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Grousset communard
Au cours du colloque de Grisolles, il est revenu à Michel Cordillot de nous présenter la facette « communard » de Paschal Grousset. Avec cet historien, j’ai un modeste point commun : il est présent lui aussi sur le site « 1851 » car, pour le cas de l’Yonne, il lui arriva d’étudier les révoltes populaires contre le Coup d’Etat de Décembre 1851 (1). D’ailleurs cet événement revient dans la bouche de l’orateur quand il présente les débuts de la Commune, le 18 mars 1871, comme une sensation populaire de retour de décembre 1851, avec l’armée désireuse de s’emparer des armes pour prendre le contrôle de la ville.
Comment Grousset est devenu communard ? Il mentionne plusieurs années charnières : 1861 quand le jeune provincial découvre au Lycée Charlemagne à Paris qu’il est plutôt méprisé ; 1868 quand son travail de journaliste le place en première ligne, et enfin au début 1871 quand, par patriotisme, républicanisme et souci de défendre la cause sociale, il se démarque d’une nouvelle république jugée timorée.
Grousset cultive en permanence sa différence, il se démarque de tous les partis et de tous les clans, ce qui explique peut-être en retour son manque de notoriété aujourd’hui. A force de cultiver l’isolement, il est resté en dehors des grands courants. Aux législatives de 1906, il préféra rester un candidat socialiste indépendant plutôt que d’adhérer au tout nouveau Parti socialiste.
Cette originalité s’appuie sur trois traits du personnage : une référence à ses origines corses par sa mère (un Corse contre les Bonapartistes !), une façon de jouer le dandy et pendant la Commune une radicalité extrême surtout verbale.
Michel Cordillot n’hésite pas à pointer son aveuglement : « Il vit dans un monde irréel sans voir le changement du rapport de forces ». Il oppose peut-être trop schématiquement la ville et la campagne. Ceci étant, il se lance à corps perdu dans l’action politique après son élection à la Commune qui en fait l’équivalent d’un ministre des affaires étrangères.
Cependant, à partir du 22 mai, il disparaît, il se cache et il est arrêté après la Semaine Sanglante, le 2 juin 1871, découvert dans un placard à habits. Condamné à la Nouvelle-Calédonie, il s’en évade, moment spectaculaire, après cet autre moment spectaculaire d’avant la Commune, lié à l’assassinat de Victor Noir (le témoin de Grousset) par le cousin de l’Empereur, Pierre Napoléon ce qui lui vaudra quelques mois de prison et un procès où il fera preuve d’audace.
Ce passage par la Commune de Paris, constitue pour Michel Cordillot le ciment qui crée l’unité d’un personnage aux multiples facettes. Par la suite il défendra les mêmes idéaux par le journalisme, la littérature, l’action en faveur de l’éducation physique et l’intervention à la chambre des députés.
Xavier Noël avait mentionné un autre élément de cette fidélité à la Commune : par solidarité, il décida de démissionner de la Société des Gens de Lettres quand il apprit, alors qu’il était en exil à Londres, que Raouza en était exclu. Razoua était un natif de Beaumont de Lomagne qui, Communard lui aussi, avait réussi à fuir en Suisse, son histoire étant évoquée sur ce site grâce à son ami Léon Cladel.
12-03-2009 Jean-Paul Damaggio
(1) Christophe Voilliot, « Michel Cordillot [dir.], Le Coup d’État du 2 décembre 1851 dans l’Yonne. Résistance et répression. Actes du colloque du 17 novembre 2001 organisé par ADIAMOS-89, Auxerre, Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, 2002, 177 p. », Revue d'histoire du XIXe siècle, 28 | 2004, [En ligne], mis en ligne le 21 juin 2005. URL : http://rh19.revues.org/index633.html. Consulté le 11 avril 2009.