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Bruniquel : une usine à fer

Usine BruniquelLes éditions La Brochure publient cet été deux livres. Un autre sur Olympe de Gouges (trois auteurs ! Mary-Lafon, Edouard Forestié, Raoul Verfeuil) et celui déjà annoncé sur Bruniquel et son usine à fer. Un petit retard chez l’imprimeur fait que la sortie aura lieu seulement le 20 juillet au prix chacun de 15 euros pour 150 pages. Voici la présentation de celui sur Bruniquel (auteur Jean-Paul Damaggio)

 

Avant-propos

A mes sympathiques voisins de Bruniquel,

les familles Nespoulous et Tabarly

 

Des historiens s’offusqueront de cet avant-propos qui fait plus appel aux souvenirs qu’aux documents mais n’ayant jamais revendiqué le statut d’historien pas plus que celui d’écrivain ou de jardinier (autant de statuts que je respecte), j’écris depuis très longtemps avec pour seul souci, ma participation à la vie démocratique et celle-ci ne s’enferme dans aucun cadre précis.

 

Ainsi donc, tout commence par une double passion enfantine pour le village de Bruniquel. Natif de la commune toute proche de Bioule et habitant de Cayrac, ma première visite aux châteaux me marqua en même temps qu’un détour par l’usine à chaux située au bas du village, au pont, où il m’arriva d’accompagner mon père. Etrangement, je conserve une sensation bizarre : comment avec le chargement de chaux, allait-on pouvoir remonter la pente pour sortir de l’usine ?

Peu après, le directeur de l’école de Réalville fut pris par un projet fou : une sortie cycliste des grands de l’école jusqu’à Saint-Antonin et retour dans la journée. Avec les actuelles règles de sécurité, il aurait à peine le droit de faire le tour du village ! En conséquence c’est avec quelque fierté que je suis passé à onze ans, en vélo, en bas des châteaux !

Beaucoup plus tard, devenu instit, je me retrouve en 1976 habitant de Monclar chef-lieu du canton où se trouve Bruniquel. Comme je le raconte plus loin, je suis alors poussé pour la première fois vers cet autre site du village : les Forges de Caussanus avec un premier article dans un journal alors largement diffusé sur le canton, mais sans pour autant susciter la moindre réaction. J’ai ainsi l’occasion d’entrer dans la maison du dernier habitant de la cité ouvrière : M. Lacassagne.

Les Forges de Bruniquel se retrouvent dans mon premier livre publié sous forme ronéoté en 1982 et qui traite des « Démocrates du Tarn-et-Garonne 1848-1851 ».

 

Comme si le fil ne pouvait se couper, en 1993 je me retrouve habitant du village, locataire de Michel Montet élu maire en 1995. Là, je reçois une lettre du journaliste René Mauriès me demandant des renseignements sur « la tombe de l’Anglais ». Les Forges avaient fait travailler des Anglais et je me suis donc replongé dans le dossier sans trouver aucun lien entre les deux faits. Je décide alors de réaliser un recueil de documents présenté au cours d’une agréable réunion à Bruniquel en décembre 1995, dans l’espoir d’inciter quelqu’un à poursuivre une étude plus exhaustive du sujet. J’ai eu le plaisir de participer à la réalisation d’une expo-photo sur les Forges mais j’ai quitté Bruniquel l’été 1996 et l’étude en est restée là.

 

Le 18 septembre 2005, l’ami Pierre Baffalie, un instit devenu responsable de l’association Maisons paysannes de France, fait ressortir de l’ombre le serpent de forge, en compagnie de M. Hinard de Belmontet devenu un admirateur du lieu. Toutes les personnes qu’il m’arriva d’amener sur le site en furent stupéfaites par la beauté et la journée du patrimoine organisée par cette association, avec l’aimable accord du propriétaire Alexander Mathers, me confirma dans l’idée qu’il faudrait doter le lieu d’un vrai livre digne de son histoire. Ce jour-là Monsieur Hinard lance cet appel : « Il faut sauver ce patrimoine, il faut sauver les Forges et le succès de la visite du jour va peut-être y contribuer. »

En écrivant le compte-rendu de cette visite dans le journal Point Gauche ! j’indique pour ma part :

« C’est seulement en ce 18 septembre que j’ai découvert un bâtiment en belle pierre, recouvert de terre et qui manifestement servait à entreposer les aliments. Vérification faite sur les plans, il s’agissait d’un cellier qui se complétait, à côté, par les fours à pain. Ce lieu témoigne, en ses moindres détails, d’une vie populaire, d’un art populaire, en bref, d’une histoire phénoménale. »

Si les collectivités publiques avaient acheté ce lieu comme elles achetèrent le Château, il y avait là le moyen unique de rendre hommage à tous les travailleurs de la vallée de l’Aveyron (et d’ailleurs aussi), des tanneurs de Saint-Antonin aux briquetiers du Bugarel, de la cimenterie de Lexos aux meuniers de partout. Moyen unique car généralement de tels bâtiments proches des villes ont été détruits par l’expansion urbaine tandis qu’à Bruniquel ils restent présents.

Mais ne désespérons pas quand on note que les Forges furent la cause essentielle de la création de la ligne de chemin de fer Lexos-Montauban et que, dernièrement, deux éléments importants de cette voie ferrée reprirent vie : l’ancienne gare Villenou-velle devenant un atout de la salle Eurythmie, et le pont sur le Tarn servant depuis 2009 à un contournement ouest de Montauban !

 

Nous en serions restés là du projet de livre sans un courriel de Danielle Issaulan  en septembre 2008 en vue d’une initiative autour des Forges et du Grand Central, en prolongement d’une réunion tenue l’été précédent, sur Saint-Antonin et Bruniquel et à laquelle je n’ai pu assister.

 

Heureux retraité, j’ai alors décidé de me plonger à nouveau dans les dossiers pour me lancer dans l’écriture de ce livre car les habitants de la région comme les nombreux touristes de passage méritent de connaître ce lieu, même si, en tant que propriété privée, il ne peut pas être visité.

 

Tout de suite j’ai retrouvé l’enthousiasme du premier jour, tout en notant que j’avais oublié bien des éléments et qu’il m’en restait beaucoup d’autres à éclaircir, si possible.

Sans prétendre avoir fait le tour des questions nées de cette aventure, j’espère éclairer quelques lanternes et j’encourage d’autres personnes à reprendre le sujet car il est fabuleux de savoir qu’en ce petit coin de terre que sont Courbeval puis Caussanus, est passé une bonne part de l’histoire industrielle de notre pays, par le fer, les phosphates, la chimie, la chaux, le bois, une histoire qui s’est toujours décidée très loin du lieu en question.

 

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