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Nicaragua d'hier et d'aujourd'hui

Nicaragua : Le droit minimum à l’avortement dans la tourmente

 

 

Si vous allez à Matagalpa, Nicaragua, prenez la rue derrière l’église qui monte un peu et cent mètres plus loin, sur la gauche vous arriverez à une radio communautaire. En face, un bâtiment important sert à la formation, avec une bibliothèque, et des salles pour recevoir les personnes. L’ensemble appartient à un collectif de femmes unies pour la défense et expression de leurs droits. En ce moment, les conversations vont bon train car les élections approchent au Nicaragua, un des pays les plus pauvres du monde. Les Sandinistes du FSLN (très puissants à Matalgalpa) font le maximum pour revenir au pouvoir.

Bizarre. Ils viennent donc de confirmer qu’ils se proposent d’en finir avec la loi de 1893 qui autorise l’avortement quand la vie de la mère est en danger (du temps du premier président laïque du pays Zelaya). Cette fois, c’est René Nuñez président sandiniste de l’Assemblée nationale qui confirme cette ignominie. Une importante manifestation catholique (les élèves des écoles religieuses étaient menacés d’une perte de 20 points sur leur carte de notes pour absence à ce grand rendez-vous « démocratique »), partie de la Cathédrale de Managua alla jusqu’à l’Assemblée nationale où une délégation a été reçue pour s’entendre confirmer, par le responsable sandiniste, le bien fondé des revendications les plus folles en matière d’avortement : oui il est possible d’augmenter les peines de prison contre les médecins avorteurs, oui il est possible d’abolir la loi de 1893 !

 

Une contre manifestation vient d’avoir lieu pour empêcher cette régression historique mais celle-ci n’a pas été reçue par le président de l’Assemblée nationale ! Un seul candidat avait accepté de participer au cortège : Edmundo Jarquin, du Mouvement pour la Rénovation du Sandinisme. Une des candidates au poste de député de cette organisation, Monica Baltodano, ancienne commandante de la guérilla, n’a pas mâché ses mots pour dire sa colère : « Cette conduite hypocrite montre la double morale des dirigeants du Front daniéliste [daniéliste : pour dire que le FSLN est devenu le parti de son chef Daniel Ortega] qui envoient sans honte leurs mères et filles avorter à Cuba, ce pays ayant une législation moderne et respectueuse de notre droit à la vie, et où, en plus, ils bénéficient de la générosité cubaine puisque l’avortement est gratuit, et qui, en même temps, condamnent les femmes pauvres du Nicaragua qui ne peuvent rêver à un tel voyage hors de leur pays. »

Les participant-e-s à cette manifestation eurent l’appui de plusieurs gynécologues qui indiquent que, sans cette loi minimum d’avortement en cas de danger pour la vie de la mère, ils ne pourront plus faire leur travail. Que se passera-t-il pour les femmes diabétiques et cardiaques, dont la grossesse se révèle contre-indiquée ?

Et Monica Baltodano d’ajouter : « Jamais je n’aurais pensé que des rangs d’une organisation qui fut révolutionnaire puissent sortir des propositions aussi abjectes vis à vis de nos droits élémentaires ».

16 octobre 2006 Jean-Paul Damaggio

 

P.S.1 : Le premier tour des élections équatoriennes révèle que le candidat Luis Macas ne passera pas la barre des 3%. Il faut noter l’échec considérable de ce responsable du mouvement indigène le plus puissant d’Amérique latine, la CONAIE, mouvement qui, en mars 2006, avait réussi, par un soulèvement, à empêcher la signature d’un traité Equateur-USA et avait obligé le gouvernement à virer une compagnie pétrolière des USA (visiblement l’organisation de mouvements sociaux et d’une présence électorales n’est pas du même ordre). La CONAIE va sans doute appeler à soutenir le candidat de gauche arrivé en deuxième position Rafael Correa, ancien ministre de l’économie qui était un des quatre candidats à se réclamer du « chavisme » (Luis Macas était aussi dans ce cas). Au second tour, contre Correa, il y aura le milliardaire du pays Alvaro Noboa qui ne fait pas mystère de ses idées : en cas de victoire il refusera toute relation avec Cuba et le Venezuela.

P.S. 2 : Les nouvelles qui arrivent de Bolivie sont très inquiétantes. Evo Morales a été obligé d’accepter la démission de son ministre des hydrocarbures déçu par les reculs de la politique gouvernementale, et il a dû chasser son ministres des mines représentant les intérêts de « coopérativistes » qui provoquèrent des affrontements avec les salariés de l’entreprise minière d’Etat (16 morts et 61 blessés). La coalition qui gouvernait la Bolivie a explosé et en conséquence Evo Morales est face à un choix : radicaliser le processus ou baisser les bras (il est dans la situation de Chavez au moment du coup d’Etat qui le renversa sans bénéficier des mêmes atouts). Réponse le 8 novembre, date butoir imposée aux compagnies pétrolières pour signer un accord avec le gouvernement.

 

Note : Voici un texte d’octobre 2006 qui aujourd’hui prend encore plus de sens : le FSLN gouverne le Nicaragua, il a interdit le parti de Eduardo Jarquin et la lutte contre le droit à l’avortement est devenu priorité nationale. Par contre Rafael Correa dans l’autre petit pays qu’est l’Equateur vient de décréter la dette non seulement illégale mais illégitime. Ce pays ne paiera plus. 18-12-2008 J-P D.

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