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Montauban-Privatisations (VI) : L’affaire de l’eau
(Sur ce dessin témoignage de Rosendo Li, à une question sur la privatisation de l’eau que j’avais moi-même posée le 29/06.2001, le dessinateur note la double réponse : celle de Brigitte Barèges « Moi étant de droite, je n’ai pas de préjugés vis-à-vis des privatisations mais en ce qui concerne l’eau, je veux garder la régie. M. Boutonnet est là pour confirmer » et M. Boutonnet d’ajouter : « Oui, chaque fois que l’eau a été privatisée ailleurs, les prix sont devenus plus chers. A Montauban, donc, la gestion de l’eau restera en régie ». Point Gauche ! n°54)
La lutte contre la privatisation de l’eau prend en France une forme particulière. Pourquoi ? Jacques Perreux est depuis longtemps en première ligne sur la question et il explique chaque fois la même chose : en 1945 des patrons furent collaborateurs donc leur entreprise furent nationalisées (Renault) tandis que d’autres firent valoir des liens avec la Résistance et furent magnifiés. C’est le cas des deux entreprises en charge de l’eau : Générale des eaux et Lyonnaise des eaux. Cette originalité leur a permis non seulement de s’emparer du marché français mais d’être en pointe à l’échelle internationale. Me Billard à Montauban expliqua très bien, qu’après étude des contrats faits avec la ville de Paris, elle découvrit que ce furent les mêmes contrats imposés en Bolivie, contrats qui suscitèrent la révolte à El Alto et Cochabamba, révolte qui est un des éléments clefs du développement du MAS qui amena la victoire de Moralès.
La désindustrialisation de la France fait que les capitaux cherchent leur rentabilité dans le monde des services qui eux ne peuvent être délocalisés. Les deux entreprises de départ sont devenus des géants après diverses opérations et le couple fonctionne à merveille : quand une entreprise a fait trop de mauvais coup dans une commune, elle laisse la place à sa concurrente.
Ceci étant, la gestion de l’eau a besoin d’évoluer et dire seulement « service public » ne suffit pas (sur ce point comme sur d’autres). Mme Barèges propose une « régie intéressée » (un autre article fera le point sur les formes de privatisation) et va répéter sans cesse qu’elle ne privatise pas. Sauf que les employés vont cesser d’être salariés de la mairie. Quand ils se sont réunis, l’un d’eux a posé aussitôt la question : « Qui va nous payer ? ». Autour du mot « privatisation » les embrouilles ne manquent pas !
Est-il possible à l’avenir de distinguer une eau de consommation, et l’eau de la chasse d’eau par exemple ? Un investissement trop grand pour de doubles canalisations, un double système ? Faut-il réfléchir à un prix progressif : gratuité jusqu’à un certain point, et beaucoup plus cher ensuite ?
C’est cette évolution nécessaire qui devient prétexte de la privatisation alors qu’elle devrait susciter ne réinvention des régies ! Il est évident par exemple que les petites communes ne peuvent se gérer l’eau elles-mêmes mais le regroupement en intercommunalité ne devrait-il pas permettre là aussi le retour vers des régies qui mériteraient une part d’autonomie.
Avec la lutte engagée à Montauban nous avons la possibilité de sortir des discours généraux pour engager l’action au plus près des réalités. Et la réalité, ce n’est pas de répéter seulement que l’eau en régie est toujours moins chère pour l’usager, car la réponse est classique même si elle est souvent mensongère : cette économie se retrouve dans les impôts locaux.
Il y a eu un audit et un des éléments de la lutte c’est de demander l’accès à l’audit. Personnellement, je pense que le refus de la privatisation et l’organisation de la lutte n’a rien à voir avec la lecture de l’audit. Il s’agit d’une privatisation de principe. Par contre l’audit peut apporter des éléments utiles quant à l’évolution précise de la régie, ce qui est un débat tout à fait différent et il faut éviter de se laisser entraîner dans un débat qui risque d’empêcher la réflexion sur les conditions de la lutte. On mentionne quelques cas de retour à la régie (des hirondelles qui feraient le printemps) et là, l’implication sur la lutte « technique » contre les entreprises privées devient indispensable. Il s’agit de défendre des principes puis quand les principes s’effondrent, il s’agit de montrer les vices du privé… pour en revenir aux principes. 21-05-2009 J-P Damaggio