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1 Renaud Jean 1993 H. Delpont

Renaud Jean, son œuvre, sa vie

L’Humanité 4 novembre 1993

Hubert Delpont

 

Aux Editions de l’Atelier(1) vient de paraître une biographie de Renaud Jean dirigeant communiste paysan de l’entre-deux-guerres (2) : Si le personnage est aujourd’hui un peu oublié (il est mort, voilà plus de trente ans, et sa carrière politique nationale s’est arrêtée en 1940), sa biographie vient à point, aussi bien vis-à-vis d’un monde paysan qui s’interroge sur son avenir, que d'un Parti communiste en quête de rénovation. L’ouvrage a deux qualités : il résulte d’un travail de recherche sérieux, qui a profité de l’ouverture des papiers que Jean avait déposés aux archives de Lot-et-Garonne, ainsi que de l'ouverture des archives de l’Internationale communiste. Son auteur est Gérard Belloin, qui connaît l'histoire et les problèmes du mouvement communiste.

L’ouvrage campe bien l’ascension de ce petit paysan intelligent (que le hasard de la convalescence d'une blessure subie en 1914 a jeté dans les bras d'une infirmière agrégée de l’université) au sein de la fédération socialiste, qu’il contribue puissamment à faire basculer en bloc pour adhésion à la III°Internationale. Par la suite, on suit tous ses efforts pour structurer un mouvement communiste paysan, en s'appuyant sur sa riche expérience de luttes dans le Sud-Ouest, et particulièrement autour de Marmande (métayers du bas Adour :résiniers de la lande, lutte contre les saisies, paiement des impôts en nature). Au débouché de cette action sera évidemment, lors du Front populaire, la création de l’office du blé, à son initiative. Il est alors président de la commission agricole de la Chambre, puisque le Parti n’a pas jugé bon de participer au gouvernement où un poste de ministre l’attendait vraisemblablement.

Les positions politiques de Jean sont finement suivies. En particulier apparaît ici l’éternel opposant des lignes politiques inspirées par l’IC (Front unique ; classe contre classe, notamment) qui font de lui l’incontestable précurseur de la ligne, de rassemblement de Front populaire qu'il préconise dès 1933. Jean joue son rôle d’une manière bien à lui. Jamais il ne fondera la moindre fraction mais il se pose toujours en « mouche du coche», se définissant comme à côté en marge. Cette attitude tient sans doute à sa formation qui puise dans le XIXe siècle libertaire et quarante-huitard, qui le rend allergique aux pratiques autoritaires de l’IC. Elle tient aussi à son bon sens paysan, qui mêle réalisme et individualisme.

La guerre constitue la grande épreuve pour Jean. Arrêté, emprisonné comme les autres députés communistes, Jean vit très mal le traumatisme que constitue pour lui la signature et les suites du pacte germano-soviétique. Pris entre deux fidélités - à l’URSS et à l’antifascisme - , il fait savoir sa différence. Deux grands textes ponctuent cette période : le premier sur le futur parti dont il rêve qui « tout en ayant des, liaisons internationales, devra être entièrement solidaire de la communauté française », et un texte du 22 juin 1940,-jour, de l’armistice dans lequel Jean prévoît la—suite de la guerre - avec l’intervention de l’URSS et des USA.

Libéré, Jean ne participera pas à la Résistance, ce qui plus tard favorisera une certaine mise à l’écart par une direction qui ne lui pardonne pas ses prises de position passées, et ne lui laisse que des responsabilités locales.

A notre avis, l’ouvrage pèche un peu par une vision très «centrale» et très pessimiste de l’œuvre de Jean, qui ne, fut ni « exclu » ni « éliminé », mais qui resta jusqu’à sa mort, communiste. Cette fidélité, à son choix de classe, associée à un rare ensemble de qualités morales et intellectuelles, font de Renaud Jean un militant dont la trajectoire interroge encore le présent. Cette biographie peut y  aider.

HUBERT DELPONT professeur d’histoire à Nairac (en Lot-et-Garonne)

(1) Les Editions de l'Atelier continuent les Editions ouvrières.

(2) «Renaud Jean, le tribun des paysans»; par: Gerard Belloin 336 pages; 125 francs.

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