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L'orignal et Paul Desmarais

L’orignal original (3)

 

Voici le troizième des seize petites histoires québécoises pour les 15-115 ans

 

      Dimanche 5 octobre 2008 Raymond Lévesque

     L’original original (1)

Lundi 6 octobre 2008 Gilles Duceppe

Mardi 7 octobre 2008 Gislain Picard

Mercredi 8 octobre Eve Courvoyer

Jeudi 9 octobre Jacques Desmarais

Vendredi 10 octobre Madeleine Parent

Samedi 11 octobre Freddy Villanueva

Dimanche 12 octobre Nina

Lundi 13 octobre Lise Bisonnette

Mardi 14 octobre Christian Lacasse

Mercredi 15 octobre Louise Beaudoin

Jeudi 16 octobre Guillaume Latendresse

Vendredi 17 octobre J M G Le Clézio

     H.Q (1) L'orignal et le clézio

     Samedi 18 octobre Paul Desmarais

Dimanche 19 octobre François Parenteau

Lundi 20 octobre Gilles Vigneault

 

Samedi 18 octobre

 

Qu’elle surprise aujourd’hui ! Voir venir vers moi simple orignal des forêts, le plus grand des Canadiens ! Je veux dire le plus grand par la fortune ce qui signifie à présent, le plus grand tout court. Paul Desmarais, qui a un frère plus vieux de cinq ans, député de 1979 à 1984, est né en 1927 en Ontario à Sudbury où il commença sa carrière de grand propriétaire. Depuis 1978 il ne cesse d’allonger la liste de ses titres de gloire jusqu’à la légion d’honneur française. Malgré sa discrétion dans les médias, je le reconnais à son fanion de Power Corporation. Je me doute que s’il est venu jusque sur la côte nord c’est pour se détendre de quelques conciliabules avec le président de la France, son grand ami Nicolas Sarkozy, qui était hier en bonne place dans le journal de Paul Desmarais, La Presse en lien avec sa visite rapide en notre noble ville de Québec.

 

− Ne t’étonne pas cher Orignal si je suis là ! j’ai appris que le Nobel Le Clézio est venu hier alors comment n’aurais-je pas fait le détour aujourd’hui ! Je n’ai pas investi dans la presse pour être ignorant de notre actualité !

− Je constate à l’instant que Nobel et Noble c’est une anagramme !

− Tu te cultives, jeune orignal, et je viens te féliciter.

− Vous voulez répondre à ce que dit Le Clézio ?

− Non, je veux que tu saches qu’en tant que franco-ontarien je me préoccupe moi aussi de la langue française voilà pourquoi j’ai fait poser une question sur le sujet à Nicolas qui a répondu ceci : « Je ne crois pas au déclin du français, qui reste la seconde langue officielle dans le monde et celle de deux des huit pays du G8. »

− Je pensais que l’usage définissait mieux l’état d’une langue, que ses titres officiels !

− Le Président de la France est rassurant sur toute la ligne : « Le renforcement de la francophonie au Canada revêt à bien des égards un caractère exemplaire. »

− Je lis aussi Le Devoir, où Louise Beaudoin et Jean-François Lisée publient au même moment une lettre ouverte à Sarkozy qui fait un bilan crucial et cruel. « Sans la fermeté de la France, le premier ministre René Lévesque n’aurait pas reçu la Légion d’honneur des mains du président Valéry Giscard d’Estaing, le Québec n’aurait pas été l’invité d’honneur du Salon du livre de Paris en 1999, le premier ministre québécois n’aurait dû occuper qu’un strapontin aux obsèques du président Mitterrand. Nous vous épargnons la liste complète, Monsieur le président, elle est longue et fastidieuse.»

− Je te sens un peu frondeur Orignal. J’ai eu aussi la légion d’honneur.

 

Au loin, le yacht super-luxe d’où est descendu l’homme clef de la « Corporate Canada » qui a pris un modeste bateau à moteur pour atteindre la côte, fait figure de princesse sur les eaux du Saint Laurent.

− Vous avez tenu à prendre le bateau, Monsieur Paul Desmarais ; l’hélicoptère n’est-il pas plutôt votre engin de déplacement car même votre yacht c’est du temps perdu ?

− Il me fallait me détendre un brin, et même si je ne suis pas venu à la chasse à l’orignal, de faire ce voyage c’est comme partir sur une autre planète.

− Votre planète LA CRISE, vous fait-elle peur ?

− Le Canada est un pays sérieux où l’on ne prête qu’à des gens sérieux qui font des investissements sérieux. Même s’il faut supporter les Québécois…

− Nous sommes, la bête noire ! C’est parce qu’il vous écoute que le président Sarkozy crache sur le Québec !

− Comme vous y allez, avec de grands mots, cher Orignal ! Les Québécois sont restés agricoles quand depuis des années il faut être industrieux, et maintenant que les industrieux souffrent, les Québécois risquent bien de tomber encore dans les boues et les bouses.

 

Tout le monde ne le sait pas mais quand le candidat Sarkozy a été élu, à la grande fête du Fouquet’s il n’y avait que deux convives de nationalité étrangère, et Paul Desmarais était l’un d’eux ! Comme les grandes fortunes d’aujourd’hui, il a acheté hier les produits en perdition (le Sarkozy de 1995 suite à la défaite de son chef d’alors Balladur) pour ensuite les faire fructifier.

L’Orignal original observe son visiteur qui cherche des yeux un objet à faire fructifier mais à Anse Pleureuse seul le temps apprend beaucoup de la vie, les adeptes de la vitesse y perdent donc leur temps. Pourtant le grand Paul n’est pas là pour faire de la figuration.

− Je dois devancer l’avenir et toi Orignal tu peux m’aider, dis-moi quel produit tu me proposes d’étudier car il deviendra demain indispensable aux misérables qui vont pulluler ?

− Seuls vos enfants peuvent se pencher sur la question. Votre temps est fini !

− Quel milliardaire peut faire confiance à ses enfants ? Ils ont eu une vie trop facile, une vie qui les conduira à seulement profiter du passé sans rien faire pour l’avenir.

 

Hier il fallait deviner que le pétrole et le gaz seraient la source de fortunes immenses. Demain il en sera de même pour des raisons inverses : leur raréfaction. En rester là, c’est vivre sur la défensive, c’est gérer les acquis, c’est tourner le dos au futur. Est-ce que demain, le bois deviendra comme l’a dit un poète parlant de son art : « une arme chargée de futur » ? L’Orignal connaît parfaitement le bois, n’a-t-il pas un secret à offrir à Paul ?

− Oui, dit l’Orignal, j’ai un secret : le bois c’est l’endroit où l’on se perd et vous n’aimez pas le verbe perdre cher Monsieur Desmarais ?

− Je me souviens des contes pour enfant où tout se passait souvent dans les bois. Mais moi je parle du bois en tant que marchandise !

− Vous voulez dire, le bois en tant que papier ?

− Par exemple !

− Car il y a aussi le bois éphémère que porte l’orignal.

− Laissons les balivernes.

− Les effets de langue, pourtant, ça vous connaît !

− J’étais venu en ami, je repars désolé, votre sens de la nature est déjà dénaturé par les rencontres que vous avez faites. J’aurai dû venir vous voir le premier, avant ce satané Raymond Lévesque qui nous casse la boutique par des chansons patriotiques.

− Bon vent, cher monsieur. Je pense que je vais vous écouter. Dans deux jours je cesse de recevoir des hommes pour rejoindre la paix de ma forêt. Et pour terminer par le rire et la chanson j’attends beaucoup de mes deux derniers moments de vacances.

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