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La cellule de Fermat à Beaumont
Comme annoncé sur ce site, le film espagnol, réalisé en 2007 par Luis Piedrahita et Rodrigo Sopeña, avec pour titre original La Habitacion de Fermat, La Cellule de Fermat a été projeté dans la ville natale du mathématicien, en présence des deux réalisateurs dans le cadre de la « Fête à Fermat », avec donc dans la salle, un certain nombre de mathématiciens universitaires qui contribuèrent au débat qui suivit.
Ce film, bien qu’acheté par Canal+, et projeté sur cette chaîne, n’a pas été diffusé en France. Il existe une version sous-titrée en portugais, anglais, arabe mais pas en français (la version de Canal + étant cependant en français). Peut-être aurait-il fallu, pour contourner le manque de notoriété de Fermat et la difficulté de trouve le marché, le rebaptiser : La Cellule de Pascal ? (quelqu’un proposa : « Entre les murs 2 »).
Fermat est-il vraiment au cœur du film ?
Les réalisateurs expliquèrent qu’ils débutèrent le scénario par l’envie de faire un film avec peu de moyens, rassemblant quatre personnages dans une maison, à la manière d’Agatha Christie. C’est alors qu’est intervenu Fermat, la résolution de son théorème ayant donné lieu à des publications en Espagne qui le firent découvrir. Fermat devint alors le pseudo d’un homme qui invitait dans sa maison quatre mathématiciens, des êtres froids et ordinaires au départ dotés aussi de pseudo, qui révèlent au cours du film leur identité réelle, les noms étant choisi non sur la base de leur personnalité historique mais sur un seul point, la date de décès.
Comme il s’agissait de mathématiciens, ils allaient devoir résoudre des énigmes mathématiques que les réalisateurs choisirent parmi un millier pour qu’elles soient à la fois simples et parlantes.
En fait de mathématiciens, il y a une dame et trois hommes, et la dame, Oliva, suite à ma rencontre avec le film en Espagne, m’était restée inconnue. Si les hommes ont leur nom, la femme est avec le prénom. Galanterie oblige ? Je me souviens de ce grand débat pendant la Révolution française quand il a été décidé d’imposer à tout le monde le tutoiement : les femmes furent celles qui s’y opposèrent avec le plus de force.
A présent, je sais qu’avec Gallois, Pascal, Hilberg, il y avait le nom d’une philosophe du XVIème siècle inconnue en France, Oliva Sacudo, morte à 26 ans (c’était le point nécessaire pour mettre en conformité l’âge de l’actrice, et les nécessités du scénario) et dont le livre qu’elle publia sur les rapports entre médecine et philosophie, a subi l’épuration de l’inquisition (http://www.sabuco.org/). Un débat s’est d’ailleurs instauré dans la salle autour de la place des mathématiciennes dans cette science, une dame précisant même que pour obtenir ce « droit » d’entrée, il fallait symboliquement tuer sa mère, pour sortir de ses jupes et de ses principes. Les maths suscitent toujours des réactions particulières : on n’a jamais parlé d’une bosse de la musique ou de la chimie, mais on a longtemps cru que la bosse des maths était une réalité physique du cerveau qui seule expliquait cette faculté de quelques-uns vers l’abstraction. D’ailleurs le film pose la question : ne faut-il pas être fou pour être mathématicien ? Au cours d’un débat du lendemain c’est justement une dame qui disait à voix basse : « mais pourquoi se torturer l’esprit ainsi ? »
Ce film vient de la passion des réalisateurs pour le jeu. Au début, on voit la main manipulatrice qui installe le petit théâtre où tout va se jouer , main dans laquelle je devine la main des réalisateurs qui imposent leur jeu dans le film. Les maths seront surtout présents par l’opposition entre la mathématique pratique (appliquée dit-on aussi) de l’un, à « la mathématique égoïste » des deux autres (le terme est d’un réalisateur). Face au mathématicien qui œuvre pour faciliter la vie sociale (même avec des produits farfelus), nous avons deux mathématiciens dont le seul souci est de passer à la postérité et qui deviennent les deux perdants du film !
Notons aussi une prise de distance avec l’actuelle « dictature » des nombres : le flic invite le chauffeur à mettre la ceinture de sécurité car dans les accidents 28% ont été sauvés par la ceinture, ce à quoi le chauffeur a répondu qu’en conséquence 72% sont morts malgré la ceinture (pourcentages cités de mémoire). Il met alors sa ceinture qui cause sa mort car elle était trafiquée ! Si, inversement, il avait commis une infraction en répondant tout en conduisant, au téléphone qui sonnait, il aurait été sauvé puisqu’on voulait l’alerter sur le danger qu’il y avait à mettre sa ceinture !
Ceci étant, le film n’est pas un film à thèse, c’est un divertissement mené dans une ambiance pleine de suspens, mais en donnant une image ludique des maths, il peut aider à changer quelques mentalités, et c’est déjà bien.
http://jimfayette.hautetfort.com/archive/2008/05/04/la-cellule-de-fermat.html
Grâce aux échanges sur le film, à l’adresse ci-dessus, voici une des énigmes dont la réponse est donnée sans la solution : « Un homme a 3 filles et l'on souhaite connaître leur âge. On sait que le produit des 3 âges est 36, que la somme donne le numéro de leur maison, l'aînée joue du piano et qu’il n’y a qu’une solution.» (mais est-ce bien le contenu exact de l’énigme ?) 29-03-2009 Jean-Paul Damaggio