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Rééditer Victor Hugo

Rééditer Victor Hugo

 

   

BON DE COMMANDE Editions La Brochure

Les écrivains français du XIXème siècle, même les plus grands, Dumas, Zola, Daudet, Balzac, Baudelaire, sont entrés dans l’histoire pendant que l’un d’eux, Victor Hugo est resté dans l’actualité ! La réédition par Actes Sud de Napoléon Le Petit est un signe évident de ce phénomène. L’arrivée au pouvoir de De Gaulle en 1958 provoqua la réédition et diffusion massive de Histoire d’un crime, et la politique de Nicolas Sarkolèon ne peut qu’inciter à relire le proscrit de 1851. René Merle, sur le site La Sociale, comme sur le site 1851 a écrit plusieurs articles pour à la fois justifier des parallèles historiques tout en contestant les anachronismes possibles.

Le hasard a voulu qu’Hugo écrire sur un limonadier de Moissac (Jean Bousquet) et peu de jours après sur une parisienne (Louise Julien). Les deux textes se révèlent d’une grande actualité sans qu’il faille là aussi tomber dans les anachronismes.

Victor Hugo dans son texte sur Bousquet ne fait aucune allusion à un premier lien qu’il faillit établir avec le Tarn-et-Garonne, quand, en 1842, il fut sollicité pour devenir député du département. Il ne fait aucune allusion à un autre Montalbanais qu’il croisa à la chambre des députés et qu’il dut écouter avec attention en 1850 : l’abbé de Cazalès ! Il s’agit de la fameuse loi Falloux qui fit basculer Victor Hugo dans le camp de la « gauche » et qui fut condamné… par l’abbé Cazalès au cours d’une intervention que nous ne manquerons pas de rééditer. Ainsi avec notre étude sur l’abbé Marcellin, avec la réédition d’une brochure de Jean-Georges Lefranc de Pompignan, nous complèterons cet étrange tableau d’une tradition locale de catholicisme social dont l’écrivain Léon Cladel se fit lui-même l’écho en tant que témoin.

Voici trois extraits de l’intervention de l’abbé Cazalès, une pour bien spécifier qu’il est du parti de l’ordre, l’autre pour spécifier que ça ne l’empêche pas de s’opposer à la loi Falloux qui veut que l’Eglise intervienne dans les questions scolaires, la troisième pour expliquer ses objectifs :

1 ) « Des deux grands partis qui divisent le pays, celui dont la majorité de cette assemblée est l’organe me paraît le meilleur : je crois ses idées plus saines, plus applicables que celles du parti opposé et c’est pourquoi je vote habituellement avec lui. Mais tout honorable qu’il puisse être, quelque droit qu’il puisse avoir par ses tendances générales au beau nom de parti de l’ordre, ce n’en est pas moins un parti, et l’Eglise ne peut pas, ne doit pas, être d’un parti. »

2 ) « Messieurs l’Eglise ne peut pas être neutre, ni indifférente dans les luttes comme celles dont nous sommes les témoins, et d’ailleurs ce serait bien en vain qu’on se flatterait, à la faveur d’une lâche inaction, d lui faire trouver grâce devant les vainqueurs quels qu’ils fussent. Mais, accoutumée qu’elle est depuis18 siècles à prendre part à ses grands combats, elle sait que pour y intervenir avec succès, elle ne doit employer que ses armes à elle ; si elle semble parler au nom de l’Etat, en vertu d’une mission reçue de l’Etat, elle perd son caractère et voit s’affaiblir son action. »

3 ) « Dans un temps comme le nôtre surtout, toute mission donnée à l’Eglise par les pouvoirs publics rend son langage suspect et court le risque de frapper ses efforts d’impuissance. Voulez-vous qu’elle rende au pays les services que vous attendez d’elle et que son dévouement ne lui refusera jamais ? Donnez-lui la seule chose dont elle ait besoin : la liberté. Qu’il n’y ait pour elle ni chaînes ni faveurs ; qu’elle dise la vérité à tous, pauvres et riches, savants et ignorants, avec cette autorité que l’indépendance seule peut donner ; et sa parole en consolant les souffrances, en apaisant les haines, en adoucissant les sentiments pourra, si Dieu lui vient en aide, préparer cette grande réconciliation de tous les Français, si nécessaire au bonheur de notre patrie, et sans laquelle nous sommes condamnés à marcher sans relâche dans la douloureuse carrière des révolutions. »

Avec la mort de Jean Bousquet, Victor Hugo saisit l’occasion pour rappeler à la fois son attachement à Dieu et son opposition au pape. Il s’agit d’une tendance du mouvement des démocrates d’alors qui est différente de la tendance franc-maçonne. Le retour des cléricaux, rend toute son actualité au texte de Hugo. Et le portrait offert du combat de Jean Bousquet est une contribution supplémentaire aux recherches sur la Seconde république. Quant au texte de Hugo sur Louise Julien, il démontre que les femmes étaient présentes dans les luttes, une présence si oubliée….

2-02-2009 Jean-Paul Damaggio

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