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Jaurès le 12 mai 1909

Le 12 mai 2009, les Editions La Brochure sont à Mazamet pour évoquer la grande grève victorieuse du premier trimestre 1909, une grève en pleine guerre sociale évoquée au même moment dans L'Humanité par Jean Jaurès.

12 mai 1909
L’Humanité

A Jeudi

C'est une atmosphère lourde qui pesait hier sur la majorité. Un parti pris d'ignorance et de violence réactionnaire. Par moment il semblait qu'elle fut résolue à ne rien voir, à ne rien entendre et à frapper. Pourtant, l’effort des deux orateurs socialistes n'aura pas été inutile. Sembat dans une argumentation précise et forte a montré à tous les républicains qu'ils ne pouvaient approuver les poursuites contre les postiers sans installer décidément en France un régime de basse tyrannie et d'abjecte police. Willm, en détaillant le dossier des agents révoqués, en montrant sous quels. misérables prétextes, ils ont été frappé, a éveillé dans plus d’une conscience des lueurs d’inquiétude et de doute. Et même si ces lueurs s’éteignent sous la volonté ministérielle, la force morale de la réaction est dès maintenant amoindrie. Mais je n’offenserai point nos amis en disant que c'est le discours de M. Barthou qui a le mieux révélé aux radicaux vers quel abîme de réaction ils allaient.

C'est tout le Barthou du ministère Méline qui reparaissait avec ses évocations du spectre rouge, avec ses appels à la peur, avec son exploitation, cyniquement réactionnaire du patriotisme. Ceux des radicaux qui espéraient encore que la réaction clémenciste sauverait du moins quelques apparences et ménagerait en eux un reste de pudeur, ont été avertis par le discours de M. Barthou qu'on attendait d'eux maintenant la réaction déclarée, brutale, grossièrement policière.

A mesure que parlait le ministre de Méline-Clemenceau un malaise envahissait la majorité et ce malaise remontait lourdement vers l'orateur lui-même, épouvanté par intervalle de l’effet inquiétant produit par cette reprise d'un vieux rôle. La Chambre a remis à jeudi la suite du débat, comme si elle avait honte de la besogne qu'on attend d'elle, comme si elle voulait se donner encore un peu de temps pour chercher une issue.

Le parti radical saura-t-il profiter de ce délai pour se ressaisir, nous le verrons bien. On dit que quelques-uns voudraient aussitôt après le vote sur les postiers soulever un débat sur la politique générale. Mais c'est dans les procédés de police et d'iniquité appliqué à la répression du mouvement des postes que se marque le mieux la politique générale du ministère ; c'est là qu'il faut l’atteindre et la frapper si on ne veut pas se condamner à gesticuler dans le vide.

En tout cas, la remise du débat à jeudi a paru indisposer et alarmer les ministres ; ils avaient espéré enlever le vote d'un tour de main, et voilà que leurs sophismes, leurs mensonges, pourront être analysés à fond. Voilà que la politique de réaction brutale affirmée par M. Barthou avec des fanfares manquées qui sentaient parfois la chamade, pourra être dénoncée au pays.

Les gouvernants n'échapperont pas aux responsabilités formidables qui pèsent sur eux.
Jean Jaurès

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