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Les Sahraouis vus par Maurice Cuquel
Maurice Cuquel, photographe amateur(1), a présenté à Valence d’Agen le 1er février son reportage ramené d’un camp sahraoui, Dakhla. Photographe amateur ça signifie pour lui la liberté de choisir le sujet, la liberté du temps et de l’exposition des résultats. Pas de rédacteur en chef d’une agence pour lui dire quoi faire, comment faire et que montrer !
Donc pourquoi le choix de Dakhla ? Une animatrice d’une petite ONG, Elisabeth Peltier, lui a proposé de lui ouvrir quelques portes. Elle a publié chez L’Harmattan : Malgré tout Dakhla existe. Maurice a donc pris l’avion, il s’est fait admettre par le Front Polisario, il a photographié en promettant de se faire écho de la vie des camps. D’où l’exposition dont je souhaite rendre compte.
Le photographe, marqué d’abord par la durée du conflit, a décidé d’orienter son reportage sur des portraits de personnes ayant l’âge du conflit, 33 ans, à qui il poserait cette question : « Si vous deviez quitter le camp dans l’instant, qu’emporteriez-vous ? »
Une dizaine de personnes répondent, surtout des femmes, les hommes étant au combat, et on en découvre trois portant le drapeau, deux se référant au Coran, deux une photo de famille, une son enfant, une autre un verre pour recueillir ce qu’on pourrait lui donner et enfin une personne n’emporterait aucun objet mais seulement sa dignité.
Pour être explicite Maurice rappela sommairement la raison de la situation : en 1975 l’Espagne abandonne sa colonie, le Maroc se précipite pour récupérer ce territoire par une Marche verte de 230 000 personnes, une colonisation du territoire appuyée par une force armée qui a construit entre les 80% plus riches du territoire et le désert restant, un mur de sable, qui est le mur le plus considérable de l’histoire, et pourtant le moins médiatisé. Ce mur est le siège de l’armée marocaine dotée des moyens militaires les plus sophistiqués.
Cette occupation a entraîné un exode de populations vers l’Algérie où elles s’installèrent pour quelques semaines… qui durent depuis 33 ans.
Les photos témoignent d’une humanité vivante. Photos couleur, technique argentique, chaque cliché devient un symbole, chaque visage un univers.
Dans le débat, un représentant des thèses marocaines officielles rendait un hommage involontaire à cette œuvre artistique. En effet, si le résultat ne parlait pas de lui-même, nous n’aurions pas eu droit à la batterie classique de tous les arguments fallacieux.
a) le territoire est historiquement marocain donc il n’y a pas occupation (pour faire bonne mesure le Maroc devrait aller jusqu’au Sénégal et englober une partie de l’Algérie dont « le ventre » empiète manifestement sur l’historique Maroc !)
b) Les propositions marocaines d’autonomie sont d’une générosité telle que même la France n’accepterait pas de les octroyer à la Corse. D’ailleurs elles font à présent l’unanimité ! ! !
c) Les camps ne sont pas peuplés de Sahraouis mais de Maliens, Algériens et autres.
d) Les camps sont une rente de situation pour des chefs qui détournent l’aide humanitaire et de ce fait les personnes qui sont dans les camps sont les otages de leurs chefs.
Et pour faire bonne mesure, Maurice qui a pourtant expliqué qu’il était attaché à sa liberté, est envoyé vers des lieux plus conformes à des reportages : Ceuta et Melilla.
