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« La poésie, c’est pour faire rêver et les rêves, ça donne des conseils. »
(enfant de 9 ans, Monclar de Quercy)
1969
En 1969, Louis ne peut même pas imaginer l’existence d’occitaniste, ni un tel engagement chez l’homme paisible qu’il a en cours, devant lui. Il constate seulement après la sobriété de Monsieur Lachaud, l’écoute des élèves chère à Madame Cifuentes, que sans avoir le sérieux de Monsieur Ombret, Monsieur Dinguirard en avait le goût des nuances. Sa nonchalance produisait-elle une pédagogie efficace ? Louis retient seulement, comme pour les autres profs, un instant précis, la grande attention portée à une de ses rédactions. Généralement, comme avec Madame Cifuentes, les textes de Louis étaient d’une nullité assez classique sauf le jour où Monsieur Dinguirard demanda aux élèves de s’exprimer sur les femmes.
En rendant les copies, Monsieur Dinguirard s’arrête tout d’un coup. Il tient celle de Louis qui se demande ce qui va bien pouvoir lui arriver. Le prof abandonne un instant son air blasé pour féliciter l’élève car il trouve la copie particulièrement féministe, d’un féminisme d’autant plus étonnant, vu ses idées. Tout le monde connaissait déjà les idées communistes de Louis (sans qu’il soit engagé) qui s’offusqua presque de la coupure imaginée entre féminisme et communisme. Résultat du commentaire du prof : des éléments féminins de la classe lui demande de pouvoir la lire !
En lisant la référence à son prof sur le livre occitaniste, Luis regrette de n’avoir pas conservé ce texte, le premier à avoir été « socialisé ». Il n’avait jamais écrit à personne sauf pour les profs. Il entamait sur les conseils de Monsieur Dinguirard une carrière de gratte-papier qui le ferait devenir … occitaniste (pour une pièce de théâtre d’André Benedetto, il commença à chercher ses mots) et auteur de ce livre. Au bac de français, qui acheva son année de première, il obtint une note particulièrement ridicule (2 ou 3, difficile de se souvenir du détail).
Le passage éclair de Monsieur Dinguirard à l’Ecole Normale de Montauban n’a pas été effacé par les profs suivants. Sa bonhomie, son sens de la paresse – il rendait les copies avec un retard amusant – tout en faisait un cas et Louis garde ainsi quelques joies de plus qu’il ajoute à sa liste.
« Joies qu’il peut compléter par la lecture de quelques livres qu’il publia avant de mourir si jeune, indique Luis. En effet, il existe un commentaire d’Ubu Roi d’Alfred Jarry, un cours d’ancien français et une édition de vers gascons le tout publié par l’Université de Toulouse Le Mirail. Trois livres qui résument à merveille le grand humour et «l’archaïsme» de ce personnage ».