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Voici un chapitre du travail sur les usines à fer de Bruniquel que je termine après plusieurs tentatives d’écriture sur le sujet. Qui dit « usine » dit voies de communication d’où ce détour par un problème de route.
Une rocade à Bruniquel en 1820
Le feuilleton dura deux décennies à Bruniquel : pour améliorer le transport des bois de la forêt de la Grésigne à Montauban, il a été décidé en 1807 d’améliorer la départementale n°1 et en particulier dans la traversée du village de Bruniquel, suivant le plan ci-contre (en rouge la nouvelle route).
Pour ce faire, il a fallu procéder à des expropriations qui sont très instructives sur la vie de l’époque quand on en découvre la liste. Premier élément, la multiplicité de personnes concernées confirme ce que tout cadastre fait apparaître : la multitude de petits champs appartenant aux personnes les plus variées. Du seigneur toujours présent (Monsieur d’Ouvrié aîné habitant Villegly), au propriétaire des forges en passant par la grande variété d’artisans, on a l’impression que toute une société défile devant l’Etat qui exproprie. La boulangère, le cordonnier, le charpentier, le marchand, le forgeron, l’ex-huissier, le presseur d’huile, le paysan, le notaire, le faiseur de sangles, le maçon, le tisserand, le peigneur de laine, toute une population qui habite au village mais qui a aussi un pied à la campagne. Et pour y cultiver quoi ? Le nombre de pièces de vigne est effarant mais on trouve aussi les cultivateurs de chanvre, culture dont les champs s’appellent « chenevierre », ou la sainfoin. Autre observation importante : beaucoup de veuves sont propriétaires ce qui laisse penser à une place des femmes dans la société plus importante qu’on ne le pense généralement.
On découvre en même temps l’existence persistance des « patures » municipales, ces terres qui servent à tout le monde.
Dernier point très utile, l’expropriation d’une maison. Il s’agit de celle d’un peigneur de laine dont le prix est estimé à 970 francs ce qui doit représenter environ quatre ans de travail de cet artisan. Il s’agit cependant d’une maison en dur même s’il apparaît évident que tout n’est pas en pierre puisque ce matériau est seulement mentionné pour les encadrements de porte et de fenêtre. La toiture est en tuiles canals. La porte d’entrée ferme à clef.
Nous ne savons pas combien de personnes habitent dans cette maison consacrée à l’habitation avec seulement une pièce « agricole » l’écurie pour les cochons, mais se situant tout en bas du faubourg elle dénote pour l’époque, un confort relatif des gens du peuple.
Elargissement de la départementale n°1 sur Bruniquel : voici quelques expropriés.
Dame Lacombe St Michel veuve Martin, une pièce labourable, Pierre Rey qui doit céder des pièces de terre qui sont des bois, les héritiers du sieur Deymié de Montauban, Teulières Antoine, une pièce de terre, Poux Joséphine boulangère veuve Gasc une vigne , Pierre Littre une vigne, Huc Marthe veuve Gandil doit céder une vigne, Gasc Raymond cordonnier doit céder une vigne, D’ouvrié Auguste de Bruniquel doit céder une vigne, Gau Magdelaine veuve Plantade dit Lestrille doit céder une vigne, Cazottes Louis de Moissac, commune de Bruniquel doit céder une vigne, Cordier Pierre de la Cavalerie une pièce de terre, Vales Pierre une pièce de terre, Descazals Guillaume de Notre-Dame Bruniquel, une pièce de vigne(idem pour sa sœur), Ferrières Jean doit céder une vigne, Rousselières Anne veuve de Bruniquel doit céder une vigne, la pature communale doit céder une partie, la commune doit céder une autre pature. Puis plusieurs sont dans le même cas : Rejaud Mathieu charpentier, Baillo Lamothe, Coursières Jean-Pierre tisserand, Bories Antoine marchand, Rejaud Jean charpentier doivent céder une pièce de terre en chenevierre (chanvre), Biau le forgeron une vigne, Rey André ex-huissier doit céder une vigne, Maffre Bertrand presseur d’huile doit céder une pièce de terre labourable, Monsieur Arbus Lapalme Jacques une pièce de vigne, Conte Pierre tailleur d’habit doit céder une pièce de vigne, Monsieur d’Ouvrié aîné habitant Villegly, arrondissement de Carcasonne doit céder une pièce de terre de sainfoin, Daumon maçon doit céder une pièce de terre, Sicre Jean boulanger doit céder une pièce de terre, Lapisse François boucher doit céder une vigne, le sieur Laurens maître chirurgien doit céder une vigne, Albenque Arnaud notaunier, Arbus Lapalme victor, Deltorn Jean dit Guillaument de Caussanus plusieurs pièces de terre 1111 francs, Nichil Jean dit Bô faiseur de sangles doit céder une vigne, Belaygue Bernard doit céder une pièce de terre, Plantade François tisserand doit céder une pièce de terre, le propriétaire de la forge de Bruniquel doit céder une pièce de terre (la bâtisse a été démolie).
En arrivant dans le village de Bruniquel trois personnes doivent céder une grande partie de la surface de leur maison : Doubac Pierre dit Pape peigneur de laine, Gandil Jean dit Bleu et Gaillard Jean. Celle de Doubac est estimée à 970 francs : maison en pierre couverte de tuiles canal pas vétuste rez-de-chaussée avec deux chambres, une écurie à cochon et la porte en pierre de taille avec porte qui ferme à clef. Premier étage deux chambres avec cheminée chacune, galetas par-dessus.
09-03-2009 Jean-Paul Damaggio