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Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres

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Renaud Jean de Samazan

Cet article se voulait une réaction à l’ensemble des articles publiés suite au livre de G. Belloin concernant Renaud Jean et qui se refusaient à toute mention de Samazan et de la fonction de maire exercée dans cette commune par Renaud Jean et son père. Or sans Samazan, Renaud Jean n’avait pas d’existence politique réelle.
Renaud Jean de Samazan

J-P Damaggio revue M avril 1994

 

Bonjour, voici une lettre qui, sans répondre ni au livre de Belloin ni au compte-rendu du journal essaie d’apporter autre chose sur ce valeureux militant inévitablement oublié.

Si vous prenez l’autoroute Bordeaux-Toulouse juste avant la sortie pour Marmande, en regardant bien sur votre droite, vous verrez le clocher d’un village. C’est Samazan. Aucun panneau ne vous indiquera sur le bord : Samazan, pays du premier député communiste, donc vous oublierez de sortir pour faire un détour. Aussi ces quelques indications sommaires (un chercheur des USA a fait une étude sur le sujet qui pourrait vous en dire plus). Tout d’abord vous êtes rive gauche de la Garonne et, vous ne le savez peut-être pas, ça a été longtemps une terre fertile en forces communistes. Pourquoi ? En voilà de drôles de questions ! Bref, vous êtes en Gascogne, à quelques pas d’Uzeste (1). Vous montez vers le village où l’Eglise sert de rond-point. Devant l’église, un monument aux morts, ce qu'il y a de plus modeste (quand on invita le député Renaud Jean à inaugurer des monuments aux morts, il fit une réponse sèche : et quoi plus !) (2) et en face un café avec une enseigne en largueur, au nom éclairant : Auberge de la Paix. Vous êtes à la campagne. Samazan appartient au canton du Mas d’Agenais qui comme Auvillar et tant d’autres lieux que j’aime, surplombent la Garonne. Si, grâce au gros livre des Editions Sociales sur le Congrès de Tours, vous lisez les brèves biographies des participants vous découvrirez qu’ils sont rares ceux qui sont nés et morts au même endroit. C’est normal : l’ouvrier, le fonctionnaire ou autres, ils vadrouillent. Par contre, c’est tout aussi normal : Renaud Jean le paysan se devait de mourir dans son village. Pensez, son père en avait été le maire! Pour ceux qui l’auraient oublié, la terre, les paysans, ils la travaillent. Ils ne veulent pas être propriétaires pour faire les riches mais pour travailler ainsi leur vie. Imagiez un métayer qui plante une vigne et qui, suite à la première récolte, doit partir travailler ailleurs ! C’est un arrachement des tripes. Ne riez pas.

 

Renaud Jean était de Samazan. «Nous sommes traités comme l’étaient les Républicains en 1851-1852» écrira-t-il, de sa prison de 1939, à sa chère mère. Etrange souvenir si on oublie d’où elle venait cette tête dure. Rassurez-vous je ne vais pas conter (seul mon temps est compté) les événements lot-et-garonnais de décembre 1851. Rappeler Marx me suffira. Dans son 18 Brumaire, après avoir maudit « la parcelle», il écrit: « La dynastie des Bonapartes ne représente pas le progrès, mais la loi superstitieuse du paysan, non pas son jugement, mais son préjugé, non pas son avenir, mais son passé, non pas ses Cévennes, mais sa Vendée». Mais comment ces paysans parcellaires réduits à des pommes de terre la page précédente, ou à la barbarie face à la civilisation, dans Luttes de Classes en France, pouvaient-ils être différents en Vendée et dans les Cévennes ? Je n’ai jamais compris cette, pourtant, belle vérité. La Rive Gauche de la Garonne c’est comme la bordure du Massif Central. Pourquoi ?

Je suis allé feuilleter le journal qu’en 1919 Renaud Jean fonde en Lot-et-Garonne, Le Travailleur. Et j’ai tout compris quand j’y ai lu sans traduction un poème en patois commençant ainsi: « Communisto dun pèy lountens». C’était le 10-12-1921 et pourtant, l’auteur, E. Clair n’hésite pas à écrire qu’il est « communiste depuis longtemps » (3). « Communiste» ça vient de luttes et non pas d’une carte, ça vient d’une histoire se faisant géographie. Le Congrès de Tours n’aurait dû en principe que clarifier cette histoire passée et non la rejeter. Et cette évidence ne pouvait échapper à Renaud Jean. Il fit Le Travailleur, ce merveilleux hebdo que l’Huma de 1920 cita en exemple, pour que le pluralisme soit révolutionnaire. Ce ne fut pas le hasard qui en fit un député en 1920,1924, 1932 et dès le premier tour en 1936.

 

Dans l’Huma de 1993 on voulut rendre compte du livre de Gérard Belloin consacré à cet étrange personnage. On s'adressa à un prof d'histoire du Lot-et-Garonne (mais on oublia de se faire orthographier son lieu d’habitation donc on écrira Naira pour Nérac). «La direction du Parti ne lui laisse que des responsabilités locales», ai-je lu avec le sourire (4). De telles responsabilités ne lui furent jamais offertes par le Parti. Il les gagna à la sueur de son travail. Jean Sagnes écrit dans Politique et syndicalisme en Languedoc: «Lorsque en 1931, Philomen Mioch est appelé à la section agraire du comité central où il demeure jusqu’en juillet 1932, il reçoit de Maurice Thorez l’instruction de contrebalancer l’influence de Renaud Jean... ». Quand Philomen Mioch auteur de ce témoignage, écrira ses propres mémoires, parlant de 1932 il indiquera : « Les résultats de ces législatives ne furent pas brillants. D’une part nous avions écarté des camarades susceptibles d’être élus, d’autre part le Gouvernement Tardieu à l’occasion du deuxième tour organisa une provocation. » Mais il oubliera de mentionner le cas de Renaud Jean. Ce député-paysan, ce républicain-anarchiste, ce communiste du terroir, n’a pu traverser les tourmentes de la vie interne du PCF que parce qu’il préféra l’ancrage local aux honneurs nationaux. Il n’a pas eu besoin de l’école des cadres de Moscou pour jouer un grand rôle.

Je dirai même et ce sera ma conclusion, les écoles de Moscou n’avaient pas besoin de ses talents pour faire passer la ligne.

Jean-Paul Damaggio (avril 1994 Revue M)

 

Note de 2008 :

1-               Uzeste c’est le village de Bernard Lubat le musicien au communisme étrangement gascon.

2-               Renaud Jean avait été blessé pendant la guerre 14-18 et il était d’un pacifisme militant qui ne l’empêcha pas de comprendre dès 1937 que la nouvelle guerre devait changer son pacifisme.

3-               Peut-on être communiste depuis longtemps en 1921 ? En Lot-et-Garonne oui !

4-               Vous trouverez sur le site l’article d’Hubert Delpont de 1993. La note sur l’erreur d’écriture de Nérac c’était pour aller dans le sens global mon article : négliger l’implantation locale c’est s’empêcher de comprendre !

 

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