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Ici, une chronique du livre de Maxime Vivas publié par nos éditions : Chroniques littéraires et impertinentes (10 euros). Depuis le cas Kouchner a fait parler de lui aussi ce retour en arrière nous semble des plus bénéfiques. JPD
Birmanie : Kouchner, pétrole et CIA.
Dans une déclaration au quotidien le Monde en juillet 1996, l’opposante aux militaires birmans Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, avait placé Total au premier rang des soutiens dont bénéficie le régime oppresseur de Rangoon.
L’opposition birmane demande depuis 1990 à la communauté internationale de ne pas aider les généraux putschistes à se maintenir au pouvoir. Comment ? En coupant les pompes à finances. Il faut en effet savoir que l’armée birmane absorbe 40 % du budget du pays. Elle compte 400 000 hommes. Pourquoi une armée si importante, alors que la Birmanie ne se connaît pas d’ennemi extérieur ? Pour mater l’ennemi intérieur, son propre peuple.
L’ONU, l’Union Européenne et les Etats-Unis, ont pris depuis des années des résolutions à l’encontre de la junte. Plusieurs multinationales, craignant d’être éclaboussées ont quitté depuis longtemps la Birmanie en invoquant le « manque de démocratie ».
Le pétrolier Total est resté sur place. Le Figaro du 27 septembre 2007 nous rappelle que : « présent depuis 1992 en Birmanie […] le groupe pétrolier a massivement investi dans l’exploitation du champ gazier de Yadana…»
En effet, Total et une compagnie américaine ont construit un gazoduc pour relier un gisement maritime birman à la Thaïlande.
Sur RMC le 27 septembre 2007 le Docteur Sein Win, un des chefs de file des opposants birman, a accusé Total de bénéficier, au moins indirectement, des services d’une main-d’œuvre forcée fournie par la junte militaire.
En 2002, la société Total avait fait appel au consultant privé Bernard Kouchner pour démentir ce genre d’imputations qui couraient déjà. Dans un rapport payé 25 000 euros, Kouchner avait affirmé que les accusations contre Total étaient erronées.
En novembre 2005, coup de théâtre : Total décida d’indemniser les esclaves dont Kouchner prétendait qu’ils n’existaient pas.
La raison pour laquelle le président Sarkozy prend aujourd’hui ses distances avec le régime birman tient aux possibilités d’une chute de la dictature militaire. Il y a déjà plus de dix ans, Aung San Suu Kyi a prévenu que les sociétés ayant collaboré avec la junte seraient évincées d’une Birmanie libérée. Le marché birman risque de nous être fermé à cause du comportement d’une de nos entreprises, blanchie par un de nos politiciens.
Et si Nicolas Sarkozy s’exprime lui-même sur le sujet, cela tient, certes, à son activisme qui le pousse à occuper tous les postes, mais aussi au fait que son ministre des Affaires étrangères est discrédité. Dans ce cas d’espèce, on se réjouira que le Président de la République française parle en lieu et place d’un membre du Gouvernement.
L’intérêt du pays, de la classe politique, de la morale, de la vérité, de la lutte contre le travail forcé, serait que Kouchner démissionne ou soit démissionné.
Les militaires birmans renversés, Kouchner remercié, tout serait bien qui finirait bien ?
Pas sûr : la révolution « safran » des moines birmans nous fait penser à la révolution « orange » en Ukraine. Derrière eux pour les organiser, les financer, assurer leur médiatisation, on remarque la présence d’officines écrans de la CIA.
En Birmanie, la NED a investi près de 3 millions de dollars depuis un an. Après avoir longtemps soutenu la dictature militaire, Washington s’avise que celle-ci est un partenaire trop fiable pour la Chine qui lui achète son gaz. En la renversant au profit d’un régime pro-américain, on contrôle les vannes, on fait dépendre une partie de l’approvisionnement énergétique de la Chine du bon vouloir des USA.
Moralité : quand l’ensemble des médias et les USA se dressent contre une dictature, on découvre que le mot démocratie est un prétexte. La preuve, le Venezuela développe un type de démocratie inédit en Amérique latine. En avril 2002, les USA, via la NED, ont essayé d’installer une dictature militaire en remplacement d’un gouvernement élu.
En Birmanie, la combine est de verser du compassionnel à pleines louches jusqu’à ce que les larmes des opinions publiques leur brouille le regard. En guise de démocrates, on risque alors d’avoir des marionnettes de G.W Bush.
Sauf si la Birmanie est capable de promouvoir une sorte de Hugo Chavez birman, jaloux de l’indépendance du pays et capable de faire bénéficier le peuple des richesses nationales.
A lire sur le sujet : « Total : entre marée noire et blanchiment » de Francis Christophe (journaliste d’investigation). Ed. Golias. 2000. 111 pages.
« Code Chavez. CIA contre Venezuela » Eva Golinger. Préface de Michel Collon. Ed. Oser Dire. 286 pages.
1er octobre 2007