Tout le reste n’est que mensonges, et l’intervenant avait averti dès ses premiers mots : le photographe est sans doute manipulé ! Or, en 1975 il suffisait de demander par référendum aux Sahraouis s’ils souhaitaient être Marocains, et le problème était réglé par leur réponse démocratique. Les Slovaques ont voulu se séparer de la Tchéquie et on a deux pays différents aujourd’hui ! Les propositions du Maroc empêchent depuis 33 ans le règlement du conflit et ne sont donc pas admises encore à ce jour. Les autorités marocaines attendent d’avoir implant assez de colonies pour gagner un éventuel référendum ! Quant à la négation de l’existence du peuple sahraoui, c’est de la dictature et rien d’autre : seuls les membres d’un peuple peuvent en décider et personne ne peut le faire à leur place ! Quant à la corruption supposée, que les autorités marocaines balaient devant leur porte avant de se changer en donneur de leçons. Quel luxe pourraient se payer les riches sahraouis ? Maurice Cuquel a fait observer sur ce point que la distribution de l’aide se faisait équitablement mais qu’un problème pouvait surgir car de l’argent s’est mis à circuler depuis quatre ans. Tout comme il a reconnu que le chiffre de 160 000 réfugiés pouvait être gonflé pour obtenir un peu plus d’aides. Mais l’injustice de base reste : un peuple est privé de territoire et vit donc sur une autre planète !
L’exposition, en matérialisant une réalité qu’il faudrait nier, ne représentait rien pour cet intervenant envahissant. Heureusement d’autres questions viendront à partir des photos elles-mêmes : Comment se nourrissent les personnes ? (un boulanger sans farine) Comment elles se soignent ? (la forte mortalité infantile). Comment elles s’éduquent ? (des enseignants bénévoles). Quelles langues elles utilisent ? (présence de l’espagnol sur deux photos).
Bref, on découvre que pendant longtemps la solidarité a fonctionné avec Cuba (même langue), avec l’URSS (par le biais de l’Algérie). L’évolution internationale pèse donc sur ce petit peuple, évolution dont le Maroc pense pouvoir bénéficier afin d’arriver à un accord. Le lecteur l’a compris : tant de luttes autour d’un bout de désert, c’est que le sous-sol est riche en matières premières.
Le hasard a voulu qu’une semaine avant nous ayons pu assister à Cabestany à la projection d’un film de Leila Kilani, Nos lieux interdits, qui évoque la torture et les disparitions forcées opérées par les autorités marocaines contre l’opposition politique. Ce film subventionné par le pouvoir marocain (c’est à son initiative qu’il a été décidé d’évoquer ces drames à condition de ne pas inquiéter les coupables) fait très exactement comme si le problème du Sahara occidental n’existait pas et n’avait jamais existé. Dans la salle, un jeune marocain qui fut un adversaire de la Marche verte, rappela à juste titre cette terrible répression pour remettre les idées en place.
Maurice Cuquel pouvait conclure : avec mes deux voyages chez les Sahraouis, inutile de tenter à présent d’aller au Maroc. Ainsi va le monde. Les tabous modernes ont la vie dure. Un grand merci à Maurice Cuquel pour nous aider à lever quelques voiles.
1-02-2008 Jean-Paul Damaggio
(1) Il gagne sa vie comme instit.
Voici un article sur le sujet du journal algérien Liberté du 29 janvier 2009 :
| Redoutant des manifestations lors de la visite des parlementaires européens Les forces marocaines placent El-Ayoune sous haute sécurité Par : Merzak T. |
| Après l’avoir retardée au maximum, par toutes sortes d’entraves, Rabat a pris des dispositions sécuritaires draconiennes dans la capitale du Sahara occidental, Al-Ayoune, pour empêcher toutes manifestations indépendantistes à l’occasion de la visite des parlementaires européens dans ce territoire annexé par la force en 1975. Initialement prévue pour le mois de novembre dernier, la visite des parlementaires européens a finalement commencé mardi à Al-Ayoune, la capitale du Sahara occidental occupée, pour une mission d'enquête sur la situation des droits de l'homme dans ce pays. Cette mission est composée de la délégation ad hoc et la délégation Maghreb, respectivement présidées par MM. Joannis Kassoulides, eurodéputé et ex-ministre des Affaires étrangères de Chypre, et Carlos Uturgaiz, eurodéputé. Au cours de son séjour au Sahara occidental, la délégation européenne doit rencontrer plusieurs Organisations non gouvernementales sahraouies de défense des droits de l'Homme, des victimes de la répression marocaine ainsi que des membres des familles des disparus, a indiqué Mohamed Sidati, ministre conseiller à la Présidence de la République sahraouie. Merzak T |