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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 11:17

C’est un vieux rêve, réussir à écrire les quinze rencontres d’un original original, du 5 au 15 octobre 2008. Installé à Anse Pleureuse il croise aujourd’hui Raymond Lévesque (la rencontre avec Le Clézio a déjà été évoquée).

 

 

Des propriétaires bienveillants m’ont autorisé à m’étendre une heure chaque matin sur la terrasse d’une roulotte d’Anse Pleureuse. L’été, ce lieu est utilisé comme gîte pour touristes mais, malgré les beautés de l’autonome, il est vide en ce moment. Donc, en ces instants ensoleillés d’octobre, je suis face à la mer d’où viennent régulièrement des messagers d’une vie chargée d’envies. A l’aube, de ce promontoire, j’adore voir monter, toute la gamme des bleus et des gris qui surgissent de cette étendue d’eau, antre de tous mes rêves.

Autant le dire tout de suite, je suis un jeune original encore peu doué pour les cris d’appel que mes congères lancent aux femelles. Peu armé en bois sur ma tête (ceux qui repousseront l’an prochain seront dignes de mes titres), je reste à l’abri des chasseurs à l’arc ou à l’arbalète. Comme tout jeune original de ma trempe, presque deux ans d’âge, je suis un solitaire mais à la différence de bien d’autres, je me sens apprivoisé. Apprivoisé mais pas domestiqué. Apprivoisé c’est l’animal qui va vers l’homme. Domestiqué c’est l’homme qui s’empare de l’animal. Si les orignaux ont pu remplacer le cheval ou le bœuf pour divers travaux des humains, jamais l’homme n’a pu élever un troupeau de membres de ma race.

 

Ma mère m’a lâché seul dans la nature mais, si elle savait mon désir d’approcher les humains, peut-être serait-elle restée près de moi pour m’aider ! De toute façon, depuis le premier jour, je suis un peu fantasque. Vais-je pouvoir apprivoiser quelques lecteurs ou quelques lectrices avec les histoires de mes messagers transcris par un enfant de la nuit à qui je les raconte ?

 

Pourquoi, ici, à Anse Pleureuse ? Pour comprendre, le mieux, en ce dimanche 5 octobre 2008, c’est de laisser s’avancer le premier messager que j’entends venir avec sa chanson programme.

 

« Quand les hommes vivront d’amour

Ce sera la paix sur la terre

Les soldats seront troubadours

Mais nous nous serons morts mon frère »

 

L’homme qui descend du bateau de la vie pour prendre une chaloupe le portant jusqu’à ma modeste terrasse, fait un bel effort car il n’a rien à dire sur les orignaux et autres animaux. Il est un citadin qui parle des vacheries que les humains se font entre eux en se lançant des noms d’oiseaux en tout genre. Avec sa barbe blanche et ses 80 ans - il se prépare à fêter dignement son anniversaire malgré sa surdité – il doute plus que jamais des humains. Il préfère dire son amour des arbres : « ils sont gentils, ils sont aimables, ne savent pas la médisance ». « Eux font de l’ombre gratuitement à ceux qui cherchent des groseilles ». Voilà pourquoi « s’ils connaissaient l’orthographe, je leur demanderai un autographe ». Va-t-il le grand Raymond me demander un autographe ? Va-t-il en mettant pied à terre me redire les premières paroles de son chez nous : « Chez nous les étés sont ben courts, pour ne pas manquer le concours on fait le tour de la Gaspésie à peine en trois jours et demi ». Voilà bien un Montréalais qui dort deux ou trois heures la nuit, puis s’en va par les chemins à la rencontre des amis dotés d’un chalet sur le bord d’un petit lac…

Raymond débarque à présent et vient vers ma roulotte qui n’est pas au bord du beau lac d’Anse pleureuse, mais face au Saint-Laurent pour que je puisse attirer l’attention des messagers de la vie qui passent au loin.

La chanson s’est tue, elle sortait d’un bel appareil technique que l’artiste vient de ranger dans sa poche. Raymond ne peut plus chanter alors il écrit seulement, comme je raconte à présent, pour que le temps nous aime. « Pendant que la nature est saccagée, les océans empoisonnés, que tout tend vers une catastrophe écologique, les gens font du jogging, se tiennent en forme et font des projets d’avenir. » Il vient de me dire jogging de façon à ce que je comprenne l’italique gras car Raymond est un défenseur de la langue française, cette version qui tourne drôlement et finit en sacrement, en tabernacle, en saint-ciboire, en calice et en ostensoir. Dans le français de Raymond, tous les mots sont « décochrissés, c’t’un bum qui les a inventés ; ça sonne cru, ça sonne dru, ce n’est pas comme à l’institut ».

