Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres
Raoul Verfeuil est un montalbanais extraordinaire que Marcel Maurières présente ainsi dans 800 auteurs, dix siècles d'écriture en Tarn-et-Garonne :
Fils d'ébéniste il travaille d'abord comme employé des postes avant de devenir journaliste. Militant politique, il est un des créateurs de la Fédération socialiste de Tarn-et-Garonne (1910), puis devient un dirigeant national de la SFIO et de la CGT avant la première guerre mondiale. Outre ses écrits politiques, on lui doit un roman L'Apostolat, qui retrace les luttes des minoritaires socialistes (dont il faisait partie) pendant la guerre, et les circonstances de la scission de Tours. A dix-neuf ans, il a également publié un recueil de poésies, Fleurs d'avril ».
Compléments d’informations :
Ce recueil est publié pendant son combat des années 1905 à 1907, un combat lisible à travers ses interventions régulières dans l’hebdomadaire d'Irénée Bonnafous (le maître local de La Dépêche), l'Indépendant. Nous y voyons comment Raoul Verfeuil passe d'un engagement aux côtés de la gauche des radicaux, à un engagement aux côtés des socialistes. A partir de 1920, il deviendra un dirigeant national du Parti Communiste mais fera partie de la première fournée des exclus au moment de la bolchevisation en 1922. Il tentera alors de créer, sans succès un parti socialiste-communiste puis il meurt en 1927 de la tuberculose. Son action entre 1905 et 1907 recoupera celle de toute sa vie : action sociale, pacifiste et politique. Par rapport à la loi de 1905, tout en étant un ferme soutien de la Séparation des Eglises et l’Etat, il la jugera insuffisante tout en indiquant qu’il n’est pas toujours utile de « manger du curé ». Quand le 16 décembre 1905 il faiut le bilan de l’œuvre de la législature, il note en positif la loi des deux ans (le service militaire passe de trois à deux ans) et en négatif « les fautes qui sont nombreuses sur la loi de Séparation qui n’est pas beaucoup mieux que le Concordat ». Pour lui, il reste une question essentielle : « qui va payer les retraites ouvrières ? ».
A travers les écrits du jeune Raoul Verfeuil nous allons survoler tous les débats de la période 1906-1907.
Positionnement politique
Le 22 avril 1905, il donne quelques réflexions suite au drame de Limoges quand le gouvernement a fait tirer sur les ouvriers en grève :« Décidément les gouvernements actuels se valent, que nous vivions sous un régime autocratique comme en Russie ou que nous soyons les sujets d'un roi constitutionnel ... Un Etat vaut l’autre mais pas plus ; le Tsar fusille les habitants de St Pétersbourg, le ministère Rouvier et particulièrement M. Etienne canarde les Limousins. »
Il continue : « La nation française tombe des hautes cimes où elle s’était élevée, dans l’ornière, dans la boue. Son gouvernement qui se dit républicain, assassine les ouvriers, de même que Napoléon III massacrait en 1851 les adversaires du coup d'Etat. »
Il écrit aussi : « Il ne faut pas se le dissimuler. La République qui nous régit n'est qu'une république bourgeoise, moins mauvaise qu'un autre sans doute, mais pas précisément bonne. »
Il est favorable à un retour du ministère Combes ce qu'il confirme le 10 mars 1907 avec la mort du gouvernement Rouvier.
La querelle religieuse
Son positionnement est clair : « Tandis que la Religion se mourrait, la Raison, autre soleil, se levait triomphante ».
Le 17 juin 1905, pour dénoncer une manœuvre de la droite, il envoie une lettre ouverte aux plébiscitaires (ceux qui veulent que la question de la Séparation soit soumise à un plébiscite) : « On croirait entendre parler le plus farouche de nos révolutionnaires. Au lieu de vous unir à la droite unissez vous aux socialistes mais je suis bien tranquille ce voisinage vous gênerait trop. Vous êtes républicains quand il s'agit d'amorcer les électeurs et d'abuser d'eux ».
Il intervient aussi sur ce point en affirmant clairement ses positions anti-cléricales le 24 mars 1906 dans les élucubrations de l’église ou le 7 juillet 1906 dans la sainte galette. Il indique alors, pour la critiquer, la position d'un prêtre :
« Forcés par notre vocation de vaquer en conscience aux obligations du saint ministère il nous est impossible de recourir au travail de la terre, aux opérations du commerce, ou de l’industrie, pour faire face aux nécessités de l’heure présente. »