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Dans ma série des portraits d'enseignants que j'ai tant aimés... J-P Damaggio
Pourquoi vous aimez la neige ? demande le maître.
Parce que c’est gratuit, répond un enfant de 12 ans. (Nègrepelisse)
1984
Jamais je n’aurais pensé aller jusqu’au Pays de Serres. En ce 7 février 2006 je passe pourtant avec émotion la porte d’entrée de l’école de Saint-Amans du Pech. Je sais qu’ici, un instit retraité, toujours habitant du village, y passa l’essentiel de sa carrière. Gamin, sa famille habitait près de la mienne et la solidarité italienne a fait qu’il m’arriva de franchir le seuil de sa ferme où sa grande famille était métayer. Pourquoi en parler à la date de 1984 ?
En 1984, les hasards de la vie firent de Louis, le directeur de l’école de Monclar de Quercy. Grâce à un parent d’élève très dynamique, l’association acheta un TO7 et son crayon optique. Pour un Français, Le TO7 est l’ancêtre de tous les ordinateurs. T comme Thomson mais, malgré le soutien de l’Education nationale, Thomson ne s’éternisa pas dans la production d’ordinateurs.
Pour convaincre les parents du bien-fondé de cet achat, le président de l’association fit venir un instit pour une démonstration. Des années après, Louis a ainsi retrouvé Monsieur Pierre Pizzuto qui traversa le département du Tarn-et-Garonne pour faire partager sa passion. Pionnier de l’informatique à l’école, il voulait propager le « virus ».
Après la réunion, Monsieur Pizzuto rappela à Louis une anecdote oubliée. Juste avant de devenir instit, Monsieur Pizzuto passant chez les parents de Louis, c’est avec un sourire amusé, que l’oncle de Louis lui posa une question piège, au moment du digestif :
— Comment la poire entière qui est dans l’alcool de cette bouteille a-t-elle pu y entrer ?
Au récit de ce fait, Louis vit surgir une image de son enfance : ils étaient tous devant la maison de sa grand-mère, à deux pas des poiriers taillés à merveille, sous un beau soleil de printemps, et Pierre se creusait la cervelle. Et Louis s’étonnait qu’un futur instit ne puisse répondre à la question.
L’instit et sa science n’arrivaient pas à répondre au paysan et sa pratique. En vain, il chercha à relever ce défi aussi, des années après, il se souvenait de cet échec exemplaire. Franchement, c’est vrai, tout le monde a vu de telles poires conservées dans l’alcool mais qui a l’explication ?
Le vendredi 2 février 2006, à l’école de Gandalou, une dame passa pour faire observer un cobra de Macao conservé dans une bouteille d’alcool. Là, une jeune fille de CE2 expliqua que son grand-père conservait des poires dans de l’alcool. Elle accepta d’expliquer aux autres enfants comment il pouvait arriver à un tel résultat. Sur un poirier, il faut repérer une petite poire que l’on introduit dans une bouteille, la bouteille étant bien attachée à l’arbre. Il suffit d’attendre que la poire grossisse dans la bouteille, puis quand la poire est mûre alors il faut la détacher avec précaution (il faut brûler un peu la queue) la laisser dans la bouteille où on ajoute de l’alcool et voilà comme on obtient un produit original.
Quand on y pense, la solution est simple, il suffit d’avoir de la patience et d’être un peu ingénieux. Les immigrés italiens ont souvent été ingénieux. Louis en connais un qui a réussi à greffer quatre variétés différentes de prunes sur un prunier.
Monsieur Pizzuto employa son ingéniosité à introduire l’informatique auprès des enfants. L’institution Education nationale fera un effort dans ce sens un an après, avec le plan IPT (Informatique pour tous), un plan à la mesure de la dite institution … et donc sans bon sens. Il fallait surtout apporter un coup de pouce à Thomson et le coup de pouce fut conséquent. Que de matériel gâché ! Peut-être fallait-il y mettre ce prix pour commencer à débloquer la situation ? Le matériel fut accompagné de stages proposés pendant les grandes vacances. Après ça, les efforts en formation continue resteront trop faible et l’évolution du matériel rendra celui du plan IPT obsolète avant d’avoir servi (c’était le temps des cassettes pour charger et enregistrer les programmes). Une autre entreprise dont le nom m’échappe avait eu une part du marché. A l’école de Tziganes quand Louis y passa, il en profita à son tour, pour faire une démonstration. A la fin, Yves Vidaillac demanda aux élèves : « Est-ce que ce soir je laisse le matériel dans l’école ? » Et les enfants amusés répondirent : « Non, on veut pouvoir s’en servir encore ! ».
Ici à Saint-Amans du Pech, en 2006, six ordinateurs sont toujours en fonctionnement et avec les élèves de CM2-CM1, nous avons fait le point sur le B2I (Brevet informatique et internet que les enfants doivent passer avant d’entrer en 6ème). Une avancée majeure quant à l’utilisation de l’informatique à l’école ? Aucun effort conséquent, régulier et sérieux n’a été accompli pour faire des écoles, les lieux d’avant-garde du développement en matière de TICE. Les variations d’un secteur à un autre sont phénoménales ; grâce à Monsieur Pizzuto l’école de Saint-Amans du Pech reste en pointe.
Louis tu aurais pu écrire l’histoire de ta vie à partir de l’histoire de tes ordinateurs. Amstrad, Atari, puis Microsoft et Microsoft encore, avec en parallèle un premier ordinateur portable puis un deuxième qui te sert à finir ce travail.