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Débat sur Cladel à Montech

Débat à La Bibliothèque de Montech, Pour un sourire mystérieux !

bibliothèque de montech (voir photo du site) 7 Février, de 16 h à 17 h 30. Dix-sept personnes autour d’un cas de la littérature française : Léon Cladel. Une très belle annonce de la réunion dans le quotidien La Dépêche grâce à la correspondante que je remercie chaleureusement. Un thème, Cladel ô féminin. Et à la fin, cette question très juste : « finalement vous avez peu parlé du féminin chez Cladel ? ». Comment rendre l’implicite, explicite ? Voilà tout mon problème. Pour le dire autrement, comment éviter les stéréotypes sur le féminin, chez un écrivain qui se bat toute sa vie contre les stéréotypes ? La quête du féminin ne répond pas inévitablement à la position sur le féminin, car il reste à savoir le sens du mot. Parler de la mère d’abord, à la naissance de Léon ; parler de la mère ensuite qui aide l’écrivain à partir pour Paris ; parler du décès de la mère qui correspond à la naissance de la fille ; parler de la compagne et de cette fille qui deviendra féministe ; autant de moyens pour parler de Cladel, mais où est le féminin chez l’écrivain lui-même ? Comment répondre ? La question a mis le doigt sur une difficulté que j’essaie d’affronter depuis longtemps et vais-je peut-être enfin pouvoir passer de l’implicite à l’explicite. Quand je lis Cladel : «Mes nouvelles émouvront peut-être ceux de mes contemporains qui n’ont pas seulement vécu de soupes et de biftecks durant un quart de siècle, et, si je ne n’abuse, on les citera comme la quintessence de mon oeuvre, ailleurs comme ici, quand je ne serai plus là, car mon cœur y bat tout entier, et, certes, ma plume en a tracé chaque ligne avec moins d’encre que de sang.» Comment expliquer que si l’homme écrit avec son sang, il écrit la vie, et que ce faisant, il est obligé d’écrire les femmes qui sont au cœur de la vie tout autant que les hommes ? Cladel n’a pas pour le souci de placer les femmes parmi ses thèmes, il a le souci de placer la vie au cœur de son travail, et ce faisant il retrouve inévitablement les femmes. Quand Cladel s’adresse à son propre corps pour lui dire : « A toi de tout cœur, ô bénigne vieille, et crois à ma vive reconnaissance en ce monde et même aussi dans l’autre, au fond de notre commun tombeau. ». Est-ce que le stéréotype c’est de dire que les femmes s’occupent du corps plus que les hommes ? Cet argument est donné pour expliciter que depuis des générations les femmes vivent en moyenne plus longtemps que les hommes. Or, il est des hommes et des femmes diverses dans le rapport au corps, au cœur, à la guerre et au politique. En conséquence, à parler du « ô féminin » chez Cladel c’est tout d’abord penser la question elle-même. Le féminin n’est pas le féministe, ceci étant contrairement à un discours moderne sur le « genre » qui prétend qu’on a tous une part de féminin et de masculin, il demeure une donnée visible : la place ou pas que l’on fait à des femmes. Est-ce que penser la question du féminin, c’est se pencher sur le portrait de la femme dont j’ai commencé la lecture et dont je vais publier la nouvelle : Yeux de Lynx ? La caractéristique de cette nouvelle est la suivante : c’est Carnaval, une femme s’avance et décide de raconter son histoire. C’est une démarche mille fois à l’œuvre chez Cladel, même dans des ouvrages plus longs que des nouvelles. Comme je viens de l’écrire, ce principe correspond à son souci de dire la vie à travers les témoins. Si on regarde la vie en face, ces témoins peuvent être et sont des femmes. La littérature de Cladel n’est pas une reconstitution d’un univers, mais la reconstitution d’un style pour dire l’univers réel. Je fais donc l’inventaire de quelques exemples. Nicole, la superbe faucheuse qui attend le retour de son amour parti à la guerre, La citoyenne Isidore qui va demander à son frère de rendre des comptes, Madame la générale à la jambe de bois, la communarde sauvée de justesse, Chez ceux qui furent, une veuve de communard qui amène ses enfants au Père Lachaise pour expliquer la mort de leur père, Au point du jour, la fille qui se suicide pour un chagrin d’amour, la Gentille Odette qui est la perversité personnifiée, et enfin un grand repas masculin à Saint-Hilaire où les femmes sont à la cuisine. De quoi peut nous convaincre cet inventaire ? Je ressors de ce débat à la Bibliothèque de Montech