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Journées Olympe de Gouges : Bravo Agnès

Déjà la cinquième édition des Journées Olympe de Gouges ! La Dépêche reste toujours aussi silencieuse sur le sujet or le programme continue d’être très riche (voir sur le site de la mairie de Montauban). Le thème de cette année porte sur Femmes et cinéma et le film d’ouverture a été celui où Agnès Varda raconte sa vie dans « Les plages d’Agnès ». Coïncidence : Félix Castan a été cité au début parmi ceux qui ont fait découvrir Olympe. Il a aussi fait des efforts avec Monsieur Poulanges pour faire connaître Agnès Varda au cours d’une très belle rétrospective sur laquelle l’occasion me commande de revenir plus tard.

En ce 28 mars, le film a bénéficié d’une présentation érudite du thème des journées, présentation faite par Pierre Cadars, qui fut un des piliers de la Cinémathèque de Toulouse. Comme dans les autres arts mais pour des raisons peut-être plus spécifiques, les femmes ont été rejetées de la réalisation cinématographique et même si elles sont aujourd’hui 12% à exercer cette fonction dans leur profession, elles restent marginales. C’est que le métier de réalisateur est un métier qui demande beaucoup de virilité pour diriger une équipe…

Etrangement, dans cet univers difficile Agnès Varda, venant de la photographie, a su s’imposer sans aucune formation de base, sans être cinéphile au départ, peut-être par l’effet d’une certaine naïveté. Habitante de Sète, elle se trouva très jeune face à la maison de Jean Vilar et c’est un peu avec son aide qu’elle commença à côtoyer les artistes en photographiant sur le festival d’Avignon dès 1948.

Que dire du film qui a été ensuite projeté ? Un témoignage émouvant sur la vie populaire comme sait la montrer depuis son premier film la courageuse Agnès. A sa façon, si on élargissait la notion des « Justes » liée à la Seconde guerre mondiale, elle y aurait sa place : elle a fait passer à la postérité toute une classe sociale chassée des écrans. Pourtant le film m’est apparu trop téléphoné, peut-être parce que je connais trop la cinéaste. Les trouvailles techniques, qui vont des miroirs sur la plage au début, à la plage installée en ville ensuite, me produisent le même double effet : de l’émotion et un goût d’inachevé.

Ce testament, après celui tourné sur l’enfance de son mari, juste avant qu’il ne décède du sida en 1990, m’apparaît tout autant indispensable qu’insuffisant. Par la conclusion, il s’agirait de découvrir une femme habitée par le cinéma, quand je trouve que le film montre une femme habitée par le peuple. Le retour sur les souvenirs, leur mise en scène pour tenter l’impossible désir de les revivre, les retrouvailles avec les amis, autant de faits qui ne conduisent ni à la nostalgie ni à l’indifférence. Agnès a eu envie de se regarder marcher en arrière après avoir peut-être trop foncé vers l’avant. Si, comme elle l’indique « l’émotion ne se contrôle pas », et, comme elle le montre quand elle découvre un fou de petits trains (un ferropathe si je me souviens bien du mot) là où elle devrait s’émouvoir en retrouvant la maison de son enfance, je pense qu’elle a cru que le film viendrait trop en se faisant. Je n’ai pas senti le déclic. J’avoue que j’avais eu la même sensation avec Les Glaneuses.

 

Les Journées se poursuivent demain avec le film Camille Claudel de Bruno Nuytten. Je ne peux que renvoyer aux quelques lignes de la lettre à Léon Cladel de septembre 1990 qui concluait mon livre Qui a tué Léon Cladel ? :

« Après une réunion, vers 19 h, avec un ami nous sommes allés autour d’un apéro, discuter photographie et élections municipales. En lui annonçant que j’allais voir Camille Claudel, le film de Bruno Nuytten, nous plaisantâmes sur le rapport phonétique Claudel-Cladel. Tu n’as pas connu [je m’adresse donc à Cladel] le cinéma mais sache que beaucoup l’appellent le 7éme art quand pour d’autres il n’est qu’une vulgaire industrie (n’aurais-tu pas été de ceux-là ?). Il s’agit d’images qui bougent et qui parlent. Cet art a été longtemps très populaire mais le film se vendant maintenant en conserves, le cinéma risque de s’effacer devant la télé. Le film en question permettait de « revoir » une artiste oubliée (en fait une artiste présente), oubliée comme tu l’es. Vers la fin, Camille Claudel, alors enfermée dans son monde, rencontre une journaliste qui tente d’engager le dialogue. Camille craint qu’il ne s’agisse d’une envoyée de Rodin, l’homme qu’elle hait autant qu’elle l’a aimé, venue, plus pour l’espionner que pour l’interroger. Camille avait un peu raison puisque la journaliste était aussi secrétaire du sculpteur et s’appelait… Judith Cladel. Par ta fille, ton nom apparaissait dans les interstices de notre société. »

28-03-2011 JPD

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