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Révolution féministe de 1907 en Iran

Combien sont-ils à savoir qu’en Iran les femmes eurent le droit de vote bien avant la France ? Combien sont-ils à imaginer que l’évolution historique de l’Europe n’est pas celle du monde et que les luttes contre l’oppression des femmes non plus ? Dans un très beau texte de Janet Afary que nous reprenons de sur internet (vous avez ici seulement les premières lignes mais nous offrons les 66 pages en format A5 aux lecteurs de ce blog sur simple demande aux Editions La Brochure 82210 Angeille) on y découvre les origines du féminisme en Iran. Les régressions qui ont débuté en Iran en 1980 furent annonciatrices des nôtres !

 

Révolution féministe de 1907 en Iran

 

« Les femmes perses avaient effectué un grand bond et étaient presque devenues, depuis 1907, les plus progressistes sinon les plus radicales au monde. Qu’une telle déclaration aille à l’encontre des idées du siècle n’y change rien. Tels sont les faits ... Durant les années cruciales qui ont suivi la révolution réussie mais pacifique de 1906 contre les oppressions et la cruauté du Shah Muzaffarn’d-Din, une lumière fébrile et parfois violente a brillé dans le regard voilé des Persanes, et dans leur lutte pour la liberté et pour ses expressions modernes, elle a brillé à travers certaines des coutumes les plus sacrées qui, pendant des siècles, ont assujetti leur sexe sur la Terre d’Iran”. Morgan Shuster, 1912.

 

La première décennie du 20ème siècle est souvent associée à la naissance du mouvement socialiste des femmes aux Etats-Unis et en Europe. Aux Etats-Unis, on fait remonter les origines de la Journée internationale des femmes (International Working Women’s Day) à la grève des employés de l’industrie du vêtement de New York, en 1908. En Allemagne, Clara Zetkin dirigea l’organisation féminine de masse du German Social Democracy (SPD), organisation à laquelle, Rosa Luxemburg contribua de façon significative. En Russie, après la Révolution de 1905, émergea un important mouvement des femmes socialistes, au sein duquel Alexandra Kollontai joua un rôle de premier plan.

Cependant, si on examine, au cours de la même décennie, ce qui se passe dans certaines parties de l’Amérique Latine, de l’Afrique et de l’Asie, on se rend compte de la participation croissante des femmes à un certain nombre de soulèvements nationaux et sociaux[1]. Nous voyons, surtout au Japon, en Chine et en Iran, que les femmes non seulement jouent un rôle spécifique dans les mouvements sociaux de cette période, mais encore expriment des revendications spécifiquement féministes et socialistes au fur et à mesure de l’avancée du mouvement. Au Japon, après la guerre russo-japonaise de 1904, qui se termina par la défaite de la Russie et mena à la Révolution russe de 1905, les femmes socialistes participant au mouvement pacifiste japonais se firent de plus en plus entendre en tant que féministes. Fukuda Hideko, une veuve mère de trois enfants, fonda l’organisation socialiste féministe Women of the World, entre les années 1907-1909, organisation qui lutta contre la polygamie, la prostitution et l’exclusion des femmes de la politique[2]. En Chine, Qiu Jin, fervente nationaliste, introduisit les questions féministes dans le mouvement. Dans un essai émouvant, écrit à l’automne de 1904, elle insista sur le fait que “nous, les deux cent millions de femmes de Chine, sommes les objets les moins bien traités de la terre”. Elle parla des pères qui, à la naissance d’une fille, la maudissaient par ces paroles “Oh, quel jour funeste ! Voici une autre créature inutile”. De même, elle se plaignit amèrement de la tradition alors en cours du bandage des pieds qui torturait les filles pendant de longues années. Qiu Jin rejoignit les groupes nationalistes de Sun Yat Sen et fut ultérieurement exécutée après l’échec d’une insurrection à laquelle elle participait [3].

En Iran, il y eut l’émergence, durant la Révolution constitutionnelle de 1906-1911, d’un nouveau mouvement radical des femmes, formé de conseils semi-clandestins de femmes, appelés anjuman des femmes. L’histoire des anjuman des femmes a d’abord été rendu publique par Morgan Shuster, jeune conseiller financier américain auprès du nouveau gouvernement, dans son livre “The Strangling of Persia” (l’Etranglement de la Perse, 1912). Shuster qui à plusieurs occasions durant son séjour, avait reçu l’assistance de ces conseils de femmes, a parlé de la contribution de ces anjuman à la cause révolutionnaire avec beaucoup d’admiration. En effet, il écrit : “Que dirons-nous des femmes voilées du Proche-Orient qui, du jour au lendemain, deviennent enseignantes, journalistes, fondent des clubs féminins et débattent de sujets politiques ?” Il a également décrit, brièvement, mais avec des détails précis, la marche de plusieurs centaines de femmes armées sur le parlement durant les derniers jours de la révolution [4].

Il a fallu attendre 60 années et la naissance du Mouvement de libération des femmes pour que, grâce à trois études biographiques publiées en Iran, de nouvelles informations sur les dirigeantes de ce premier mouvement soient disponibles [5]. C’est cependant la révolution iranienne de 1978-79 qui a donné une résonance contemporaine à l’histoire presque oubliée des anjuman de femmes, ainsi qu’à la nécessité urgente de rappeler les racines autochtones du féminisme iranien. Une fois de plus, une nouvelle forme de démocratie à la base avait surgi spontanément à travers le pays, de même que de nombreuses anjuman et d’autres associations de femmes [6].

Les Manifestations historiques du 8-12 mars 1979, regroupant jusqu’à 100.000 femmes, furent un défi tant à Khomeini, qui lança son appel pour revoiler les femmes, qu’à Bani-Sadr, le président éduqué dans les écoles françaises, qui soutenait les directives de Khomeini. Les féministes eurent également à affronter beaucoup de partisans de la gauche qui s’opposaient au mouvement des femmes ou le minimisaient sous le prétexte que le féminisme était un “phénomène occidental”, et non un mouvement autochtone, que c’était un mouvement “bourgeois” et faisant donc “diversion” dans la lutte de la nation contre le Shah et ses partisans occidentaux [7]. Le récit de Shuster fut remis à l’ordre du jour par le mouvement des jeunes iraniennes qui initièrent la recherche, dans les poubelles de l’histoire, sur les origines du féminisme dans la littérature et la politique.

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