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le Lundi 20 juillet 2009 nous avons publié : Ernest-Pignon Ernest à Montauban Ernest-Pignon-Ernest à Montauban (suite)
(le dessin en cause sur la photo)
Notre monde est tel que le sexe des anges dessiné par l’artiste Ernest-Pignon-Ernest et apposé en grand format sur les murs de la Cathédrale se devait de susciter une réaction d’intégristes religieux.
Le journal la Dépêche du Midi a décidé de se faire l’écho, dans plusieurs éditions, de l’acte d’une famille prise en flagrant délit de destruction d’une œuvre art. Les coupables indiquent qu’avant d’agir par eux-mêmes (masquer le sexe des anges) ils s’étaient adressé en vain aux autorités pour faire enlever de telles œuvres qui choquaient leur sens religieux.
Observons que c’est par la réaction d’intolérance que s’ouvre la discussion sur la question, une question prise par le petit bout de la lorgnette ou le petit bout du sexe pour être plus précis.
Le combat artistique global du peintre – exposer ses œuvres dans la rue – apparaît secondaire par rapport à la polémique. Bien sûr des personnes invoquent la liberté artistique (Philippe Maurin) qui ne doit pas subir la moindre censure, mais l’art dépasse la liberté de l’art. L’adjoint à la Culture précise : « L’idée était d’apporter un élément de promotion de la superbe exposition du musée Ingres. » L’artiste produisant un œuvre-promotion ? Or il se trouve que si des personnes furent choquées par le dessin sur la cathédrale, d’autres le furent par l’exposition elle-même si l’on en croit le témoignage de cette personne qui, sur les cahiers enregistrant les réactions, regrette d’avoir fait le voyage pour découvrir une présentation d’œuvres insultantes vis-à-vis de la mémoire d’Ingres. L’art serait donc provocations face à l’histoire de l’art elle-même ?
Ce juste droit à la provocation qu’évoque Paul Duchein peut cependant, autant que la seule référence à la liberté, enfermer l’art (combien sont-ils à croire qu’ils font de l’art quand ils provoquent pour provoquer ?). Ernest-Pignon-Ernest, interrogé suite aux dégradations précise : « Je n’avais aucune intention de choquer. » Vu la forme qu’utilise cet artiste (le dessin le plus classique qui soit) nous pouvons d’autant mieux retenir son propos. Là où le bât blesse, c’est qu’à cette forme classique, le peintre associe une démarche inhabituelle. Si les deux dessins étaient restés dans le musée nous pouvons parier que l’envie de dégradation n’aurait pas touché des personnes qui ne vont jamais… au musée. Or l’artiste cherche au contraire à trouver une association efficace entre le dessin qu’il affiche et le LIEU où il l’affiche. Et en l’occurrence tout le génie est aussi dans cette rencontre entre, d’un côté la peinture d’Ingres qui est dans la Cathédrale (le vœu de Louis XIII), et de l’autre les détails de cette peinture, placés à partir de dessins d’Ingres, sur les murs de la dite Cathédrale ! Le vœu de Louis XIII n’aura jamais été autant regardé que depuis l’apparition des dessins ! Et là, nous tenons un autre type de réponse à la question : qu’est-ce que l’art ? Plus que d’exprimer une liberté ou de provoquer, l’art consiste à susciter un autre regard sur le monde en général, et notre monde intérieur en particulier (et pour cela il a besoin de liberté et d’audace).
En conséquence, les réactions d’intolérance, témoignent, grâce à l’œuvre, d’un double état d’esprit connu dans le monde actuel, celui offensif des intégristes de tous horizons, et celui plus défensif des démocrates qui aiment discuter d’une « œuvre-promotion » plus que d’un regard nouveau sur le monde. Peut-on changer la rue par l’art qui ne soit pas celui, marchandisé, des publicitaires ? Quand on prétend mettre dans la rue les dessins d’un artiste qui se tient loin les musées, pour assurer la promotion d’une expo du musée, n’y a-t-il par un contre-sens ? Même si tout est fait pour privatiser de plus en plus les rues, le lieu continuer d’être un moyen de rencontres sociales et je retire de toute cette polémique que le choix d’Ernest-Pignon-Ernest est un choix artistiquement riche de vie, pour qui veut affronter de face le monde actuel. D’où le dernier mot au peintre : « C’est amusant en un mois mes œuvres ont été prises pour cible à plusieurs reprises. En Palestine mes portraits du poète Mahmoud Darwish ont été lacérés par des religieux ; celui doit interroger.. ». Moins que la pérennité de l’œuvre tout tient dans la pérennité du combat pour la vie. D’où cet constat… peut-être provocateur pour les artistes eux-mêmes, la destruction d’une œuvre faite pour être détruire d’une façon ou d’une autre, est donc nettement moins sacrée, que le débat qu’elle peut enclencher.
29-07-2009 Jean-Paul Damaggio