Je m’écoute raconter pour l’enfant de ce soir, et je sais que l’anglais ne va pas me lire, mais le français, qu’est-ce qui va croire ? C’est comme pour la joie, je sais qu’à Anse pleureuse la tristesse va me lire, mais la joie qu’est ce qu’elle va croire  ? Raymond tu me regardes avec tes yeux sombres, tu es là devant moi, je te sens content d’avoir pris cinq minutes pour l’original apprivoisé dont tu vas faire courir le nom sur tout le Saint-Laurent, mais je te sens porteur d’un bilan si sombre, si sombre. Ton poème « écologie », dit dans sa brièveté ma vie d’original :

« Il faut dix mille ans / à la nature / pour penser et créer toute / la beauté et la richesse / qui nous entoure, / mais en dix ans l’homme borné / peut gâcher tout cela. »

Je suis l’orignal, l’enfant des dinosaures, l’homme me réintroduit surtout aux Etats Unis et je comprends, Raymond, que tu sois déçu par les faibles résultats d’une vie de lutte contre les injustices, je te vois déjà t’éloigner vers ton anniversaire et je me sens tout d’un coup plus fragile encore. La fin de ta chanson résonne à présent et m’est portée par l’écho des vagues :

« Mais quand les hommes vivront d’amour

Qu’il n’y aura plus de misère

Peut-être songeront-ils un jour

A nous qui seront morts mon frère.»

L’animal apprivoisé que je suis, a souvent entendu des touristes algériens reprendre ton chant qu’ils savent être né en France, quand tu y vivais juste au moment d’une guerre qui se disait pacification, c’était entre 1954 et 1959 et tu faisais tes armes dans les cabarets parisiens.

Raymond, tu repars à présent, je te vois t’éloigner et je me demande si tu as eu le plaisir de croiser le réconfort révolutionnaire. Je n’existe que par ce réconfort qui, peut-être, prendra forme au fil des histoires pour laisser les pleurs d’une Anse au bénéfice des rires frigorifiques. Qui viendra demain me tenir compagnie pour la prochaine rencontre ? Je dois me lever et partir à la recherche de mon alimentation quotidienne.

 

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Published by éditions la brochure - dans québec
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commentaires

pierrot rochette 20/01/2013 21:27

CHANSON
POUR RENDRE HOMMAGE
À RAYMOND LEVESQUE

DANS UN CAFE PHILO


dans un café philo
pour des profs des ados
où la question était
q’est-il permis d’espérer?

moi l’vieux hippie
pas invité
j’me suis levé
et j’ai murmuré

REFRAIN

faut être prêt
à mourir pour son rêve

quitte à dormir dehors
car la vie est si brève

faut être prêt
à mourir pour son rêve

qiuitte à dormir dehors
car la vie est si brève

COUPLET 2

dans un café philo
pour des profs des ados
j’ai dit mort à la mort
par la vie privée oeuvre d’art

face à leurs profs
aux yeux sans vie
les étudiants
m’ont applaudi

COUPLET 3

dans un café philo
dans les yeux des ados
j’ai vu naître l’esquisse
d’un pays oeuvre d’art,
oeuvre d’artistes

de jeunes rêveurs équitables
des milliers de pèlerins nomades

allumant des millions de rêves
par des poignées de mains insatiables

REFRAIN FINAL

faut être prêt
à mourir pour son rêve

quitte à dormir dehors
car la vie est si brève

oui moi je dors dehors
qu’importe si j’en crève

parce que déjà
ma vie privée oeuvre d’art
s’achève

Pierrot
vagabond céleste


Pierrot est l'auteur de l'Île de l'éternité de l'instant présent et des Chansons de Pierrot. Il fut cofondateur de la boîte à chanson Aux deux Pierrots. Il fut aussi l'un des tous premiers
chansonniers du Saint-Vincent, dans le Vieux-Montréal. Pierre Rochette, poète, chansonnier et compositeur, est présentement sur la route, quelque part avec sa guitare, entre ici et ailleurs

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