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En octobre 1919 naît l’hebdo : Le Travailleur du Lot-et-Garonne qui va servir à préparer la campagne électorale de Renaud Jean. A la réunion de Samazan, le 24 avril, c’est la première page de ce journal que les Amis de Renaud Jean ont décidé de distribuer. En document, voici l’édito. Le calendrier oblige à un clin d’œil à Jaurès présenté sous cette forme qui en effet se passe de commentaires :
« Leur justice !
« L’assassin de Jaurès est arrêté ; il sera châtié. Que tous aient confiance dans-la loi. » 31 juillet 1914. René Viviani, président du Conseil.
« L’assassin de Jaurès est déclarfé noncoupable. Unvedict monstrueux déclare que son assassinat n’est pas un crime. 21 mars 1919 Anatole France »
Ouvrier, paysan, écoute !
Ce journal est ton journal, il te défendra contre tes ennemis.
Tes ennemis sont ceux qui t’exploitent.
On exploite ton travail.. - Pris dès l’enfance par la terre et l’usine, tu travailles surtout pour ceux qui possèdent. Tu veux te libérer, tu t'acharnes à la besogne, tu augmentes ainsi les profits de tes maîtres. Petit propriétaire, petit commerçant, petit patron, tu seras exploité encore ; paresseux ou maladroit en quelques jours tu te ruineras, et tes enfants innocents de tes fautes, devront à leur tour vendre leurs bras à l’usine ou à la terre. Misère, ou médiocrité incertaine, voilà ta part.
On exploite ton cerveau et ton âme. Tu as besoin d’apprendre. La société t'enseigne à lire. Mais si ton père ne veut pas t'envoyer à l’école, personne ne le contraindra ; s'il ne peut pas personne n’ira à son secours. L'enseignement secondaire ou supérieur n’est pas pour toi : tu n'es pas riche. Les journaux complètent ton instruction : ils t'empoisonnent. Quand on te fait lire, on ne développe pas ton cerveau, on le déforme.
Tu veux te gouverner. On proclame ta liberté, ta royauté. Tu es le peuple souverain. Tous les quatre ans - ou plus.- tu fais figure de roi, pour un .jour. Tu votes. Ton journal te conduit à l’urne ; c'est sa volonté qui triomphe. Tu votes contre toi.
Pour te consoler tu as besoin de croire. Tu crois au prêtre - ce trafiquant de Dieu. Il te prêche la résignation: Tu crois au nationaliste - ce trafiquant de la Patrie. Derrière lui tu te précipites dans la haine.
On exploite ta vie même. - On fait battre l’Espagnol pour Cuba ; l’Anglais pour le Transwaal ou la Perse, l’Allemand pour Briey, l’Italien pour Trente ou Fiume, le Russe pour Constantinople, l’Autrichien pour Salonique. On te fait battre pour le Droit, et aussi pour la Sarre et la Syrie.
Et pendant que tu te bats, quelques-uns dans tous les pays, ramassent les millions par centaines.
Ton ennemi, c'est toi-même parfois.
Tu ne résistes pas à ceux qui te trompent.- On te donne de l’argent, on t’apprend la Madelon, on t'invite à la fête et au bal, on te fait boire - sur les tombes fraîches. Tu tends la main, tu chantes, tu bois - tu oublies.
Tu as des colères absurdes. - Poilu, tu démolis le train qui t'emporte à l’arrière ; ce train, tu le reconstruiras. Paysan, tu détestes l’ouvrier; ouvrier, tu méprises le paysan ; vous êtes tous les deux jaloux de l’intellectuel. Volontiers vous marcheriez les uns centre les autres. Et tous vous êtes des victimes.
Tu as d'étranges défaillances. - Tu essaies de te libérer seul, en exploitant tes camarades. Si tu réussis, tu connaîtras un instant de bonheur, à condition d'avoir étouffé ta conscience. Mais, es-tu sûr que ton fils ne retombera pas ?
Tu vas parfois au syndicat pour y abriter ton égoïsme et le satisfaire. Tu ne luttes que pour ta corporation. Tu peux obtenir quelques concessions. Mais, si ta corporation en profite seule, les autres la jalousent. Ton égoïsme corporatiste affaibloit ta classe, c’est-à-dire toi. Tes conquêtes ne sont définitives que si toute to classe est prête à se lever pour elles.
Parce qu'on t'exploite, tu prends quelque fois le travail en haine. Tu te laisses glisser à travailler mal ou peu. En produisant moins tu ne supprimes pas le vol ; tu diminues ta part déjà si faible, avant de rogner celle de tes maîtres. Le travail n’est pas coupable, ce n’est pas lui qui t'opprime ; c’est lui qui te sauvera.
Ouvriers, paysans intellectuels, nous sommes tous des exploités. Pourtant, nos maîtres ne valent pas plus que nous. Le capital est leur seule force ; il suffit à nous écraser; il nous prend nos bras, nos cerveaux et, quand il le veut, nous lance dans la guerre.
Nous avons le choix : ou bien nous soumettre encore, laisser leurs armes à ceux qui nous frappent et être éternellement esclaves ; ou bien attaquer le capitalisme en face, enlever le capital à la minorité qui le possède, le donner à tous et connaître la liberté et la paix.
Le capitalisme chancelle. Il pensait, par la guerre, tuer le socialisme et c'est lui qui se meurt et, dans tous les pays, les foules torturées courent au socialisme.
Le capitalisme croulera, si nous savons nous unir. Un homme seul ne se libère pas, pas plus qu’une corporation, pas plus qu’une nation. Le capitalisme mourra si nous mettons à sa place une organisation meilleure. Un travail formidable nous attend. Le capitalisme ne laisse rien derrière lui ; en cinq années de folie, il a tout dévoré tout détruit. Le monde entier est à refaire. Il faudra tuer l'égoïsme que nos maîtres ont placé en nous. Il faudra forcer tous les hommes au travail, nous diriger, nous critiquer nous-mêmes - faire toujours mieux.
L'union de toutes les victimes, pour la lutte et pour l’éducation, tel est le but que se propose notre journal.
Travailleur manuel et intellectuel, notre journal est ton journal, à toi de le faire vivre.
La Rédaction..