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Laroui à Lauzerte

Laroui à Lauzerte

C’est toujours avec une certaine émotion que je me dirige vers Lauzerte car j’y ai commencé ma carrière d’instituteur. En ajoutant ma passion pour les nouvelles, voici donc une double raison de ne pas rater la Place aux Nouvelles, initiative de la Librairie Le Scribe autour de ce genre littéraire. Le temps de dire bonjour à quelques amis, je fais le tour des livres et je passe juste au bon moment devant le stand de Anouar Benmalek qui est un habitué et dont Marie-France a lu O Maria. Une dame s’approche de l’écrivain d’à côté pour lui dire que dans cinq minutes, il a sa lecture à faire. Je le prends alors en photo, et il m’interpelle aussitôt pour me dire : « Ce n’est pas moi qu’il faut prendre en photo mais la dame qui est là devant vous. »

J’en déduis que sa lecture doit manier l’humour et avec Marie-France nous nous dirigeons vers la salle pour attendre son intervention. Dès les premiers mots de Fouad Laroui, qui a invité pour l’aider à lire une complice féminine, son style surgit comme un bol d’oxygène réparateur. Franchement, Fouad Laroui à Lauzerte c’est un peu comme un énorme miracle. J’ai envie de m’en tenir d’abord à la nouvelle qu’ils se régalent à lire ensemble, lui et elle, dont le titre est tout un programme, le jour où Malika ne s’est pas mariée (titre d’un livre à paraître début octobre, qui était donc en « sortie nationale » à Lauzerte !), surtout que dès le départ Fouad insiste sur « ne s’est PAS mariée ». L’histoire se passe au début des années 70 au Maroc dans une petite ville du bord de mer, Eljadida. L’instituteur traditionnel, par l’intermédiaire d’un homme à grande barbe blanche, fait une demande en mariage à la fille moderne d’une veuve. Le titre donne par avance la réponse. Un bijou cette nouvelle, un bijou qui nous rappelle que partout les années 70 furent libératrices…

Fouad Laroui est un économiste et écrivain marocain, né en 1958 à Oujda. Il a poursuivi ses études au Lycée Lyautey à Casablanca, puis en France, à l'Ecole des Mines et celle des Ponts et Chaussées. Il retourne quelque temps au Maroc pour travailler dans une usine de phosphates à Khouribga et part au Royaume-Uni et précisément à Cambridge et à York (lieu qui deviendra thème d’un de ses romans). Après avoir obtenu son doctorat en sciences économiques, il s'installe à Amsterdam où il enseigne l'économétrie et les sciences de l'environnement à l'Université. En 1996, Fouad Laroui publie un roman Les dents du topographe qui reçoit le Prix Découverte Albert-Camus, en 1998 De quel amour blessé reçoit Prix Méditerranée des Lycées, Prix Radio-Beur FM, Le Maboul en 2000... et De l'islamisme, Une réfutation personnelle du totalitarisme religieux en 2006 (lecture salutaire mais qui est au courant ?). Si peu d’activités lui laissant du temps libre, Fouad Laroui est aussi chroniqueur littéraire à l'hebdomadaire Jeune Afrique, à la revue Economica et animateur d’une émission importante sur la deuxième chaîne marocaine. Il serait bien sûr injuste d’oublier ses poésies publiées… en néerlandais !

Preuve une fois de plus que bien souvent l’univers est à nos portes. Merci à Fouad et merci à la lectrice qui l’accompagna. A bientôt sur le front des luttes contre la sottise, la cruauté et le fanatisme, thèmes qui lui tiennent à cœur.

12-09-2009 Jean-Paul Damaggio

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