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Taslima Nasreen toujours debout
Echarpe autour du cou, voix posée, Taslima Nasreen déroule le sombre tapis de son histoire dans un anglais au débit calme, la traductrice prenant par écrit les propos de l’écrivaine et journaliste bangalaise pour les restituer à la fin de son intervention d’un quart d’heure.
Nous sommes à la Bourse du Travail de Saint-Denis, face au stade de France, au cours des deuxièmes rencontres laïques internationales et tout au long des propos de Taslima nous comprendrons mieux ses premiers mots de remerciements adressés aux organisateurs.
L’histoire de cette femme médecin et poète est assez connue : d’origine musulmane elle s’orienta très vite, par le journalisme, vers la critique de cette religion, qu’elle accompagna ensuite d’une critique du christianisme, du boudhisme ou de l’hindouisme. De tous les religieux, seuls les maîtres de la religion musulmane la condamnèrent à mort. Quels furent alors ses soutiens ? Les intégristes chrétiens ou hindous appuyèrent ses critiques de l’islam dans le cadre d’une manipulation classique : ils se sont servis de ce qui les arrangeait en oubliant ce qui les dérangeait. Au nom de la liberté d’expression que les forces de gauche firent avancer dans le monde, elle pensa bénéficier du soutien de ce courant d’opinion mais, après avoir quitter son pays le Bangladesh, dans les différentes régions de l’Inde où elle se réfugia, elle constata envers elle la même méfiance de la gauche : pire, alors qu’elle pensait être soutenu, elle se retrouvait l’accusée ! Par ses propos outranciers, lui disait-on, elle ne devrait pas susciter la colère des autorités musulmanes, si prompte à exploser !
Taslima découvre que toutes les religions veulent garder les femmes en esclavage, et il faudrait se taire pour ne pas heurter les susceptibilités ? « Les groupes de gauche préfèrent soutenir les fondamentalistes de l’islam or il n’y aura pas de progrès sociaux notables sans une critique de l’islam ». Elle a dû quitter l’Inde après les diverses menaces de mort, et se demande où elle va pouvoir s’installer.
L’écrivaine était donc très heureuse de pouvoir s’exprimer librement dans une réunion organisée par des forces de gauche et notamment l’UFAL dont le point de vue est cependant différent. Dans un débat précédent, à un intervenant parlant de l’islam, une responsable répondit aussitôt qu’il était regrettable que la distinction bien connue pour les catholiques entre Opus Dei et Théologie de la libération, ne soit pas également appliquée à l’islam. S’il ne faut pas confondre la minorité intégriste et la masse des croyants, la liberté d’expression c’est avoir le droit de dire aussi, que la religion en tant que telle (catholique ou autre) conduit parfois logiquement à la guerre. « Les religions ne sont pas compatibles avec l’humanisme ». Tel est le constat de Taslima Nasreen. Invitée par le parti socialiste européen, elle a pu discuter de plusieurs sujets, mais quand elle a voulu aborder la critique de l’islam, silence ! Ce point est devenu un tabou à gauche, ce qui fait le jeu des droites classiques qui peuvent ainsi se saisir plus facilement de cette critique pour la promotion de leurs propres intégrismes !
Le combat de Taslima Nasreen est un combat pour l’égalité de tous et son courage, face au développement du capitalisme clérical, est un point de repère réjouissant pour ceux qui refusent de céder aux divers dictats qui savent à présent appeler « liberté » la soumission. La théorie économique de la liberté (libre-échange) a aujourd’hui envahi toute la sphère sociale pour qu partout nous ayons des loups « libres » dans le poulailler. Et gare à ceux qui veulent museler le loup ! Nous pouvons tous les jours vérifier les leçons d’Eduardo Galeano dans son livre : Sens dessus dessous, l’école du monde à l’envers ». Mais pour aujourd’hui reportons nous aux livres de Taslima. En français sept sont disponibles et douze épuisés ! Son succès de librairie est réjouissant. On peut encore acheter son livre de 1994 publié aux Editions des Femmes : «Femmes manifestez-vous ! ». Et en 2008 nous avons trois livres d’elle qui ont été publiés : «Enfance au féminin » et «De ma prison » qui comme beaucoup de ses récits sont auto-biographique mais aussi une historie autre : « Laffa ».
09-03-2009 Jean-Paul Damaggio