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Enzo Barnaba à Montauban
Photo reprise du blog de l'écrivain
(Suite à cet article j'ai reçu le petit mot d'Enzo que je joins ici :
Cher Jean-Paul,
Merci pour la page que tu as bien voulu consacrer à ma soirée au Scribe. Oui, Alessandro Natta était bien le secrétaire général du PCI ("un intellettuale prestato alla politica"). Pour ce qui est de la mafia, dommage qu'on ne m'ait pas posé la question. Voici un doc. qu'on pourra trouver dans mon site: http://www.enzobarnaba.it/Veleggiata.doc . Ciao,Enzo www.enzobarnaba.it)
avec ce complément apporté pa René Merle
http://www.rene-merle.com/article.php3?id_article=570
Invité par la librairie Le Scribe, Enzo Barnaba, écrivain sicilien, se lance dans l’explication d’un livre italien non traduit ! C’est que l’histoire est liée à l’histoire de France et elle lui tient beaucoup à cœur. Lui, arrivant assistant à Nîmes au Lycée Daudet, pense qu’il va trouver aisément quelqu’un pour lui raconter des événements qu’il apprit en son pays, l’Italie, et qui se déroulèrent en 1893, à Aigues-Mortes. Stupéfaction : les érudits locaux lui dirent ne rien connaître du sujet !
Dès qu’il le put, il partit pour Aigues-Mortes et là il eut de la chance, il tomba sur une personne liée à cette histoire macabre : un massacre d’ouvriers italiens les 16 et 17 août 1893, dans une France encore marquée par le Boulangisme (« même si Boulanger était mort » précise Enzo très au fait de l’histoire de France), dans une France raciste, dans une France revancharde. Enzo est un écrivain mais en fait, il est un conteur et nous verrons plus loin pourquoi. Il parle à partir des photos et des dessins de l’époque, il fait vivre la marche vers la mort, il est au procès, il pense aux témoins… ; sur tous les fronts, Enzo a son mot à dire. Il est debout, il essaie de s’asseoir, il se lève… le tout est, qu’il n’est pas optimiste !
Cette histoire douloureuse, il ne la conte pas pour les beaux yeux d’une princesse, il la conte car aujourd’hui des ministres italiens, des maires italiens disent ouvertement leur racisme et quand on les invite à observer qu’autrefois aussi les Italiens furent des immigrés, ils répondent avec superbe : « Oui mais des immigrés qui portaient avec eux 2000 ans de civilisation ! » En fait, les réponses des sommités ne sont pas celles qui le heurtent le plus. Il y a aussi ces anciens immigrés italiens qui, parce qu’ils sont justes sortis d’affaire, regardent avec mépris les Arabes et autres, suivant le principe qu’on veut toujours écraser celui qui est en dessous.
Pour dire que l’actualité lui tient à cœur, il fit quelques efforts pour qu’en 1993, cent ans après, la mairie d’Aigues-Mortes trouve le moyen d’honorer les victimes d’hier, par une plaque, par un geste, par un colloque. Mais non, rien de rien ! Il ne faut pas heurter les commerçants qui vivent du tourisme italien !
Un ami m’avait averti : « tu vas t’y retrouver dans ce qu’il raconte ! » Et je me retrouve aussi dans son sérieux : « combien de morts à Aigues-Mortes ?» lui demande-t-on. On croit que la réponse tient dans un nombre mais non, Enzo fait tout un panorama de la presse et de son fonctionnement : entre le côté italien qui gonfla les chiffres et le côté français qui les évita les réponses vont de 500 à 0 ! Lui, après étude des archives penche pour dix morts et des centaines de blessés. Le livre s’appelle : Morte agli Italiani ! Il Massacro Di Aigues-Mortes 1893, édité par Infinito avec une introduction d’Alessandro Natta qui fut un temps si je me souviens bien, secrétaire du Parti Communiste Italien et une préface du journaliste Gian Antonio Stella.
En fait, je pensais qu’il commencerait par évoquer son roman traduit en français, Le ventre du python paru aux Editions de L’Aube. Comme tout écrivain, l’homme ne fait qu’un tout, et à bien l’écouter, une histoire était dans l’autre. J’exagère ? Vu qu’il s’agit de l’histoire d’une femme née en Afrique, il semble que nous soyons loin d’Aigues-Mortes ! «L’Afrique pousse vers le plaisir de raconter » dit Enzo, et ce plaisir déborde de ses mots à chaque moment, à chaque question, à chaque lueur. Puis il précise que parmi les prénoms bizarre de l’héroïne, « il y a Cunégonde, un clin d’œil à Voltaire ». Voilà, j’étais venu pour ça, pour le clin d’œil à Voltaire où déjà nous retrouvons la France, la France qu’Enzo croisa à Nîmes mais indirectement aussi en Côte d’Ivoire, au Sénégal, bref dans cette Afrique qui est le point de départ de son roman. Quand on se souvient que Sciascia a carrément écrit sa version de Candide, comment établir le rapport entre la Sicile et Voltaire ? « Il s’agit d’un rapport plus global entre la France et la Sicile » dit-il, la France des lumières, la France de la raison, la France comme aide concrète pour changer le monde. Mais voilà, à présent il croit moins à cette histoire, il n’est pas optimiste comme la raison nous y invitait. Son passage par l’Afrique dont il est tombé amoureux, lui a-t-elle ouvert d’autres univers ? D’autant que les promesses de la raison nous conduisent parfois à la déraison. Avec la France cartésienne qui reste ses bases culturelles, il y ajoute les bons génies enfermés à tort dans le ventre du python. La raison a conduit à l’enchaînement de la nature alors qu’en Afrique cette dernière se déchaîne toujours et avec par exemple le génie du fleuve pour symboliser la force du fleuve. De l’histoire peut-on tirer des leçons comme le pensait Machiavel ? L’histoire est-elle au contraire cette vague de la mer toujours recommencée et pourtant toujours différente quand on l'étudie de près ? Ma voisine au débat eut un regret : pas un mot sur la mafia n’a été dit de la soirée ! 10-03-2009 Jean-Paul Damaggio