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Voici un article écrit en 2004 pour célébrer Mary-Lafon que les Editions La Brochure finiront bien par rééditer.
Mary-Lafon 120 ans après sa mort
Né à Lafrançaise le 26 mai 1810, cet écrivain prolifique fut enterré à Montauban le 26 juin 1884 et c’est encore un 26, le 26 novembre 1884 que ses restes furent transférés au Père-Lachaise à Paris. Entre ces deux dates, que d’ouvrages il proposa aux lecteurs de son siècle ! Comme ses confrères, il avait confiance en la postérité pour donner encore plus de poids à ses écrits. En fait, elle l’enterra une nouvelle fois ce que beaucoup traduisent ainsi : « sans doute ne méritait-il pas mieux ! ». Or, les documents qu’il dépoussiéra pour la première fois (les manuscrits des troubadours), les travaux d’historien qu’il écrivit sont d’une actualité exemplaire. C’est vrai, les romans, poèmes et pièces de théâtre n’ont qu’un intérêt anecdotique et de cela, Mary-Lafon était conscient. Il écrivait :
« Quelques personnes qui spécialisent tout et qui ne semblent pas comprendre que l’esprit puisse avoir une action multiple, se sont étonnés de me voir passer, de temps à autre, des travaux de l’historie ou de la philologie à des compositions de nature moins sérieuse. Si elles avaient bien voulu songer que l’intelligence est comme la terre, qui a besoin pour produire de se renouveler, de changer souvent de culture et de semence, leur surprise aurait cessé. La variété dans le travail distrait, délasse et fortifie. Les rêves de l’imaginaire reposent des fatigues de l’érudition. En sortant du noir cimetière de la philologie, on respire avec joie sur la scène, et la poésie est douce au cœur froissé et rempli d’amertume qu’étouffe à travers les siècles le genou du plus fort .»
Celle longue citation reprise du récit de sa vie « Cinquante ans de vie littéraire » (publié en 1882) est un peu comme un autoportait. A toucher à tout, Mary-Lafon a tout perdu. Catholique convaincu, il n’aimait pas les Papes et le montra très bien dans « Mille ans de guerre entre Rome et les Papes ». Historien du Midi (on ne disait pas encore l’Occitanie), il dénonçait Mistral et Jasmin. Et, comble de la provocation, il se donna un nom de femme ! Dès son premier écrit (un livre de poésie en 1835) Jean-Bernard Lafon signa Mary-Lafon sans doute en hommage à sa mère décédée à sa naissance. Avec le trait d’union, ce nom devient mystérieux mais à l’oral c’est bien un nom de femme et il s’amusait à voir les têtes des personnes quand on annonçait « Mary-Lafon ». Beaucoup plus tard, son épouse prit le nom de Nancy Mary-Lafon.
Historien, il fut parmi les premiers à travailler à partir de documents inédits, aussi son histoire de « Rome ancienne et moderne » reste un chef d’œuvre. Il passa des années dans cette ville où il rencontra le Pape dans des conditions rocambolesques. Son acharnement au travail et ses connaissances linguistiques lui permirent, avec le soin de son éditeur, d’aboutir à un livre magnifique. Mais l’apport majeur de Mary-Lafon concerne son travail de récupération de l’histoire occitane et de traduction des troubadours. Il sauva sans nul doute des textes qui allaient disparaître à jamais. Il fit prendre conscience à la société de son temps de la dimension occitane du Moyen Age. Et aujourd’hui, quand vous prenez « la Chanson de la croisade albigeoise » en livre de Poche rien n’est dit du travail précédent de Mary-Lafon qui avait traduit « La croisade contre les albigeois », une traduction aussi agréable (et plus précise) que l’adaptation qu’Henri Gougaud a fait de ce grand poème fondateur. Aujourd’hui, sur Internet, Mary-Lafon apparaît surtout avec les noms qu’il a donné à deux rues (à Lafrançaise et Montauban) et avec quelques exemplaires de ses œuvres chez les bouquinistes. A quand la résurrection ?
Jean-Paul Damaggio