Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres
L’été c’est le moment de lire et de relire aussi voici un chapitre du livre de Max Biro et Clément Harari. Clément Harari est en France et nous sommes déjà en 1939. Il va repartir vers l’Egypte. J’ai choisi ce passage à cause d’un nom : Paul Nizan. Un jour nous retrouverons Paul Nizan. JPD
Mousso, le politique, allait de meeting en meeting, tout en vomissant les communistes, Staline, les Russes, tout en se délectant des écrits de Voline, il ne manquait pas une seule manif antifasciste, les dits communistes menaient le bal.
Il y traînait Clément, chaque fois que le théâtre, Line, la Sorbonne, les flâneries, ne le retenaient pas. Il rencontrèrent Paul Nizan, Aragon, Triolet, comme ça, cinq minutes, après les discours.
C'était des images d'histoire.
Au Vel d'Hiv, la voix chevrotante, Blum parlait, les femmes hystériques pleuraient.
Jamais Clément ne fit justice à Blum, toujours l'opinion de ces jours, la haine pour un traître bourgeois, cinquante ans après, il imite encore, avec fiel le ton du socialiste !
Comme si rien ne s'était passé, pas même les historiens sur l'histoire.
Brusquement, dans la foule, debout face à la tribune, dans la houle de la foule, une houle remua les vagues, des hommes vêtus d'un cuir presque uniforme taillaient le passage à Thorez, dominant acclamé.
Mousso aussi par aberration et grégarité se mit à hurler: « Thorez, Thorez ».
L'aspect guépéouesque de cette avant garde n'a jamais revisité l'image que Clément garde.
Pour lui, c'était le prolétariat en marche, vers les lendemains de Justice et de Liberté.
Thorez un jour, Pitoëf le lendemain, Dullin, tout le Paris, de près.
La situation empirait, Thorez hors la loi, les bagarres avec l'extrême droite, des grèves réprimées, Reynaud tentant de faire passer sa voix, les flics obligeant sous la menace armée les conducteurs de métro à conduire.
Mousso et Clément longtemps discutaient, il faut repartir.
Bien vu !! Raymond avait décidé de ramener tout son monde avant l'explosion, la mère de Raymond rentrait en Egypte.
Tous antifascistes, tous intellectuels, mais l'Egypte proclamait sa neutralité. Ne pas rester dans la nasse.
C'était le 3 mai, les bruits bottés teutons, résonnaient au loin, la France était inquiète, mais sûre d'une guerre éclair, l'extrême droite glapissait.
Discret, Raymond ne mélangeait pas sa cour et sa mère. Clément rentra par l'Aramis, avec une cargaison de Chinois, malades, secrets, étranges, étrangers. Clément était l'un des seuls blancs, le capitaine le chargea de défense passive sur son pont.
Il ne savait pas comment utiliser des chaloupes de secours, il dut l'apprendre aux autres qui ne parlaient pas la langue, ne comprenaient rien à ce qu'il voulait.
Rôle de composition, cela l'amusa bien, gesticulations propitiatoires avant l'explosion. Elle n'eut pas lieu sur le bateau, mais l'Europe implosa sous les coups des Panzers.
Une guerre éclair, je vous dis.
Arrivée à Port Saïd, et retour au Caire dans un grand appartement rue Adly.
Résurgence financière des Harari.
Le père et la mère, pour si peu de temps n'allaient pas demander aux enfants de travailler, ils ne demandèrent jamais d'argent.
Ce furent alors les longues inactivités, les mois à flâner avec la jeunesse dorée, intellectuelle, les cafés du centre ville, «L'Américaine», «Groppi» «Big Ben», les futures gloires littéraires, les comédiens en herbe, les femmes en demande, les amours désinvoltes, les confidences, les récits.
L'envie de faire, l'occasion, une place de correcteur se trouvait libre à «La Bourse» le journal de langue française, dont la ligne politique eut été ferme s'il n'eut dû, conservateur, ne déplaire, ni aux Grecs, ni aux Anglais, ni à l'islam, ni aux Coptes, ni surtout à la Couronne, aux maîtres, aux anciens maîtres, aux futurs maîtres.
Clément de ce jour ne dormit plus que cinq heures par nuit, et jamais ne s'en déshabitua.