avec toujours plus de questions à étudier. J’ose prétendre que si le dernier livre sur Cladel publié à L’Harmattan, Léon Cladel et l’écriture de la Commune, a été écrit par Thanh-Vân Ton-That, ce n’est pas un hasard s’il s’agit d’une femme et pas surprenant si elle commence par l’étude d’une nouvelle, Revanche, où une femme est au cœur de l’édifice. Dans le premier quotidien au féminin La Fronde publié autour de 1895, on y trouve Judith Cladel ; je me dis que c’est un signe qui ne trompe pas. Cependant, dans sa famille Léon Cladel avait une fonction de patriarche, de colérique, d’imprévisible. Je l’imagine mal faisant la vaisselle. Il n’en déduira jamais pour autant que la place des femmes c’est à la vaisselle. Il est hugolien sur ce point comme sur des tas d’autres. Je retiens de tout ça qu’il va me falloir analyser la place du féminin chez Vallès et Zola et alors vais-je réussir à mieux convaincre que pour Cladel, le féminin est surtout là où on ne l’attend pas. En fait, j’aurai dû lire la dédicace que Cladel offre à sa femme à la parution des Va-nu-pieds, son livre à mes yeux le plus grandiose : « A Julia Mullem Ma chère femme, il me paraît assez piquant de vous dédier ce livre, qui nous a valu de si nombreuses et si douces querelles. Excusez ma malice, elle est cordiale, et laissez-moi vous répéter une dernière fois ici ce que je vous ai dit si souvent en mon cabinet de travail : « L’hypocrisie est entrée dans nos mœurs et Tartuffe règne en France ! Homme politique, il est rouge, ou blanc, ou bleu, parfois tricolore, toujours jésuite ; écrivain, on le voit tremper dans toutes les rhétoriques ; philosophe, il vit en athée et meurt en chrétien. Ne serait-il pas temps de mettre à la porte cet effronté qui nous fait la loi ? Débarrassés de lui, nous vivrions libres, chacun à notre gré. Quant à moi, je n’appréhende point qu’allégée de ce pauvre saint homme, à qui nous devons autant de bénédictions que de malheurs, la République s’en portât plus mal : le tribun oserait, ce me semble, s’exprimer avec moins de réticences, le philosophe agir avec plus de logique, l’homme de lettres, enfin, écrire avec franchise et même, au besoin, avec une certaine brutalité » Brutalité ! … Voilà, ma charmante, le gros mot lâché ! voilà le rustre, voilà le monstre instigateur de nos folles discordes. « Il faut être bien séant » me disiez-vous sans cesse, ennemie irréconciliable de toute crudité, pendant que j’élaborais mon oeuvre, et moi, fidèle amant de la nature, je vous répondais invariablement : « Il faut être vrai ! » De là des gestes, des cris, des moues, des mines ; chacun de nous soutenait mordicus son opinion. Un soir, il m’en souvient, à bout d’arguments et dans la chaleur de la discussion, une apostrophe m’échappa : cette apostrophe la voici : « Parlons sincèrement, madame, m’écriai-je admettez-vous que M. Sosthènes de La Rochefoucault eut raison autrefois de déshonorer nos marbres en couvrant leur nudité d’une feuille de vigne, et pensez-vous que, vêtus de la sorte, ils fussent plus décents ? » Au lieu de me répondre, vous eûtes un sourire un peu mystérieux, et, ma foi ! je crus que vous vous résigniez à vous indigner avec moi contre ce bon duc. Erreur grande de ma part, vous me l’avez depuis lors, pardi ! bien prouvé. C’est pourquoi, n’étant point galant de mon naturel et ne voulant jamais avoir le dernier, je vous offre cet ouvrage, qui doit avoir quelque mérite, puisque vous le dites. Y découvrira-t-on les qualités que vous y reconnaissez, vous, artiste exquise, mais… timide ? je ne sais et nous verrons bien ! En tout cas, sans rancune ; oubliez bien vite ce malencontreux recueil de tragiques histoires plébéiennes et surtout, de grâce, ô ma très chère, que je vous l’ai si sournoisement dédié. Votre Léon Cladel ; Paris mai 1873 Un texte qui montre comment vivait le couple. Un texte qui relance la question. Et c’est en le recopiant que je me dis : pour le lien maîtres/disciples entre Baudelaire et Cladel, il est évident que poser la question c’est inventer un autre type de lien. Pour le féminin c’est pareil, poser la question c’est chercher une autre forme de position. D’où la réponse à une autre question du débat : pourquoi Cladel est-il autant oublié ? A le lire, il faut réinventer le monde et non le classer dans des cases. Et c’est pas l’effort le plus simple. A suivre. 7-02-2009 Jean-Paul Damaggio

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