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L'Ingres de Belinda Cannone

Dans un livre des éditions la brochure Henry Lapauze, Défenseur d’Ingres et sauveur de Versailles, BON DE COMMANDE Editions La Brochure nous avons repris ce texte de Belinda Cannone que nous vous offrons aujourd’hui pour le confronter à l’article précédent sur la réception actuelle d’Ingres à Québec.

 

 

Ce texte est extrait des Lettres Françaises, supplément à L’Humanité du 1er avril 2006. Il m’arriva un jour d’écrire à Jean-Philippe Domecq (dont je partage le combat pour l’art et la politique) afin d’attirer son attention sur un livre écrit par Belinda Cannone, ce qui l’amusa beaucoup… Alors je m’amuse à vous offrir ce texte.

 

A quoi songeait Ingres ?

 

« Mais à quoi pensait-il ? » me disait mon amie peintre Alexandra tandis que nous visitions l’exposition Ingres. Quand on regarde certains tableaux, tellement épouvantables, on se demande si Ingres voyait bien ce qu’il faisait. Et pourtant oui, il n’avait rien d’un inconscient en peignant par exemple le terrible Napoléon 1er sur le trône impérial. Napoléon y est représenté - de façon parfaitement rhétorique - comme un dieu, tête et corps de face, occupant tout l’espace du tableau, posture pas très différente par exemple de celle du maître de l’Olympe dans (ah, n’en parlons pas !) le Jupiter et Thétis de 1811. Surcharge pénible des ors et des fourrures blanches, du rouge de la tenue, du grand vilain aigle écrasé au bas du tableau. Sans doute l’étrange petit motif sur le tapis, en bas à gauche, dit-il, du moins je le suppose, une profonde vérité sur Ingres et sur cette oeuvre : une schématique représentation de La Vierge à la chaise de Raphaël, modèle absolu d’Ingres, signifie que les positions esthétique et politique du peintre se rejoignent - il s’agit de défendre l’ordre d’abord. Le tableau est une réponse picturale à la situation politique : l’empereur, arriviste arrivé, doit sans cesse trouver une légitimation, Ingres l’y aide. La réflexion est toujours en peine avec ce merveilleux peintre (car merveilleux, il l’est à l’évidence), avec ce qui apparaît comme ses contradictions et qui constitue sans doute sa réponse humaine et esthétique à l’une des situations politiques les plus tourmentées de l’histoire.

Quand nous sommes arrivés devant la salle des odalisques et des baigneuses, Alexandra m’a dit : « Et là, tu vois, incontestable, quelle perfection, la subtilité des couleurs, leur sobriété même, la douceur de ces chairs. » Et c’était vrai ; on a beau en avoir vu des milliers de reproductions, les femmes d’Ingres sont absolument merveilleuses et elles suffiraient à justifier sa place dans notre panthéon. Je ne sais plus si c’est à leur propos que Baudelaire qualifiait Ingres d’« homme audacieux par excellence », mais je le croirais volontiers. J’aime beaucoup cette interprétation d’un chercheur américain qui, raisonnant à propos de leurs déformations anatomiques, suggère que c’est affaire de relance du désir : les distorsions, dit-il en substance, sont si outrées qu’elles ôtent de leur présence aux corps et donc interdisent l’assouvissement du désir, empêchant ainsi son extinction et relançant indéfiniment le désir de peindre.

Même joie devant les portraits. Ingres se voulait peintre d’histoire et, fier d’exceller dans ce genre toujours considéré comme supérieur par l’Académie, dénonçait les portraits. Mais il était bien obligé d’en peindre pour vendre. Là encore, le résultat est éblouissant. Nous sommes restées longtemps devant « le bouddha de la bourgeoisie » comme l’a nommé Manet : le puissant Bertin, bras (légèrement distordus eux aussi) appuyés sur les cuisses, dans une pose familière qui dévoile sa position sociale comme son désir dévorateur. Douceur infinie des teintes. Il y a quelques portraits ridicules aussi souvent ceux de la noblesse. Il faut peut-être penser que le modèle, comme le sujet, déterminait chez Ingres des choix esthétiques et que les yeux lucides de la postérité peignent en sombre ce qui fut trop plein d’éclat à cette époque.

Belinda Cannone

Ingres, musée du Louvre, hall Napoléon, jusqu'au 15 mai.

 

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S
<br /> Ouais ouais ouais , tout cela me donne l'envie de mnager un dannone !<br /> <br /> <br />
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