Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres

Publicité

Une lecture d’Olympe de Gouges en 1991

Voici un mes écrits dans Tr’oc.

 

« Je n’ai point de vies à cacher, je n’ai que des défauts à montrer” Olympe de Gouges. »

 

Le 4, 5 et 6 Juillet 1991, dans le cadre du Festival de Montauban, Olympe de Gouges a été fêtée. F-M Castan précise que l'initiative va se prolonger en 92 et 93. Pour cette année, un grand colloque a eu lieu, animé par Olivier Blanc. Pour ma part, de la montalbanaise, je ne peux évoquer ici qu'un des aspects de la riche personnalité : ses relations avec ses origines occitanes (ce n'est pas un hasard si Mary-Lafon fut un des premiers à écrire en sa faveur).

Pour ceux de nos lecteurs qui ne connaissent pas la biographie d'Olympe, précisons qu'elle est née à Montauban en 1748, qu'elle s'y maria à 16 ans puis, veuve à 17, elle quitta sa ville à 19 ans, pour Paris, et au bras d'un entrepreneur des transports militaires. Elle se battra pour faire jouer ses pièces de théâtre qu'elle commença à écrire vers l'âge de 30 ans. Puis arriva la Révolution et sa vie se mit, plus encore, à l'heure de l'actualité. En 1791 elle publia sa "Déclaration des droits de la femme" et deux ans après elle mourut guillotinée (le 3-11-1793).

 Dans sa biographie (1) Olivier Blanc - l'homme qui la sortit de l'oubli et qui était présent au colloque - note au sujet de ses origines « elle appartient à une culture orale, celle des occitans »

Fait-elle référence, dans ses œuvres, à la culture d'oc ? à sa ville ? au Midi ? à sa langue maternelle?

Dans la préface au Mariage de Chérubin elle dit : « Aujourd’hui que je vois annoncé dans le journal un Mariage de Chérubin, ma vivacité languedocienne se réveille. »

Dans une autre préface, elle fait dire à Mr Molé au sujet d'un des actes de la pièce :

« Je n’ai pas reconnu votre feu languedocien ; on dirait que cet acte est sorti des glaçons du nord ».

Donc Olympe, "occitane" de comportement ? C'est un peu ce que disait en 1897 E. Forestié : « Notre héroïne fut une vraie Cadette de Gascogne, sans arrière pensée, bonne fille, la langue alerte, le cœur sur la main. » (est-ce cela une vraie Cadette de Gascogne ?).

Olivier Blanc pense qu'elle fut toujours, de cœur, montalbanaise, puisqu'elle resta en correspondance avec sa mère qu'elle aida financièrement.

J'attends des preuves plus consistantes au niveau de son œuvre où elle évoque sans doute, des souvenirs de jeunesse, mais sans géographie. Pourquoi mon scepticisme ?

Quand, en 1789, le montalbanais Poncet-Delpech, député du Tiers Etat, monte à Paris il se retrouvera chez elle mais pendant la Révolution jamais les textes d'Olympe ne seront évoqués à Montauban (les archives sont pourtant très riches). Dans ses carnets, Poncet-Delpech nota, avec tristesse, qu'Olympe mourut dans l'indifférence totale des montalbanais. Montauban ne connaissait pas Olympe, et Olympe n'avait pas à se soucier de sa gloire dans sa ville natale.

A l'inverse, d'autres montalbanais célèbres - tous des hommes - inscrivirent dans leurs œuvres et d'une manière incontestable, l'attachement qu'ils portaient aux ami(e)s montalbanais(es). En fait Olympe est une bâtarde (non reconnue par l'écrivain Lefranc de Pompignan présenté comme l'ennemi de Voltaire) et une femme qui voulait se battre. Son nom de femme de lettres dit, à la fois, son attachement à ses origines et son ambition considérable. On peut penser qu'elle avait jugé peu envisageables les appuis de sa ville d'origine, pas plus ouverte que d'autres à sa situation de marginale.

Son œuvre me paraît sans territoire de référence et il serait dommage de la faire plus montalbanaise qu'elle n'était (elle, comme son œuvre). Féconde me paraitrait plutôt, la mise en perspective avec la sans-culotte Claire Lacombe, comédienne, née à Pamiers dans l'Ariège (2). "La différence féminine" (3) n'induisait-elle pas un rapport aux lieux, autonome ?

Cependant sur un autre plan je crois possible de faire un rapprochement entre Olympe et des aspects de la culture d'oc. Quand elle écrit : « Je sais que souvent j'ai fait de grandes étourderies mais elles me plaisent et je mets quelquefois autant de recherches pour les commettre à mon désavantage que d'autres mettent de précautions à éviter même un mot équivoque." Cette autodérision se retrouve dans cette autre phrase extraite d'une préface à ses œuvres, Le Philosophe corrigé ou le cocu supposé (vous admirez le titre j'espère !) : « Je n'ai pas l'avantage d'être instruite, et comme je l'ai déjà dit, je ne fais rien. J'écouterai la voie de la modestie qui me convient à tous égards.» Autodérision, qui se retrouve aussi dans le titre de cette pièce.

Au débat lancé, voilà donc ma maigre et contestable contribution. Quant à l'action pour qu'Olympe ait un nom de rue à Paris « dans les beaux quartiers » juge bon de préciser Olivier Blanc, ou pour qu'elle entre au Panthéon, j'en souris encore. Comme action, je préfère penser à la réédition de ses œuvres qui est en souscription (renseignements : Festival de Montauban BP 814 82008 Montauban cédex).

Jean-Paul Damaggio, 82- Montalban

1 - Olivier Blanc, Olympe de Gouges. Syros

2 - Dominique Godineau, Citoyennes tricoteuses. Alinéa, 1988.

3 - Lire Luce Irigaray

 

Note 2013

A relire ce texte vingt ans après je dois noter :

1 ) Que les textes de Forestié et Mary-Lafon sur Olympe ont été réédités aux éditions La Brochure.

 

2 ) Que la référence aux préfaces me faisait déjà rêver d’une réédition des dites préfaces a été faite à La Brochure. Tout comme son premier texte politique avec une préface de… René Merle.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article