchant sur Versailles, fixèrent un but historique au féminisme en exigeant alors, au cri de « Liberté, égalité, fraternité » divers droits qui leur furent refusés. De Gouges vérifie que les changements apportés par les faits révolutionnaires, en ce qui concerne la situation de la femme, étaient seulement décoratifs et faits de remerciements apportés aux services rendus à la cause révolutionnaire par des femmes. Dans le fond, il ne s’agissait pas de transformations substantielles, ni transcendantales comme le pensèrent de Gouges, Etta Palm, Méricourt et Jodin pour mentionner quelques-unes de ces femmes qui communièrent dans l’esprit des lumières, mais plutôt des illusions, des rêves comme le dit la féministe Celia Amorós.
Il fut tel le renversement de la Révolution française quant à ses rapports avec le mouvement des femmes que deux faits symptomatiques en apportent la preuve : la décapitation d’Olympe de Gouges et la fermeture des clubs de femmes (le public et le privé était considéré comme inamovible pour la femme) se produisirent à la même date (1793) (2) par décision des jacobins (les classes moyennes et populaires des quatre groupes révolutionnaires idéologiquement et socialement divisés, quelle Horreur!!).
«A LA CUISINE OU AU BORDEL»
Ceux qu’on appelait les révolutionnaires préconisaient: «les femmes à la cuisine ou au bordel». C’était une phrase courante entre révolutionnaires français, ceux là même qui levaient le drapeau d la lutte contre la répression et l’inégalité. Cette formule continue encore d’être appliquée par beaucoup de révolutionnaires en politique, en art, dans le domaine social et jusque dans le domaine éducatif de nos sociétés. (3)
Voilà pourquoi Olympe de Gouges a été un exemple sans égal de cette réalité et peut-être de la nôtre. Elle réunit un ensemble de caractéristiques qui la rendent unique dans l’histoire. (4) De Gouges posait des problèmes qui nous paraissent aujourd’hui très actuels comme la recherche en paternité. Ces questions résolues depuis peu par quelques sociétés les plus avancées en matière législative, elle le préconisa voici deux cents ans.
De plus, Olympe de Gouges était une révolutionnaire, une femme que consacra sa vie à la conquête des libertés, de l’égalité ethnique, sociale et politique, et a été une figure marquante dans l’ambiance révolutionnaire française. Elle activa le débat, dès cette époque, sur le thème du genre même si elle ne le connaissait pas sous cette forme.
Voilà pourquoi des auteures l’incluent dans le premier mouvement féministe. Elle resitue les conceptions au sujet du public et du privé. Elle traite de thèmes liés aux espaces d’action de la vie sociopolitique des femmes.
D’une façon ou d’une autre, parfois par la bande, de Gouges aborde des thèmes comme le contractualisme issu de Rousseau ou Locke, par le fait qu’elle se réfère au rôle de l’état. Nous pouvons l’associer avec des auteures aussi actuelles que Carole de Pateman.
Pour de Gouges, comme pour Pateman, le contrat ou pacte sociale n’est rien d’autre que revendicatif pour l’homme, du fait qu’il se réalise dans la dichotomie public-privé sans la défaire. Un tel contrat oublie le sexuel, dans le sens générique, et devient un pacte tactique de la sujétion. Pour cette raison, en son texte fondateur, de Gouges distinguera le point suivant : «La femme naît libre et demeure égale en droits devant les hommes». Le problème c’est que de Gouges, au sein de l’esprit des lumières et des voix révolutionnaires (époque de gloire de l’«unique et véritable Révolution», dit Carlos Fuentes) se changea en une voix réduite au silence (silenciada) et en une proposition oubliée. De ce fait elle met en doute le concept de véritable Révolution.
L’auteur est Catedrático UNICIT/UNI/UCA.
Notes et observations :
1) Penser que c’est la déclaration des droits de la femme publiée en 1791 qui suscite sa décapitation en 1793 me paraît dangereusement réducteur pour les idées d’Olympe dont la déclaration n’est qu’une page parmi 500 et une page qui ne synthétise pas vraiment sa pensée. Proposer dès ses premiers textes un impôt sur le luxe me paraît aussi significatif que la déclaration et aussi difficile à mettre en œuvre depuis des siècles.
2) Là aussi une confusion peut naître de cette coïncidence. Ceux qui écrivent la vie d’Olympe passe rarement par les clubs, et Dominique Godineau qui publie le livre fondamental sur les citoyennes tricoteuses ne traite du cas d’Olympe que très faiblement.
3) L’article n’est pas sans rapport avec la situation au Nicaragua et le retour au pouvoir de Ortega pour les Sandinistes n’a certainement pas été une bonne nouvelle pour les féministes de ce pays pourtant habituées au pire.
4) Son côté unique est en effet phénoménal surtout si on prend sérieusement en compte l’ensemble de sa production politique qui représente 500 pages éditées par Côté-femmes en 1993 mais sans éclairage historique.